DES BOULETS
J'ai vu donner à des boulets Finutile luxe de les
polir; gardez-vous en bien, ils se polissent toujours trop eux-mêmes, et quand ils sont polis, ils glissent sur leurs panoniers, sous la moindre inclinaison de leur charge.
Le boulet n'est pas solide sur un panonier étroit; quand le panonier eat grand, le boulet entrant trop dedans produit l'effet contraire. 11 faut que le panonier soit assez haut (7 à 8 centimètres), afin d'éviter que le boulet par sa partie inférieure ne touche l'établi, parce que dans ce cas il n'y a plus de solidité ; le panonier né portant plus le boulet n'a plus rien du caractère qu'il doit avoir, c'est-à-dire être une 'embase solide.
Quand les boulets Sont polis, qu'ils tournent trop, on leur donne quelques coups de ciseaux par-ci, par-là, en enlevant cependant la bavache qui en résulte, qui sans cela râperait le panonier ; mais le plus souvent, passez dans cette circonstance, sur le boulet et sur le panonier, à l'endroit où le premier porte sur lui, (et qjai est toujours indiqué par un brillant métallique), un morceau soit de blanc de craie ou de plâtre.
J'ai toujours pensé qu'on pourrait avoir un étau sur un boulet, et qui tournerait de cette façon sur tous les sens; mais non pas comme les étaux parallèles ou autres, qui ne tournent qu'en pivotant ou à peu près, mais avec une rotation complète du boulet, puisque ce serait lui-même qui tournerait. Ce nouvel outil rendrait de grands services pour faire le petit.
J'ai vu au Conservatoire des Arts-et-Métiers, l'étau tournant qui est dans la section d'horlogerie, je le
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trouve admirable de mécanisme, pour un horloger peut-être, mais insuffisant pour un ciseleur; il faut du simple pour ciseler, rien à démonter ni à remonter, si Ton a besoin de tourner ; il faut être toujours dans son centre, solide, et cela aussi vite que l'idée et la nécessité l'exigent. Voilà les conditions d'un bon outil.
Des blotf.
Le Mot est, suivant sa largeur, un composé de planches assemblées, ou d'un seul morceau. 11 sert pour travailler, à coller sur lui l'ouvrage en ciment : il est le plus souvent un auxiliaire du boulet sur lequel on le pose, afin d'élargir la surface de ce dernier, si elle n'est pas assez large; puis Ton colle un plat (par exemple) sur le blot, et le blot sur le boulet, de cette manière on a largeur et rotation.
Si c'est une pièce qui ait beaucoup à rifler, comme ce travail fait quelquefois force, et que le boulet touiv nant de trop sur son panonier, devient incommode, il vaut mieux alors avoir un blot de la largeur dont vous avez besoin, qui soit renforcé de deux épars en dessous, et qui, par le moyen d'une forte cheville (de bois dur) placée au milieu, dépassant en dessous d'à peu près 15 centimètres, s'adapte aux mâchoires de Fétau, et que vous fixez en serrant où vous avez besoin. {Voyez fig. 3.)
, Hya desblots trop lourds une fois garnis, et qu'on ne met ni à Tétau ni sur le boulet, on les cale ordinairement sur l'établi avec des morceaux de bois, ou mieuxencore avec des coussins decuir remplis de sable.
On fait aussi des sortes de blots mixtes, qui ne sont autre chose que des grandes sébiles de bois, dans lesquelles on met une pierre ou des "pierres pour n'avoir pas à remplir tout le creux de ciment ; on en fait un lit disposé à recevoir la pièce que vous collez alors dessus. 11 est bien entendu que cette sébile se pose sur un panonier de boulet et qu'elle tourne en tous sens, absolument comme ce dernier.
