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CHAPITRE PREMIER

DE -Lk MANIÈRE D'OBSERVER AU MICROSCOPE.

L'art d'observer au microscope ne s'acquiert que par uue longue habitude : nos mains ont besoin de s'accoutumer à faire mouvoir assez lentement le porte-objet sur la platine du microscope, et à en rapprocher l'objectif d'une quantité , qui ïi'est appréciable qu'avec l'instrument lui-même ; nos yeux doivent aussi s'accoutumer à étudier et à comprendre des objets vus partiellement, à un grossissement de 200 à 3oo diamètres , et à démêler dans leur structure , à travers une transparence presque complète, les parties pleinesou creuses, ou en saillie. C'est donc une grande erreur que de croire qu'on puisse se servir convenablement du microscope comme d'un autre instrument de physique, dès l'instant même où 011 l'a entre les mains. Une longue pratique est nécessaire, et seule elle doit apprendre à l'observateur une Foule de détails d'expérimentation qu'il est impossible d'indiquer , car ils sont le plus souvent propres à chacun

Mais il y a quelques règles générales que nous devons exposer ici. La première , relative au degré d'ampliûcation ou de grossissement qu'il convient d'employer, se réduit à cette recommandation : de commencer toujours l'étude d'un objet par fies £?ossissemens faibles, et de n'arriver que progressivement a l'emploi des grossissemens les plus forts. Eu effet , à mesure

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que le grossissement est plus considérable , le champ de vision se réduit et ne laisse plus voir qu'une partie fort restreinte de l'objet. Il faut donc d'abord * surtout si l'on n'a pas une grande habitude , soumettre l'objet à un grossissement très faible, de dix à cinquante diamètres , par exemple , quand c'est un petit insecte , un cyclope , un systolide ou un autre petit animal à étudier dans sa forme générale : pour cela , on peut se servir du microscope simple , qui a l'avantage de montrer les objets dans leur position directe. On passe ensuite à des grossissemeus de 100 à i5o diamètres avec le microscope composé qui , comme on sait , montre l'objet dans une position renversée , et u'en laisse voir qu'une partie , si son diamètre réel est d'un ou de plusieurs millimètres.

Le renversement des images dans le microscope composé , rend plus difficile, en commençant, la manœuvre nécessaire pour amener l'objet dans l'axe même de l'instrumeut ou dans le centre du champ de vision ; c'est une raison pour qu'on s'exerce d'abord à bien placer l'objet sous des grossissemens plus faibles ; car , avec les grossissemens de 3oo diamètres , le moindre mouvement du porte-objet cause un déplacement si considérable de l'image , qu'on est souvent exposé à perdre de vue l'objet de l'observation. Il faut ensuite passer beaucoup de tems à le chercher, à moins que, changeant aussitôt les lentilles , on ne reprenne un grossissement beaucoup moindre, pour remettre en place l'objet en question.

La difficulté pour mettre au point ou à la distance focale précise , l'objet qu'on veut étudier, est d'autant plus grande , que le grossissement est plus fort : or , on conçoit que , pour l'objet vu dans l'instrument , les dimensions en épaisseur sont augmentées comme les largeurs, et que, par conséquent , si un corps paraissant épais d'uu millimètre au grossissement de 400 diamètres , on veut voir successivement sa surface supérieure> puis l'inférieure, il faudra remonter ou abaisser l'objectif de 17400 millimètre. Jusqu'à ce que la main ait acquis l'habitude de ces mouvemens microscopiques, on est donc exposé à monter et à descendre l'instrument d'une quantité beaucoup trop forte , et par suite même à briser le porte-objet par le contact forcé de l'objectif. Quand il faut, comme il arrive souvent, rapprocher l'objectif d'une quantité beaucoup plus petite , on préfère souvent exercer une légère pression sur le

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corps du microscope ou sur la platine, pour rapprocher suffisamment, à cause de l'élasticité du métal. Mais pour ces forts grossissemens aussi , il faut bien se rappeler que le microscope pris au point pour un observateur , ne le sera pas pour une autre personne dont la vue serait différente , c'est-à-dire , qui serait plus myope ou plus presbyte ; car la distance de l'objectif à l'objet, est toujours en rapport avec la vue de l'observateur.

Il est à propos de s'arrêter , autant que possible , à l'emploi de certains grossissemens détermiucs à l'exclusion des grossissemens intermédiaires: que ce soient, par exemple, ceux deio, 20, 5o,ioo, i5o, 200 et 3oo fois le diamètre ; on gardera dans sa pensée, la notion du diamètre et des détails d'organisation de certains objets bien conçus, qui serviront de termes de comparaison toujours présens. Nous avons dit que le microscope simple sera préférable pour l'emploi des grossissemens faibles jusqu'à 40 diamètres ; il sera même convenable , quand un objet a été étudié déjà avec les lentilles ou doublets de 20, 10 et 5 millimètres de foyer, qui donnent ces grossissemens de 10 , 20 et 40 diamètres, de substituer immédiatement la lentille ou le doublet de 2, 5 à 2 millimètres de foyer, qui donneun grossissement de 80 à 100 diamètres, pendant que l'objet est encore en place, avant de le transporter sous le microscope composé.

