‹ Nouveau manuel complet des sorciers, ou la magie blanche, dévoilée par les découvertes de la chimie, de la physique et de la mécanique, contenant un grand nombre de tours dus à l'électricité, au calorique, à la lumière, à l'air, aux nombres, aux cartes, à l'escamotage, etc. Ainsi que les scènes de ventriloquie exécutées et communiquéesChapitre 1 sur 89 · NOTICE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

NOTICE HISTORIQUE

Süa •

LES SCIENCES OCCULTES, LES OBACLES, LES SIDVLLES , LES SOBTS , LES BEVENANS, LBS VAMPIRES, LES FABFADEÏS , LES FÉES , ET ADTBES APPABITIONS 1 AKIASTIQÜES.

Les préjugés, a dit fort éloquemment le chancelier Bacon (i), sont autant de spectres et de fantômes quTin mauvais génie envoya sur la terre pour tourmenter les hommes. C’est une espèce de contagion qui s'attache surtout au peuple , aux femmes ,aux enfans et aux vieillards. Le préjugé n’est pas toujours une surprise du jugement investi de ténèbres ou séduit par de fausses lueurs ; il nait de celte malheureuse pente de l’âme vers l’égarement qui la plonge dans l’erreur malgré sa résistance, car l’esprit humain est une espèce de miroir magique qui déGgure les objets , et ne présente que des ombres ou des monstres. Quant aux sortilèges, ce sont les rêves d'une imagination blessée qui communique sa maladie à des cerveaux aussi faibles.

(0 Analyse de la philosophie. Tome I.

tUXOEL COUPLET

Les préjugés et la superstition ont fait de temps immémorial concevoir à l’homme l’espoir d’arracher à la nature ses secrets, d’en interverlir les lois, de connaître les arrêts du destin-, et d'en diriger Je cours; enfin, ce penchant «Je l’esprit à adopter aveuglément tout ce qui tient du merveilleux ou clu surnaturel, joint au cliarlatanisme , fruit ou de l'ignorance ou de la mauvaise foi , ont donné naissance à la magie ou aux Sciences occultes.

Dès le principe , la magie se borna à l’étude des rudimens des sciences et des arts, et à la pratique des devoirs religieux; c’est ainsi qu’elle était d’abord cultivée par les mages de la Chaldée et de tout l'Orient; mais bientôt on allia à l’élude des productions de la nature et de l'astrologie, les divinations, les enchantemcns , les maléfices, les sortilèges, etc.; dès lors la magie, revêtit les livrées du cbarlatanisme.de la mauvaise foi, et parfois du crime même.

Nous ne discuterons point ici s’il a existé des magiciens avant et après la venu^du Christ. Nous professons le plus grand respect pour rEcriture-Sainte , et nous nous en rapportons sur ce point à la croyance publique. A cela près, nous n'hésiterons pas à dire que. quelle que soit la profondeur du génie de l’homme . il est de toute impossibilité que, par sa seule volonté, il puisse à son gré troubler l'harmonie de la nature et opérer des. prodiges que l’esprit humain , malgré son penchant nu merveilleux , a peine a concevoir. 11 est vrai que , dans les temps reculés , lorsque les lettres , les scienc’es et les arlsélaicnt encore dans leur berceau , la moindre découverte ou innovation passait pour un effet surnaturel, et l’inventeur, regardé comme sorcier, était poursuivi comme tel (1). Les Grecs, chez lesquels les lettres, les arts et la civilisation avaient fait plus de progrès , par de pins nobles motifs, puisqu'ils avaient pour base la reconnaissance, firent des dieux et

(i) Pu.ve , LU. xvm, dit que Furius Crcsinus fut accusé de magie pai-ce que scs terrés étaient beaucoup plus fertiles que çelles de ses voisins. Pour sa défense, il présenta à ses juges des instruirions et outils perfectionnés, des enfans et des valets intclligens et laborieux, et des troupeaux nombreux et bien soignés, en

DBS SORCIERS*

des demi-dieux de ceux dont l’ignorance des i6m‘ et 17“° siècles, eût fait des magiciens.

