Dorer à toutes les épaisseurs voulues
Enfin, obtenir une économie notable sur les anciens procédés , sans rien perdre en éclat et en solidité.
Au mois de décembre i84o, MM. Elkington et de Ruolz prirent , chacun de leur côté , un brevet d’invention pour la découverte d’un procédé de dorure galvanique applicable à tous les cas, et répondant à toutes les exigences.
L’Académie royale des sciences , appelée à donner son avis sur ces deux derniers procédés, reconnut que celui de M. de Ruolz, surtout, réunissait une grande perfection à une extrême simplicité et à une notable économie. On peut donc désormais considérer la dorure galvanique comme acquise à l’industrie (i). Mais les procédés de M. de Ruolz ne se bornent pas à la dorure de tous les métaux, ils s’étendent encore à leur argenture, à leur platinure , leur cuivrage, leur étamage, leur zincage, etc., etc.
Les expériences de M. de Ruolz furent vérifiées et confirmées par Elsner, qui apporta quelques modifications dans la composition des bains d’or (2).
Après avoir recherché l’origine et les progrès de la dorure galvanique, jetons un coup-d’œil rapide sur les diverses autres applications successivement données à la galvanoplastie.
Nous avons déjà dit que les premiers travaux de MM. Spencer et Jacobi, lorsqu’ils découvrirent simultanément la galvanoplastie , avaient eu pour objet la reproduction des médailles, cachets, timbres, bas-reliefs et autres c&jets d’art. Considérée sous ce rapport, on peut dire que, dès sa naissance, la galvanoplastie a atteint à la perfection, et que ses résultats ne laissent plus rien à désirer. En effet , rien n’est comparable à la fidélité de reproduction, à la parfaite identité des empreintes obtenues par le procédé galvanique. Cette exactitude est même telle qu’on peut craindre quelle ne soit exploitée frauduleusement par d’habiles faussaires dans l’intérêt de leur coupable industrie. On peut donc dire, dès à présent, qu’une grande révolution s’est opérée dans la numismatique. Les médailles précieuses , les types curieux de pierres gravées, ne
(1) Nous donnons dans l’Appendice la description des procédas de MM. Elkington et de Ruolz, et le rapport de l’Académie des sciences.
(2) Voyez le Manuel de Dorure et d' Argenture galvaniques , de Y Encyclopédie-Roret,
DE LÉLECTR0-MÉTALLURG1E. 7
seront plus désormais le partage exclusif de quelques riches amateurs. Leurs copies, multipliées à l’infini par la galvanotplastie, seront à jamais à l’épreuve de la destruction, et la modicité de leur prix les mettra à la portée de toutes les fortunes. Cette popularité , désormais acquise à toutes les œuvres de la ciselure ancienne et moderne , sera d’un grand secours pour les études historiques; mais, en fécondant le génie des artistes, elle est aussi appelée à exercer une immense influence sur la perfection de l’art.
Le problème de la reproduction des médailles une fois résolu, on entreprit de recouvrir d’une couche de cuivre les statuettes, bas-reliefs et ornements en plâtre, destiaés à l’embellissement ou à la décoration de nos appartements. Mais les premiers essais qui furent tentés n’eurent pas de succès. On était alors arrêté par deux obstacles qu’on est parvenu à surmonter depuis: la porosité du plâtre et sa propriété non conductrice. Aujourd’hui, la possibilité de revêtir d’une couche d’un métal, et surtout de cuivre, tous les objets, soit en plâtre, soit en autre matière non conductrice , est un fait acquis à la science et à l’industrie.
La gravure est peut-être, de tous les arts, celui qui pourra tirer le plus grand parti de la galvanoplastie. En effet, la possibilité de reproduire en cuivre , à un nombre infini d’exemplaires et avec la plus scrupuleuse exactitude , les planches gravées en acier, en cuivre et même en bois , soit en creux, soit en relief, doit avoir la plus grande influence sur l’avenir de cet art. On n’aura plus à craindre désormais de voir une planche usée et hors de service, après le tirage d’un petit nombre d’exemplaires, et il en résultera nécessairement une grande perfection dans les produits , et une économie notable dans leur prix de revient. Les essais qui ont été faits, pour la reproduction des planches gravées, tant par MM. Jacobi et Spencer que par le professeur de Kobell , ne laissent aucun doute sur l’entière efficacité de ce procédé.
L’art de la typographie devait tirer de nouveaux avantages du procédé galvanique. Rien de plus facile que de multiplier, au moyen de la pile, les planches stéréotypées, les matrices destinées à la fonte des caractères, et surtout ces nombreux clichés, ornement obligé de toutes les éditions de luxe.
Enfin, pour résumer en deux mots les autres applications de la galvanoplastie, l’imprimeur sur étoffes lui demandera ces cylindres dont la gravure coûtait si cher jusqu’ici ; le chirur-
HISTOIRE
gien lui confiera ses instruments qui , revêtus par elle d’une couche d’or, seront désormais à l’abri de toute altération; le dentiste lui devra ces pièces étalliques s’adaptant avec justesse à toutes les inégal'' des gencives, et dont l’exécution, par les procédés ordir *res, présentait des difficultés presque insurmontables.
Nous ne parlerons ici que pour mémoire de quelques essais qui ont été tentés pour reproduire , sur des planches de cuivre , la gravure des épreuves du daguerréotype. Jusqu’à présent, on n’a pas encore réussi à obtenir par l’impression de bonnes épreuves des planches ainsi gravées. Pour laisser à chacun le mérite de ses découvertes, nous dirons que M. Smee est le premier qui ait réussi à recouvrir d’une couche de cuivre des objets d’histoire naturelle, tels que fruits, feuilles, végétaux, etc.
