FABRICATION DES PAPIERS PEINTS
L'on a fait dans ces derniers temps des choses assez remarquables dans le genre de fabrication qui nous occupe : les dernières expositions des produits de l’industrie ont présenté des objets parfaitement exécutés; mais rien encore* n’a pu surpasser pour le dessin, le fini, les belles tentures à sujets variés qui se fabriquent depuis longtemps dans la manufacture de M. Leroy-Dufour. Pour donner une idée des beaux papiers qu’on exécute avec beaucoup de perfection dans cétté manufacture, nous avons fait graver sur une très-petite échelle deux sujets pris au hasard, parmi un grand nombre que nous avons eus sous les yeux.
La figure 15, pl. 2, représente un plafond dont le sujet est la Toilette de Vénus. Ce sujet central et sa bordure sont in* Variables dans leurs dimensions. Le côté A présente une moitié du plafond, avec tous ses accessoires, dans une proportion d'environ 4 mètres 1/2 (14 pieds). . ' * • r
Le côté B le présente dans une proportion d’environ 3 mètres (9 pieds 4 pouces). ' *
Ces 4 c.ua proportions s’ajustent à toutes |es étendues de plafonds, par le rétiécissement ou l’élargissement des champfrunis, et par le changement de la bordure du tour, qu'on peut - mettre plus ou moins large, et môme supprimer selon le cas, la bordure de l’appartement pouvant terminer à la fois la tenture et le plafond. * ..*.•/
La figure Ifi représente un des six beaux sujets dont se compose la galerie mythologique. Diane aimait tendrement Adeniç» qutefif élevait avec soin, yénui lui ayant enrobé cet
enfant, la déesse irritée accourt le lui demander. Vénus, pour garder Adonis, a recours à. un stratagème : elle présente à Diane Cupidon et Adonis, à qui elle avait fait croître des ailes semblables à celles de son lils. La chaste Diane> ne pouvant distinguer Adonis de Cupidon, les laisse tous les deux à Vénus, dans la crainte que son choix ne se portât sur l’Amour.
' Des deux côtés du sujet principal, sont des groupes d’accessoires qui varient selon les sujets.
Les laizes de cette tenture pourraient se poser sans interruption entre eux, et en se suivant, de manière que les sujets ne soient séparés que par des groupes d'accessoires; mais cette pose n’est pas si belle, ni si riche que lorsqu’on forme, suivant la dimension des faces des appartements, des tableaux isolés de chaque sujet, dans lesquels on placera à volonté, aux parties latérales, les groupes d’accessoires.
La figure 16, qui montre" l’un de ces tableaux, est formée de quatre laizes; elle sert de modèle pour la pose, et en représente le bel effet'. Elle indique que chaque sujet doit être encadré par des bordures : les extrémités de gauche et de droite seront fermées par la bordure n° 4, qui termine aussi le cadre du tableau eu dessus et en dessous. On ajoute au haut et au bas la -bordure n° 3, et un espace n° 2, en fond uni, d’une couleur différente du tableau, mais en harmonie avec elle. La hauteur de ce fond uni varie selon celle de la hauteur de la pièce; il se terminera par un talon quelconque, n° 1, qui est la bordure qui doit régner en haut et en bas tout autour de la pièce.
Dans les localités d’une hauteur extraordinaire, qui exigent un décor extrêmement élevé, on peut employer, sans inconvénient, au-dessus du fond uni, en remplacement de la bordure supérieure, une corniche plus ou moins haute, avec ou sans frise.
Voici la manière de coller ces sortes de tapisseries , dans
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les appartements ordinaires d'une hauteur de 3 à 4 mètres (9 à 12 pieds). Supposons encore, pour l'intelligence de ce que nous avons à dire, que le mur sur lequel on doit placer cette décoration soit divisé en deux parties, par une cheminée ou par une grande glace, et que les deux espaces vides soient égaux; supposons enfin qu’ils soient assez larges pour contenir le tableau entier représenté, fig. 16, et qu'il reste encore en tout 3 décim. (1 pied) de vide, sans compter la largeur de la bordure n° 3. On retranchera, 4 e la hauteur totale de la pièce, à partir de la cimaise, sur laquelle doit reposer la bordure générale, deux fois cette bordure, à cause de cette même bordure, qui doit régner en haut et en ba$. On placera le tableau, et on le collera au milieu de cette hauteur, en laissant à droite et à gauche un espace égal.
