‹ Nouveau manuel complet des sorciers, ou la magie blanche, dévoilée par les découvertes de la chimie, de la physique et de la mécanique, contenant un grand nombre de tours dus à l'électricité, au calorique, à la lumière, à l'air, aux nombres, aux cartes, à l'escamotage, etc. Ainsi que les scènes de ventriloquie exécutées et communiquéesChapitre 3 sur 89 · JURISPRUDENCE · texte numérisé non relu

JURISPRUDENCE

AXCISJtVR ET JIODKR.VB SOU LA MAGIE.

Dès la plus haute antiquité, et presque cher tous les peuples, la magie a été réputée un crime capital et punie comme telle. En elfrt, on fit dans le Lévitique(i); Vir sire millier in quil>us pytlionicus vel dirinntionis fuerit spiriiitt , morte moriantur : lapidibus obruent cos; sanguis corum lit super illos : L'homme ou la femme qui auront un esprit de python ou de divination soient punis de mort et lapidés, et que leur sang retombe sur eux. Il ne paraît pas que cher. les Egyptiens, ni cher les Grecs , l’on ait rigoureusement poursuivi ni puni le crime de magie. 11 n'en est pas ainsi cher, les Romains ; leurs anciennes lois sont sur ce point très sévères. Elles condamnent au feu les magiciens, punissent de mort leurs complices, et condamnent au bannissement perpétuel ceux qui conservaient des livres de magie, et même à içort si c’étaient des personnes de basse extraction. Les Romains s’étaient montrés aussi sévères parce que, dans ces temps de superstition, les

(i) Ch. jo.

astrologues et les magiciens étaient si nombreux à Rome, qu’en 730 de sa fondation , Auguste se vit contraint de les en chasser. L’empereur Claude se montra encore plus.sévère ; au rapport de Pline, il fît mourir un chevalier romain , parce qu’il avait la faiblesse de porter dans son sein un œuf, prétendu deserpent, pour enchanter ses juges. Cette superstition était très usitée parmi les Druides. Il paraît que ce qu’on prenait pour des œufs de serpent, et dont la grosseur, d’après Pline, était comme une petite pomme ronde, devait appartenir aux plus gros oiseaux de proie. ' \

Il paraît que les Romains attribuaient des propriétés magiques aux œufs ; Pline, en rapportant plusieurs pratiques superstitieuses , dit que lorsqu’on avait mangé des œufs , on s’empressait de casser les coques, ou du moins de les percer de plusieurs trous , de peur qu’on ne se servit de ces œufs entiers pour faire quelque charme contre ceux qui les avaient mangés (1). Naguère dans tout le Languedoc, et même encore dans quelques localités, force gens ont une attention scrupuleuse d’écraser les coques des œufs qu’ils ont mangés, afin de prévenir ainsi les malheurs où ils craignent d’être autrement exposés.

Néron favorisa non seulement la magie, mais il lit venir des magiciens d’Arabie , pays fertile en superstitions et en jongleries. Il dépensa même des. sommes immenses pour faire quelque découverte dons cet art. Constantin (2) rendit une loi , qui se trouve dans le Coda Théodosien , par laquelle il ne condamnait que les superstitions qui nuisaient à la santé des hommes , ou qui les portaient à l'impureté ; mais il excusait les pratiques employées pour guérir la santé ou détourner les orages. L'empereur Léon se montra plus sévère; il condamna à mort toute sorte de magiciens, quel que fut le but de leurs pratiques (3). Constantiusel Valentinien faisaient également mourir ceux qui recouraient aux enchantemens pour la guérison des maladies. Ce dernier alla même plus loin , il poussa la

(1) Dcfigi diris deprccationibus nemo non metuit. Histoire naturelle.

(2) Lcg. 4. Cad. de malepciis.

(3) Novellc. Lib. xv.

Hjk.Xl'Il COMMiEt

cruauté jusqu'à faire couper la tête à un malheureux jeune homme qui , pour se délivrer d’un mal d’estomac, calculait les sept voyelles de l'alphabet grec , et portait alternativement ses mains à un marbre et sur la région épigastrique.

Enfin, les Romains, en imposnnt aux peuples vaincus leurs lois , firent également Condamner à mort les magiciens, et principalement en Italie et en Espagne. Dans toute la Péninsule, après l'expulsion des Arabes, des Goths et des Romains, l'inquisition continua à les brûler comme hérétiques.

jcatiPicoancE riusc.uji ses mis magiciess.

