‹ Nouveau manuel complet de l'architecte des jardins ou L'art de les composer et de les décorerChapitre 73 sur 134 · II. EMPLOI DES YÉGÉTAUX HERBACÉS · texte numérisé non relu

II. EMPLOI DES YÉGÉTAUX HERBACÉS

Nous avons dit précédemment que les végétaux herbacés nous offraient i® la prairie, la pelouse, le gazon, le tapisi

la plate-bande, la planche, la corbeille, le massif, la contre-bordure, la bordure; 3 « le parterre.

La prairie.

Elle convient parfaitement à tous les grands jardins paysagers, et particulièrement à la ferme ornée, sous le double rapport de ses charmes et de l’utilité de ses produits Sa place naturelle est au fond des vallées, le long des ruisseaux et des nvieres, sur le bord des lacs. Ses contours doivent être pleins de grâce et se fondre avec les bois ou les bocages qui 1 entourent. Ses bords, qui pénètrent en serpentant dans les smus des bois, seront ombragés par le peuplier, tandis que aulne et le saule pareront les rives fleuries de la rivière qui la traverse. *

Sa surface doit être émaillée de fleurs, pour nous servir de l’expression des poètes, et ces fleurs doivent se succéder es unes aux autres, de manière à teinter de nuances variées e tapis de sa fraîche verdure. Dès les premiers beaux jours, Ja johe petite pâquerette dessinera ses têtes d’un blanc de neige à travers le gazon naissant ; le jaune doré de la prinievère dominera ensuite, puis le rouge de la cardamine des près etc., etc.; laissez la prairie se vêtir d’une robe entière de fleurs indigènes; mais , si vous le voulez, enrichissez sa parure de l’éclat étranger de quelques plantes exotiques et prccieuses. Que les amaryllis du Cap, les narcisses de Cons- Jantinople, les tulipes de Perse et les faux-jalaps d’Ainériciue, assent brillèr leur or et leur pourpre, comme on voit briller de riches broderies sur la robe de gaze d’une femme élégante et jolie. Toutes les piaules liliacées de pleine terre, et neaucoiip d’autres, conviennent très-bien à la prairie, mais cependant il ne faut pas trop les y prodiguer," car leur renn re tortuite produira toujours un vif sentiment de plaisir 4 'e lasatiele détruirait bientôt s’il se renouvelait trop soiient. Soyez plii.s prodigue de fleurs moins rares, mais odoli "'rfV craignez pas de jamais multiplier trop sur le

ord dés ruisseaux le narcisse argenté et la violette.

Il faut peu de soins pour l’entretien d’une prairie; cependant il Ue faut pas se borner à la faucher une ou deux par an, et à entretenir la fraîcheur de sa verdure au

moyeu des irrigations; il faut encore ne pas la laisser envahir par les plantes parasites cpii nuisent à la qualité du fourrage qu’elle doit donner, et qui, si l’on n’y prenait garde, finiraient par l’envahir entièrement. Pour faciliter cette extirpation, nous donnerons à la suite du tableau des plantes propres à semer des prairies utiles et agréables, celui des plantes nuisibles que l’on doit empêcher d’y croître.

Plantes graminées propres aux prairies.

Agrostis dispar ; terre humide. — Agrostis paradoxe; terre légère et fraîche. — Alpiste roseau; terre marécageuse. — Avoine élevée; terre fraîche. — Avoine pubescente; terre sèche. — Avoine jaunâtre; terre fertile. —- Brome des prés; terre médiocre et fraîche •— Brome sans barbe ; même terre. — Brome gigantesque ; terre humide. •— Candie aquatique ; terre marécageuse. — Crételle des prés ; terre sèche et substantielle. — Dactyle pelotonné; terre sèche et médiocre. — Fétuque des prés ; terre basse et fraîche. — Fétuque élevée; terre humide. — Fétuque flottante; terre marécageuse. — Fléole des prés; terre humide. — Fléole noueuse ; terre un peu sèche. — Flouve odorante; tout terrain. —Houque laineuse; terre substantielle et fraîche. — Houque molle; terre sèche(<;t sablonneuse. — Houque odorante; terre froide et humide. Ivraie vivace, ou ray-grass ; terre bonne et fraîche. — Mélique ciliée; terre rocailieiisc. — Mélique élevée; terre bonne et élevée. — Millet herbe de Quinée ; terre bonne et fraîche. — Moliue bleuâtre ; terre marécageuse. — Paturin aquatique ; terre marécageuse. — Paturin commun ; terre de toutes qua'ités. — Paturin des prés ; terre humide. Faturin des bois ; terre bonne et fraîche. — Paturin des marais ; terre très-humide. — Paturin à feuilles étroites; terre fraîche.— Paturin à crête; terre sèche et sahloh' neuse. — .Paturin bleu; terre humide. — Vulpin des pré^» terre humide. •— Yulpin géniculé; terre marécageuse. Vulpin des champs; terre sèche et médiocre.

Telles sont les plantes graminées que l’oh doit einployei' au semis d’une prairie, si l’on veut réunir à la fois l’ulile

et l’agrcable; dans le même but, on pourra mettre eu mélange avec elles les plantes suivantes, la plupart ayant des fleurs agréables, et toutes fournissant un fort bon fourrage.

1. Teires marécageuses. Berle blanche ; beau feuillage ; terre inondée. — Cardanime des prés ; jolies fleurs roses ou rouges; terre tourbeuse. — Renouée bistorte ; Jolies fleurs lilas, en épis serrés ; terre tourbeuse. — Spergule noueuse; feuillage très-léger; terre tourbeuse.

2. Terres humides. Gesse des prés ; fleurs papilionacécs, légères, d’un rose violacé; toute terre. — Grand mélilot des bois; fleurs jaunes, feuillage charmant; port frutescent. — Loticr siliqueux; toute terre; fleurs jaunes. — Luzerne mu tilée ; toute terre. — Trèfle filiforme ; fleurs très-petites, jaunes; toute terre. — Trèfle hybride; toute terre. — Scabieuse des bois; fleurs en tètes, liliacées , assez grandes; toute terre.

3 . Terres médiocrement fraîches. Astragale fausse réglisse; joli feuillage ; toute terre. — Gesse tubéreuse; toute terre. — Gesse des bots; terre légère. — Grande pimpreuelle; feuillage élégant; bonne terre. — Luzerne cultivée; terre profonde, fertile. — Sainfoin ; bonne terre. — Scabieuse des prés ; jolies fleurs en tètes ; tout terrain. — Trèfle rampant; terre légère. — Trèfle des prés; toute terre.

4 . Terres sèches. Anthylüde vulnéraire; joli feuillage; terre médiocre. — Coronille bigarrée; toute terre. —Loiier Pofniculé; variété fort jolie à fleurs orangées; terre médiocre. — Lupin blanc ; terre graveleuse. — Luzerne jaune ; terre médiocre. — Trèfle fraise, remarquable par ses têtes de fleurs ressemblant assez à une fraise; tout terrain. — Trèfle de montagne; tout terrain.

3 . Terres très-sèches. Petite piraprenelle ; joli feuillage; terre maigre. —• Polygala commun; tene maigre. Petite plante charmante, à fleurs roses et violettes, ressemblant ttbsoluajcnt à de petits papillons. — Trèfle nain ; fleurs très-petites, jaunes; terre sablonneuse.

Plantes à détruire dans les prairies.

Nous ne mentionnons ici que les plantes qui nuisent à la qualité du fourrage et qui étouffent les bonnes herbes.

