‹ Nouveau manuel complet de galvanoplastie, ou, Éléments d'électro-métallurgie, contenant l'art de travailler les métaux a l'aide du fluide galvanique, pour dorer, argenter, platiner, cuivrer, etc., etcChapitre 95 sur 171 · DE LEMPL01 DE L’APPAREIL A GAZ OXYGÈNE · texte numérisé non relu

DE LEMPL01 DE L’APPAREIL A GAZ OXYGÈNE

s’est déposé sur le fer et y a adhéré. Quelques minutes ont suffi pour que la laine fût recouverte de peroxyde de plomb , de couleur noire, ayant une légère teinte brunâtre. La pièce, retirée, séchée à la sciure, a supporté le poli au rouge d’Angleterre ; alors la surface a pris un aspeçt noir plombeux d’un assez vif éclat. Lue lame de cuivre, substituée à la lame de fer, a présenté les mêmes effets de couleur; l’adhérence a été un peu moins forte, mais cet effet ne tenait probablement qu’à l’état de la surface. Sur l’argent , le plaqué , surtout sur les objets dont la surface est légèrement rugueuse et couverte d’aspérités , l’adhérence est plus forte et supporte le bruni à la sanguine. La couleur est noir de jayet. Des feuilles découpées ont été préparées de cette manière, et les nervures brunies s:\ns qu’on ait détaché du peroxyde. Après douze heures d’expérience, quand la dissolution n’est pas changée et qu’il ne reste que très-peu de protoxyde de plomb, la surface métallique se recouvre d’un précipité de peroxyde de plomb qui a peu d’adhérence, et dont l’effet est tel qu’il a le reflet d’un beau velours noir. Un petit buste en laiton, recouvert de peroxyde de plomb et bruni , a présenté l’aspect d’un joli bronze. Tant qu’il se dégage du gaz hydrogène sur la lame de platine, l’opération marche bien; quand le dégagement cesse, il faut y remédier en plongeant la lame de platine dans de l’acide nitrique, pour décaper sa surface , ou en cherchant dans le couple voltaïque la cause du ralentissement du dégagement d’hydrogène. Ce ralentissement peut provenir de diverses causes : de ce que l’endosmose a introduit du protoxyde de plomb dans le bocal d’eau acidulée, d’où il est résulté du nitrate de plomb qui est décomposé, ou bien de ce que le courant a diminué d’intensité. J’ai voulu voir jusqu’à quel point il était possible de déposer du peroxyde de plomb sur un canon de pistolet dont la surface avait été décapée à la lime et à la ponce. Les résultats ont été aussi satisfaisants qu’il était permis de l’espérer ; la surface du canon a pris , sous la peau et le rouge d’Angleterre, l’éclat delà lame de fer. L’expérience prouvera bientôt si descanons d’armes à feu et autres objets en fer d’un usage habituel peuvent être préservés par ce moyen pendant longtemps.

On a vu plus haut que la surface du fer prenait un aspect noir. Si l’action dure peu de temps, la couleur du précipité est jaune d’ocre, couleur qui se fonce de plus en plus, et à laquelle on peut donner un autre ton , comme on le verra plus

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loin. Quelquefois, avec le cuivre, peu d’instants après l’immersion, la surface présente des teintes irisées dues à de minces dépôts, et dont la bijouterie pourra peut-être tirer parti.

Passons aux dépôts de peroxyde de fer sur les objets en fer, en acier.