Les capitulaires du neuvième siècle laissent à l'église le soin de punir par l’excommunication ceux qui recourent aux sortilèges. Ils rcrommnndenl en même temps aux pasteurs de l’cglise de désabuser les fidèles sur ce qu’on disait de plusieurs femmes qui allaient au sabbat. Il est ordonné, disent-ils, à ces memes pasteurs de faire entendre aux peuples que ce sont là des rêveries de cerveaux creux, ou des illusions produites par l’esprit séducteur ; l’intempérie de Pair ou un mauvais pâturage sont les prétendus charmes qui ruinent un troupeau. L’on voit que cette ordonnance était marquée au coin de la sagesse. 11 n’en fut pas de même vers la fin de ce même siècle, puisque les capitulaires publiés en 8-3 an concile de Créci , condamnent à mort les sorciers coupables (le maléfices , aiusi que leurs complices. Les ordonnances de Chnrles V 111, en i4po, et de Charles IX, en i56o, punissent également ceux qui devinent par l'eau, par les sas, ou autrement. Nous avons aussi une déclaration île juillet 168a, dont le troisième article porte textuellement que s’il te trouvait gtiefif net personne* assez méchante B pour ajouter et joindre a la superstition l’impiété et le sacrili-e. ceux qui en seraient convaineut seraient punis 'de mort. Enfin l'on trouve dans les-registres de tous les parlemens, et notamment de celui de Paris, une très grande quantité d'arrêts qui ont été soigneusement recueillis par Galli . Racquet, Cnaronilas , Corbiti , Bodin , Papon , Févrct , La Marre , lé recueil des 'Causes célèbres, etc. , lesquels condamnent au feu des prétendus magiciens ou sorciers. Nous citerons à ce sujet un plaidoyer de l'avocat-général Servin , inséré

DES SOBCtEBS.

dans un arrêt de la tournelie criminelle du i#r décembre ifioï, par lequel il'cherche à établir, par l’ancien^et le nouveau Testament , la tradition , .les lois, etc . , qu’il y a des devins, des enchanteurs et des sorciers , lesquels doivent être punis, et par les lois générales de l'Ecriture et des saints décrets, et par les constitutions de nos rois.

Malgré cela, nous sommes forcés de convenir qu’en général les parlemens ne faisaient nullement rechercher les prétendus Sorciers qui ne nuisaient à personne , et se contentaient d’aller invisiblement .au sabbat. Dans certaines circonstances il a infirmé ou modéré un grand nombre de sentences des juges subalternes contre de prétendus sorciers , et les a parfois renvoyés absous ; mais , lorsqu’il était évident pour eux qu’à l’accusation de sortilège se joignaient dès maléfices, ils les faisaient impitoyablement brider, sans avoir égard à l’âge , au sexe , ni à la qualité. Ainsi , l’on vit en i/,4o, Gilles de Laval , baron dé Retz et maréchal de France, brûlé à Nantes pour crime de magie. Ce supplice fut juste , s’il est vrai , comme le dit Monstrelet (1 ) , que ce maréchal ait fait mourir, d’après ses aveux, plus de cent soixante enfans et femnjes enceintes pour des pratiques de magie. Il n’en est pas de même du malheureux Guillaume Edelin , docteur, de Sorbonne , qui fut condamné pour magie en :453, la veille de Noël, après avoir avoué qu’il avait été plusieurs Fois au sahbat, et qu’il y avait adoré le diable sous lar forme d’un bouc. Aux yeux de la saine raison , Edelin n’était qu’un, visionnaire qu’il fallait se contenter d’envoyer aux Petites-Maisons.

Nous sommes forcés de convenir que la politique "et la haine ont parfois recouru aux accusations de magie pour faire assassiner juridiquement leurs ennemis, et qu’elles ont trouve des juges assez lâches et assez pervertis pour leur servir d’instrumens. Tout le monde connaît et les exploits et la-fin tragique de cette héroïne que Chapelain a célébrée en vers qu'on a maintenant trop de goût pour lire , et que Voltaire s'est oublié au point de ridiculiser en vers qu’on lira toujours. Jeanne d’Arc fut assassinée par les Anglais, et brûlée vivante, en i45i , sur' la place de Rouen où se trouve maintenant sa statue. Environ

(i) Voli îi, sur l’année i44°.