Achillée ; toutes les espèces. ■— Aigremoine. — Alchi* mille. —Angélique sauvage. — Arrête-bœuf ou bugrane. — Béloines; toutes les espèces. — Bardanc. — Les campanules. — Petite centaurée. — Les choins. — Ciguë. — Coquelicot. — Les Chénopodes. — Les grande et petite consoude. —Cuscute. — Les épilobes. — Eiiphraise. — Les fougères. — Les Gaillets. — Gaude. — Les géranium. — Les iris. — Les joncs. — Les laiclies. — Les marubes. — Les massettes. — Les mauves. — Les menthes. — Les me- ' nianthes. — Numulaire. — OEnanthc. — Ohoporde. — Origan. — Patience. — Polenlilles. — Prèles. — Les renoncules. — Les renouées. — Rhinanthe. — Les roseaux. ■ •— Sanicle. — Salicaire. — Les séneçons. — Serpolet. — Spirée. — Serratule. — Tormentille. — Valériane. — Véroniques.

Parmi ces plantes il en est de charmantes par leur feuillage et leurs fleurs; par exemple, les spirées, les iris, les menianthes, les rhinanthes, la salicaire, quelques sene- i çons, etc., on fera très-bien d’en conserver quelques pieds que l’on disposera le long des ruisseaux, dans les buissons et aulies lieux où elles ne pourront être mêlées au foin lors de la coupe.

La pelouse.

Elle diffère totalement Je la prairie, quoique cependant elle ne soit comme elle qu’un tapis de verdure. La place de la pelouse est sur le plateau des montagnes, dans la clairière d’un bois, sur la pente des coteaux. Elle manque d’eau, et son terrain maigre et sec est cependant couvert d’une verdure fine et serrée, produite parla fétuque ovine, couchée et rougeâtre, l’agrostis traçant, la méli(|ue penchée, et autres graminées qui se plaisent dans les terres sèches et [ presque stériles. Ces plantes, qui ne s’élèvent jamais assez

pour être abaltues par la faux, sans cesse rongées par l'a déni du bétail ou des bêles fauves, forment des touffes épaisses cacbanl la terre comme un épais tapis.

La pelouse exige des ornemeus dont la prairie peut se passer. On aime à y rencontrer quelques groupes d’arbres épars <^à ,et là; un sapin, un hêtre, un bouleau isolé, et même un simple buisson, peuvent quelquefois composer de petits tableaux très-pittoresques. Si la pelouse est placée dans un lieu solitaire, près de la lisière d’un bois, vous pourrez y motiver une cabane de braconnier, la chaumière d'un charbonnier, ou même un ermitage. Si on la trouve au contraire rapprochée de lihabitation, une cabane ou un vide-bouteilles rustique n’y seront pas déplacés. L’important est de donner aux fabriques que vous y montrerez un caractère champêtre et même un peu sauvage, mais jamais recherché. Une fabrique d’architecture serait en ces lieux un contre-sens intolérable.

Le gazon.

11 appartient à presque tous les genres de compositions symétriques et irrégulières, si l’on en excepte la ferme ornée où il est remplacé par la prairie. Le gazon employé comme objet principal, jette toujours de la grâce et de la fraîcheur ùans un jardin; c’est une sorte de coquetterie qui plaît partout. Mais lorsqu’on s’en sert comme accessoire, comme moyen, il est tellement précieux, que souvent il serait impossible de s’en passer. Pour donner de l’air et de la lumière à la façade d’une habitaliou, vous ne pouvez employer ^loe le gazon; vous l’employez pour motiver un éclairci où i’œil va chercher une perspective intéressante ; vous l’employez pour découvrir le devant d’une fabrique, pour enca- ‘irer une sculpture, pour motiver une plate-bande de fleurs, 01 même pour composer entièrement des petites scènes, tels ^oe gradins et bancs, qui ne sont qu’accessoires à de plus gt'ands tableaux.

^ Un gazon, quelle que soit sa petite étendue, peut toujours o're ombragé par un arbre isolé, car la mode l’a décidé; oot arbre est toujours choisi dans la famille des conifères, sans doute parce que son feuillage sombre se détache mieux

sur le vert gaî du gazon. Si celui-ci est d’une certaine élendue, on peut planter quelques groupes isolés d’arbres ou d’arbrisseaux, de petits massifs, même un bosquet s’il est d’une vaste étendue, mais il faut mettre beaucoup de gcét dans la distribution de ces petites scènes.

Le gazon doit offrir un tapis uniforme et d’une surface aussi unie que possible, et en cela il diffère de la praii ie. Ou doit donc Je semer avec une seule espèce de graminée. On emploie généralement l’ivraie vivace ou ray-grass {loUum p'erenne) ^ à cet usage; mais dans les terres très-sèches et graveleuses, on pourrait le remplacer avantageusement par la fétuque ovine ou la fétuque coquiole. Si on voulait l’émailler de quelques fleurs, l’usage autorise à y planter des crocus de diverses couleurs, des colchiques, des orchis et autres plantes très-basses, d’un aspect analogue. Pour qu’un gazon ait tout ses agrémens, il faut l’entretenir avec grands soins, le faucher au moins quatre fois par an, détruire scrupuleusement toule.s les herbes parasites qui s’en emparent, et principalement les mousses.

Le (apis.

Il se compose de la réunion d’im plus ou moins grand j nombre d’espèces déplantés, tontes à fleurs très-apparentes, : remarquables par la grandeur et l’éclat de leurs corolles.

On le place sur le bord des ruisseaux, et sous l’ombrage des massifs, des bocages et des bois. Sous les arbres élevés d’une forêt, ou étendra des lapis d’airelle myriilc, de pervenches, de pyrolles et autres plantes ne craignant pas la privation du grand air et des rayons du soleil; à l’ombre des bosquets, ^ la violette, les arums, et quelques liliacées, cacheront 1« terrain. L’iris flambe, le nénuphar, la inacrc et les rcnoii' cilles flottantes pareront les marais ; les narcisses, la circé aux fleurs argentées, la grande cl la petite consolides, 1® myosotis souveuez-vous-de-moi, mireront leurs jolies corolles dans l’onde limpide d’un ruisseau, et embellii'ont les bords d’une rivière.

Il s’agit ici de varier le cou[i d’ueil et d’employer pour , cela toutes les couleurs, toutes les nuances que peuvent fournir non-seulemcut les fleurs exotiques, mais encore ccl!o‘

qui croissent spoulaiiémeut dans nos campagnes, et qui, dans les situations que nous venons d’indiquer, produisent souvent un effet si pittoresque. Les lichens et les mousses, croissant naturellement autour des vieux arbres, le lierre qui se traîne sur la terre jusqu’à ce que, pour s’élever, il trouve un appui et un protecteur, niiüe autres végétaux qui devieiiuent pittoresques par les oppositions et les contrastes, trouveront une place heureuse dans ce genre de petite composition; mais il faut que l’art qui les a rapprochés reste entièrement caché et que ces tapis paraissent devoir tout leur charme au hasard et à la nature. C’est pour cette raison que vous n’y admettrez que peu de plantes exotiques, et seulement de loin en loin. L’effet ordinaire de ces brillantes étrangères est de faire deviner la main du jardinier, et lorsque l’art est aperçu, l’esprit devient exigeant.

Le massif.

Il appartient aux compositions symétriques, ainsi qu’aux jardins paysagers, mais dans ces deux cas il change entièreineut de caractère. Dans les parterres réguliers, les plantes qui le composent sont plantées dans un ordre géométrique, en quinconce, en rangs ou en échiquiers; dans les compositions pittoresques, les fleurs sont jetées comme au hasard, niais toujours de manière à se faire valoir réciproquement.

Dans le jardin symétrique, les massifs occupent des places calculées; leurs contours sont réguliers et nettement dessinés par une bordure; ils affectent la forme d’uu rond, d’uu uvale ou d’un polygone. Souvent les vases qui contiennent les plantes qui le for.ment se laissent apercevoir.