Le moyen le plus simple de préparer la dissolution ammoniacale de fer, qui doit être aussi placée dans un appareil semblable à celui qui a été décrit précédemment, est de faire à chaud une dissolution de protosulfate de fer, de la placer, afin de lui enlever l’air quelle renferme, sous une cloche dans laquelle on a fait le vide , et de la conserver dans un bocal fermé à l’émeri. On verse une certaine quantité de cette dissolution dans le cylindre de porcelaine, et l’on verse dedans de l’ammoniaque également privé d’air en quantité un peu plus que suffisante pour dissoudre le protoxyde de fer. On plonge de suite dedans la pièce à recouvrir, qui est mise en communication avec le pôle positif du couple; l’on agite avec un tube la dissolution, et l’on ferme le cylindre pour le soustraire à l’action de l’oxygène de l’air, qui tendrait à faire passer le protoxyde à l’état de peroxyde. Malgré toutes ces précautions, il se dépose toujours de l’oxyde vert qu’il est impossible d’éviter. Dès que le circuit est fermé, il y a dégagement d’hydrogène sur la lame de platine , et l’oxygène , en se rendant sur la pièce dans la solution ammoniacale, peroxyde le fer, qui se dépose avec adhérence, par le même motif que celui qui détermine le dépôt du peroxyde de plomb sur la lame de cuivre ; c’est-à-dire, parce que le protoxyde de fer , jouant le rôle d’acide par rapport à l’alcali, est attiré par le pôle positif. Mais tous les métaux ne sont pas aptes à recevoir de semblables dépôts : ceux dont les oxydes sont solubles dans l’ammoniaque doivent en être exclus, tels que le cuivre argenté et doré, parce que l’oxygène transporté oxyde le cuivre, soit directement, soit à travers la couche d’argent ou d’or, et l’oxyde de cuivre se dissolvant aussitôt dans l’ammoniaque, il n’y a plus de possibilité que le dépôt s’effectue. Ce n’est pas tout : une grande partie de l'oxygène étant employée à oxyder le cuivre, ne peut réagir sur le protoxyde de fer; mais il n’en est pas de même du fer et de l’acier, qui se recouvrent d’une couche adhérente de peroxyde de fer. Quelques minutes suffisent pour donner au dépôt une couleur brun-rouge ayant un peu l’aspect du cuivre précipité. Le dépôt prend le poli, frotté avec la peau et le rouge d’Augleterre. Quand la surface a été

DE L’EMPLOI DE L’APPAREIL A GAZ OXYGENE. Sig

préparée convenablement auparavant, le dépôt peut être bruni à l’acier. Un canon de pistolet, un outil en acier et divers objets ont été recouverts de peroxyde avec un égal succès. La couleur brun-rouge du dépôt est toujours la même quand la lame reste peu de temps immergée ; mais , si la durée est plus grande, il se passe des effets remarquables que je vais décrire avec quelque détail , parce qu’ils ont des rapports avec les différentes teintes que prend le peroxyde de fer plus ou moins calciné. On sait que le sulfate de fer donne, par la calcination , une belle couleur rouge, qui devient plus foncée quand il provient du persulfate de fer, et un brun noirâtre quand il est préparé au moyen du deutonitrate de fer , tandis qu’avec le protonitrate à une calcination modérée, on a une couleur violette foncée, que les peintres appellent violet de mars ; si l’on pousse le feu trop loin, on obtient la couleur rouge ordinaire du peroxyde. On ne peut attribuer ces jeux de couleur à la composition chimique de l’oxyde, puisque la quantité d’oxygène est la même dans tous les oxydes. On ne voit donc que l’arrangement moléculaire qui puisse en rendre raison; mais ce n’est encore qu’une supposition. Or, comme on pourra le voir en jetant les yeux sur les lames que j’ai présentées à l’Académie, on retrouve ces mêmes teintes dans l’application du peroxyde de fer, en opérant avec un seul couple à courant constant fonctionnant avec de l’eau modérément acidulée. Dans les premiers instants ce dépôt a la couleur rouge; sa teinte se fonce de plus en plus, et au bout de plusieurs heures elle devient violet foncé, qui constitue le violet de mars des peintres. Avec deux ou trois couples, elle tourne peu à peu au noir. L’adhérence du peroxyde diminue, et il arrive un point où le dépôt est tout-à-fait noir et où l’adhérence est à peu près nulle. Les dépôts rouges sont inaltérables à l’air, tandis que les dépôts très-foncés s’hydratent peu à peu et se changent en hydrate de peroxyde de fer n’ayant plus de cohérence. Or, que se passe-t-il en continuant l’opération? Il y a superposition de nouveaux dépôts, transport d’une plus grande quantité d’oxygène : c’est donc à ces deux causes qu’il faut attribuer non-seulement les changements de couleur, mais encore les changements dans l’état d’agrégation des parties déposées. Il pourrait bien se faire que tous ces dépôts colorés, ayant le même aspect que les peroxydes obtenus par la calcination, fussent des combinaisons de peroxyde et de protoxyde, qui ne se formeraient que quelque temps après le

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commencement de l’expérience , et dont l’existence ne serait que de courte durée. La superposition des dépôts peut contribuer aussi beaucoup à foncer les teintes ; mais ce n’est pas la cause qui agit, puisqu’il y a un changement moléculaire.

