‹ Nouveau manuel complet des sorcier ou La magie blanche dévoilée par les découvertes de la chimie, de la physique et de la mécanique par m. ComteChapitre 108 sur 173 · ENCRES DE SYMPATHIE · texte numérisé non relu

ENCRES DE SYMPATHIE

il0 Encre pour faire paraître en jaune une écriture invisible.

Si l’on écrit avec une dissolution de nitrate de b'ismuth, et qu’on la mouille avec de l’hydrocyanate de potasse liquide, l’écriture paraîtra aussitôt en un très-beau jaune, dù à l’bydrocyanate de bismuth qui se sera formé par échauge des bases avec les acides ; l’autre sel sera du nitrate de potasse.

ia° Encre pour faire paraître une écriture invisible, en plaçant le papier sur lequel elle est tracée dans un livre.

Ecrivez sur un papier avec du sous-acétate de plomb, et placez ce papier dans un livre ; mettez ensuite, depuis vingt jusqu’à cinquante pages plus loin , un autre papier trempé dans une solution d’hydrosulfate de potasse ou de soude (foie de soufre), et laissez le livre en presse pendant quelque temps; en l’ouvrant ensuite, vous trouverez que l'écriture, auparavant invisible, aura paru en brun noirâtre.

Cet effet est dû au gaz acide hydrosulturique (gaz hydrogène sulfuré), qui s’est fait jour à travers le papier et s’est porté sur le plomb du sous-acétate, avec lequel il a formé un sulfure noirâtre.

11 est évident que si, an Heu de mettre le papier écrit avec le sous-acétate de plomb dans un livre, on le mouille avec un hydrosulfate, l'écriture paraîtra de suite; mais l’autre expérience est plus curieuse.

1 3° Encre pour communiquer à une écriture ou à un dessin presque incolore une belle couleur pourpre.

Ecrivez, ou dessinez à la plume, avec du nitro-iuuriate d’or, et mouillez l’écriture avec de l’hydrochlorate d étain étendu d’eau; elle se colorera soudain en très-beau pourpre , dû à l’oxyde d’or qui est précipité de sa dissolution.

i4° Encre pour faire paraître en noir une écriture invisible par deux liqueurs incolores.

Ecrivez avec une solution de deuto-chlorure de mercure, et mouillez avec de l’hydrochlora te d’étain l’écriture, elle se colorera de suite en noir. Cet effet est dû à l’oxyde noir de mercure qui se dépose.

i5* Encre pour faire paraître jaune orangé, et par une liqueur incolore , une écriture invisible.

Ecrivez avec une solution de deuto-chlorure de mercure

ENCRES DB SYMPATHIE. jgi

(sublimé corrosif), et trempez le papier dans l'eau de chaux , récriture prendra aussitôt une couleur orangée , due à la précipitation de l’oxyde de mercure par la chaux.

i6° Encre pour une écriture qui ne peut être visible qu'en trem~ peint le papier élans l'eau.

Ecrivez sur du papier avec une solution saturée de sur-sul» fa te d’alumine et de potasse, et trempez, plus ou moins de temps après, ce papier dans l’eau , il en résultera que l’écriture deviendra lisible en le présentant au jour, à cause que les traits qu’on aura tracés seront beaucoup plus obeurs que le teste.

On peut se Servir de ce moyen pour écrire dans les interlignes d’une lettre qui ne contiendra que des choses indifférentes, celles qu’on tondra ne faire connaître qu’à la personne qui sera dans le secret.

1 7* Encre dont l'écriture est rendue visible par le suc de

citron.

Servez-vous, pour écrire, du sous-acétate de plomb (extrait de Saturne), et lorsque vous voudrez rendre cette écriture visible, trempez ce papier dans du suc de citron ou du verjus •, les caractères que vous avez tracés paraîtront en blanc mat.

Cet effet est dû à la décomposition du sous-acétate de plomb, qui donne lieu à un acétate ou à un malate de plomb, qui sont blancs et insolubles.

18 0 Encre dont les écritures sont invisibles et paraissent par leur exposition à la chaleur.

On peut écrire avec différents liquides incolores, et faire paraître ces écritures eu les chauffant plus ou inoiîis ; ainsi, en écrivant avec

te Suc de citron, l’ccriture paraît en brun;

t'acide sulfurique très-affaibli* . — roux;

L’acide acétique (vinaigre blanc). — rouge pâle; Le suc d’ognon. — noirâtre;

Celui de cerise . . . — verdâtre.

