CHAPITRE IV
PROCÉDÉS DIFFÉRENTS DE CELUI D'ElSNER.
Méthode de Frankenstein au moyen d'une lame de zinc plongée dans le bain d'or , en contact avec Vobjet à dorer, — Objection» contre l'efficacité de ce système - -^ Graëger propose de diminuer la quantité de cyano-ferrure de po* tassium et de rendre le bain acide. — Béfutation de celte opinion, — Bain d*or de MM. de Briant^ de Giorgi et Puecetli. — Dorure par la machine électro-magnétique."
Il ne saflSt pas que la dorure, soit solide et adhérente, il faut encore qu'elle soit vive^ brillante, et d'une belle couleur.
Les méthodes qui méritent d'être mentionnées , outre le procédé d'Elsner, sont : celles de MM. Frankenstein , Graêger, Glorgi et Pnccetti , et la méthode angbise par la machine électi'o-magnétique.
42 PROCÉDÉS DIYERS DE DOAURB.
g 1er. MÉTHODE DE FbANKKIISTBIII.
Le bain d*or se compose de 2 parties de chlororé d*or, 10 parties de cyano-ferrare jaune de potasse ,
10 parties de sel marin et 100 parties d*eau.On fait bouillir ce mélange pendant quelque temps dans un vase de porcelaine » et Ton en décante la partie claire dans le récipient où doit s'effectuer la dorure. Frankenstein prend une plaque de zinc, qui, par l'intermédiaire d*une lame de même métal , est mise en communication ayecTobjetàdorer; cet objet et une petite portion de la lame de zinc sont plongés dans le bain dont on entretient la chaleur au moyen d*une lampe à esprit-de-yin.
11 est parvenu à dorer ainsi l'argent , le maillechort, le cuivre , le laiton , Tacier et le fer. Elsner fait remarquer, avec raison , qu encore bien qu'il résulte une grande économie de Timmersion du zinc dans le bain d*or, cet avantage n'est pas suffisant pour faire abandonner Tusage de Tappareil simple à diaphragme ; car il est fort difficile d'obtenir ainsi une dorure uniforme , et Ton est certain d'altérer la pureté du bain d*or par la réaction du zinc. J'ai remarqué, en effet, qu'en plongeant dans un bain une petite lame de zinc, elle se salit peu à peu , l'action électrique s'affaiblit progressivement, et le liquide se trouble. Au demeurant, ainsi que M. de la Rive l'a fort bien dit dans son premier Mémoire , il faut , pour obtenir une dorure parfaite , que le liquide aurifère reste parfaitement pur et qu'il ne s'y mêle aucune combinaison des métaux qui n'entrent pas dans sa composition. Cela suffit pour faire rejeter tout procédé dans lequel on peut craindre
^ele bain d'or ne se mêle avec des substances hétérogènes (i).
§ II. MÉTHODE DE M. DE BrIAUT.
Le liquide préparé par le chimiste de Pétersbourg se compose ainsi : On dissout dans Teau régale 8 parties d'or, on fait évaporer la dissolution , et le chlorure d'or sec obtenu est dissous dans 960 parties d*eaii ; on y ajoute 48 parties de magnésie du commerce, passée au tamis de soie. En faisant alors digérer à une douce chaleur, il se forme un précipité d'oxyde d'or et de magnésie que l'on recueille sur un filtre , qu'on lave à l'eau pure et que l'on mêle ensuite avec de l'acide nitrique étendu ( 3 parties en poids d'acide pour 40 parties d*ean),afin de dissoudre la magnésie. Après avoir ainsi purifié l'oxyde d'or , on le met dans une dissolution de 96 parties de cyano-ferrura jaune de potassium , â4 parties de potasse caustique et 960 parties d'eau. On fait bouillir ce mélange pendant vingt minutes environ. Il en résulte un liquide d'un jaune d'or qui, après qu'on en a séparé le dépôt d'oxyde de fer, peut dorer à froid et à chaud. Plusieurs heures sont nécessaires pour obtenir une dorure solide. Lorsque la liqueur est épuisée, on peut y ajouter une nouvelle dose
(1) Le jagement porté par H. Selmi sar le procédé Frankenstein , noDB paraît un pea sévère , et nous aurions aimé à le voir motiré snr des expériences irrécasables. Noos ne pouvons donc partager l'opinion qu'il exprime ici ; car il parait que Frankenstein a obtenu , à l'aide de M méthode , des résultats très-remarquables , en opérant sur une grande échelle. On peut voir, à cet effet, le Technologistey tome 5, page 254, et le Manuel complet de GalvanoplasiiCi de VEncyclthpédie^tbret, {Note du Traducteur.)
de chlorure d*or, et il redeviendra propre à dorer. M. de Briant emploie poar appareil un seul couple de Daniel! , dont nous donnerons la description en parlant de la dorure mate (l). Il indique, comme moyen excellent de nettoyer les objets, remploi de Veau chaude et du savon. Il conseille de recueillir le peu d*or qui se dissout dans Feau de lavage de Voxyde d*or, en y versant quelques gouttes d'une solution de proto - sulfate de fer ou de sulfate de fer que Von fait bouillir avec de la limaille de fer, jusqu'à ce que la solution devienne bleue.