Les observations que je viens de rapporter doivent être prises en considération par les personnes qui s’occuperont de l’application du principe que je viens de faire connaître ; comme le dépôt rouge se forme en quelques minutes, elles ne courent jamais la chance d’obtenir les composés noirs, qui ont peu ou point d’adhérence.

Jusqu’ici il n’a point été question de la température , ou du moins les expériences sont censées avoir été faites à la température ambiante; mais si l’on opère à 25 degrés environ, comme je l’ai fait plusieurs fois, les dépôts ont plus de fixité , parce que la dilatation qu’éprouvent les parties permet aux molécules de peroxyde, soit de plomb , soit de fer, de se déposer dans les interstices superficiels. On conçoit très-bien que l’on puisse varier les teintes à l’infini; ou peut, par exemple, déposer sur l’or, l’argent, des couches plus ou moins épaisses de peroxyde, et obtenir ainsi des tons agréables. Il est probable que d’autres oxydes pourront être déposés sur les métaux, mais, dans mon travail, je me suis borné à deux.

Je crois devoir présenter encore quelques observations qui ne seront pas sans utilité.

On a vu que j’opérais avec un bocal rempli d’eau acidulée, dans lequel plongeait le diaphragme renfermant la dissolution alcaline; ne serait-il pas possible de se passer du diaphragme et d’opérer immédiatement sur la solution alcaline, en prenant un nombre suffisant de couples à courant constant ? Cela ne saurait être, parce que le dépôt s’effectuant au pôle positif, une partie du métal se déposerait sur la lame négative, de manière que la dissolution ne renfermerait bientôt plus de métal. A la vérité, cet inconvénient existe, mais à un moindre degré, dans l’appareil simple, par suite des effets d’endosmose qui transportent de l’oxyde de plomb dans l’eau acidulée; mais on pourrait y remédier en grande partie en ne se servant que d’un seul liquide: dans ce cas , on met dans le bocal la même dissolution alcaline (moins le métal) que celle qui se trouve dans le diaphragme ; mais alors il faudra un plus grand nombre de couples, parce que l’on n’aura plus un liquide aussi facilement décomposable que l’acide nitrique pour fournir de l’oxygène.

DE l’emploi de l’appareil a GAZ OXYGÈNE. 321

La préparation alcaline est assez importante; je n’ai rien à ajouter à ce que j’ai dit précédemment de la dissolution du protoxyde de plomb dans la potasse. Relativement à la dissolution ammoniacale, j’indiquerai quelques précautions à prendre pour empêcher qu’elle ne se décompose rapidement ; et afin qu’elle soit très-claire, on met dans un bocal qui ferme à l’émeri de l’ammoniaque aussi concentré que possible, et l’on verse dedans du protosulfate de fer privé d’air et jusqu’à ce qu’il forme du précipité; on bouche, on laisse reposer le dépôt, et l’on a une dissolution de fer aussi claire que possible, et que l’on peut conserver ainsi pendant quelque temps.

Le décapage à sec pour l’application des métaux est préférable, sans aucun doute, au décapage parla voie humide; mais comme les matières grasses qui adhèrent quelquefois à la surface du fer par suite du contact des doigts nuisent au dépôt, il est bon de passer les pièces dans l’acide sulfurique très-concentré , de les laver dans un bain de potasse avant de les plonger dans un bain alcalin. On pourrait se bornera laisser immergées pendant quelque temps les pièces dans un bain de potasse concentrée , par la raison que ce bain préserve le fer de l’oxydation; en suivant cette méthode, il m’est arrivé quelquefois de retirer des pièces recouvertes de peroxyde qui résistait à l’action de l’acide sulfurique étendu d’eau, ce qui suffit pour montrer quelles auraient été inattaquables par les influences atmosphériques.

