‹ Nouveau manuel complet du bonnetier et du fabricant de bas, ou, Traité complet et simplifié de ces artsChapitre 6 sur 24 · RS · texte numérisé non relu

RS

seul, on peut de même la faire avec le fil et le coton mélangés ; on peut même l’associer avec le poil des animaux, avec la laine , avec celleci et la soie : on en fabrique de toute facon, de toute qualité, et même de toute finesse, mais bien rarement on carde, on peigne ou file le coton ou le lin dans l'intention de les mettre en œuvre de cette manière. Mais il est facile de leur donner toutes les préparations nécessaires en pareil cas, d’abord après un choix convenablement fait pour le genre d’ouvrage que l’on se propose de mettre en fabrique.

Il serait maintenant bien difficile de désigner d’une manière précise le département dans lequel se trouvent les fabriques les plus nombreuses pour la bonneterie en coton. Autrefois, dans la Seine-Inférieure, Rouen passait pour en posséder une des plus considérables, et même des meilleures; on y travaillait beaucoup de bas en trois fils et très peu de bonnets : à Troyes, à Arcis, et un très grand nombre de villages aux environs, à Vaucouleur, Chälons-sur-Marne, on y faisait de la bonneterie de coton de toute qualité; la plus grande partie se travaillait en deux fils. Il s’en,

consommait une grande quantité à Paris; le reste trouvait des débouchés dans les départemens de la Marne, de l’Aube, de la Haute- Marne et des Ardennes ( Champagne); dans ceux de l’Yonne, de la Côte-d'Or, de Saôneet-Loire et de l’Ain (Bourgogne); dans ceux du Jura, du Doubs et de la Haute-Saône (Franche-Comté), et autres circonvoisins ; mais, à Vitry-le-Français, quoique la bonneterie soit dans le même genre que celle de Troyes, elle consiste cependant beaucoup plus en:bas qu’en bonnets, de deux et trois fils. À Saint-Germainen-Laye, il se fabrique beaucoup de bas et de bonnets, la plupart en deux fils. Il s’en fait encore beaucoup en gris mêlé, jaspé, tout à trois fils.

Dans le midi de la France, à Nîmes, on fabrique le coton comme la soie; mais l’une et l’autre de ces bonneteries passent pour être de qualité inférieure à toutes celles qui se fabriquent en France; le plus souvent même elle est en deux fils, et quoique cette pratique ne soit certainement pas la meilleure, son débit n’en est pas moins assez considérablement étendu.

Toutes les bonneteries de coton se font au mé-

tier à Arc en Barrois (Haute-Marne) ; principalement on fabrique une très grande quantité de bas et de chaussons en deux fils et à l'aiguille, dont la qualité ne parait pas inférieure de ceux qui sont faits au métier, parce qu’ils sont toujours moins serrés et beaucoup lus lâches par ce dernier procédé que lorsqu'ils sont tricotés à l'aiguille.

-$. II. Bonneterie en fil. À Saint-Germain-en- Laye, on fabrique au métier une très grande quantité de bas, de bonnets et de gants en deux, trois et quatre fils. Ces bas en deux fils, quoique de qualité inférieure , sont cependant meilleurs et préférables à ceux que l’on fait en coton et de la même manière; ils se consomment presque tous à Paris, comme bas de dessous-et comme bas de dessus. Dans le département du Pas-de-Calais (lArtois), à Hesdin surtout et ses environs, il se fabrique au métier une très grande quantité de bas à deux et trois fils, dont la plus forte partie se consomme à l'étranger, et surtout dans les colonies. Angers fabrique aussi une assez grande quantité de bas de fil au métier, dont la plupart sont en deux fils, pour être envoyés à l'étranger. Vitré,

CE

dans le département d’Ille-et-Vilaine ( Bretagne), possède une multitude de fabricans de bas, chaussons , gants de fil tricotés à l'aiguille, de mitaines à jour en deux et trois fils, ainsi que de beaucoup d’autres objets dans le même genre, en fil et castharides. C’est même le point de la France où l’on expédie le plus de bonneterie en fil, pour satisfaire aux demandes qui sont faites du dehors.

$. IIT. Bonneterie en laine, Bas d’estame.

