‹ Nouveau manuel complet de perspective, du dessinatuer et du peintre contenant les elements de geometrieChapitre 8 sur 126 · VIE DU POUSSIN · texte numérisé non relu

VIE DU POUSSIN

' . • Le Roi à M. Poussin.

Cher et bien-aimé , nous ayant esté fait rapport, par - • ,

aucuu de nos plus spécieux serviteurs de l’estime que vous vous estes acquise , et du rang que vous tenez • parmi les plus fameux et les plus exce’.'ens peintres de toute l’Italie, et désirant, à l’imitation de nos prédécesseurs , contribuer autant qu’il nous sera possible à

l’ornement et décoration de nos maiso'hs royales, en ap-

pelant auprès de bous ceux qui excellent dans les arts, et dont la sufûsance se fait remarquer dans les lieux où ils semblent les plus chéris , nous vous faisons cette lettre pour vous dire que nous vous avons choisi et re- . tenu pour l’un de nos peintres ordinaires , et que nous voulons doresnavant vous employer en cette qualité. A cetteeffet, notre intention est que la présente reeeue vous ayez à vous disposer de venir par deçà , où les services que vous nous rendrez seront aussi considérés que vos œuvres et vostre mérite le sont dans les lieux où vous estes, en donnant ordre au sieur de "Noyers , conseiller en nostre Conseil d’État , secrétaire de nos commandemens , et Surintendant de nos baslimens , de vous faire * * plus particulièrement entendre le cas que. nous avons résolu de vous faire. Nous n’ajouterons rien à la présente que pour prier Dieu qu’il vous ait en sa saincte '

garde. - , . ■ ' * ' *-

Donne à Fontainebleau le i5 janvier i63y. ,

Ces nionumens qui honorent autant la mémoire des grands du royaume de ce teins que celle de l'homme

vit ȟ roussiir.

célèbre à qai ils furent adressés étaient bien faits pour

toucher son cœur et flatter sou amour-propre ; mais

une épouse qu’il adorait, des habitudes qu’il ne pou-

vait rompre , des amis dont il ne pouvait se séparer , tant d’obstacles lui. parurent invincibles ; néanmoins , emporté par lè devoir et la reconnaissance , il promit de s# rendre en France l’automne suivant. Vainement il y fut attendu ; on eut recours à M. de Chanteloup , son ami particulier, lequel depuis long-tems formait le projet de faire le voyage de Rome ; ce fut une occasion pour lui de hâter son départ , bien résolu de ramener le Poussin avec lui ; en effet , il fut de retour à la fin de * l’ânnce suivante , eu 1640, accompagné du célèbre artiste. A son arrivée , il reçut une pension et trouva un appartement aux Tuileries. Louis XIII voulant encore signaler l’estime particulière qu’il faisait du Poussin, le nomioa son premier peintre, avec le titre de surintendant de tous les .ouvrages de peinture, pour l’ornement et restauration des maisons royales , et confirma les faveurs dont il l’honora , dans l’expédition du brevet souscrit eu la teneur suivante :

■ « Aujourd’hui vingtième de mars 164 t. , le Roy étant à St. -Germain en J^aye, voulant tesmoigner l’estime particulière que Sa Majesté faict de la personne du sieur Poussin , .qu’elle a fait venir d’Italie sur la coguoissance particulière qu’elle a du haut degré d’excellence auquel il est parvenu dans l’art île la peinture , non seulement

par les longues études qu’il a faictes de toutes les sciences nécessaires à la perfection d’icelui , mais aussi à

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cause des dispositions naturelles et des talens que Dieu lui a donnés pour les arts ; Sa Majesté l’a clioisy et retenu pour son premier peintre ordinaire , et en celte qualité lui a donné la direction générale de tous les ouvrages de peinture et d’ornement qu’elle fera ey aprèsfaire pour l’emhellissementdeses maisons royales; voulant que tous les autres peintres ne puissent faire aucuns ouvrages pour Sa Majesté , sans avoir faict veoir les dessins , et receu sur iceux les advis et conseils dudit sieur Poussin ; et pour lui donner moyen de s’entretenir à son service ,

Sa Majesté luy accorde la somme de trois mille livres par chacun an , qui sera doresnavant payée parles trésoriers de ses bastimens , chacun en l’anuce de son ' exercice , ainsi que de coustume , et qu’elle lui a esté payée pour la présente année ; et pour cet effect sera la dicte somme de trois mille livres doresnavant couchée et employée soubs le nom du dit sieur Poussin , dans les estais desdits offices de ses bastimens : comme aussi *

Sa Majesté a accordé au sieur Poussin, la maison, jardin

qui est au milieu des Tuileries , où a demeuré cy devant le feu sieur Menou. En tesmoignage de quoi Sa Majesté in’a coinmandé d’expédier au sieur Poussin le présent brevet quelle a voulu signer de sa main , et faire contresigner par son conseiller et secrétaire d’eslat de ses commandemens et finances , et surintendant et ordonnateur général de ses bastiments. »

Le Foussin avait déjà commencé les peintures de la galerie du Louvre, lorsque ses rivaux , par leurs cabales, cuire autres Vouct , Fouquières et l’architecte Lemer-

vie nu roussm. a i

cier , dont il avait changé les dispositions , décrièrent

tous à l'envi ses travaux et le dégoûtèrent du séjour de

Paris; il voulut revoir Rome, jouir de la tranquillité et •

delà liberté auxquelles il avait renoncé avec tant de peine, *

et il obtint la permission d’y retourner , sous prétexte • •

d’aller chercher sa femme pour s’établir eu France. A.insi s’éloigna de sa patrie pour la dernière fois , l’an 164a , au mois de septembre , le peintre, de la raison et des gens d’esprit, titre unique dans l’histoire de l’art r

et qui , décerné si justement par les contemporains , a été consacré par la postérité.