La magie a été l’écueil des esprits crédules, et une mine féconde que les charlatans et les fourbes ont long-temps exploitée et exploitent encore de nos jours; c’est par son secours que les prêtres de l'antiquité , lc% sectaires, étc. , ont enchaîné la crédulité populaire et fait adopter leurs principes religieux. Mais comment concevoir que, hors des cas où Dieu a voulu manifester sa toute-puissance , il ait pu constamment, et bénévolement consentir à ce que les anges rebelles fissent des pactes avec les hommes, et les rendissent presque dépositaires de la toute-puissance pour ne s’en servir qu’à corrompre et perdre le genre humain. Il est cependanl de graves historiens , des pères de l’église , etc. , qui adoptent l'existence des sorciers ; Bacon même, ce héros de la philosophie, n’est pas éloigné de croire à quelques effets surnaturels, si j’en jage du moins par le passage suivant : « Il n’est pas hors de.vraisemblance, dit-il , que le cœur d’un lion appliqué tout fumSnl aù cœur d’un homme lâche, lui donnerait du courage. Indépendamment de la force de 1 imagination élevée par ce stratagème, il y a une raison d’analogie entre les parties. » . '

« Quand même la sympathie agirait à une distnnce.fort éloignée, quelle influence passe d’un homme sur -une multitude, ou d’une multitude sur un homme? Cependant, comment expliquer ces illuminations soudaines qui faisaient connaître la victoire d'une armée à un particulier , ou la mort d un ennemi à toute une nation ? On attribuera ces prodiges à une révélation surnaturelle : mais que repondre aux Romains, à des païens qui ont vu tout un peuple assemblé dans le cirque , pousser des cris de joie et de triomphe, au moment de la bataille qui se, donnait a plus de vingt milles, et remercier les Dieux d’un

ajoutant: ■Voilà, messieurs, mes pièces justificatives ; je rcÿretlc de ne pouvoir rendre, en ce moment, visibles à

lrava,,x el mes sueurs. Que de noblesse et dcMSnté dans cette réponse, et que de choses répu-

Pal' >’iporance, qui ne sont aussi que le fruit du travail et de l’industriel

M ANCEL COMPLET

combat, trois jours avant d'en recevoir la nouvelle? Estce hasard, ou bien l'imagination conçoit-elle un pressentiment assuré de ce qu’elle espère ? » Nous trouyous'qu’en celte circonstance Bacon a manqué de scepticisme; le hasard ou quelque circonstance politique peuvent avoir fait annoncer d’avance des succès qu’on désirait d’obtenir , atin de. fortifier l’esprit national. Mais est-il bien démontré que «-s faits soient réellement exacts? En fait d'histoire, il suffit de lire les mensonges imprimés de Voltaire pour se défier un peu des récits merveilleux des historiens, même des plus estimés de l'antiquité.

Comme la magie se propose plusieurs buts et qu’elle exige par conséquent la connaissance des divers moyens propres à v parvenir; l'étude et la connaissance de’ ces divers moyens constituent plusieurs branches des sciences occultes que nous examinerons. 11 est bon auparavant de retracer 1 historique de la magie, en général, chez b s peuples anciens et modernes ; nous ne parlerons cependant que des auteurs les plus connus, qui ont écrit sur ce sujet.

Agrippa. dont le nom passe chez le vulgaire pouraiiabolique, est un des plus anciens auteurs et des plus connus qui aient traité un pareil sujet; il a admis quatre espèces de magie.

»• La Magie naturelle, qui n’est selon lui qu’une connaissance plus rare et plus parfaite des propriétés et des verlhs inconnues nu vulgaire, nue la nature a mises en plusieurs choses, par le moyen (lesquelles celte espèce de magie peut opérer des effets surprenons et merveilleux , comme produire des fleurs et des fruits hors de saison, etc.; il est aisé de voir que la Magie naturelle se rattache intimement aux recherches des chimistes , des physiciens , même des naturalistes, et qu'elle est, pour ainsi dire, l’étudedes productions naturelles ainsi que des produits et des phénomènes qu'elles présentent dans leurs modifia cations ou par leurs réactions. Le P. Kircher, si connu par son monde souterrain , définissait la magie naturelle une connaissance de la sympathie et de l'anlipalliie des choses. Par ce mot de sympathie, nous devons entendre l'affinité : or cette définition rattacherait intimement la magie blanche ou naturelle à la chimie. Enfin c’est, cet te branche de la magie qu’ont principalement cultivée les Chaldéens, les Indiens, les Ethiopiens et les Perses, et

DES SOUCIEES. 5

dans laquelle Hermès Trismégisie , Tubalcain , ' Ostanès . Zamolxis , Zoroastre , etc. , ont acquis une si grande réputation que Platon n'a pas craint de nommer la magic dé ce. dernier une connaissance des mystères divins.