C’est dans le département de la Somme (Picardie, Santerre), à Plessier, Mont-Didier, Roye, où se trouvent les premières fabriques de bas d’estame faits au métier ; tous les bas et tous les tricots qui en sortent sont ordinairement en trois et quatre fils, souvent même en cinq et en six; quelquefois il y en a en deux seulement, que l’on fait passer pour trois afin de les mieux vendre : cependant il est assez facile de se convaincre que tous ces bas d’estame à deux fils seulement sont de qualité extrêmement médiocre. Enfin, quoique les fabricans n’avouent jamais s’en tenir à ce dernier nombre, il ne peut y avoir que le bon marché auquel ils les livrent dans le commerce qui puisse en favo-

viser la grande consommation qui s’en fait, À Grandvilliers et les environs, il y a aussi des manufactures de bas d’estame, mais d’un genre encore plus commun, et beaucoup moins considérables. Ces bas, ordinairement confectionnés en trois fils, se trouvent souvent mélangés avec ceux de deux, et quoiqu'on ne l’avoue pas, il ne laisse pas de s’en faire une très grande consommation. Dans le département du Pasde-Calaïs (lArtois), par suite de l’extension des fabriques de celui de la Somme (Picardie), on fabrique beaucoup de bas d’estame au métier.

Paris et tous les départemens de la France, ainsi que l'étranger, consomment toute la bonneterie de ce genre qui sort des fabriques établies à Grandvilliers, et les environs font très peu d’exportations au dehors. Dans le département du Calvados, à Caen et les environs, il y a beaucoup de fabriques de bas d’estame ; c’est même la contrée qui en fournit le plus après la Picardie : on ne la travaille qu’en trois et quatre fils. La vente s’en fait dans l’intérieur et à l’extérieur du royaume.

$. IV. Bonnetcrie drapée: C’est à Orléans que se trouvent les fabriques les plus considérables

de bas et de bonnets drapés faits au métier; on y fait surtout une quantité immense de bonnets

en laine, dont la plus grande partie passe à

l'étranger. Toute la bonneterie drapée s’y tra-

vaille à deux fils; à Poitiers on la fait à l’ai-

guille : elle est aussi plus commune que la première. À Chartres et dans tout le département

d’Eure-et-Loir , les manufactures de bas dra-

pés faits à l’aiguille sont nombreuses; ils sont toujours à deux fils, et il est très rare qu’on y fasse des bonnets; mais aussi la ‘quantité de gants, mitons et de mitaines qui en sort, est énorme. À Allone, on fait des bas extrêmement communs pour les gens peu aisés. Toutes ces fabriques travaillent pour Paris et l’intérieur de la France : depuis quelque temps elles envoient partie de leurs produits à l’étranger. Dans la Haute-Marne (Champagne), à Chaumont en Bassigny, on occupe une grande partie des habitans à faire une très grande quantité de bas à deux et trois fils, qui, par le moyen du foulage et quelquefois d’un surfoulage , acquièrent une certaine apparence de force; mais la consommation ne s’en fait qu’à l’intérieur. Dans le département de la Moselle, à Vicq

LA

(pays Messin), on fabrique de beaux et bons bas drapés, presque tous en laine bège ou de couleur brune, telle que la toison la fournit naturellement. À Paris, il se trouve une quarntité considérable de fabriques de bas, bonnets,

gants, chaussons de vigogne, castor, lapin et de soie, mélés ou non mélés, drapés et faits au | métier, que l’on consomme en partie dans la | capitale, et dont le reste va en province et à l'étranger. Là il s’en fait, comme partout ailleurs, pour les enfans depuis l’âge de six semaines jusqu’à six ans, et dont le prix n’est jamais très élevé, puisqu'on les trouve le plus ordinairement dans les foires et dans les mar- | chés. Nous avons dit qu’une grande partie des lainages fabriqués à Paris passaient à l’étranger; il faut cependant en excepter l'Espagne, loù il s’est établi une manufacture considérable de bas d’estame au métier, dans la ville de Burgos, qui a donné lieu à la prohibition des ‘bas de laine provenant des fabriques françaises ; | de même qu’à Madrid , où l’on fait aussi beau- |coup de bas de laine peignée, mais que l’on Itricote à l'aiguille. Dans beaucoup d’autres iprovinces de ce royaume, et surtout en Galice,

on fait encore des bas à l'aiguille en laine car- ! dée, la plupart en couleur bège ou brune, mais naturelle. Quoi qu’il en soit, dans le Béarn, aux environs d'Oléron, dans le département des Basses-Pyrénées, on trouve des fabriques de tricots faits à l’aiguille avec la laine, qui ne . servent qu’à exécuter les toques ou bonnets particuliers dont se couvrent la tête tous les habitans de ces contrées; c’est ordinairement un tricot bien serré avec de la très grosse : laine, fait avec des aiguilles, foulé ensuite de manière à lui donner la fermeté et la consistance d’un gros feutre, avec lequel on l’établit sous la forme d’un mortier de président. Cette coif- # fure , extrêmement ancienne dans ce pays, y est 4 connue sous le nom de birette ÿ d’où est venu probablement le mot de barettes, / |