Bien que tout porte à croire que l’on pourra appliquer aux arts les procédés que je viens d’indiquer pour déposer les peroxydes de plomb et de fer sur les métaux d’un usage journalier, afin de les préserver d’altération de la part des agents extérieurs, dépôt qui ne saurait manquer de produire de bons effets en raison de l’inaltérabilité de ces oxydes, surtout du peroxyde de fer; néanmoins, je suis bien éloigné de croire * qu’il n’y a plus de recherches à faire pour rendre usuel ce procédé. Je sais par expérience qu’il y a loin du principe à l’application ; mon but, dans ce Mémoire , a été de faire connaître les principes, en laissant aux hommes spéciaux le soin de les appliquer. J’ai voulu prouver seulement que la chose était possible. Les objets divers que j’ai mis sous les yeux de ly Académie montreront jusqu’à quel point mes assertions sont fondées Parmi ces objets se trouvent plusieurs fleurs dont toutes les parties ont été recouvertes électro-chimiqueraent, les unes d’or, les autres d’argent, de peroxyde de plomb, de

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peroxyde de fer avec leurs différentes nuances, le tout disposé avec goût par M. Mourey, avantageusement connu des artistes, et quia trouvé dernièrement un moyen très-simple de préserver l’argenture électro - chimique de l’altération qu’elle éprouve au contact de la lumière, lorsqu’on ne lui fait subir aucune préparation, et de lui conserver ainsi tout son éclat.

§ IL de l’application électro-chimique des métaux sur

De l'adhérence.

L’application des oxydes et même des métaux sur les métaux, avec adhérence, dépend non-seulement des surfaces, mais encore des dissolutions et de l’intensité du courant qui les décompose ; l’examen de toutes ces causes est donc d’un intérêt majeur à l’époque actuelle, où tous les esprits sont dirigés vers ces applications; c’est en vue de ces motifs et pour compléter le sujet que je viens de traiter, que je prends la liberté de communiquer encore le résultat de mes observation» dans cet examen.

L’expérience prouve qu’en général, l’adhérence des oxydes et des métaux, or , argent, cuivre et plomb , sur les métaux, est d’autant plus grande que l’intensité du courant est moindre, entre certaines limites bien entendu, et que la dissolution estmoins concentrée. Telle est la thèse que je vais développer.

On conçoit jusqu’à un certain point que des courants de faible intensité produisent une forte adhérence, tandis qu’avec des forces énergiques les dépôts deviennent de moins en moins cohérents. Lorsque le dépôt s’opère très-lentement, les molécules cristallisent tranquillement, le corps se constitue suivant les lois de la cristallisation; tandis que , lorsque la force augmente en intensité , la cristallisation devient de plus en plus tumultueuse, confuse, et le dépôt finit parue plus être composé que de parties qui n’ont que peu ou point d’adhérence entre elles.

Quatre ou cinq ans avant que l’on songeât à la dorure et à la galvanoplastie, j’obtenais, dans le traitement électro-chimique en grand, des minerais d’argent, de cuivre ou de plomb, des dépôts quelquefois très-adhérents de ces métaux , sur les corps destinés à les recueillir, effets que je ne fis pas connaître dans les diverses lectures publiques où je donnais une idée générale des procédés employés, parce que je réser-

DE LAPPLICATION ELECTRO-CHIMIQUE DES METAUX. 3s3

vais l’exposé de tous les faits particuliers pour un ouvrage qui paraîtra bientôt. Ces dépôts constituaient de véritables argentures, plombures; et je reconnus alors que l’adhérence du plomb , du cuivre et de l’argent était d’autant plus forte que les dissolutions étaient plus étendues et le courant plus faible; et, qu’on le remarque bien, ces observations datent de huit ans. L’adhérence du plomb sur de grandes lames de cuivre était si grande, qu’on était obligé d’employer des instruments tranchants pour l’enlever , et encore n’y parvenaiton qu’en entamant le cuivre ; de sorte que l’on aurait pu dire qu’il y avait réellement combinaison des deux métaux au contact. Toutes les personnes qui ont suivi mes expériences, et je citerai en particulier M. Saint-Clair Duport, en ont été témoins. Eh bien, dans les dorures électro-chimiques dont je me suis occupé depuis MM. De la Rive, Elkington et de Ruolz, pareil effet s’est toujours présenté à moi. Malheureusement on ne peut mettre en pratique le principe que je viens d’énoncer, par la raison qu’il faut à l’industrie célérité et économie. Néanmoins, on tire de mes expériences une conséquence utile, c’est qu’en employant un courant énergique, on perd en adhérence, et les pièces dorées ou argentées sont de moindre qualité quant à la durée.