Dans le jardin paysager, les massifs sont dispersés çà et l'V, comme au hasard, mais cependant avec goût. Leurs concours sont irréguliers, mais gracieux, .sans ligne de bordure, et ds affectent toutes les formes. Si quelques fleurs exotiques oélicates y font briller leurs vives couleurs, le vase qui les fecele est enterré de manière à ne pouvoir être deviné.

flans l’un et l’autre cas, les plantes qui composent le niassif doivent être à la fois remarquables par le brillant de leur feuillage et la Ijoaulé de leurs corolles. Il faut que le choix en soit fait d’une telle manière que les fleurs sc suc-

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cèdent les unes aux autres, de mois en mois, pendant la plus grande partie de l’année. Outre cela, elles seront placées avec tant d’art que l’une se trouvera en pleine floraison quand l’autre sera passée, et que leurs couleurs et leurs formes se feront réciproquement valoir. Quelques jardiniers intelligens calculent l’espace entre chaque plante, de maniéré, sans que le massif soit dégarni, à ce qu’ils trouvent de la place, en automne, assez pour transplanter des fleurs annuelles qu’ils ont semées et élevées sur couehe, et qu’ils n’y apportent que lorsqu’elles sont dans tout leur éclat.

Il faut, en plantant le massif, avoir le soin de placer sur les bords les plantes les plus basses; celles médiocrement elevees, sur le second et troisième rang; les plus hautes dans le milieu. Par ce moyen elles ne se masquent pas les unes et les autres, et se font réciproquement valoir. On rend cette rnéthode d’une exécution plus facile, en exhaussant plus ou moins en dos d’àne le centre de la petite plantation. '<

Le parterre.

Pour nous eonformer à l’usage, nous laissons le nom de parterre à cette portion du jardin fleuriste où les plantes les plus précieuses sont réunies et distribuées dans des comparlimens réguliers. On ne confondra donc pas celui-ci avec le parterre formant genre, décrit page 63 .

« Le parterre de broderies, dit M. Bailly, était celui où , « le dessin imitait des formes bizarres et variées, mais le « plus souvent à parties parallèles semblables : il avait quel- | « quefois la forme d’une fleur, d’une rosace accompagnée , « de fleurs, de volutes, de rinceaux, etc. Ces broderies ' « étaient marquées sur le sol par des traits de buis ou de « gazon; le comble de l’élégance était de les détacher les « uns des autres par des massifs de sable de diverses cou- « leurs. On y faisait aussi entrer quelquefois de petits tapis « de gazou, quelques corbeilles de fleurs et des platesbandes.

Le parterre à compartimens contient plus d’allées, il I « peut s’appliquer à un plus grand espace; on peut réduire ■ “ sou explication, en disant qu’il est composé de plusieurs i « parterres à broderies symétriques, au moins pour ceux

« qui sont eu vis-à-vis. Du reste, on y fait entrer les mêmes « ornemens. Le talent de leur dessin consiste, en outre, au « placement des allées qui sont toujours droites, mais tantôt « en carrés parallèles à l'habitation, tantôt en triangles ou « en diagonales.

« Le parterre à pièces coupées ne diffère des précédens « qu’en ce que les allées tournantes et ordinairement fort « petites suivent les contours même du dessin, et forment « alors des plates-bandes et des corbeilles qu’on garnit de « fleurs et de vases. Ce sont de vrais labyrinthes, et on doit « les proscrire avec moins de rigueur que les autres. Lorsque « le goût a présidé à leur dessin et que leurs découpures « sont simples et peu chargées, ces parterres ont leur « agrément et n’offrent pas les ridicules minuties des pre- « miers.

« Il en est de même du parterre dit à l’anglaise, qui se « rapproche encore davantage du jardin fleuriste. Il consiste « presque exclusivement en un ou plusieurs tapis de gazon à « découpures peu nombreuses et entourées d’une plate-bande « où l’on place des fleurs, et dont les allées suivent les dé- « tours. «

Les auteurs modernes prosci’ivent les parterres dans leurs ouvrages, mais iis en tracent dans leurs jardins. Quant à nous, nous pensons que dans tous les arts comme en littérature même, le but principal est de plaire : si on y parvient nous trouvons qu’on a toujours bien fait, et pour celle raison nous ne proscrirons rien, pas plus le symétrique des jardiniers que le romantique des auteurs.

La plate-bande.

On nomme ainsi une plantation de fleurs ayant peu de largeur , une longueur plus ou moins grande, dessinée par doux lignes ou bordures parallèles.

ba plate-bande peut être droite ou flexueuse; sa largeur n est jamais moindre de quatre pieds et n’en dépasse jamais S‘\. Ses bords, ordinairement formés par une ligne de buis nn de briques, sont de deux ou trois pouces plus élevés fluo le sol des allées, et le milieu de la plate-bande est plus

OU moins exhaussé eu dos d’âne, selon que le lerl’ain c(*aint plus ou moins l’humidilé. Qiielquel'ois ou enlève d’une plaiebande un pied ou dix-lniil pouces de terre, que l’on remplace par du terreau de bruyères pour cultiver des plantes de terre de bruyères.

La plate-bande appartient à tous les genres de compositions, mais dans les jardins symétriques seulement on peut l’isoler, c’est-à-dire lui donner une allée de chaque côté. Dans toute autre circonstance elle accompagne les gazons, les massifs, les bosquets, et en forme le bord.

On plante quelquefois dans la plate-bande, de distance en distance, des arbustes à fleurs, ou des arbres fruitiers taillés en quenouille ou en pyramide.

La planche.

La planche consiste en un carié long, plus large que la plate-bande, rarement élevé en dos d’âne dans le milieu, et servant ordinairement à cultiver des plantes de collection, telles que renoncules, tulipes, jacinthes, etc.

La planche peut être isolée, et dans ce cas elle est entourée de bordures ; mais le plus .souvent clic n’est qu’une simple division d’un grand carré.

La corbeille.

Ordinairement elle affecte la forme circulaire, mais quelquefois ou la dessine en ovale, en polygone ou en étoile. Elle est toujours entourée d’une bordure qui en dessine nettement les contours ; le milieu est très-élevé, et ordinairement marqué par un arbrisseau isolé.

La corbeille est une petite composition ambitieuse, qui occupe une place choisie et dans laquelle doivent briller les fleurs les plus belles et les plus rares.

pour (louner plus de nellelc et de précision aux coutours d’une composition quelconque. Elle doit être basse, bien garnie et tondue proprement, voilà toutes les conditions qu’elle exige aujourd’hui. Le buis nain est la seule plante qui remplisse toutes les conditions pour faire une bordure agréable, et toutes les plantes avec lesquelles on a voulu la remplacer n’ont pu remplir les mêmes conditions; cependant nous allons en donner la nomenclature.

1 “ Plantes annuelles.

Reine-marguerite; julienne de Mahon ; dracocépliale d’Autriche; balsamine; pied-d’alouette.

a® plantes 'vlvaccs, à fleurs remarqiiahles.

Alysse saxalile ou corbeille d’or ; fleurs très-nombreuses, petites, jaunes. —Anémone hépatique; fleurs charmantes, roses ou bleuâtres, paraissant dès les premiers beaux jours. ■— Auricule ou oreilles-d’ours; fleurs extrêmement variées, paraissant au printemps et en automne. — Ibéride toujours verte; fleurs blanches. — Jacinthe. — Tulipes. — binaire à feuilles d’orchis. — Marguerite vivace ou pâquerette; fleurs simples ou doubles, de couleurs très-variées. — OEillet de la Chine, de poète, de mai ; jolies fleurs, mais feuillage un peu diffus. — Primevère; fleurs charmantes et très-variées. — Safran. — Saxifrage. — Staticé ou gazon d’Espagne. — Violette.