$. V. Bonneterie en soie. Dès l’origine du 1 métier à faire les bas, Paris fut la seule et la 4 première ville de France où il était permis de fabriquer des bas par son moyen; et, lorsqu'il « fut établi partout ailleurs, on réserva encore , M par des ordonnances, à cette capitale, le pri-4 vilége exclusif de fabriquer les bas de soie. 114 né faut donc pas s'étonner si les bas de Paris |

ont pu acquérir la vogue et la réputation dont | ils jouissent même à présent, puisque, lorsqu'il s’en fabriquerait ailleurs, il serait presque im- | possible de les exporter à l'étranger. Il faut ce- | pendant convenir que si, dans ce genre de fabri- | cation, Paris l’emporte sur les autres, cela ne | doit étre attribué qu’à l'excellent choix qu’on | y fait dans les matières premières. On pourrait aussi en trouver la raison dans les attentions et les soins que les ouvriers apportent constam- } ment dans leur travail; outre cela dans la | quantité immense de ses métiers établis, non | seulement pour la soie, mais encore pour la | filoselle, la bourre de soie et tous les genres de | bonneterie qui peuvent en résulter.

Au second rang des villes où il se fabrique | des bas de soie, on compte Lyon et Nîmes. Dans | ces deux villes, le nombre des métiers à bas est | presque aussi considérable qu'à Paris, relativement à leur population : il s’y fait non seulement des bas de soie, mais encore des tissus en pièces , des pantalons, des gants, des mitaines, qui, malgré leur légère infériorité, approchent beaucoup de ceux de Paris, autant par l’excel- | Jent choix de la matière employée dans leur

24 MANUEL À a!

confection que dans la beauté et l’uni qui peuvent en résulter. Cependant à Lyon il se fait une grande quantité de bas pour Paris, et Lorsqu'ils sont destinés à passer à l’étranger on ne manque jamais de tracer dessus, par le métier, le mot Paris, afin de les faire passer comme de ses fabriques, et leur donner un peu plus de valeur. Quoi qu’il en soit, depuis Pabolition des priviléges, qu'importe le nom, pourvu que les produits soient bons ; et malgré que dans Lyon les métiers à fabriquer les bas de soie ne soient plus aussi considérables, il n’en est pas moins vrai qu’ils sont encore, pour cette ville manufacturière, une branche d'industrie extrême ment étendue.

Nimes, que nous avons déjà mis en parallèle avec Lyon, est encore, pour la bonneterie en soie, la ville où l’on fabrique le plus de produits. en qualité inférieure; on n’y fait que des bas, des gants, des mitaines; ces objets, bien légers, ne sont pour la plus grande partie composés que d’un petit nombre de brins de soie, moins bien choisis que partout ailleurs, et qui généralement sont encore très peu serrés; malgré cela la consommation n’en à pas moins lieu,

surtout parmi les personnes qui veulent briller avec très peu de frais. Il s’y fait aussi une très grande quantité de bas avec la filoselle, le fleuret. ou bourre de soie peluché ou non peluché, et qui se débitent comme tout le reste.

À Montpellier, et principalement à Ganges et les environs, on fabrique des bas de soie et autres objets d’un tissu plus serré, et avec des matières mieux choisies, plus fines et plus unies; ce qui établit une très grande différence avec |" ceux qui proviennent de Nimes, et qui leur a | mérité une réputation de supériorité partout'où | Von consomme la bonneterie de ces diverses | fabriques.

Dans l’origine de la fabrication en soie, et dans les endroits qui viennent d’être mentionnés, on avait cherché à mettre une multitude d’entraves : partout les fabricans éprouvaient de la

gène et des contraintes continuelles; était-ce à cause de l'ignorance .où l’on était sur les différentes qualités de la soie relativement aux contrées où s’en fait la récolte, ou bien à cause du peu de connaissance que l’on avait sur les lieux