2° La Magie mathématique. C’est cette partie qui se rattache à la mécanique et qui , dit-il, joignant les subtilités de l’art avec les secrets naturels , produit des machines qui ont du mouvement, des statues qui parlent, etc. (i). Albert-le-Grand , Archytas, Boëce, ont joui de beaucoup de réputation ; dans des temps plus modernes, Vaucansori les a fait oublier. Cette magie se rattache à la magie blanche.

Ces deux magies constituaient , à proprement parler , la magie égyptienne , si célèbre dans toute l’antiquité. En effet les philosophes grecs qui , à l’instar de Démocrite . d’Empédocle, de Platon , dePythagore, etc. , visitèrent l’Egvptc, y recueillirent des connaissances mathématiques, astrologiques, philosophiques et naturelles. Dans Josèphe, Moïse traite la magie des Egyptiens de naturelle.

3° La Magie empoisonneuse. C’est celle , dit-il , qui opère les métamorphoses effrayantes , par les compositions et les breuvages, qui produit l'amour et la haine par les filtres, et renferme plusieurs sortes de maléfices. On a peine à concevoir le degré d’aberration de l'esprit humain dans cette espèce de magie. En effet, comment

(î) Guillaume de Paris, ainsi que plusieurs autres auteurs , n’ont pas craint de publier qu’Albert-le-Grand avait travaillé pendant trente ans à construire une statue. humaine , sous les divers aspects des constellations. Ainsi les yeux furent faits sous l'influence la plus directe du soleil, et la tête, le cou, les jambes, les cuisses, etc. , sous les constellations qui dominent ces parties. Cet homme, ou mieux cette statue révélait à Albert toutes ses difficultés; mais il advint un jour qu ayant parlé à l'improviste et importuné saint Thomas d Aquin qui était , en ce moment , liés appliqué j* a lecture de l’Ecriture-Sainte; de dépit le saint homme la mit en piçccs. L’on parle aussi d’une tête d airain parlante que Roger Bacon mit sept ans à faire, ce qui le lit accuser de magic.

MÀVCEL COMPLU

lire sans étonnement ce tissu d'absurdités qui nous n été donné jiar des hommes doués d’ailleurs d’un grand mérite, mais vivant un peu trop sous l'empire des préjugés! Tout nous porte à croire qu ils n’ont été que les échos de leurs devanciers, et qu’ils nous ont transmis de bonne foi des erreurs qu’ils partageaient. Laissant de côté les enchantemens de Circé , nous voyons Démocritc attester qu'il y a des plantes douées d'une telle ton e et vertu , qu’elles servent k l'évocation des dieux et à faire confesser auxcoupafcles ce que la question la plus rigoureuse ne saurait leur faircavouer.

De telles absurdités ne méritent aucune réfutation ; nous faisons remarquer seulement nu elles partent d un philosophe tellement habitué à étudier les effets et les causes, qu’il entrevit alors la décomposition de l’air par la respiration comme on pourra s'en convaincre par le passage suivant : In acre enim grandem numertim esse, quae Ule ( Démooritus) mentem animnmque appcllat. s le respirante quidem animait , et acre ingrédients ca pariler ingredi , et compressions rcsistendo , animant q me in en rit , egredi prohibera : atque ob id in respimndo et expirando , niortem et vitam ccnsistcre (i). On ne saurait méconnaître dans cette Ame de 1 air qui entretient la vie, l'air vital ou gai oxigène des modernes.

Agrippa . disposé à adopter et il propager les erreurs les plus grossières, a écrit, d après Juba, roi de Mauritanie, qu’il y a des plantes qui sont douées de la vertu «le ressusciter les morts. Dans sa philosophie occalte , il dit aussi , i* que le foie de caméléon, brùlé.par les extrémités, excite les pluies et les tonnerres; x° que, d après Albert-ie-Grand et Guillaume de Paris, la pierre héliotrope rend invisibles 3° que d’autres pierres , auxquelles il donne des dénominations bizarres, évoquent les esprits infernaux , apprivoisent tes bètes féroces et font connaître l’avenir par des songes; 4° que la peau de lhjène rend invulnérable au milieu d’une armée ennemie; 5“ qu il possède une composition au moyen de laquelle il engendre dans un œuf de poule une ligure semblable à celle d un homme , qu’elle a des vertus admirables et qu'elle est la

(î) Aristotelis , de Respirations .