Il est indifférent de chauffer ces écritures humides ou sèches; niais il est bon de faire observer que le degré de chaleur n’est pas égal pour toutes ; l’acide citrique est celui qu’ou doit le moins chauffer. Tout porte à croire que cette

ag4 iairb changer l'eau in vin.

coloration eït due à l’action de ces acides sur le papier, qui est favorisée par la chaleur.

190 Encre sympathique d'or.

Ecrivez avec une solution saturée de, nitro-muriate d’or, étendue de deux ou trois fois son poids d’eau ; en se séchant, cette écriture cesse d’étre visible. On doit conserver le papier soigneusement enfermé ; et lorsqu’on veut faire reparaître les caractères, il suffit de l’exposer pendant environ trois heures au soleil.

20° Encre sympathique invisible qui devient pourpre par la chaleur , el disparaît en séchant ,

Faites dissoudre du safre dans l’acide nitrique, et jetez-y peu à peu du sous-carbonate de potasse ; laissez reposer la liqueur, et étendez-Ia d’eau suffisamment. Ecrivez avec cette solution, et laissez sécher; alors cette écriture deviendra visible sous une couleur purpurine en présentant le papier au feu, pour disparaître aussitôt qu’il sera retourné à la température at« mosphérique.

Une bouteille bien bouchée étant remplie cfeau, faire chanqer cette eau en vin sans la déboucher.

Faites exécuter par un ferblantier un petit réchaud dans la forme indiquée par la figure 68, c’est-à-dire qu’il soit extérieurement construit comme un réchaud ordinaire d’environ 108 millimètres (4 pouces) de diamètre; qu’il ait un double fond a b éloigné de son vrai fond y d’environ 7 à 9 millimètres (3 à 4 lignes) ; éloignez de son vrai fond a b (lequel doit être percé d’un trou circulaire) un tuyau ou cylindre de fer-blanc y de 108 millimètres (4 pouces) de hauteur sur 4 1 millimètres (1 pouce ip) de diamètre, et placez au-dessus la soupape c, qui doit être soutenue par le petit ressort d l , lequel doit être ajusté entre ces deux fonds. Cette soupape sert à empêcher qu’on n’aperçoive ce double fond, ou plutôt la cavité qui se trouve entre ces deux fonds.

Ayezune petite bouteille de verre blauc e, d’environ 16a millimètres (6 pouces) de hauteur, qui puisse entrer dans ce tuyau de fer-blanc, et dont le poids, lorsqu’il est rempli d'eau, puisse abaisser la soupape C ; percez le fond de cette bouteille de deux ou trois petits trous de la grosseur d’une épingle : remplisscz-'a d’eau de rivière bien claire, et la Louchez ensuite exactement ; versez entre les deux fonds de ce tuyau,

et par le tuyau f, du vin rouge le plus léger et cependant le plus foncé en couleur que vous pourrez avoir.

Lorsqu'ayant posé cette bouteille remplie d’eau dans le cylindre creux ou tuyau /, son fond, percé de petits trous , trempera dans le vin renfermé dans la soupape, l’eau qui est plus pesante que le vin, sortira par les trous faits au fond de cette bouteille, et l’air ne pouvant y entrer et remplacer ce qui en sortira, le vin y remontera en pareille quantité, eu sorte qu’au bout de quelque temps la bouteille se trouvera entièrement remplie de vin (i); et si on la retire alors de dedans le cylindre, il ne s'écoulera aucun liquide par ces deux trous, attendu que l’air n’y peut entrer; il parajtra donc que l’eau qui y était contenue aura été changée en vin.

’ RÉCRÉATION

On prendra la bouteille, et, posant sans affectation le doigt à l’endroit où elle est percée pour boucher le trou, on l'emplira d’eau et on la bouchera aussitôt très-exactement; alors ou annoncera qu’on va la changer en vin. Pour cet effet, on la posera dans le réchaud , comme il a été expliqué, après y avoir mis à l’avance, et secrètement, le vin qui doit entrer dans la bouteille ; peu de temps après, on retirera la bouteille, et on la fera voir pleine de vin, et posant le doigt sur les petits trous , on la débouchera, et on la versera dans un verre, afin de faire voir que cette nouvelle liqueur est effectivement du vin.