Quant à l'emploi des lentilles ou doublets d'un millimètre, ou de moins d'un millimètre de foyer , il n'y faut avoir recours que pour des comparaisons ou des vérifications utiles ; , car leur ouverture est tellement étroite , que l'œil doit en être j très rapproché, et encore le faisceau lumineux , au lieu d'em- j brasser toute l'étendue de la pupille, n'en occupe qu'une trop , petite portion ; c'est pourquoi si , par quelque pression ou ^ par un frottement de la paupière , on a déterminé l'injection de quelques vaisseaux dans l'œil, le champ de la \isiou se j trouve immédiatement traversé de taches ou de barres noires permanentes , sans qu'on puisse se préserver de cet inconvé- ( nient autrement que par le repos.

Une deuxième règle à suivre dans l'emploi du microscope , c'est de se préserver de toute cause extérieure de malaise ou de fatigue; ainsi on doit éviter soigneusement que l'instrument ou la table qui lui sert de support , ne vacille d'aucune

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manière, ou ne reçoive d'ébranlemeus par suite du mouvement des voitures à l'extérieur, ou de la marche des personnes sur les planchers , ou même par suite des pulsations du cœur qui se communiqueraient à la 'table. En outre de ces conditions de stabilité , il faut que l'observateur ait fixé la hauteur de son siège, celle de la table, et celle de l'oculaire de son microscope, dételle sorte que les muscles du cou, des épaules et de la poitrine, n'éprouvent aucune tension , aucune gène par suite d'une position forcée qui finirait par être un obstacle réel à une bonne suite d'observations. Il faut aussi que les coudes , ou tout au moins que le coude gauche sur lequel le corps doit se reposer, soit supporté à une hauteur convenable : je me sers avantageusement pour cela , d'une pile de livres posée sur la table, et dont la hauteur est facilement réglée.

Au moyen de ces précautions , on évitera sans doute certaines causes de malaise ; mais on n'empêchera pas que la fatigue ne se fasse sentir plus ou moins promptement suivant l'habitude qu'on a déjà acquise , et suivant l'état de santé ou l'on se trouve actuellement. On s'aperçoit bien , par exemple , qu'un mal de tète, qu'un rhume, qu'un embarras gastrique nous laissent bien moins aptes au travail du microscope ; mais quelle que soit la cause de la fatigue qu'on éprouve , il est prudent de suspendre et d'ajourner ses observations microscopiques. Il m'est arrivé souvent de passer douze heures de suite au microscope , sans fatigue notable , et d'autres fois un travail d'une heure m'obligeait à prendre du repos.

Une troisième règle bien importante pour le micrographe , c'est de modérer convenablement la lumière , soit extérieure, soit intérieure. Nous avons déjà dit pourquoi on doit absolument proscrire l'emploi des rayons directs ou réfléchis du soleil pour les forts grossissemens ; nous devons ajouter encore que l'on doit éviter d'éclairer trop vivement par transparence le champ du microscope , parce que , s'il est éblouissant de clarté, on n'y peut rien distinguer , tout d'abord , et l'œil se fatigue bien davantage à chercher les objets transparens ; mais la fatigue serait presqu'aussi grande , si I on s'obstinait à démêler les objets qu'on sait devoir se trouver dans un champ de vision trop sombre. Il faudra donc se donner un degré de clarté comparable à celui que nous présente un ciel lumineux

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quand on peut le regarder sans fatigue ; à cet effet , on affaiblira par des diaphragmes la lumière Irop vive , ou bien on dirigera le réflecteur vers un point du ciel moins lumineux ; et quand, au contraire, le ciel sombre et nuageux ne présentera pas assez de clarté , il faudra recourir à l'emploi d'une bonne lampe brûlant à blanc, telle que la lampe de Carcel ou toute autre bonne lampe mécanique, ou bien telle que la lampe dite à fond tournant, et celle de Wiesnegg. Mais, dans tous les cas , l'emploi des diaphragmes et des écrans sur le trajet de la lumière destinée à l'éclairage des objets vus par transparence, est indispensable pour modérer cette lumière et pour faire naître, en l'interceptant plus ou moins, des ombres passagères et des contours obscurs qui aident beaucoup à reconnaître les objets , et qui servent ensuite à démêler leur structure intime. Quant aux objets vus par réflexion , on n'est arrêté dans l'emploi de la. lumière la plus vive , que par l'inconvénient résultant de la radiation des. points brillans et de toutes les illusions qui en proviennent.

Si l'objet vu dans le microscope doit être copié sur un papier blanc , on aura soin d'éclairer ce papier de manière à le rendre aussi clair que le champ du microscope , ou , ce qui revient au même , de réduire ia clarté du champ pour que les deux images soient également éclairées. Les yeux , pendant l'observation microscopique , doivent être soigneusement préservés de toute lumière étrangère , soit directe , soit réfléchie. Un écran ou une visière mettra les yeux à l'abri de la lumière directe , et Ton éloignera tous les corps brillans ou blancs , ou vivement colorés» dont les rayons pourraient arriver même très obliquement à l'œil de l'observateur ; l'écran destiné à préserver la vue des rayons de la lampe qui sert à éclairer le microscope , aura aussi pour objet d'abriter la tête contre la chaleur rayonnante de cette lampe , si l'on se sert du microscope vertical; on s'évitera ainsi un notable inconvénient pendant le* observations très prolongées en hiver.

Un bon système d'écran ménage considérablement la vue de l'observateur , et lui permet de regarder d'un œil sans fermer ou sans froncer l'autre œil , comme le font les personnes qui n'ont pas encore l'habitude du microscope , et que la lumière extérieure fatigue beaucoup. Spallanzani travaillait dans une chambre obscure , 0(1 pénétrait un seul rayon de lumière

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