3» Plantes vivaces, aromatiques.

-ibsintbe. — Anthémis odorante. — Hyssope. — Lavaude. — Matncaire. — Mélisse. — Origan. — Romariii. — Sauge. — Thym.

Le fraisier forme aussi de jolies bordures, mais qu’il faut outretenir avec beaucoup de soin et renouveler tous les deux ®us, si ou veut en obtenir à la fois des fruits et de belles muffes de verdure.

La contre-bordure.

Ou appelle ainsi une ligne de fleurs d’un bel effet, dont on accompagne ordinairement la plate-bande, et que l’on plante ou sème parallèlement à la bordure, pour la trancher du carré ou du massif dont celte plate-bande fait partie.

Ordinairement la contre-bordure se fait avec des plantes annuelles, telles que linaire, pied-d’alouette, etc. Quand leurs fleurs sont passées, on repique à leur place d’autres plantes qui ont été semées sur couche pour fleurir à l’automne.

Nous ne donnerons point ici la liste des plantes herbacées dont les fleurs sont plus ou moins agréables, parce que l’on trouve cette nomenclature immense dans tous les ouvrages d’horticulture et dans tous les catalogues des jardiniersfleuristes, et en outre, cela sort de la compétence de l’architecte des jardins, pour entrer dans celle du jardinier.

CtlAPITRE VIH.

des eaux.

Apres les végétaux, les eaux sont le plus bel ornement ‘‘Un jardin, de quelque genre qu’il soit. Il arrive quelquefois que la nature a fait les premiers frais d’une composition, en y plaçant des eaux abondantes et courantes; dans ce cas rien n’est aisé comme de s’en emparer pour créer de char- ^ans tableaux. D’autres fois elles manquent, mais on peut en aire venir au moyen de canaux; alors il faut être économe et mettre beaucoup d’art dans leur distribution, afin d’en tuer le plus grand parti possible. Dans ce cas on se trou- 'eia souvent dans la nécessité d’employer les machines dont nous donnerons la description à la lin de cet ouvrage.

Dans le genre paysager, on emploie les eaux naturelles, est-a-dire celles qui ne présentent dans leur cours que des accideus naturels ou paraissant tels. Dans les compositions symétriques, on emploie des eaux artificielles, c’esl-à-du’e noiît le cours obéit à l’art pour former des nappes, des jets, des bassins, etc., etc. Nous diviserons donc ce chapitre n eux paragraphes, dont l’un traitera des eaux naturelles t autre des eaux artificielles.

§ P'. DES EAUX NATüRELtES.

Nous diviserons encore celles-ci en eaux stagnantes, qui ^ous donneront le marais, la mare, Vétang, le lac et la ri- 'jre courantes, qui fourniront la. source

''««Jean, la rivière naturelle, le torrent et la

Le marais.

Dn appelle marais une étendue de terrain plus ou moins

grande, inondée de manière à la rendre impropre à la cnilure, sans que les eaux y soient assez profondes pour former un étang ou un lac. Les iris, les joncs, les roseaux, les butomes et un grand nombre de plantes aquatiques, s’y sont multipliés au point de cacber par leur feuillage la surface des eaux qu’elles habitent.

Les marais exhalent quelquefois des miasmes délétères qui compromettent la santé des habitans de leurs bords; mais pour cela il faut qu’ils soient nombreux et d’une vaste étendue. Dans ce cas, il est fort bien de tenter leur dessèchement, et l’on doit de la reconnaissance aux personnes qui rendent à l’agriculture des terres inutiles, ou fournissant .tout au plus de mauvais pâturages.

Mais dans un jardin, il faudra bien se garder de dessécher un marais, car on pourra en faire une composition des plus agréables. On le coupera par de nombreux canaux qui so croiseront dans tous les sens, et, en jetant la terre qu’on en sortira sur les îlots qui les sépareront, on les rendra propres à la végétation d’un grand nombre d’arbres et d’arbrisseaux dont les racines cherchent les eaux ou au moins l’humidité.

Ces petites îles, toutes de forme et de grandeur diffé- ' rentes, seront autant de cadres dans lesquels on placera des j scènes charmantes. Ici un tombeau se montrera sous l’oni- ' brage du saule de Babylone; plus loin la cabane d’un pè- ! cheur; dans un autre un bocage d’aulnes et de peupliers, ■ etc., etc.

Dans une barque légère, les promeneurs aimeront à parcourir cet archipel eu miniature, tandis que la carpe et b 1 tanche dorée mordront au perfide hameçon. Quelques parties \ de la composition, restées en marais, donneront un abri à . la poule d’eau et à sa jeune famille, et l’habile chasseur prou- 1 vera son adresse en abattant la bécassine qui s’élance dans les . airs du milieu des touffes de roseaux. j

On verra flotter avec grâce, sur la surface des eaux pi’O', fondes, la feuille large et luisante des nénuphars, cà grandes fleurs jaunes et blanches; dans les endroits moins creux, les butomes aux ombelles roses, les massettes, les flambes et (, les renoncules aquatiques, mêleront leur feuillage luisant. Les | racines caverneuses de l’aulne soutiendront les terres du n- j

vage, et le lupélo aquatique, le laxodier distique, mireront leur port étranger dans les ondes, avec les saules, les osiers et les peupliers.

Nous avons dit que les ilôts seraient de forme et de grancleur différentes; il en sera de même pour leur hauteur. On élèvera davantage les plus grands, et les plus petits resteront presque à fleur d’eau. Nous avons vu, à Toiirnus, dans le département de Saône-et-Loire, un modèle charmant de ce» genre de composition , dont il est impossible d’apprécier tous les charmes si on n’a pas été à même d’en juger par ses yeux.

La mare.

Dans de certains sols extrêmement compactes, les eaux de pluie -se ramassent dans une partie basse, y séjournent toute l’année faute de trouver un écoulement, croupissent et ne tardent pas à empester l’air aux environs. C’est ee que l’on appelle une mare.

S’il s’en trouvait une sur votre terrain, il ne faudrait pas la combler, car rien n’est plus facile que de rendre aux eaux toute leur limpidité et de les empêcher de se corrompre. Il De s’agit pour cela que de nettoyer la mare de la vase infecte qui forme son fond, puis d’y planter des plantes aquatiques à feuillage flottant. Ces végétaux ont la propriété de s’emparer pour leur nourriture des gaz délétères qui empoisonnent l’eau, et par ce moyen, de rendre à celle-ci toute sa limpidité. Je dois la connaissance de ce fait à ma propre expérience, et je puis en garantir la vérité. Mais lorsqu’on se contente de jeter dans la mare quelques racines de plantes aquatiques, il arrive souvent que ne fournissant pas assez de feuillage la première année pour épurer l’eau, elle se corrompt pendant les chaleurs du mois d’août, et fait périr racines qu’on y avait plantées. Il est un moyen infail- *ble, mais peut-être unique, de parer à cet inconvénient, 0est de jeter en automne, dans la mare, en raison de sept ^ nuit par Uoises carrées, des fruits de la macre flottante. Ces cnits, que l’on mange comme de^ châtaignes, portent dans quelques provinces le nom cornus, parce qu’ils sont armés de cinq cornes dures et piquantes; dans d’autres ils sont généralement connus sous le nom de châtaignes d'eau. Dès les

premiers jours du prinlcmps, ils gerineul et enfoucent leurs| racines dans la vase; les tiges monleut rapidement à la surlace des eaux, et dès le mois de juin la couvrent de larges; rosettes de feuilles très-élégantes et d’un beau vert.