S lU. PROCÉDÉ DE GrAEGER.
Graëger ayant remarqué que la proportion de cyanoferrure jaune de potasse prescrite pour la composition du bain d'or est beaucoup plus forte qu'il n'est strictement nécessaire composa un liquide où il ne fît entrer que le cinquième du cyano-ferrure indiqué par les autres chimistes ; il prit soin , en outre , que la potasse destinée à précipiter le chlorure d'or ne fût pas assez saturée pour réagir vivement sur le papier de tournesol; mais ayant trouvé qu'un pareil liquide, soit alcalin soit neutre , produit une dorure brune avec un dépôt doT pulvérulent et noir, il ajouta au bain un peu d'acide sulfurique étendu pour le rendre légèrement acide. U assure avoir obtenu ainsi une belle dorure.
Sans doute, c'est avec raison que Graëger trouve la proportion de cyano-ferrure, indiquée par Elsner, Dumas et autres , trop forte ; mais sa méthode , bien qu'améliorée sous ce rapport, me paraît défectueuse
H) Voyez cptte descr pîion, Chapitre vi, page 76.
PROCÉDÉS DITERS DE DOBURE. 45
et impraticable. Car, en premier lieu» il est démontré qn^avec mie liqueur acide , la dorure ne vient pas aussi belle qu'avec une liqueur alcaline ; et en second lieu , la présence de l'acide sulfurique favorise le dégagement de Tacide prussique qui, dans un laboratoire où Ton travaille en grand , serait funeste pour la santé. Paî voulu essayer cette méthode comparativement avec ceDe d'Elsner, mais dans toutes les expériences que j*ai faites, je n'ai jamais pu arriver à obtenir une dorure comparable à celle d*Elsner.
Graëger a adopté, de plus, la pile de Bunsen (i) à
(1) Chaque couple de cette pile Recompose de quatre pièces de forme cylindrique qui entrent l'upe dans l'antre , sans néanmoins se toucher. Le plos grand cylindre extérieur est un bocal de verre, rempli aux trois sparts de sa J^anteur, d'acide nitrique du commerce. Le deuxième cylindre est en charbon, percé de part en part et ouvert à ses deux extrémités ; on le tient plongé aux trois quarts de sa hanteor dans l'acide «ûtrique pendant que la pile est en action. Le sommet de ce cylindre Cit entouré d'un collier ou anneau de sine bien brillant , et qui se termine par une queue de même métal , recourbée pour faciliter le contact avec l'élément positif. Un tube de terre poreuse forme le troisième cylindre; on l'introduit dans le cylindre de charbon de manière à ce qu'il existe entre eux un yide de 3 millimètres (1 ligne ifi) enriron. Ce diaphragme est rempli d'acide sulfurique étendu (1 partie d'acide snlfarique du commerce pour 7 à 8 parties d'eau). Le quatrième cylindre , on tube intérieur , est en zinc amalgamé ; il est plongé dans l'acide sulfurique du tube poreux. Ce dernier cylindre se termine également , à sa partie supérieure, en un appendice de même métal, destiné à la mettre en contact aTOC l'élément contraire.
La réunion de ces pièces forme nn couple de Bunsen : le cylindre de charbon , muni d'un collier de zinc et plongé dans l'acide nitrique du bocal , forme l'élément négatif; et le cylindre de zinc amalgamé , ismergé dans l'acide sulfbrique du tube poreux , joue le rôle de pôle positif. On met en communication l'objet à dorer avec le cylindre de »iiC| on attache i Tautre appendice une petite lame de platine oa d'or,
cause de la modicité de son prix et de la facilité de sa manipulation. Je crois que le tube à diaphragme sera toujours préférable , parce que chacun peut le fabriquer soi-même avec facilité , et sans dépense onéreuse ; la pile de Daniell est encore meilleure (i).