Peu d’artistes , dans leur tems de prospérité, ont été

plus à môme que Je Poussin de tenter la fortune ; mais

les preuves de son désintéressement étaient toujours

écrites derrière la toile ; jamais on ne discutait le prix * # qu’il fixait à son ouvrage , et il renvoyait l’çxcédant à

ceiyt qui grossissaient la somme. La' philosophie et la

simplicité de ses mœurs égalaient son désintéressement; sa vie. laborieuse l’obligeait à écarter de lui tout ce qui pouvait troubler sa tranquillité ; il attachait un tel prix ii la liberté et à la paix , qu’il se passait.mème de valet , et l’on raconte à ce sujet que le prélat Massini , qu’il reconduisait un soir la lampe à la ipain , le plaignant de ce qu’il n’avait pas un seul valet pour le servir : et moi, Monseigneur , lui répondit-il , je vous plains bien davantage d'en avoir un aussi grand nombre.

* * ( « Quelque tems après son arrivée à Rome ,, ayant appris la mort du Roi et la retraite de M. de Noyers, il ne ♦ voulut plus revenir , quelque instance qu’on lui fit pour

vie do roussrw.

aa

l’engager à terminer la galerig. A cette éppque, le Pous*

sin avait déjà passé vingt années à Romê , et durant les vingt autres qu’il vécut, il se livra sans interruption aux

traVaux de son art. Dans les dernières années de’ sa vie,.

il fut en proie à des infirmités qui ne lui permirent plus

de travailler , et .qui le conduisirent au tombeau , ne

laissant ni enfant ni élèves (i), et ayant conservé jusqn’à

ses derniers momeris le titre de premier peintre, avec le

traitement affecté à cette place , 'et ses. pensions, que #

Louis XIV lui fit payer exactement .

* Après avoir fait par son génie l’admiration des savans

et dès hommes de goût , et s’ être concilié ,• par la fran-

ehise et la candeur de soname, 1’estim.e et la vénération.

de tous ceux qui le fréquentaient , U mourut le. 19 novembre iG .65 , âgé de soixante-ouze ans et cinq mois.

Malgré l’exirème assiduité du Poussin, on est eu droit de s’étonner du 'grand nombre de productions d’un homme qui ne se fit jamais aider dans l’exécution de ses. ouvrages', dont la plupart sont très compliqués, Féli- * bien, à qui l'on doit des détails sur la vie du Poussin, a décrit ses principaux chefs-d’œuvre. Il cite entre autres^ le tableau de Gcrmanicus , la prise de Jérusalem , la

Peste des Philistins , Rebecca , la Femme adultère , les * »

sept Sacrement , qu’il peignit deux fois avec des chan$

(1) (rtiaspre Dugbct , son bean-frère , que l’on considère comme U seul élevé qu’ait forme le Poussin , ejt célèbre par la beauté dese» paysage* , quoiqu'il soit fort inférieur a son maître pour la ma^ jpsié, la rirlio-s» (lfe la composition et la variété doS sites.

vie dc roussis.

gemens considérables ; le Frappement du ivcher , T Adoration du veau d'or , la Manne , le Ravissement de saint Paul , Moïse salivé des eaux , nombre de paysages qu’il enrichit de sujets historiques, Diogène, Polyphénie, Orphée et JLtiridice , Pyrame et Thisbé, etc. Enfin les quatre Saisons. L’Hiver est ce fameux tableau du déluge qui fut -son dernier ouvrage. •

Le Poussin, indépendamment de ses compositions .

historiques, *qui ont révélé toute la beauté de son génie,

n’eût-il jamais exercé ses lalens que dans le genre du

paysage, se serait également placé au premier rang des ♦

artistes les plus célèbres dont la France puisse se glori-

fier. A l’aspect imposant que ; présentent les paysages du

Poussin , au- style majestueux de leur ordonnance et à l’extrême vérité des détails , il est aisé de reconnaître que si l’imagination a présidé à la création de sites analogues aux siècles, aux climats , aux actions des personnages qu’elle y a voulu représenter, elle s’est d’ailleurs

•guidée sur des études ou des souvenirs de la nature

‘ t * * choisie dans ces momens de calihe où aucun accident ne

vient altérer la pureté de ses formées et la sérénité de scs traits. En effet , le Poussin., qui , dans ses sujets pu- * rement historiques , négligeait assez ordinairement de dessiner la figure d’après le modèle vivaut, pour s’attacher de préférence à copier l’antique ou a méditer attentivement les ouvrages des grands peintres d’histoire, ne laissait échapper aucune occasion , même dans ses promenades , de saisir , au moyen de légères esquisses, les effets pittoresques de la nature, et de dessiner les

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