Une mare peut devenir une composition très-pittoresque, si elle a qiielqu’étendue, et que l’on saclie en tirer parti. On donnera des contours gracieux à ses bords, que l’on ombragera avec des arbres dont les racines aiment à se baigner dans l’eau qu’elles assainissent. On lui donnera quelquefois la forme d’un petit étang, et l’on pourra dans ce cas simuler un ruisseau et nue source dont elle paraîtra tirer scs eaux Nous en offrons des exemples dans la planche 11-2, et dans la planche 16-11.

La mare sera parfaitement placée dans la ferme ornée, où elle pourra servir d’abreuvoir au bétail; mais elle sera beaucoup plus pittoresque dans une prairie, sur la lisière ou la clairière d’un bois, dans une vallée simulée, à laquelle elle donnera plus de vraisemblance, etc., etc. Si, selon nos conseils, on y cultive la macre, ses eaux deviendront assez pures pour y nourrir du poisson.

3 ® U élan g.

Ce n’est rien autre chose qu’un petit lac artificiel dont on retire les eaux à volonté, en levant l’empellement ou la bonde placée dans la digue qui les relient. Ces eaux sont plus ou moins vile remplacées par celles d’une rivière ou d’un ruisseau qui les alimentent.

La chose essentielle dans un étang, c’est de donner à ses bords des inflexions naturelles. Expliquons ceci : pour faire > un étang, il ne s’agit que de barrer le cours d’un ruisseau ou d’une rivière, au moyen d’une chaussée. Les eaux ne trouvant plus d’issues s’amassent contre l’obstacle qui les arrête, refluent en airière et sur les côtés, et forment une nappe qui s’étend jusqu’à ce que, étant parvenues à la banleur de la jetée ou de l’issue qui leur a été préparée, elles cessent de monter pour reprendre un cours naturel.. Si la •surface du terrain qu’elles ont envahi offre un plan régulier, les bords de l’étang seront peu ou point sinueux; si au contraire il est irrégulièrement moulueux, les etiux s’avance-

l’ont en forme d’anses dans les terres ; les parties haines du rivage feront comme de petits caps se prolongeant au milieu des eaux. Telles sont les observations sur lesquelles on se basera rigoureusement pour tracer les sinuosités des bords.

Si la surface unie du sol n’offrait aucune indication naturelle pour des sinuosités, ou y remédierait aisément en abaissant en pente douce les parties où l’ou voudrait former des anses, en élevant celles que l’on voudrait faire avancer en forme de petits caps.

Dans un étang un peu grand, les vents ont quelque prise sur la surface des eaux; ils y forment des vagues qui, en allant se briser contre un rivage élevé leur offrant de la résistance, le minent peu à peu par la base, et lui taillent un bord perpendiculaire nommé falaise. On peut, en suivant cette indication, escarper de certains endroits du rivage, et jeter ainsi de la diversité dans le coup-d’œil.

^ Un étang sans ombrage aurait peu de charmes. Il faut que l’œil enchanté voie le feuillage des aulnes, des saules et des peupliers se réfléchir dans les ondes comme dans une glace. Il faut que les branches flexibles de l’osier se penchent sur les eaux et y mirent leur écorce d’or ou de corail ; il faut «l'ie le saule pleureur y baigne l’extrémité de ses rameaux pendans.

Tantôt un massif d’arbrisseaux ou un groupe d’arbres ombrageront une rive escarpée ; tantôt une verte prairie étendra en pente douce son lapis émaillé jusque vers la >ague mourante. Ailleurs vous donnerez à une anse la forme d’un petit marécage où des plantes aquatiques fourniront «ue épaisse retraite aux sarcelles et aux poules d’eau. C’est a que vous pouvez montrer les larges fleurs du nymphéa, les rouges ombelles des hutomes, et les jolies petites fleurs Jlanches de la macre se frayant un passage entre deux leuilles, pour venir ouvrir au soleil sa jolie corolle, et la replongeant ensuite dans les eaux pour toujours.

Rassemblez sur les bords, mais sans trop de profusion pour que l’art ne s’aperçoive pas, toutes les jolies fleurs in- ■genes qui se plaisent à l’ombre des frais bocages et le eng des ruisseaux. Les primevères , les violettes, les narcisses couvages, les consolides, les iris, les myosotis, et mille au- *cs, y produiront un effet aussi agréable que pittoresque.

bt l’étang est d’une assez vaste étendue pour qu’on puisse

avec convenance y placer une petite lie, ou y eu metira une. Mais pour la dessiner, il faudra motiver ‘ses contour! de la même manière que ceux de l’étang, car ici l’île n’a paî le même mode de formation que dans la rivière. Aussi ne doit-elle pas affecter la forme alongée plus spécialcmeni que toute autre forme.

La cabane couverte de roseaux, dans laquelle le braconnier vient s’embusquer avant le jour pour surprendre le ca nard sauvage, sera une fabrique fort bien appropriée à la sceue. Une maison de pécheur, telle que celles de la planche 5 i, lig. I et 3 , produira un effet charmant.

Un étang appartient plus spécialement aux scènes champêtres et rustiques, mais cependant il peut être placé avec vraisemblance dans toutes. Seulement on inodiflera son caractère in-opre de manière à le mettre en harmonie avec la composition générale.

Par exemple, dans un tableau pittoresque et sauvage, on lui donnera la physionomie d’un étang naturel, formé dans une gorge profonde par l’éboulement d’un rocher miné par les eaux et. dont la chute arrêtera le cours d’un torrent. Mali ce genre de composition est fort difficile, et il faut quel» nature en ait fait les premiers frais, circonstance fort rarCi qu il faut s’empresser de mettre à profit quand un hcurcus hasard la présente.

D autres fois ou peut donner à un étang d’une vaste étendue 1 apparence d’un petit lac, et pour y parvenir il ne s’agit que d’en déguiser la chaussée au point de la rendre méconnai^able. Pour cela, il faut lui donner des contours iriêguliers, une hauteur inégale, et l’établir en pente douce des deux côtés, de manière à lui donner l’apparence d’int^ accident de terrain. On la couvrira de plantations pittoresques; on masquera les déchargeoirs par des plantes aquatiques et des buissons d’aulne et d’osier, et la bonde oui l’empellement sera caché dans la maison d’un pécheur, o“| la cabane rustique d’un berger. Un des caractères de l’étau? | est de se prolonger en forme de queue marécageuse êc côté du ruisseau qui l’alimente. On fera disparaître celle! queue en l’élargissant brusquement dès son origine, et l’o» ^ masquera l’embouchure du ruisseau de la même maiiièiC que nous l’avons dit pour les déchargeoirs.

4 °. hc lac.

C’est une nappe d’eau couvrant au moins plusieurs dixaines J’arpeiis de terrain, et quelquefois plusieurs lieues. Le lac lie peut jamais être creusé à mains d’homme, à moins cependant qu’un puissant souverain voulût consacrer ses trésors à des travaux inutiles , et marcher sur les folles traces de ce monarque de l’antique Égypte qui, dit-on, fit creuser le lac Mœris,

Rarement un jardin paysager sera d’une assez vaste étendue pour renfermer un lac naturel dans son enceinte; néanmoins si cela était, on emploierait pour l’ornement de scs bords les mêmes moyens que ceux que nous avons indiijués pour l’étang.

Mais un jardin peut se trouver placé sur les rives d’un lac, et dans ce cas, le premier but que doit se proposer l’ar» cliitecle est d’arrangtr les points de vue avec un tel art, que le lac paraisse appartenir à sa composition, en tout ou en partie. Il faut pour cela que scs fabriques et ses tableaux soient arrangés de manière à s’harmoniser avec la scène principale, et cette scène sera le lac lui-même.

5 '‘. La rivière anglaise.

On donne cc nom à des eaux stagnantes que l’on a distribuées de manière à leur donner l’apparence d’une rivière., C’e,st la ressource des compositions où l’on manque d’eau naturelle , et où le sol est assez compacte pour retenir celles qu’on y amène au moyen de canaux souterrains et de machines.