On ne peut pas dire que dans la dorure et l’argenture électro-chimiques, telles qu’on les pratique aujourd’hui , il y ait combinaison au contact ; il se produit seulement un effet d’agrégation, de cohésion qui peut toujours être vaincu par des forces physiques, ce qui n’a point lieu pour les effets chimiques; d après cela, plus la couche demétal déposé est forte, plus la différence de dilatabilité entre le métal qui reçoit le dépôt et le dépôt lui-même est grande , plus les variations de température tendront à les séparer l’un de l’autre, parce que la résultante des effets de dilatation est d’autant plus considérable que la quantité de matière déposée est plus grande.

il est encore plusieurs causes qui tendent à produire cet effet : particulièrement le mode de décapage employé dans les nouveaux modes de dorure sur cuivre. Cette préparation consiste à plonger les pièces de cuivre, avant leur immersion dans le bain d’or, dans un ou plusieurs mélanges d’acides concentrés ou étendus, puis dans plusieurs eaux de lavage , afin d’enlever tous les corps qui se trouvent à leur surface; mais il se passe toujours quelques secondes entre la sortie des pièces de leur dernière eau et leur immersion dans le baiq

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d’or; il n’en faut pas davantage pour que la pièce s’altère souvent à l’air ; cette altération est à la vérité très-faible, mais enfin elle existe.

Il suit de là que le dépôt d’or ne se dépose pas , rigoureusement parlant, sur une surface de cuivre pur, mais bien sur une pellicule d’oxyde excessivement mince. Le décapage par voie humide n’est donc pas celui qui met les surfaces métalliques dans l’état le plus convenable pour que l’adhérence soit le plus grande possible ; le décapage par voie sèche n’a pas le même inconvénient, en ce qu’il permet de mettre à nu les surfaces sans craindre une altération aussi immédiate que lorsqu’elles sont humides. En effet, dans les expériences d’expertises faites dernièrement pour l’affaire de la dorure par immersion, on a employé les modes de décapage suivants:

i° En frottant seulement avec la poussière très-fine de pierre ponce et une brosse, ou bien en grattant la surface avec un instrument tranchant. ;

a0 Décapage dans l’acide nitrique et dans les mélanges dt cet acide avec le sel marin et la suie ;

3° Décapage avec la dissolution de soude caustique, marquant 7 degrés à l’aréomètre de Baumé, et dans des dissolutions marquant 36 degrés;

4° Décapage avec des dissolutions de soude et d’ammoniaque ;

5° Décapage avec un mélange de soude caustique et de sel ammoniac ;

6° Décapage avec mélange d’acide concentré et de sel marin.

Pour s’assurer de l’adhérence de l’or aux lames de laiton , on a fait les épreuves suivantes : on a coupé un côté de chaque lame de laiton dorée pour faciliter la séparation de l’or dans le cas où l’adhérence n’aurait pas été parfaite. Dans le même but, la lame a été ensuite courbée en différents sens, puis martelée. Voici les conséquences que l’on a tirées de ces épreuves, conséquences qui peuvent s’appliquer également aux pièces dorées électro-chimiquement , après les décapages indiqués.

Avec les décapages par la voie sèche, on obtient, pour la dorure, durée et solidité : durée, parce quelle est pins épaisse ; solidité, parce qu’elle résiste aux épreuves physiques qu’on lui fait subir. Il faut dire à la vérité que l’aspect n’est pas toujours satisfaisant, surtout quand la surface n’a pas un

ce l’application électro-chimique ces métaux. 3î5 état uniforme. Il est démontré par là que le décapage par voie sèche a une grande supériorité sur ceux par la voie humide ; mais, malheureusement, il y a une infinité de cas, et c’est le plus grand nombre, où il ne peut être employé, pour les objets de bijouterie entre autres; et lors même qu’il pourrait être utilisé, le temps qu’il exigerait serait une dépense tellement onéreuse, que l’industrie ne pourrait s’en servir : il faut donc presque toujours décaper par voie humide, en évitant toutefois les inconvénients signalés ci-dessus.

L’emploi du mercure lève cette difficulté : outre qu’il sert d’intermédiaire entre le cuivre, l’or ou l’argent, pour déterminer les combinaisons au contact , il préserve encore le cuivre de toute altération avant l’immersion dans le bain métallique.