DES SOBCIEtt?.

vraie mandragore. Nous ne poursuivrons pas le détail de ces absurdités ; la saine raison en a fait justice. Ce qu’il y a de plus déplorable , c’est de voir des hommes tels que Pline , être également imbus de ces erreurs. En effet , cet homme célèbre reconnaît également les vertus magiques de l’byène; il parle aussi de la propriété qu’a le, cœur de taupe , mangé fout cru et encore palpitant , de donner le don de prophétiser et d’opérer des prodiges. Avec saint Isidore, il attribue à ceux qui portent sous la langue une

Î>elite pierre qui existe dans la têle des tortues des Indes, e don de prédire l’avenir. Ce qu’il y a de curieux , c’efi; que dans le onzième siècle, Mardochée, évêque de Rennes , n’a pas craint d’ajouter que, suivant le croissant, la pleine lune , où le déclin, cétte pierre faisait deviner jusqu’à midi, ou tout le jour, ou seulement la nuit , et avant le Tever du soleil. Suivant Asclépiade , plusieurs plantes étaient douées de vertus magiques ; ainsi :

L'élhiopis, que le père Hardouin dit avoir vu au Jardin du Roi , jouissait de ia propriété de tarir les fleuves et les étangs, et d'ouvrir, par le contact , tous les lieux fermés.

L achéménis jetée dans les rangsennemis les mettait en fuite.

La lalacé produisait l’abondance.

Dioscoride dit qu’en broyant la pierre ætite et mêlant cette poudre dans du pain fait exprès, on parvient à découvrir les voleurs; ceux qui sont coupables de vol ne peuvent d'aucune manière avaler ce pain , tandis que les autres le mangent facilement.

L'on conçoit aisément que les poètes , qui , courant après le merveilleux , voient la plupart des choses à travers le prisme brillant de l’imagination , avaient vanté la vertu de certaines plantes pour opérer des prodiges opposées aux lois immuables de la nature , comme on le voit dans Homère, Théocrite, Virgile* ( i) , Horace, etc.

(1) Témoin ce passage qu’on lit dans l'Églogue vm de Virgile :

lias lierbas , aie/ tic liœc Ponto mihi lecla venena Jpse dédit Maoris : nascuntur plurima Ponto.

HU ego sœpè htpum fieri , et se condere sytvis'

Vidi, etc.

VUMJLL COUPLET

Mais qu'Hérodote et Mêla aient assuré que certains peuples devenaient loups pendant quelques jours: voila ce qu’on a peine à concevoir; voilà ce oui a mérité à Hérodote le titre de Père du mensonge. D après’ de telles autorités , comment les esprits faibles et crédules n’adopteraient-ils point de semblables puérilités , surtout quand on voit un des pères de l'Eglise, si vanté par son éloquence et l'étendue de ses connaissances , saint Augustin enGn . aflitmer (i) qu’il existe en Italie certaines femmes qui , par le moyen u'un certain poisan , convertissent les hommes en chevaux et leur rendent leur forme première après leur avoir fait porter leurs fardeaux (a). 11 ajoute que le père d'un prêtre . nommé Precstanliut , ayant été changé en mulet , portait le bagage. EnGn Lucius de. Fatras a pris la peine de composer et de publier un recueil au‘si bizarre qu'amusant de métamorphoses magiques que Lucien a si bien ridiculisées dans l’^nc d'or d' Apulée , qui est , à proprement parler, une excellente satire contre la crédulité où l'on était de son temps sur les transformations que les magiciens avaient le pouvoir d'opérer.