Nota. Cette récréation n’est autre chose que Inexpérience physique du passe-vin déguisé sous une forme propre à produire une récréation amusante et extraordinaire: on peut mettre quelque matière dans la partie extérieure du réchaud, pour faire croire que c’est par ce moyen que se fait l’opération ; elle servira en même temps à empêcher qu’on ne juge qu’il y un faux fond. Il est bon aussi de couvrir la bouteille, afiu qu’on ne voie pas comment se fait cette opératiou.

Des Ventriloques.

Techniquement parlant, on a donné le nom d ’enqastrimysme à la ventriloquie. Cette première dénomination a été imaginée pour exprimer une manière de parler dans laquelle la voix paraît sortir de l’estomac ou du veDtre, et semble s’arti-

1 1) Plu* In différence rerpeclire du poids d» ce* deux liquides sera gronde, plut celle opdrali ou sers grande.

<uler dans ses cavités. C’est de ce nom d ’engastrimythes, de gastrimytlies, et de y as Iri loques, composition hybride, d'où ré* Suite le mot vulgaire de ventriloque , ventriloquie, consacré par un fort long usage, pour désigner les individus doués de la faculté de produire l'illusion qui résulte de la manière de parler, connue sous le nom d' engastrimysme. Les auteurs tes plus anciens ont eu connaissance de cette manière de parler, particulièrement Hippocrate, qui, trompé par les préjugés de son siècle, crut qu’il existait des hommes qui pouvaient parler du ventre.

Platon cite l’histoire d’Enriclès qui, le premier, dit-il , fit observer, sur lui-même, cet effet de la voix. Saint Chrysostôme regardait les ventriloques de son temps comme des hommes divins; il croyait, avec le peuple, que le ventre prophétique de ces imposteurs articulait des oracles. Acuraénius partageait cette opinion. Cette croyance leur avait été transmise par les païens, et les ventriloques opéraient chez eux des prodiges, comme ils faisaient des miracles au milieu des chrétiens. Les ministres imposteurs du paganisme ont eu plus d’une fois recours à l’engastrimysme pour tromper les esprits crédules et superstitieux. Ainsi, le prêtre qui setait exercé à devenir engastrimythe prononçait des oracles que l’on croyait fermement entendre sortir de la bouche de la divinité consultée. La pythonisse, se débattant sur son trépied, et feignant d’être en proie au dieu qui l’inspirait , n’était souvent qu'une habile ventriloque. L’antiquité est remplie de contes plus ou inoins absurdes sur les prodiges opérés par les ventriloques. Origène y croyait de la meilleure foi du monde ; un archevêque a publié un traité ex professa, sur la célèbre pytliouisse d'Endor, qui évoqua l’ombre de Samuel, la fit apparaître et parler; il assure que la source de l’éloquence engastrimyque de cette sorcière était dans la partie la raoius noble de sa personne.

On a vu dans tous les siècles des écrivaitis sacrés et profanes qui ont rapporté des faits qui attestent que l’art prétendu de parler du ventre fut cultivé de tout temps par quelques personnes; mais ils Croyaient que c’était en vertu d’un don particulier de la nature ou de la volonté des intelligences suprêmes. D’autres étaient accusées de 1 etre devenues par ua pacte diabolique: à celles-ci était réservé le supplice auquel on condamnait les prétendus sorciers.

Dickson, entre plusieurs détails curieux sur l’cngastrymis-

DBS VENTRILOQUES, *97

me , parle d'un nommé Fanving, qu’on avait surnommé le chuchoteur ou le marmoteur du roi , parce que, la bouche ouverte , les lèvres closes et immobiles, il tirait du fond de sa poitrine des paroles très-distinctes et d’une manière si merveilleuse, qu’on croyait qu’elles étaient proférées d’un endroit très-éloigné.

Cœiius Rhodiginus dit avoir vu à Rovigo une vieille femme qui parlait parfaitement du ventre: elle ne parlait jamais avec tant d'éloquence qu’alors qu’elle était entièrement nue. Son prétendu démon familier, celui auquel elle s’adressait, et qui était censé répondre à ses interrogations , se nommait Cincinnatns. Bordeu, l’un des critiques les plus éclairés du seizième siècle, raconte avec tous ses détails l'histoire de Louis Brabant, valet de chambre de François 1er, qui trompa la mère d’une jeune demoiselle dont il était amoureux, en lui persuadant qu’elle devait lui donner sa fille en mariage pour délivrer des flammes du Purgatoire le père de la jeune personne, mort depuis plusieurs années, et qu’il eut l'adresse de faire intervenir dans cette comédie au moyen de l’illusion produite par la faculté qu’il avait de parler du ventre. Ce même Brabant , voulant rendre son mariage plus avantageux , parvint à escroquer dix mille écus à uu certain Cornu , banquier à Lyon, et renommé par son extrême avarice. Pour cela , il évoqua l’ombre du père du banquier: la voix du défunt se fit entendre; elle suppliait son fils de donner la somme en question, de laquelle dépendait son salut. La piété filiale triompha de l'avarice , et l’escroc Brabant s’appropria sans scrupule cet argent. A. Vandaele , médecin d’Harlem , cite plusieurs fait* merveilleux de ce genre.