Il faut de l’art pour tracer une rivière anglaise, et nous allons e.ssayer.dc donner les principes d’après lesquels on agira pour lui donner un air uatnrel.

L’eau descend toujours : elle suit constamment la pente la plus raide, et pour cette raison la rivière doit parcourir la partie la plus basse du jardin. Eu raison de celle loi, on Ç-'eusera son lit au fond des vallées. Si le plan du terrain ®tatt uni et uniformément plat, la rivière irait en ligne

cielle de maniéré a ce qu’elle paraisse tout-à-fait naturelle Son cours commencera dans une des parties un peu élevées du jardin, ,l suivra le bas des pentes en le cotoyaiU e en suivant t^outes les inflexions, et se terminera danJla partie

sile^ offJirrd’ " ^ Il en résultera que plus le

site offrira daccidens de terrain, plus la rivière sera sinueus^e, tandis que ses inflexions seront moins nombreuses e moins répétées dans un sol presque plat. SurtouTiSez pas dans une prairie unie faire serpenter de mille manières et sans motif, une rivière factice, comme on en voit trop d exemples dans nos jardins. En laissant apercevoir l’art It “a vÏÏ,é“ ” toL les charmes de

ralMês'’D‘ï.f'‘T jamais exactement pa-

ralleles. Dans les lieux plats, les eaux s’étendent plus à l’aise la nviere est plus large et moins profonde ; dans les endroits ou son passage trouve de la résistance, par exempir enTre ^onîe^ très-resserrées, son lit se rétrécit. Vous

pouvez donc adopter comme principe que la rivière sera large partout où ses bords serint plL m. mi pente trèsdouce, que plus la pente deviendra raide, plus^son lit se rétrécira, et enfin que les endroits où il sera le plus étroit seixint ceux où les rives seront le plus escarpées. ^ ’

Il est une circonstance où les bords d’une rivière cessent d etre parallefe : c’est dans les coudes qu’elle forme Le coV dïcôir'eltl^^'^""^^ direction Aient frapper Ya Te

d un cote , elle le repousse, mais elle ne laisse pas que d’en etre minee a la longue. Là, vous élèverez le borVe2“Lise

r; p?uTw! rive bi:

Il est très-indispensable pour donner un air naturel à la nviere, d en masquer le commencement et la fin. Si le iardiii est clos de murs, rien ii’est si aisé. Vous pratiquez sois ce mur une voûte par où la rivière a l’air d’entrer dans îe jardin, et pour mieux cacher l’artifice, vous adossez un pont contre le mur, afin d’assombrir la voûte en la rendant

plus profonde. Vous employez le meme procédé de l’autre côté pour figurer sa sortie.

Dans le cas où on n’a pas de murs, on perd les extrémités, soit dans un massif épais et impénétrable, soit derrière une élévation, soit enfin en les masquant avec une fabrique adossée à un bois.

On embellit les bords de la rivière anglaise de la même manière que ceux de l’étang et autres compositions de ce genre. Quant aux îles, on les crée dans les memes principes que ceux que nous établirons à l’article de la rivière naturelle.

Les eaux jettent de tels charmes dans un jardin, que souvent on sacrifie la vraisemblance pour en multiplier les effets, c’est à cela qu’il faut attribuer ces allées et ces venues, ces contours multipliés et sans fin que l’on fait faire sans les motiver aux rivières anglaises que l’oii voit dans nos jardins. Si, pour satisfaire à l’exigence d’un propriétaire, l’architecte se trouvait dans la nécessité de se plier à ce mauvais goiit, presque consacré par de nombreux exemples, il arrangerait ses tableaux de manière à masquer ces replis bizarres, et il arrangerait sa plantation en conséquence ; il aurait soin de ne tracer aucun sentier parallèle au bord de l’eau, et le promeneur, ne pouvant suivre le rivage dans ses nombreux détours, s’apercevrait moins de leur inconvenance.

Nous venons d’indiquer le parti à tirer des eaux stagnantes , voyons à présent comment on agira quand on aura des eau.x courantes à sa disposition.

6“. La source.

C’est toujours une eau qui s’échappe du sein de la terre pour former un ruisseau ; mais tantôt elle jaillit au pied d’un focher sauvage et se précipite de roc en roc, tantôt elle sc •nontre entourée d’un hocage sur le penchant d’une montagne , et en descend avec un doux murmure; tantôt elle naît on milieu des pelouses tapissées de mousse, dans le fond des vallons où elle promène paisiblement ses eaux.

ha source, dans ces diverses circonstances, et dans beaueoup d’autres qu’il serait impossible de prévoir, a un carac-

101*6 particulier qui détermine des tableaux différens. C’est à rarchUecic à prendre ses inspirations sur les localités mêmes, et à caractériser sa composition en conséquence.

Souvent une source, avant de former un ruisseau, rassemble ses eaux dans un bassin naturel, auquel on donne le nom de fontaine. Dans ce cas, sans cliauger la pln'sionomie de ce petit tableau, on peut rendre ses traits plus sailians et plus agréables. Dans un site sauvage et montagneux, on pourra placer ce bassin à l’entrée d’une grotte, ou même le recouvrir ù’une voûte de rocaille; mais prenez garde : ici l’art doit être tellement bien caché, que si l’on pouvait le soupçonner, votre composition passerait brusquement du pittoresque au ridicule.. Je vous répéterai le même J® ai donné clans le premier ouvrage que j ai écrit sur cette intéressante matière : « Cette espèce de « source, vous ai-je dit, paraît être celle qui plaît davantage,

« car 011 cherche à l’imiter dans tous les jardins; et presque « dans tous, n’étant pas motivée par le caractère dn site,

« elle est mesquine et de mauvais goût. Un rocher artificiel « s’élevant au milieu d’une plaine où la nature n’a jamais « montré une pierre, et laissant tomber par un tuyau de « plomb un filet d’eau dans un bassin en stuc et en rocaille « dans lesquels sont maladroitement incrustés des coquillages « marins pêchés dans la mer des Indes, tel est à peu jirès le « modèle ridicule que l’on rencontre dans beaucoup de jar- « dins modernes, et que l’artiste évitera scrupuleusement « d’imiter. «

Nos pères, lorsqu’ils troiivaienl une source piltorcsciue dans un site sauvage, étaient toujours disposés à donner des vertus miraculeuses à scs eaux froides et limpides, et les ! moines ne manquaient jamais de découvrir dans les archives I de leur couvent une vieille légende qui expliquait, souvent i par une histoire très-piquante, l’origine du miracle. Alors on mettait la fontaine sous la protection d’un saint on d’une madone, et en plaçait sa statue dans une niche ou un autre peut monument gothique, le plus ordinairement d’un effet ires-pittoresque. La figure 3 de la planche 107 nous en oitre nu exemple.

Dans les mêmes sites, sur le pcncliaiil d’un vallon, soit ] que la source ait un bassin , soit que ses eaux s’éloigiieul de suite en murmurant, vous placerez près de l’endroit où elle

jaillit un banc de gazon ombragé par l’alisier, le bouleau et autres arbres à feuillage pittoresque, en en exceptant néanmoins le saule pleureur, car son port étranger annonce toujours un art un peu prétentieux ,et le bocage de la source doit appartenir entièrement à la nature. Si un rocher naturel se trouve heureusement placé là , vous ferez grimper contre ses flancs mousseux le lierre au feuillage luisant, et la grande pervenche rampera sur la terre aux environs. Vous pouvez réunir là quelques fleurs, mais choisies seulement dans les plantes indigènes.