Pour compléter cet essai historique de l’électro-métallurgie , il ne nous reste plus qu’à dire un mot des divers appareils successivement employés pour opérer la réduction des métaux.
Les premiers essais de MM. Spencer et Jacobi furent laits au moyen d’un appareil à une seule cellule. Cette manière d’opérer subsista jusqu’au mois d’avril i84o. C’est à cette époque que M. Mason imagina une disposition beaucoup plus ingénieuse. Il se servit d’un appareil à une seule cellule, comme d’une pile de Daniell, en la faisant communiquer avec une deuxième cellule. C’est ainsi qu’il parvint à obtenir deux proportions de cuivre réduit pour une de zinc dissous.
Cette première modification donna bientôt l’idée de plusieurs autres , et successivement les diverses piles connues furent employées à la réduction des métaux. Ce n’est point ici le lieu de décrire ces différents appareils (i); toutefois, nous devons mentionner la pile galvanique inventée par M. Smee, parce quelle a été construite tout exprès dans le but spécial qui nous occupe. Sa découverte se rattache donc intimement à l’histoire de la galvanoplastie, et c’est par suite des nombreuses expériences qu’il a faites à l’aide de cette pile, que M. Smee est parvenu à découvrir les lois de la réduction des métaux, si admirablement formulées par lui, et à observer une foule de particularités intéressantes pour l’électro-métallurgiste. Laissons donc M. Smee faire ressortir lui-même les
(i) Voir, pour cette description, la première partie de l’Appendice.
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avantages de la pile en général, appliquée à la galvanoplastie, et déduire ceux qui sont particuliers à l’appareil qui lui est propre :
« La supériorité du procédé par la pile sur tous les autres, dit-il , dépend surtout de la possibilité de l’appliquera tous les cas. D’abord, quand on ne fait usage que d’une seule de ses cellules, la quantité de zinc dissoute pour produire un résultat donné est équivalente, et même souvent inférieure à celle qui résulte de l’emploi des autres appareils, parce que l’action locale, dans les piles composées, est moindre que celle qui résulte de l’emploi d’un appareil à une seule cellule, et que la quantité du métal précipité peut être réglée avec la plus grande exactitude; je n’hésite même pas à dire que l’emploi du procédé par la batterie est le seul moyen qui puisse être employé avec avantage par le manufacturier.
« Ma pile (i) à éléments d’argent revêtus de platine, est particulièrement avantageuse à l’expérimentateur, car, lorsqu’elle est en action, elle lui fait connaître les progrès du travail dont il s’occupe. Si le courant électrique est faible , on entend un bruit léger; si le courant est un peu plus fort, le bruit augmente; si l’on fait passer un courant modéré, on entend un sifflement; et enfin, si le courant est très-fort , on distingue un véritable mugissement. Au moment où j’écris ces lignes, j’ai sous les yeux dix-neuf batteries qui fonctionnent, et chacune m’indique par un bruit particulier le travail qu’elle exécute. En ce moment la chute d’un corps pesant dans une pièce voisine ayant amené un point de contact entre deux fils conducteurs , il en est résulté un bruit considérable qui m’a immédiatement averti de cet accident , malgré le bruit produit par mes dix-huit autres piles. Je viens de séparer les fils conducteurs, et le bruit général produit par les appareils m’annonce qu’ils fonctionnent tous d’une manière satisfaisante. Toute action locale exercée sur le zinc est immédiatement indiquée par le bruit particulier qu’on entend , et j’ai été souvent surpris de la promptitude avec laquelle l’expérimentateur peut saisir les nuances de chaque bruit.
« Quant à la durée des effets de cette pile, je dirai que, quoiqu’en théorie ils ne soient pas absolument constants (a) ,
(1) Pour la description de cette pile et la manière de la construire, voir, dans l’ouvrage , numéros 48 à 55.
(2) Voir à l’Appendice le tableau comparatif des intensités des diverses batteries galvaniques.
JO HISTOIRE DE l’ÉLECTRO-MÉTALLURGIE.
on trouve cependant, en pratique, qu’elle répond à toutes les exigences de l’expérimentateur, puisque cette durée est de deux ou trois jours, ou, qu’en d’autres termes, elle se continue jusqu’à l’épuisement entier de la pile : alors même , une minute suffit pour remettre la batterie en marche, en ajoutant un acide affaibli à la solution de zinc. En citant ma propre expérience, touchant le mode d’action de ma pile, je pourrais y joindre le témoignage de plusieurs des plus grands manufacturiers d’Angleterre. J’ajouterai que le platine ne détruit jamais l’argent, et que l’argent revêtu de platine n’éprouve jamais le plus léger changement et n’est pas le moindrement attaqué. » Tel est à peu près l’état actuel de l’électro- métallurgie. On voit que cet art, encore tout nouveau, est déjà riche en conquêtes utiles ; mais il est permis d’espérer que, dans un avenir très-prochain, il prendra encore de nouveaux développements. L’impulsion est maintenant donnée; une foule de savants et d’hommes pratiques se livrent aujourd’hui à l’étude des phénomènes du galvanisme, et en dirigent chaque jour l’application vers un nouveau but d’utilité. On ne peut donc manquer de faire de nouvelles découvertes à présent, surtout, que les expériences vont être éclairées par une sage théorie, grâce à la publication en France de l’ouvrage de M. Smee.