Les soi-disant magiciens oa enchanteurs se vantaient encore d'éteindre ou de faire naître l’amour au moyen de certains breuvages qu’ils nommaient filtres, lesquels étaient dus à des plantes délétèras qui produisaient le plus souvent des empoisonnemens très prompts. C’est ainsi que périrent Lucullus et Properce; Ferdinand-le-Calbolique mourut des suites d’un pareil breuvage que lui lit prendre sa seconde femme Germaine de Foix , pour en avoir un garçon. Suivant la dose et la nature de ces plantes, qui probablement devaient appartenir à la classe des narcotiques, les malheureux qui avaient été ainsi empoisonnés, entraient dans un tel état de fureur que plusieurs, parmi

(i) De Clvilale Dei. Lib. xvm.

(a) Dans La Fontaine, le compère Pierre voulait opérer cette raétamorpho?c chcr.su femme. Cette fable tend à prouverque, du temps du bon-homme, cette croyance pouvait encore avoir lieu dans les campagnes. Si naguère un écrivain avait été assez hardi pour irnprimer qu’un prêtre voulait l’exploiter a son prolit.'garc Sainte-Pélagie !

DBS SORCIBHS.

lesquels nous nous bornerons à citer le poète Lucrèce , se tuèrent dans un de ces transports. Ces filtres furent préconisés par les Grecs (1) et surtout par les Romains, qui colportèrent cette funeste manie chez les peuples qu’ils soumirent à leur domination.

Plusieurs auteurs ont écrit sur les filtres,, entre autres le P. Uelrio (2) , Tiraqueau (5) , Pomponace (4) , Coelius.Calcàgninus (5) , Apulée (6), etc. Il est à regretter qu’ils ne nous aient pas transmis le nom des plantes qui servaient à ces infernales préparations; nous les trouverions à coup sur parmi celles qui ont reçu le nom de vénéneuses et dont les propriétés toxiques out été si bien étudiées de nosjou'rs. Noussavons seulement qu’Aristote (7) a rangé deux poissons , nommés la scche et la remore ou rémora , parmi les filtres. Elien attribue les mêmes vertus à la cervelle de grue, tandis que Léonard Vaire atteste l’efficacité du foie de chameau contre les effets des filtres. Dans Homère , -Mercure conseille à Ulysse , pour se préserver des enchantemens de Circé , la plante nommée moly ; mais le plus célèbre de tous les filtrés , celui sur le-

(1) Il parait que chez les Grecs de pareils emppisonnemcns n’étaient point considérés comme un crime lorsqu’ils n’étaient pas exécutés avec de coupables intentions; ainsi , Aristote rapporte qu’une fille ayant empoisonrff* son amant, au moyen d’un breuvage qu'elle lui fit prendre, afin de le rendre fidèle, fut acquittée par l’aréopage. Il paraît que la jurisprudence française partageait cette opinion . puisque sur les conclusions de l’avocat-général Le Bret , le parlement acquitta également le gouverneur d’un prince de Portugal, qui avait voulu lui faire avaler un filtre pour le dehyrer d’une passion qu’il éprouvait pour une femme; il lui lut lait seulement défense d’user àl’avenir d'aucun charme sous quelque prétexte que ce fût.

(1) Diiquisit. magicar. Lib. ni.

(3) Ad leg. Connub. 14.

(4) De Incantat. c. 8.

(5) De amatorià Magiâ.

(6J Apolog. Lib. 1.

(7) Hisloria anim. Lib. n.

MASCBL COMMÎT

miel tant d'autenrs et Snumnise (i) même ont écrit , cJest

I hippomane. Aristote enaégaVementtraitédans son histoire des animaux : il en est de même du sceptique Bayle. A irgile, tant dans scs Géorgiques que dans son Enéide, fait mention des effets merveilleux «le cette ou de ces plantes, car le P. Delrio en compte trois espèces que l’érudit Saumaise ééduit à deux. Nous rangerons dans cette espèce de magie les divers crimes commis ou les assassinats pour . connaître l’avenir par l’inspection des entrailles humaines , pour interroger l’enfant dans le sein de sa mère , et mille autres horreurs dont nous nous bornerons à citer quelques exemples. Ainsi «usèbe (s) dit , que Maxenee ouvrait le ventre des femmes enceintes et examinait les entrailles des enfans pour évoquer les démons, afin de remporter la victoire. L’histoire raconte également que Pollenlianus, tribun (3) , fut convaincu d’avoir ouvert une femme enceinte pour apprendre de l'enfant le notn de celui qui devait succéder à l’empire. Tout le monde commit le devoûmrnt d'Antinous pour Adrien ; enfin Héliogabale choisissait pour ses sacrifices magiques (4) les enfans les plus nobles et les plus beaux , cl toujours de préférence ceux qui avaient leurs père et mère , afin que, par ce raffinement de barbarie, il pût augmenter leurs regrets et leurs douleurs.