Les illusions produites par l’engastrimysme, lorsque celui qui en est doué y excelle, contribuent efficacement à entretenir l'erreur où l’on était que la voix avait alors sou siège véritable dans la région abdominale, et que les paroles y étaient articulées sans le concours de la bouche. Aussi, disaiton que les réponses de la pythonisse d'Endor sortaient ex ventre ir.feriore et parlibus genitalibus. C’est à cause de cela qu'elle rendait ses oracles diuaricatis cruribus. Faut-il donc s’étonner que ce phénomène, si mal observé, ait pu être réputé magique , surnaturel , divin , etc. Cette opinion, à l’égard des ventriloques, n’était pas exclusive au peuple; l’on a vu de tout temps des hommes très-instruits .mais d’ailleurs superstitieux, attribuer aussi l'engastrimysme à un pouvoir diabo-

lique. Chaque nouveau fait imprimait plus de force à cette croyance. L’abbé de Lachapelle est le premier qui, vers la fin du dix-huitième siècle, ait écrit des notions raisonnables sur la ventriloquie. Il cite des anecdotes arrivées en divers temps qui furent réputées surnaturelles. Il donne des détails curieux sur le nommé Saint-Gilles, épicier à Saint-Germain* en-Laye, qui était cependant bien loin de produire l’illusion qu’on a tant admirée en Thiemet, Corel, dans son café du Palais -Royal, et surtout le célèbre et malheureux Fitz-James. M. Comte, si connu par son amabilité, son esprit, ses bons mots et ses connaissances en physique, chimie et mathématiques amusantes, a surpassé tous ses devanciers. Mais afin de n'étre pas accusé de partialité, nous allons rapporter ce qu’en a dit de Jouy dans son Franc- Parleur.

« Cet habile physicien, dont lçs talents et l’adresse excitent à Paris une curiosité si générale , est doué d'une faculté extraordinaire : c’est uu engastrimythe ou ventriloque des plut extraordinaires qu’on ait connus dans les temps modernes. Le privilège dont il jouit paraît avoir été connu dans l’antiquité , et même d’une autre nature qu’ii n’est aujourd’hui , à en juger par les intéressantes recherches du docteur Montègre. Les engastrimythes anciens étaient ventriloques dans la force du terme, c’est-à-dire que leur voix partait en effet du ventre et se manifestait, ou du moins semblait se manifester au dehors par les organes de la parole. Ce que les livres saints et les auteurs profanes nous ont appris de la pythie de Delphes, de la pythonisse d’Ender, de la sy bille de Cumes, de l’orncle de Dodoue, etc., ne permet pas de douter que le pré* tre du paganisme n’avait su tirer un parti très-avantageux du talent des engastrimythes. Tout porte à croire que le fantôme qui opparut à Charles VI, dans la forêt du Maine, et qui troubla pour toujours sa raison, n’était qu’un imposteur ventriloque dont le funeste talent fut la source de lougs malheurs auxquels la France fut au moment de succomber, » C’est aussi le sentiment de l’abbé de Lachapelle. Le spirituel Ermite continue aiusi : « M. Comte, qu’on eût brûlé à Paris il y a deux cents ans, par la même occasion que la maréchale d’Ancre, est aujourd’hui recherché, fêté dans cette même ville où l’on se dispute le plaisir de le voir et de l’entendre. Depuis qu’ij a eu l’honneur de paraître aux Tuileries devant le Roi, c’est à qui obtiendra de lui une de ses soirées pour lesquelles on est obligé de se faire inscrire un mois d’avance. »

SGÉNES DB ▼ÈNTRIlOQOtË. 899

Pour justifier tout ce que les docteurs Fournier et de Mon» tègre, ainsi que de Jouy, ont dit du talent merveilleux de M. Comte, comme engastrimythe, nous allons peindre an hasard quelques-unes des nombreuses scènes dont il a égayé ses voyages.

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