M. d’Arcet, qui s’est occupé avee succès de tout ce qui concerne l’art du doreur, a indiqué il y a lougteinps que, pour éviter les effets du dégagement du gaz nitreux , dans l’intérêt de la salubrité, il était convenable de tremper dans une dissolution étendue de protonitrate de mercure les pièces décapées destinées à être dorées au mercure. On conçoit en effet qu’il devient, par ce moyen, plus facile d’appliquer l’or sur les pièces. M. Elkington, dans son brevet , a conseillé le même moyen dans la dorure au trempé pour donner le mat après décapage préalable dans les acides ; mais il se borne seulement à une seule immersion et à un lavage avant de ploager dans un bain bouillant d’or; il ne peut qu’amalgamer imparfaitement la surface du cuivre , en raison du peu de durée de l’immersion. ,

Voici de quelle manière j’amalgame les pièces , pour avoir les meilleurs effets de dorure, sous le rapport de la durée et de la solidité. Quand les objets ont été simplement immergés dans la solution de protonitrate de mercure, et lavés à grande eau , on les frotte avec de la peau pour bien étendre le mercure , et on recommence les immersions jusqu’à ce que ce métal soit également réparti sur la surface. Si l’on se borne à étendre légèrement sans frotter , la surface reste terne ; si on la brosse, elle prend un aspect brillant. Les pièces étant ainsi préparées , si on les plonge dans le bain de cyanure d’or et de potasse à une température de 25 à 3o degrés, en faisant fonctionner l’appareil simple à courant constant, en moins d’un quart d’heure les objets sont dorés, ou mats, ou brillants, mais d’un mat comparable jusqu’à un certain point au

Galvanoplastie. 28

3 26 APPENDICE

mat de pendule, qualité difficile à obtenir avec le procédé en usage. Si l’on veut donner à la dorure électro-chimique de la valeur, il faut employer concurremment les deux méthodes, et I prendre le mercure pour intermédiaire, mais non pas en ' aussi grande quantité que dans la dorure au mercure. La température de la mise en couleur suffit pour chasser le mercure, de sorte que l’on réunit les avantages de la combinaison j de l’or avec le cuivre, et d’une épaisseur d’or presque illimitée.

Il est facile d’expliquer comment la dorure électro-chimique sur cuivre, quand la couche est très-mince, finit par s’altérer au contact de l’air humide. On voit alors çà et là des petits points d’hydrate de cuivre, effet que l’on observe également dans la dorure au trempé , qui ne dépose qu’une couche d’or très-mince. Si l’on met en digestion une pièce ainsi dorée par l’un des deux procédés, dans de l’acide nitrique étendu, afin d’éviter une action tumultueuse, le cuivre est dissous peu à peu, et il reste un réseau comme une gaze; les objets sont donc recouverts d’un semblable réseau, et si on les laisse dans ; un lieu humide , ils doivent être attaqués avec le temps, de même qu’ils l’ont été par l’acide nitrique étendu.

L’effet même doit être beaucoup plus rapide que si le cuivre était seul, la surface étant couverte partout de couples voltaïques , or et cuivre , dont l’action constante active l’oxydation du cuivre. On n’a pas à craindre le même inconvénient en suivant la marche que je viens d’indiquer, car on peut dorer uniformément la surface du cuivre, et si la couche est épaisse comme ou peut le faire avec l’électricité , on a toutes les garanties nécessaires pour assurer l’inaltérabilité du métal recouvert.il ne faut jamais perdre de vue que, dans l’application de l’or sur le cuivre, ou d’un métal sur un autre métal , il faut toujours réunir deux conditions: adhérence, épaisseur suffisante de la couche déposée, pour que les influences atmosphériques n’exercent pas leur action sur le métal à travers les interstices sans nombre que laissent entre elles les parties du métal déposé.

De l’aspect des surfaces dorées ou autres.

Avant l’application électro-chimique des métaux ou de leurs oxydes, on emploie le dérochage et le décapage; cette dernière opération a pour but non-seulement d’enlever toutes les impuretés , mais encore de leur donner un aspect qui dépend de l’état moléculaire que l’on veut obtenir à la sur-

de l’application électro-chimique DES METAUX. 3^7 face : ainsi , si l’on veut le mat brillant, le mat terne , le terne sombre , la préparation en question doit varier dans ces différents cas. On connaît dans les arts les divers moyens à l’aide desquels on fait ces préparations. Je vais présenter quelques considérations sur les causes physiques qui produisent les différents états moléculaires, parce qu!il sera plus facile ensuite d’adopter la marche à suivre pour obtenir immédiatement le mat, le poli, etc.