II nous serait facile de retracer jri une longue suite de ces

épouvantables atrocités qui annoncent l’ignorance , la superstition , les préjugés et la dépravation de çcs malheureux temps. ,

La Magie eèrcrfwnialc est là quatrième espece de magic d' Agrippa ; elle se divise en goitie, ou ayant pour but special le commerce et l’évocation des démons ou esprits îmmondes, et en thènrgie ou commerce avec les anges ou esprits purs et bienheureux. Les cérémonies magiques ont été décrites par plusieurs auteurs, parmi lesquels nous citerons Horace, Lucain , Sénèque , etc. L’on voit que cette espèce de majjie démoniaque ne se proposait rien moins que de troubler l’harmonie de l’univers en évqquant les

(i) Snlmas in Plinian. exerçilat.

(i) Do vita Constantin i. Lib. iv.

(3) Amm. Marcellus. Lib. xxix.

(4) Lamprid, in lleliogab.

DBS sohcikes.

esprits iufernaux pour se les rendre- favorables , tant pour le succès de leurs entreprises que pour satisfaire leurs passions, lire dans l’avenir et commettre toutes sortes de crimes, etc. Aussi, les impostures les plus absurdes et les plus grossières ont été écrites pour enseigner les abominables préceptes de cette sorte de magie; parmi ces préceptes on voit avec horreur les assassinats et les sacrifices humains ensanglanter les autels des dieux pour se les rendre favorables ; il n’est pas enfin de crime que les auteurs de celte màgie n’aient commis chez les Juifs; elle fut long-temps en honneur même dans les temps modernes; on n’a qu’à parcourir le recueil des causes célèbres pour y lire la conr damnation de quelques rabbins accusés et convaincus d’avoir égorgé religieusement de jeunes enfans.

Dès la plus haute antiquité, l'on a cru généralement au commerce des démons avec les hommes ; de grands noms ont même partagé cette croyance.

i ce^a ^es charlatans et des imposteurs ont débité

les tables les plus absurdes et les récits les plus extraordinaires et les plus invraisemblables, que plusieurs auteurs ont soigneusement recueillis et commentés en les enrichissant de leurs magiques rêveries. Parmi ces auteurs, l’on voit Lassien (i) attribuer des livres de magie à Abel fils d. Adam et a Cham fils de Pioé.

L’on en a également attribué gratuitement à Abraham , Lnoch^Raziel, Raphaël, Salomon, Démocrite, Platon, A bert-le-Grapd, Ovide, Galien, saint Jérôme, saint inomas, etc. Les recherches des savans ont démontré le ridicule de ces prétentions , et les deux comtes de la Miranc o e , eau et François Pic , se sont moqués avec juste raison des ouvrages de nécromancie dont on a voulu faire honneur a Platon . ainsi qu’à saint Jérôme et à saint Thomas. Lnfin d autres auteurs Ont soutenu que la Sainte- J.crilure ne laisse aucun doute sur l’existence des enchan- Ct ~ so,raers; l’un d’eux même (a) n’a pas craint v.ini ,n<'pr.cIue la magie démoniaque existe réellement suivant la foi et qu elle est probable en bonne philosophie. (*)

(*) Cf ssianus Collai. 8 c.

(2) Fid. Gtrson, de crrorilnts clrca artm ma g le uni,

îa

MARCEL COMPLET

A coup sûr ce n’est pas de la philosophie du dix-neuvième siècle dont Gerson a voulu parler.