Dans la plaine, la source se fait moins remarquer par elle-même, aussi a-t-elle besoin de plus d’ornemens accessoires. Son bassin doit être plus large, et ses eaux limpides doivent reposer sur un sable pur. Vous pouvez encore y placer un ex-voto, et lui conserver alors sa physionomie naturelle; mais dans quelques circonstances, vous pouvez montrer un art rustique tendant à l’utile. Dans la ferme, ornée, par exemple, vous resserrerez ses eaux sans inconvenance dans un second bassin auquel vous donnerez la forme d’un lavoir, et vous recouvrirez le premier bassin d’une voûte gothique.

Dans ce cas, le saule et le peuplier d’Italie encadreront très-bien celte-petite composition, d'où vous éloignerez les arbres exotiques à fleurs apparentes, et tout ce qui sent la richesse et le luxe. Eu un mot, vous arrangerez toujours la source de manière à la mettre en harmonie avec Iq caractère général de votre composition.

6». Le ruisseau.

De toutes les eaux naturelles ce sont celles-là qui plaisent davantage et le plus généralement. On aime, dans une douce rêverie, suivre le cours d’un ruisseau, et s’égarer avec lui dans les attrayantes solitudes qu’il parcourt. Il semble que le mnrmui’e un ])eu monotone de ses eaux ait un charme particulier en harmonie avec les plus douces émotions de l’ame, avec les rêveuses méditations de l’esprit.

Il faut que le ruisseau ait de la grâce dans ses contours, que ses sinuosités soient constamment motivées parles mouvemens

sans présenter à rreî! nn i cours, pour ainsi dire,

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7°. La rivière.

« Si le fond des vallons où coulent les rivières dit

bas du coteau qui offre la pente la plus rapide en nas- , suivre le jned de ces coleau.\ ou le terrain est ordinaire.

« ment le plus bas. Plus les rivières sont étendues en lar- ■> geur, plus cet effet est sensible , et les bassins des grands « fleuves nous en offrent fréquemment l’exemple. «

Nous ne répéterons pas ici les principes que nous avons enseignés à l’article de la rivière anglaise (page laS), principes dont on trouvera déjà l’application faite par la nature si le cours des eaux d’une rivière n’a pas été antérieurement détourné pour les besoins de l’agriculture.

Les rives d’une rivière sont plus parallèles que celles d’un, ruisseau, et son cours est moins sinueux par la raison que ses eaux formant de plus grandes masses, ont plus de force pour vaincre et surmonter les petits obstacles qui auraient pu embarrasser et détourner leur cours. Ceci sera d’autant plus sensible, que sa largeur sera plus grande et ses eaux plus abondantes; mais si ta rivière rencontre un grand obstacle ses eaux se divisent en deux bras, tournent l’obstacle de deux côtés, puis se réunissent après, et voilà l’origine des îles élevées qu’il faut distinguer des îles d’attérissemeut comme nous le dirons plus loin.

Nous avons dit à l’article de la rivière anglaise quelles sont les causes qui rompent ordinairement le parallélisme des bords : ici quelques autres viennent s’y joindre et concoulent beaucoup au pittoresque de la rivière naturelle. Par e.xemple, une digue ou chaussée jetée en travers pour former l’écluse d’un moulin ou de toute autre usine. Dans ce cas l’eau tombant en large cascade des déchargeoirs, en bondissant sur les roues, ne manque jamais de se creuser au-dessous "n large bassin où elle bouillonne en tourbillons avant de prendre son cours; là elle a dépouillé des quartiers de rochers à fleur d’eau contre lesquels elle lutte en vain; ici elle sest creusée un trou caverneux sous les racines d’un aulne • plus loin elle a miné sous les racines d’un vieux saule, dont ^ironc, presque déraciné, s’est penché sur le lit du torrent. Mille effets pittoresques résultent de ce genre charmant dé composition, dont on trouve de jolis modèles autour de presque tous les vieux moulins.

Outre que les bords de la rivière ne sont pas toujours parallèles, chacun d’eux a encore de petites indexions, des accidens, qui lui sont particuliers ; une falaise occasionce par eu coude ou par un banc de terre très-dure, un rocher, ^pielquefois une simple touffe de roseau ou la racine d’uii

arbre s’avançant au milieu d’un courant. Ces minuties ne sont pas à dédaigner, car c’est par elles que l’on donne un air naturel à la composition, et qu’on en détruit la monotonie.

Les plantations qui doivent accompagner la rivière sont dirigées sur les mêmes principes que celles de l’étang, du lac et du ruisseau. Elles doivent être en harmonie avec les diverses scenes que la nature a déjà esquissées, ou prononcer le caractère d’un tableau rustique, champêtre, etc., que vous créerez. Un moulin, une maison de pécheur, un bocage et un berceau, et plusieurs autres genres de fabriques, pourront très-bien se motiver sur une rivière, mais c’est principalement avec le pont que l'on produira des choses agréables.

De Vüè.

Nous en traiterons ici parce qu’elle convient particulièrement à la rivière, quoiqu’on la rencontre aussi sur le lac et l’étang. Nous avons dit plus haut qu’il fallait distinguer deux sortes d’îles. Celles que nous appelons éleUes, dont nous avons dit l’origine, et celles attérissement résultant d’un amas de terre et de sable élevé par les eaux.

Vile élevée peut, dans ses contours, affecter diverses formes. Elle peut être ovale, triangulaire, etc., mais cependant elle sera toujours plus longue dans le sens du courant de la ! rivière, que large en travers de ce courant. La raison en est ; de ce que les eaux minant sans cesse ses bords sur les côtés, finissent toujours par gagner du terrain et par la rétrécir.

Celte île pourra renfermer un site plus ou moins plat, plus ou moins tourmenté; et si elle est très-vaste, on pourra y établir les scènes appartenant à tous les genres de compositions , caractérisés par la plaine ou par la montagne. Il en résulte que scs bords seront décorés en raison de ses scènes, et selon les mêmes principes que ceux de l’étang. Là vous pourrez motiver tous les genres de fabriques sans exception.

Quant à Vile d’attérissement ou d’altuvion, il n’en est pas de même. Sa forme est invariablement déterminée par son origine. Elle doit être longue, étroite, c’est-à-dire que sa ’ longueur sera, égale à trois ou quatre fois sa largeur, pour le

moins. Sa tôle, c’cst-à-dirc la partie opposée au courant, sera arrondie et émoussée par le choc des eaii.v, sa queue pouna au contraire se prolonger un peu en pointe. Elle s’élargira plus ou moins dans le milieu , mais néanmoins cette largeur ue pourra jamais dépasser deux fois celle de la tête. Ses bords seront par conséquent elliptiques dans leur contour, et ils offriront peu ou point de sinuosités.

Cette île n’étant que le résultat des sables et des vases déposés peu à peu par le courant pendant les inondations, u’offrira que peu ou point de mouvement de terrain, et sera toujours tapissée par une prairie. Ses bords seront couverts (l’osier, de saule, et autres arbres et arbrisseaux aquatiques propres à retenir les terres ; jamais ils ne seront escarpés •?t coupés en falaise, mais le plus ordinairement ils descendront en pente douce.

Tels sont les caractères rigoureux de l’ile, et il faudra l’y soumettre dans la composition des scènes que l’on créera pour son ornement. •— Quoique ce cadre paraisse borné, au premier coup-d’œil, il offre cependant une assez grande marge à l’homme dégoût pour eu varier les effets. Tantôt une belle «venue de peupliers y offrira une promenade symétrique et a^Téable; une autre fois, une allée sinueuse, sous l’ombrage des saules, conduira le promeneur à une scène mélancolique caractérisée par un tombeau. Ailleurs ce sera la cabane d’un pécheur qui décorera le tableau, etc.

S**, Le torrent.