Le poli d’une surface consiste dans la faculté qu’elle possède de réfléchir régulièrement sur quelques points la lumière, ce qui exige que cette surface soit composée de particules disposées toutes de la même manière , c’est-à-dire ayant leurs facettes supérieures placées dans le même plan. Par ce moyen, la réflexion de la lumière est régulière.

Le mat, au contraire, paraît être le résultat de la réflexion irrégulière de la lumière, condition qui est remplie lorsque la surface est recouverte d’une infinité de petites aspérités dont les facettes sont dirigées dans toutes sortes de directions. Il résulte que les objets extérieurs sont réfléchis par cette sur-^ face plus ou moins confusément. Il y a absence d’image quand les particules sont disposées le plus irrégulièrement possible.

Cela posé , quand on soumet une surface métallique, polie ou mate, à l’action uniforme d’un courant électrique, dans une dissolution convenable , afin de la recouvrir d’une couche excessivement mince d’or, d’argent ou d’un autre métal, il est bien évident que l’état primitif de la surface ne sera pas changé sensiblement, puisque, dans le premier cas, celui où la surface est polie, toutes les lamelles situées régulièrement seront chacune recouvertes d’une couche qui, en raison de sa minceur, ne changera pas l’état moléculaire primitif; dans le deuxième cas, c’est-à-dire avec la surface mate , les inégalités conserveront encore leur même relation ; car il n’y a pas de motif pour que cette situation soit changée. On comprend parfaitement que cet état de choses ne peut subsister qu’autant que le dépôt est excessivement faible; car s’il était assez abondant, il remplirait les vides qui séparent les inégalités, et dès-lors l’état de la surface changerait.

Ainsi donc, quand une surface métallique d’or , d’argent, de cuivre, de zinc, est préparée de manière à présenter le poli , le mat avec toutes ses nuances , on doit être assuré qu’en y déposant électro-chimiquement une couche très-mince d’un autre métal , l’état moléculaire de la surface ne sera pas sensiblement changé.

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Les considérations que je viens de présenter suffiront pour montrer de suite comment 011 peut obtenir immédiatement l’état moléculaire que l’on désire avoir. Au surplus, elles se résument en ceci : telle est la surface, telle est la dorure.

Dans un autre Mémoire , je ferai connaître le mode de préparation que l’on doit faire subir à chaque métal , avant de déposer sur sa surface un autre métal.

Addition au Mémoire sur l' application électro-chimique des oxydes et des métaux sur des métaux , par M. Becquerel.

En faisant connaître les procédés à l aide desquels on applique sur les métaux les peroxydes de plomb et de fer, de manière à préserver d’altération ultérieure les métaux oxydables, jai dit qu’il était possible de varier les couleurs des couches déposées, de manière à présenter des effets agréables à l’œil et dont les arts pouvaient tirer parti. Mais je ne présumais pas qu’il était possible d’atteindre une variété et une richesse de tons telles qu’on ne les trouve que dans la nature. En voulant m’assurer jusqu’à quel point on pourrait arriver à cet égard j’ai varié les expériences qui m’ont conduit à des résultats auxquels j’étais loin de m’attendre. Je suis parvenu en effet, comme l’Académie pourra en juger par la pièce que j’ai l’honneur de lui présenter, à obtenir des teintes aussi variées, et je puis même dire aussi riches et aussi éclatantes que celles que nous présentent les ailes des coléoptères des régions tropicales. Les pièces qui reçoivent ces teintes acquièrent d’autant plus d’éclat qu’elles sont frottées avec la peau et le rouge d’Angleterre : c’est dire que les couches très-minces qui les produisent ont une forte adhérence. Le bruni, rendant la surface plus 1 brillante, détermine la réflexion d’une plus grande quantité de lumière, et doit rehausser par conséquent l’éclat de la couleur.

Avant de faire connaître comment et sur quels métaux ces couleurs doivent*être déposées, je dois entrer dans quelques détails sur ce qui se passe dans la fixation des oxydes. Le principe posé dans mon Mémoire est celui-ci : telle est la surface du métal, telle est la couche déposée, pourvu que cette couche soit très-mince. Mais comme le dépôt s’opère quand le métal est électro-positif , c’est-à-dire lorsque l’oxygène qui arrive tend à oxyder la surface et à la ternir lorsque le métal est oxydable, l’on ne peut obtenir les effets de couleur que sur des métaux non oxydables , tels que l’or ou le cuivre doré, et dont la surface a un beau poli.

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