L’existence ou , si l'on veut, la réalité de la magie est attestée et par le droit romain et par le droit canon , ainsi que par les ordonnances de nos rois ( i) et les décisions des conciles que Du Perray a pris soin de recueillir (a). Elle est prouvée, dit, comme historien, le marquis Le Gendre (3) , par les témoignages les plus respectables de tous les pères de l'cglise. L’un d'eux n'a pas craint même de dire que nier les' prestiges des démons , c’est ne point croire à l’ Ecriture-Sainte (4). Outre qu'un grand nombre d’auteurs célèbres ne l’ont point révoquée en doute , l'on en trouve des preuves incontestables dans plusieurs endroits de l'Écriture- Sainte, telles que Icsmagcs de Pharaon, l’histoire de Tobie eide la Pythonisse d'Kndor, du roi Manassès . etc.; on lit aussi dans le Deutéronome, c. 18, ces mots :

• Que personne parmi vous ne consulte ceux qui prédisent u l’avenir, n'observe les songes et les augures, n’exerce au- » cnn maléüce ni enchanteinens, n'ait recours aux pythons »ni aux devins et n’évoque les morts pour leur faire -des » questions , car Dieu a en abomination toutes ces impiétés

• et détruira ceux qui en sont coupables. » La loi des douze tables portait aussi défenses d’enclianlcr les champs et les moissons ; c’est sans doute d’après ces autorités respectables que Voetius (5) établit les dix preuves suivantes de la réalité de la magie :

i» Les témoignages de l’Ecrilure-Sainle.

3° L'histoire ancienne et moderne.

3° Les décisions des conciles.

4° L’accord unanime , sur ce sujet , de tous les théologiens de tous les religions et de toutes le%sectes.

5° Le consentement unanime des pères de l'église.

6» Les lois des puissances séculières et les sentimens des jurisconsultes.

7» L'expérience générale.

(1) La dernière est de juillet iG8a.

(2) Traité de la capacité des ecclésiastiques. Liv. 1.

(3) Traité de l’Opinion.

(4) Saint-Augustin , de Civilale Dci.

(5) Disput, 1.

DES S0BCIEH8. l3

8“ Le consentement unanime des peuples de toutes les religions.

9» Le droit canon.

jo° Les relations qui viennent de dilïérens pays.

11 est aisé de voir combien cet échafaudage de preuves doit s’évanouir aisément aux yeux dé la raison, comme nous le dirons ailleurs.

Les protestans , dit-on , croient à la réalité de la magie, et le roi d’Angleterre Jacques Ier perdit son temps à composer sa Dcmonologic, dans laquelle il assure que les prêtres, même les papistes , peuvent expulser les démons. Ce monarque va plus loin : il prétend ofl’rir une connaissance exacte des preuves suffisantes pour convaincre juridiquement tout homme accusé du crime de magie.

Cette croyance des protestans n’a pas été cependant générale, puisque un île leurs ministres, Bekker, si connu par sa physique souterraine publiée en 1669, ouvragé qui contribua puissamment à débarrasser la chimie de l’alchimie, et fut la première ébauche rationnelle de cette science, Bekker où Becker , dis-je , s’est prononcé fortement contre la réalité de la magie et comme contraire aux principes de la foi. En effet, dans son Monde enchanté , il traite de dilhèistes et de manichéens tous ceux qui ajoutent foi à la réalité de la magie, comme gens qui craignant la puissance de Dieu' et celle du diable, admettent deux principes, l’un bon et l’autre mauvais; il ajoute que la réalité de la magie est contraire à la Sainte-Ecriture et 11e peut subsister avec les fondemens de la religion chrétienne , et qu'il n'y a ni raison naturelle, ni révélation , ni expérience qui donnent lieu d’attribuer , ni aux déynons ni aux sorciers , les effets qu'on leur attribue. Quant aux démoniaques, il regarde les possessions comme des maladies extraordinaires que Jésus - Christ et les apôtres guérissaient miraculeusement^) ; enfin, il finit par dire que notre Seigneur et les auteurs sacrés de l'évangile , en parlât des possédés , se sont accommodés aux laçons vulgaires de parler de ce temps.

(1) Arnobc dit que lés paijens ne pouvant attaquer la certitude des miracles de Jésus-Christ, l'es attribuaient à la magie égyptienne.

>4 MiSCEL COMFEEI

Certes, le philosophe le plus renforcé du dix-huitième ou du dix-neuvième siècle n eût pas mieux dit ; à coup sûr, s'il eût pris la peine de le lire, il n’eût pas manqué de s'écrier :

Le bon sens du maraud quelque foi» m'épouvante.