J'ai fait un jour une sorte de blot d'un autre genre : sur un petit établi indépendant, pouvant se déplacer comme une table, j'ai posé une planche solide, épaisse, emboîtée par bout et de môme grandeur que le dessus de l'établi ; j'ai fixé d'un côté cette planche avec deux charnières sur l'un des bords du dessus de l'établi, et cela de façon qu'elle puisse articuler comme un pupitre à crémaillère (à crans); j'ai fait au milieu de cette planche trois gros trous traversant la planche, et distants l'un de l'autre sur la môme ligne de 5 centimètres. J'ai pris une autre planche ronde ( le blot ) de la grandeur dont j'avais besoin, et à laquelle j'ai adapté une forte cheville dans le milieu (du blot), la cheville de la grosseur des trous dans lesquels elle rentrait. Je pouvais ainsi, à volonté, tourner mon ouvrage collé sur ce blot; je donnais par les crans l'inclinaison dont j'avais besoin, tantôt à plat, tantôt plus ou moins levé ; j'éloignais ou rapprochais ma pièce de moi, suivant la nécessité, en mettant à un trou plus près ou plus loin Comme je m'en suis bien trouvé, je recommande ce genre de blot à ceux qui auraient une pièce plate à grande surface, un bouclier par exemple.
Dei marteaux.
Il n'est pas sans importance que les marteaux des ciseleurs soient emmanchés de façon que le coup f mette un peu, ceux surtout servant à faire le repoussé.
Avec un fouet, vous est-il arrivé de couper la pointe de hautes herbes sans faire bouger leurs tiges? la raison est ici la même : un coup de marteau qui fouette n'atteint directement que l'endroit qui le reçoit, sans ébranler, fatiguer le reste de la pièce. Les manches de marteaux doivent, en conséquence, être tenus minces, et cela de la longueur des deux tiers du manche du côté du marteau. Que la poignée ne soit pas trop lourde, elle enlève de la force au coup. Ordinairement on les emmanche en bois de frêne ; on en emmanche aussi en baleine, mais je n'en suis pas partisan : ils se fendillent, et quand ils en sont là, le , .coup est mou. J'en ai emmanché longtemps avec une petite tige d'acier. On emplit l'œil du marteau ave* du bois, puis l'on perce un trou dans lequel passe la tige carrée, que l'on a taraudée et que l'on fixe solidement au moyen de deux petits écrous, un de char
que côté du marteau ; on rive celui du bout. Du côté de la main, on met un petit manche de bois avec virole. La tige doit, pour être solide, traverser le manche et être rivée au talon. On se sert pour cela d'acier non recuit, ayant une certaine élasticité (peu cependant). Ces petits manches fie cassent pas et fouettent très-bien (voyez fig. 10).
Un marteau doit aussi être emmanché de manière que la plane baisse devant; de cette façon, on peut travailler (voyez fig. 10) sans être obligé de lever le coude en l'air ; c'est plus commode et moins fatigant. La longueur ordinaire d'un manche de marteau varie autour de 25 centimètres, tout compris.
Tâchez, lorsque vous achetez des marteaux, de les choisir durs, et ne les prenez pas trop lourds, à moins que vous n'ayez de grosses choses à ébaucher.
Un marteau ordinaire pèse de 123 à 150 grammes; il y en a de plus petits, il y en a de plus lourds.
Des tabourets.
Quand les ciseleurs se débarrasseront-ils donc de cet atrace tabouret, si fatigant^ si meurtrissant ? Quand sera-t-il donc remplacé par un tabouret à vis en bois ou en fer, pouvant s'élever , s'abaisser à volonté , comme un tabouret de piano, et ne coûtant guère plus cher (moins cher même par le temps qu'on perd) que cette machine si incommode, si ridicule, que Molière n'a rien trouvé de plus ridicule pour asseoir son Diafoirus fils récitant son compliment pour sa demande en mariage. Mais si encore il n'était que ridicule, on . en rirait, voilà tout ; mais quand il se trouve trop haut pour la pièce que l'on a sur son boulet, qu'il faut courber le dos toute la journée, il est éreintant ; et à bout de fatigue, quand le tabouret est à soi, on lux coupe quelquefois les pieds, c'est l'unique ressource. Mais la semaine d'ensuite, on a une pièce plus haute que la précédente : le tabouret est alors trop bas, il faut se hausser, s'équilibrer a,vec toutes sortes de choses, des morceaux de bois, une caisse, etc., qui,
au moindre mouvement, tombent à chaque instant et qu'il faut relever. Tout cela, avec la gêne que Ton éprouve, fatigue plus, à la fin de la journée, que si Ton était resté debout.