. où l’on trouvait des débouchés ouverts pour la

vente de ces marchandises? Il est assez présu-

mable de penser qu’on ne savait pas que cinq à six fils de soie récoltée dans la Sicile ou dans la Calabre et les environs avaient beaucoup plus de volume et une consistance bien plus grande que sept ou huit des soies qui viendraient de partout ailleurs; enfin, l’on a appris que, dans plusieurs contrées de l'Amérique, une paire de bas de soie ne pouvait jamais servir qu'une seule fois dans les fêtes ou toute autre céré-

monie. L'expérience est donc venue au secours «

de la bonneterie en soie; et si les fabriques de Nimes seulement fournissaient vingt-cinq mille paires de bas par année pour l'Espagne et les Indes, son grand débit n’empêcha point de

tourmenter les fabricans par une multitude de

réglemens aussi ridicules que bizarres, pour ne rien dire de plus, pour les faire porter chaque paire de bas au-dessus de six gros, quien

étaient le poids le plus ordinaire ; maïs ils résis-, tèrent, et n’en firent pas moins des bénéfices | d’autant plus considérables que leur débit était M

devenu immense ; car il n’est guère possible de juger de la bonté dans les bas de soie qu’en

ayant égard à leur poids ainsi qu’à la qualité M des matières employées pour les fabriquer. ILM

est inutile alors de faire la moindre attention au nombre de fils qui les composent : douze mille métiers battans l’ont démontré pendant bien des années. L

À Dourdan, il y a depuis très long-temps une manufacture considérable de bas de soie,

- gants, mitaines au tricot et à l'aiguille; on y

fait des bas à côtes de différentes qualités. Ses débouchés sont plutôt établis pour la province que pour Paris : elle y fut établie depuis la cessation de tous les réglemens sur la bonneterie qu'elle n’a jamais connus; on y fabrique aussi de la bonneterie en laine.

Il existait certainement beaucoup d’autres lieux dans la France où l’on fabriquait de la bonneterie, et en très grande quantité; mais il n'en existait aucun qui pouvait rivaliser avec ceux dont nous venons de donner un aperçu ; car, malgré que leur énumération ne soit pas

d’une rigueur extrême, elle suffira cependant

pour faire sentir combien cette branche de commerce est importante pour la France industrielle, où la bonneterie en tout genre n’est jamais devenue plus florissante que depuis qu’elle a été débarrassée de toutes les entraves

que les réglemens dont on l'avait surchargée n'existent plus. Maintenant il suffit d’une patente pour s'établir fabricant; il n’y a guère que le nombre des métiers et la quantité de leurs produits manufacturés qui puissent en déterminer le prix dans les impositions établies sur l’industrie commerciale. Enfin, si les fabriques de bonneterie en France étaient ce que nous venons de dire, il y a à peu près cinquante ou soixante ans, il ne sera pas tout-à-fait inutile de jeter ici un coup d’œil rapide sur leur état actuel, et de donner, par approximation, le nombre de celles qui sont établies, tant à Paris que dans les départemens, où elles sont plus ou moins nombreuses. Nous les suivrons par l’ordre alphabétique et ARE l’Almanach du Commerce.

Dans le département de l’4isne, à Laon et ses environs, il existe cinq fabriques pour toute espèce de bonneterie et de chaussons en laine tricotée. À Ferre en Tardenois, on fabrique la bonneterie en grand au métier et à l'aiguille; la plus grande partie est en laine. À Soissons, il y

a trois fabriques dans lesquelles on fait la bon-

neterie et les nanas à dE le département e

DU BONNETIER. 29 de l’Alier, on trouve, à Moulins, cinq fabriques de bonneterie tant en soie qu’en coton. Dans celui des Hautes-Alpes, deux fabriques à la Salle, pour la bonneterie en laine. Dans l’4rdèche, à Tournon, quatre pour la laine et le coton. Dans les Ardennes, à Reuwez, deux fabriques de bonneterie de laine à l’aiguille. Dans lArriège, à Pamiers, une fabrique de bonneterie en laine. Dans le département de l’ Aube, à Troyes et ses environs, on compte trente-quatre | fabriques, et quatre seulement établies à Plancy- | sur-Aube. Dans celui des Bouches-du-Rhône, 1 y a trois fabriques de bonnets façon de Tunis établies à Marseille. Dans le Calvados, quinze fabriques à Caen et trois à Bayeux. Dans le département de la Côte-d'Or il. y a sept fabriques de bonneterie. Dans celui du Doubs, à Besançon, il y a une fabrique renommée pour les bas de fil blanc et en bourre de soie ; et à Mont-Béliard. une en laine, et une pour la soie et la filoselle.

Dans le département de la Drôme, à Ro- |. mans, il existe trois fabriques de bonneterie en laine, et une en bourre de soie. Dans le département de l’Eure, à Évreux, six fabriques en coton fin; à Verneuil, quatre de grosse

Page 1