Si d’une part nous voyons les conciles , les canons et les pères de l'église croire aux sorciers et aux enchantement; si les ouvrages d'un grand nombre d’imposteurs sont remplis de prétendus faits surnaturels; si des-charlatans éhontés, si des prêtres de l'antiquité, ont cru pouvoir enchainer la croyance des peuples , ou pour en abuser, ou pourse créer une grande réputation . en s'attribuant des pouvoirs manques ; si les vieilles chroniques sont remplies de métamorphoses produites pai les enchanteurs, etc., d'une autre part nous voyons des auteurs très recommandables nier et l'existence des démons cl celle , par conséquent , du la magie démoniaque. Ils pensent, avec juste raison, que Tesprit de mensonge ne saurait connaître l'avenir et que les réponses obscures ou ambiguës des oracles étaient plus susceptibles de tromper que d'éclaircir ceux qui les consultaient. Ainsi, disent-ils, tous les eflVts surnnluivels attribués aux talismans,» divers noms ou mots diversement prononcés, aux entrailles humaines ou des animaux, au vol des oiseaux , à cei laines plantes et à une foule de pratiques superstitieuses, sont des rêve, s de cerveaux creux ou, si l'on veut', des aberrations de l'esprit humain.

l'armi les auteurs anciens , Averroës , Démoerile , Simplicius, les philosophes épicuriens, etc. , sc moquaient et des démons et de la magie démoniaque. Aristote , en partageant leur sentiment , faisait cependant la concession suivante : Ce philosophe n'étendait la providence divine et le ministère des intelligences qup jusqu'à la sphère de la lune, en sorte que les êtres suhiunair.es, tout ce qui est compris entre le centre de la terre et le centre de la lune, n'y avait aucune pqpl. L'empereur Marc-Antonin , plus philosophe qu'Aristote (1), uil positivement qu’il a appris a ne rien croire de tout ce qu’on a écrit et de ce qu’on dit des enchanteurs, des conjurations des démons ci de tous les autres sortilèges de cette natiye. Toutes les chroniques

(i) Rcflcjc, Liv, i.

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annoncent qne de temps immémorial et chez tous le$ peuples on a été imbu de préjugés et de superstitions, et que la magie en a été le fruit inévitable. Laissant de côtq les progrès qu’elle avoit faits chez les Chalcléens, les Ilébreus, les Egyptiens, les Grecs, les Romains et nos premiers pères, nous nous bornerons à dire que cette croyance continua à se propager jusque vers le milieu du dix-septième siècle. Ainsi, d’après Grégoire de Tours (1), Sigebert ne fut vaincu que par les illusions magiques des Iluns.

Nous ne pouvons nous dispenser de citer l’anecdote la plus extravagante qu’on puisse jinaginer, laquelle a été d'abord racontée par François. Pétrarque et publiée ensuite par Pasquier (2) : Charlemagne, y est-il dit , devint éperdument amoureux d'une femme qui étant morte peu de temps après, l’empereur conserva la même passion pour son cadavre et ne pouvait le quitter. L'archevêque Turpin, profitant d’un moment où Charlemagne s’était éloigné, visite ce cadavre ét trouve au-dessous de la langue un anneau qu’il garde ; le prince s’éloigna promptement de ce cadavre et porta son amour sur l’archevêque, qu’il suivait en. tous lieux. Ce prélat jeta cet anneau dans un lac des environs. Charlemagne devint alors si amoureux de ce lieu qu’il ne le quitta plus et y fit bâtir un palais (3) et un monastère pour y finir ses jours et y être enterré : il fit plus ;

. par son testament il ordonna que désormais ses successeurs seraient sacrés en ce lieu. C’est ainsi que jadis on écrivait l’histoire : est-ce la faute de l’historien? Nous aimons mieux croire qu’il n’a fait que partager les erreurs de son siècle ; erreurs qiii avaient tant de créance que ce même empereur, dans les capitulaires de 8o5, parle des sorciers qui excitaient les tempêtes, etc. Catherine de Médieis et sa suite ne contribuèrent pas peu à propager en France ce goût delà magie. On lit en effet dans le journal de Henri III que , sous Charles IX , un des principaux magiciens certifia qu’il y en avait trente mille dans Paris. Le P. Delrio rapporte'que le sorcier Tj-ois-Eehelles détachait, en présence de ce prince et par ses enchantemens, les chaînons

(1) JJisi. Lib, 1.

(2) Recherches sur l’JJist. de France. Liv.vi, ch. 3a.

(3) Celui d’Aix-la-Chapelle,

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