On appelle ainsi un cours d’eau impétueux, qui so précipité de roc en roc, de chûte en chute, sur un plan très- ^'icliné. Les eaux renversent sur leur passage tous les obstaqui s’opposaient à leur cours, et se creusent un lit pro- •ond à travers les rochers qu’elles minent par leurs bases, ^esravins, qui coupent les collines et les bois, ont quelquefois une telle profondeur, et leurs bords sont tellement escarpés, qu’ils forment d’effrayans précipices, sur les(|uels ''Il pont jeté avec hardiesse caractérise une de ces scènes les auteurs nomment terribles. Voyez la planche 34 , "g- 4 , 5 ,6, et la planche 26 , lig. 4 et 6.

fl n’est pas à la disposition de l’homme de créer un tor-

rent. Celle scène appartient tout entière à la nature, et il serait même ridicule de chercher à l’imiter ; elle se rencontre très-rarement, et seulement dans les sites montagneux d’un caractère âpre et sauvage. Si l’architecte en avait un dans le paysage mis à sa disposition, il faudrait en éloigner les fabriques d’un genre champêtre ou gracieux, et même toute habitation. La seule chose qui pourrait convenir, après le pont, serait une croix ou un ex-voto placé sur le bord effrayant de l’abîme, et marquant la place d’un événement funeste.

La plantation, si la nature n’en a pas fait les frais, conservera le caractère sauvage du lieu, et c’est là que les cèdi’es et les sapins produiront tout leur effet. Il est permis cependant d’adoucir un peu la sévérité du coup-d’œil an moyen d’un objet agréable, pourvu qu’il soit très-pittoresque. C’est ainsi (ju’un cytise, suspendu par ses racines dans la lissuie d’un rocbfr contre son liane le plus escarpé, sera d’un effet très remarquable lorsque son tronc incliné sur le précipice donneia nai.ssanceà des branches chargées d’une gaie verdure, et à des belles grappes de fleurs jaunes et peudan!e.s. Un sapin, un bouleau, ou tout autre arbre ainsi penché fUi' i’abîtnc, produiront toujours le tableau le plus pittoresque, j

9®. Za cascade. ■- ;

Celle composition est toujours d’un grand effet lorsqu ell® l appartient à la nature. Nous eu donnons plusieurs modèles ! dans la planche a6, et tous ont été copié.s sur la nature; au'si leur simple inspeclioii inspirera-t-elle mieux nos lec' leurs que tout ce que nous pourrions leur dire à ce sujet, f* figure 6 représente une cascade copiée en Suisse, sur le cite* min de Weggis au Righi ; la figure 4 , la cascade de Chède, dans les environs de Chainoni.x, mais nous y avons ajoute un pont; la figure 5 représente la cascade de BarberinC) dans le même pays.

On voit que la cascade, pour figurer dans les sccires jestueuses et terribles, doit être l’ouvrage de la nature ; ui®'* ; dans des tableaux d’un genre moins sévère, il est qiiel(|ue' ois possible à l’art d’imiter la nature et d’obtenir des j tout aussi agréables, quoique moins grandioses. Si l’on avait

un cours d’eau dont la pente fût assez rapide pour fournir les moyens de former une cascade, il faudrait s’empresser d’exploitçr celte heureuse circonstance. Ceci demande beaucoup d’art, et n’cst*d’une exécution facile que pour un dessinateur habitué à comprendre la physionomie caractéristique des objets, et à la rendre avec vérité dans ses tableaux. Sans cela vous entasserez des pierres les unes sur les autres, et ce vain étalage laissera toujoui-s deviner la main de l’ouvrier. ,

Pour cette raison, vous ne laisserez paraître de votre rocher factice, que le moins possible, les parties seulement qui se trouvent en contact avec les eaux. Vous masquerez les autres au moyen d’arbrisseaux grimpans, tels que le lierre, la démaille, etc.

Un seul quartier de rocher, jeté en travers du courant, et par-dessus lequel les eaux se précipiteront dans un bassin creusé par elles, pourra quelquefois suffire pour un tableau fort agréable. Si vous avez uue masse d’eau assez considérable,"vous pourrez, pour rendre la cascade plus pittoresque , la diviser en deux nappes au moyen d’un rocher qui divisera le courant au point où commence sa chiite, ou même un peu plus bas, ce qui sera mieux encore.

Si vous avez une hauteur suffisante, vous augmenterez beaucoup les charmes de votre composition en arrangeant, mais irrégulièrement, plusieurs chutes les unes sur les autres.

C’est manquer au goût et aux convenances que de placer une cascade en rocaille dans un jardin symétrique, et dans tout genre de jardin, près de l’habitation. Certes, le bruit des e-aux qui écumcnl et blanchissent en se précipitant, a des charmes lorsqu’on n’est pas obligé de l’entendre longtemps, mais à la longue il devient d’iiiie monotonie insupportable, et celle raison seule serait suffisante pour éloigner la cascade de l’habitation, quand même il n’y en aurait pas d’autres.

Mais celle composition a en outre un caractère inhérent qui ne la met en convenance qu’avec les sites boisés, les bocages solitaires et même im peu sauvages.

Il est une observation à faire quand on ordonnera les plantations qui doivent accompagner la cascade; c’est de laisser toujoui-s celle ci former la perspective d’un point de

vue assez «éloigné, sans néanmoins que cela paraisse tiil résultat combine. Du reste les groupes, les massifs, et ati-l très genres de pjantation y trouveroftt naturellement leur’ place.

Une autre observation essentielle est de faire paraître la chûte d eau aussi haute et meme plus haute qu’elle n’est. Pour cela il ne faut pas avoir la maladresse de l’écraser par 1 ombrage d arbres de première et seconde grandeur. On ne 1 entourera au contraire que de grands arbrisseaux avant un port arborescent, et d’arbres choisis parmi les plus piiloresques dune troisième grandeur. On conçoit assez sur quelles raisons nous établissons ce principe sans qu’il soit necessaire de les déduire ici.

I)KS BAUX ARÏiriCtKt.I.Eâ.

Nous avons dit que nous entendions ])ar eaux aiiificiclles celles qui, prisonnières dans des bassins ondes tuyaux, obéissent a l’art qui les dirige selon son caprice. Nons les diviserons en eaux plates et en eaux jaillissantes.

Les eaux plates nous fourniront le bassin, la pièce d’eau, le canal et le puits. Les eaux jaillissantes nous donneront la cascade artificielle, la vasque, la fontaine, le jet d'eau et les jeux d eau.

Les eaux naturelles, dont nous nous sommes occupés jusqu à présent, appartiennent exclusivement au jardin paysager. Celles dont nous allons parler appartiennent aussi exclusivement aux compositions symétriques.

r. Le bassin.

On donne ce tiom à une pièce d’eau ordinairement ronde, ou polygone dont les bords Sont en pierre de taille ou en marbre, avec une moulure sculptée, plus ou moins riche. Daus les compositions les plus élégantes, le centre du bassin est ordinairement occupé par un jet ou une gerbe d’eau, on '

lion, qui, à la vérité naît plutôt de l’étonnement que du plaisir. Je le pense, car cette admiration a toujours été suivie d’un petit mouvement de regret pour les sommes énormes qui sont consacrées annuellement par l’Etat à ces brillans joujoux.

N’imitez pas ces compositions, d’abord pour avoir plus de grâce et plus de naturel, car l’art, même le plus recherché, a aussi sou naturel; en second lieu pour ne pas faire d’un bel escalier de marbre une cascade bizarre, et invraisemblable, ce qu’on ne vous pardonnerait pas aujourd’hui; puis ensuite pour ne pas vous ruiner, quelle que soit votre fortune , car il faut que ces compositions portent le cachet de la grandeur pour n’étre que bizarres et de mauvais goût.

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