Graëger conseille encore , pour obtenir une dorure uniforme, de se procurer un élément de zinc de la
on plonge alors l'objet et It lame de platine dans un vase séparé contenant le bain d'or, et la dorure s'opère comme avec la pile de DanielL Les cylindres de charbon sont fabriqués avec an mélange intime de une partie de houille grasse ayec deux parties de coke poWérisës trè8->fin. On introduit le mélange dans un moule cylindrique de tôle , an centre duquel on place un rouleau de oorton de 8 centimètres (3 pouces) de grosseur, pour ménager au centre le ride nécessaire et pour faciliter le dégagement des gaz pendant la cuisson.
Le moule de tôle rempli de charbon, et muni d'un couvercle mobile, sera maintenu à la chaleur rouge Jusqu'à cessation de tout dégagement de gaz. Après cette calcination , le cylindre de charbon sera devenu très-dur , très-compacte et susceptible d'être terminé à la lime et sur le tour.
ZZ cylindre de zinc; P" appendice qui le termine ; D D tube poreux. C C cylindre de charbon ; C C collier de zinc ajusté sur le cylindre de charbon et terminé par l'appendice PP'. AB, BB bocal de verre rempli , jusqu'au niveau B'B', d'acide nitrique, où plonge le cylindre de charbon.
(1) Pour le choix de l'appareil le plus convenable, voyez le Manuel complet de GalvaiMplaslie , de VEncyclopédie'Rorel , où cette question est traitée à fond , pagei i52 à 192.
PBOCÊDÉS DIVEBS DE BORtRB. 47
même forme qoe Tobjet à dorer, parce que , comme il le fait observer, il est nécessaire de maintenir , autant qoe possible, la lame de zinc à une égale distance de tous les points de cet objet.
S IV. MÉTHODE DE GlORGI ET PuCCETTI.
Elle consiste à dissoudre dans Teau du chlorure d'or, et à y ajouter assez de potasse caustique pour que le liquide devienne alcalin et prenne une couleur de lessive. Cette solution est versée dans un des vases de l'appareil à diaphragme ; on verse dans Tautre de Teau faiblement acidulée , et après avoir formé un couple avec l'objet à dorer et un morceau de zinc , à Faide du faible courant qui s'établit, on obtient, en moins d'une demi-heure, une dorure assez solide pour résister à toute espèce de frottement.
Cette méthode , disent les inventeurs , outre la facilité d'exécution et le bas prix du bain d'or, semble présenter plusieurs avantages : 1<> une forte adhérence de l'or précipité sur l'objet ; 2? un très*beau brillant sans avoir besoin de recourir au poli qui , souvent , pourrait endommager des pièces délicates ; 3^ l'inutilité de suivre l'opération pour enlever de temps en temps la couche noire qui se forme avec les autres liquides aurifères.
J'ai expérimenté le procédé de Giorgi et Puccetli , et j'en ai obtenu d'assez bons résultats pour le recommander aux praticiens , surtout sous le rapport du bas prix du bain d'or. Toutefois , je n'ai pas obtenu , par ce moyen, cette dorure si brillante et si pure que donne le procédé d'Elsner. Lors donc qu'on voudra choisir
un liquide capable de donner une dorure parfaite , il vaudra mieux adopter la méthode du chimiste prussien.
§ y. MÉTHODE PAR L'ÊLECTRO-HAGNÉTISlfE*
Avant qu'on n*ait eu connaissance, en Italie, de Tapplication faite en Angleterre de Ja machine électromagnétique à rotation de Glarke à la, dorure, mon illustre ami , le docteur Joseph Sandonnini avait entrepris des expériences dans ce but , et les avait répétées devant moi. U constata même ces expériences dans un Mémoire sur la dorure et Targenture électriques, qu'il présenta à l'Académie des sciencxs, des lettres et des arts de Modène , dans la séance du 28 juillet 1843.
Je rapporte ici la méthode anglaise , telle qu'on la trouve dans les Annales du professeur Majocchi , etc. Vol. XI, 1843 , cahier de juillet et août.
« On a fait usage en Angleterre du courant électrique produit par le magnétisme pour appliquer an métal en dissolution sur un autre métal. On se sert pour cela d'une machine électro-magnétique à rotation continue (comme celle de Glarke) (i), d'où l'on induit un courant électrique par le fil de l'armature.