On collera le fond sur tout le vide que laissera le tableau, et derrière la glace, ou au moins au-dessus si la glace doit être inamovible, et si elle ne monte pas jusqu'à }a corniche.
Sur ce fond, on collera d'abord et tout autour de la bordure qui sert de cadre au tableau que nous avons désigné ici par le n° 4. On colle ensuite au haut et au bas la bordure n° 3, si l’emplacement le permet. ' ' * : ' ’ ” *
Si l'espace est trop étroit, on en supprimera les deux trophées, qu'on pourra placer ensuite séparément dans Tes trumeaux trop étroits pour recevoir le tableau le plus étroit; on l’encadrera de même.
Si l’espace est large et peut contenir deux tableaux, on divisera également l'emplacement des fonds, en laissant entre leurs bordures un fonds suffisant et égal à celui qui doit exister sur les côtés.
Tous les tableaux, leurs cadres et leurs fonds ainsi terminés et bien coliéB, on colle les bordures en haut et en bas.
Cet exemple suffira pour dirigea dans l'application de cés tentures , qui produisent le plus bel effet, et remplacent les
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tableaux que l'on suspeml contre les murs des salon* de compagnie.
Ces sortes de tentures se prêtent parfaitement pour former des panneaux de toutes les dimensions, par la facilité que l'on a de joindre aux sujets, ou d’en séparer les groupes d’accessoires qui les interrompent. Ces groupes seuls peuvent aussi former les panneaux d’un laize, comme nous l'avons dit, d'autant mieux qu’il n'y aurait point d’inconvénient à les répéter s’il était nécessaire. On peut encore, lorsqu'on est contrarié par l’espace, couper un groupe d’accessoires, et môme en placer une partie des deux côtés du tableau, en ayant soin de la faire toucher à la bordure latérale. En un mot, pour bien placer cette tenture, il faut qu’elle produise l'effet d’un tableau placé sur une tapisserie.
La galerie mythologique est composée de vingt-quatre laizes, ainsi qu’il suit : Vengeance de Cérôs, deux laizes ; Apollon et Phaéton, trois; Vénus et Diane, deux; les Muses, quatre; le Jugement de Pàris, quatre; le Temps et les Saisons, trois ; groupes d'accessoires, six différents.
Les Portiques d’Athènes , composés de seize sujets différents, très-bien choisis, et qu’il serait trop long de décrire. Cette galerie est on ne peut plus intéressante.
Les Monuments de Paris, exécutés en trente laizes, forment une collection des plus curieuses, et sont d’une grande vérité.
L’Histoire de Psyché et de Cupidon , comprenant douze tableaux formés de vingt-six laizes, exécutés avec la plus grande perfection.
Paysages de Télémaque dans Vile de Calypso, exécuté en vingt-cinq laizes, colorié, et formant dix sujets différents.
Les Fêtes grecques, paysage grisaille, en trente laizes, représentant huit fêtes différentes.
Les Incas, paysage historique, en vingt-cinq laizes, colo-
fabrication des papiers peints.
riê. Ce dernier sujet est tiré de l’ouvrage de Marmontel, intitulé les Incas , ou la Destruction de l'empire du Pérou.
Un sujet des Batailles des Français en Italie , vient d’étre exécuté par M. Leroy-Dufour, avec une rare perfection. C’est un sujet suivi, et qui n’est point disposé en tableaux. Il forme une tapisserie continue qui est d’un très-bel effet, en grisaille.
Nous ne pouvons donner qu’une idée très-succincte de ces divers sujets, qu’il importe de voir pour se convaincre de la perfection avec laquelle ils ont été exécutés, et quel parti on peut tirer, avec du goût, d'un art qui ne paraissait pas devoir se prêter à des objets de cette nature. Ce sont de véritables tableaux qui forment un très-bel ornement dans les appartements, et qui remplacent avec économie les plus belles tentures, qu’on ne peut se procurer qu’à des prix excessivement élevés. Le génie de ces ingénieux manufacturiers, qui ont inventé ce genre de tenture, mérite et des éloges et des encouragements par le goût et la perfection avec lesquels ils l'ont exécuté.