MAMTKL COMN.KT

deux siècles après , Urbain Grandier, curé et chanoine de Loudun. poursuivi par lajhaine de l'implacable Richelieu , et puissamment secondé parle servile conseiller Laubardeinont, fut déclaré, en’iùâi, convaincu du crime de magie , et condamné à être brûlé vif; personne maintenant ne doute que Richelieu ait jamais cru aux magiciens ni aux sorciers.

Le commencement du dix-septième siècle vit aussi un grand nombre de condamnations de sorciers , entre autres celle du prêtre Gaufridi ,.qui fut brûlé en avril 1 6 1 1 par arrêté du parlement dé Provence, et le supplice de la maréchale d’Antre, qui fut également brûlée te 8 juillet 1617, mais qui, en raison de sa noblesse , jouit du privilège d’avoir auparavant la tète tranchée. Les bornes ni le plan de cet ouvrage ne nous permettent point d-’énumérer tous les arrêts rendus contre les. sorciers ; nous n’hésitons point de les qualiücr d'assassinats juridiques. La cause productrice de ces prétendus crimes était l'ignorance . la superstition et les préjugés, empreints de la rouille des siècles, sous l'empire desquels vivaient les peuples. On a brûlé, dans ces malheureux temps, des milliers de sorciers et de possédés, et plus on en envoyait à la mort, plus on en trouvait à juger. Ces rhûtimens étaient donc des cruautés inutiles: c’était des monoinanes qu’il fallait plaindre et traiter méthodiquement. Ce ne sbnt point les supplices qui nous ont délivrés des magiciens', des sorciers , des enchanteurs , des devins, etc., puisque ces arrêts ne tendaient qu'à faire croire ou à attester leur existence. Maintenant nous nous demanderons si les juges étaient de'bonne foi en condamnant à mort ces infortunés? Nous sommes forcés de convenir , ou qu’ils étaient les plus ignorans et les plus superstitieux des hommes, ou bien lcxphjs irréfléchis. Car, ainsi que le fait observer si judicieusement Apulée, ceux qui accusent les autres de magie n’.y croient point euxmêmes , parce, que si un homme était convaincu qu’un autre est magicien , ou sorcier , il se garderait bien de l’irriter et de s'exposer à son ressentiment et à son pouvoir magique.

ijepuis que les beaux jours de Galilée, de Newton , de Descartes, de Malebranche, de Bacon, ont préludé aux progrès immenses qu’ont faits les sciences physiques et leslettres, une nouvelle marche a été imprimée a l'esprit

humain. Le désir de savoir a pénétré dans toutes les classes de la société; le siècle de Louis XIV , en illustrant la littérature, a vu s’ouvrir le champ de la philosophie , qui a été parcouru , sous le règne de Louis XV et jusqu’à nos jours, par une foule d'hommes dont les ouvrages immortels ont puissamment contribué à renverser l’empire des préjugés, delà routine et de la superstition , et , comme l’a dit fort éloquemment Chénier, à faire rougir l’esclave en lui montrant sa chaîne. Le siècle de la philosophie a donc puissamment contribué aux progrès des sciences, des arts , et, par suite, de la civilisation. Dès lors l’esprit humain , se .trouvant dépouillé de cette sorte de lèpre , nommée superstition et préjugés, s’est accoutumé à étudier la nature, à se rendre compte des phénomènes qu'elle présente ; les progrès de la physique expérimentale , de la chimie et de la mécanique , ayant démontré que les effets réputés magiques n’étaient que des produits naturels dus aux lois de ces' sciences, le glaive de Thémis n’a plus trouvé à frapper de magiciens ni de sorciers, et si , de nos .jours , quelques fourbes cherchent encore , parfois , à faire ainsi des dupes, les tribunaux, plus éclairés et plus philosophes (Ju’autrefois , ne voient en ces charlatans que des escrocs , qui abusent de la crédulité des autres pour les ‘mettre à contribution , et qu'ils condamnent, avec juste taison , pour crime d’escroquerie. Voilà où nous ont conduits les lumières de la philosophie , si décriée par quelques hommes qui voudraient nous ramener au quinzième siècle , et au bon temps où l’on brûlait, pour son plaisir, les soi-disant sorciers. ‘

D IVISI ON,

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