» Dans l'électro-moteur destiné à cet usage, le diviseur du courant est assujéti à Tarmature. Ce divisev
(1) En parcourant le tome XI de la Revue de Que$ne ville , j'ai trouvé, à la page 207, que H. Boquillon rerendiqae la priorité de l'idée d'employer la machine de Glarke , pour obtenir la rédaction de l'or. Il prétend en aroir fait mention dans la spécification d'un breret d'il» vention qu'il a pris le 15 janvier 1841. Pins tard, le 15 juin 1843, M. do Rnolz a indiqué l'usage da même appareil pour la dorure électro-diiinique.
est formé d'une tige de laiton qae Ton attache par une de ses extrémités à Tarmalure même , au moyen d'un étrier de laiton dont elle est munie.AFautre extrémité OQ fixe un cylindre de buis ; sur chacune des bases de ce dernier, on attache une bande de laiton formant un cintre surbaissé. Un des bouts du fil de Tarmalure communique avec une des deux bandes de laiton établies sur les bases du cylindre de buis, et Fautre bout avec l'autre bande. Quatre molettes d'acier , fixées à vis sur autant de colonnettes de laiton qui s'élèvent sur la base de Fappareil , sont disposées de telle sorte que lorsque deux de ces molettes sont pressées contre les bandes fixées au cylindre de laiton , les deux autres s'éloignent de la superficie du même cylindre, et réciproquement. Vers l'extrémité inférieure des colonneUes est pratiqué un trou destiné à livrer passage à cm fil de cuivre assujéti par des vis , et qui unit les colonnettes deux à deux à la même partie du diviseur. » Lorsqu'on veut dorer, argenter, etc., on place auprès des colonnettes un vase de terre contenant la solution métallique préparée comme je le dirai plus loin. L'objet que l'on veut recouvrir d'un dépôt métallique, après avoir été bien décapé, est mis en communication avec le fil de deux colonnettes , tandis que le fil des deux autres colonnettes communique avec une pièce de métal semblable à celui qui fait partie de la dissolution. On plonge l'objet dans la dissolution contenue dans le vase de terre , après avoir plongé préalablement, en tout ou en partie, dans cette même dissolution , la plaque de métal en contact avec l'autre fil. La quantité de cette plaque qu'il faut immerger doit Dorure et Argenture. 5
être proportionnée à la superficie que présente Fobjet h dorer. H faut encore avoir soin que Tobjet et la plaque soient placés assez près l'un de Fautre dans la dissolution , mais sans néanmoins se toucher.
» On imprime un mouvement de rotation à l'armature par le moyen propre à l'appareil électro-moteur, le courant d'induction s'éveille et traverse la dissolution, la décompose et réduit le métal sur l'objet, comme à l'ordinaire. L'arbre et par suite l'armature peuvent recevoir un mouvement rotatoire de 600 tours et plus par minute. La distance entre les deux extrémités de l'armature et les pôles de l'aimant en fer-àcheval, peut varier depuis une fraction de millimètre jusqu'à quelques centimètres, dans le bot de régler la force du courant électrique , suivant que l'on veut obtenir un dépôt plus ou moins rapide sur l'objet. En effet , la quantité de métal réduit varie, dans un temps donné, suivant la distance qui sépare l'armature et les pôles de l'aimant. H est évident que cette quantité doit aussi varier avec le nombre des révolutions de l'armature , dans un temps donné , et avec la proportion de métal contenue dans un poids donné de la solution où plonge l'objet.
M Les solutions que l'on emploie dans ce procédé sont semblables à celles dont on se sert dans la méthode ordinaire : on prend 12 kilogrammes (24 livres ) de la meilleure potasse du commerce, on les verse dans 14 à 15 litres d'eau que l'on fait bouillir dans un vase de fer, jusqu'à ce que l'alcali soit dissous. La solution est versée dans un vase de terre convenable , où on la laisse en repos jusqu'à son entier refroidissement; on
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la filtre alors, et on y ajoute 6 litres d*eaa distiUée. On fait passer à travers cette solution , après Tavoir filtrée , un courant de gaz acide sulfureux, obtenu par les moyens connus , jusqu^à ce qu'elle en soit sativée , et en évitant i^ec soin un excès de soufre.
» Pour préparer le bain d'or, on fait dissoudre 100 parties d'or fin dans un mélange de 306 parties d'acide nitrique , 364 parties d'acide chlorhydrique , et 336 parties d'eau distillée. On évapore la solution , on la fait cristalliser, on dissout les cristaux dans un demi-litre d'eau distillée, et Ton précipite l'or par le carbonate pur de magnésie ; on lave alors le précipité d'abord avec de l'eau distiUée, acidulée par l'acide nitrique, ensuite avec de l'eau distillée seule. Enfin on ajoute à ce précipité tnen lavé une portion de la solution sulfureuse de potasse , suffisante pour le dissoudre. Plus tard OD en ajoute un cinquième de plus afin qu'H y ait un peu d'excès. On agite le liquide , puis on le laisse reposer pendant 24 heurei^ on le filtre, et on peut alors s'en servir. »