SATINAGE DES PIÈCES
L'instrument dont on se sert pour le satinage est le mémo qu’on emploie pour le lissage; la seule différence consista dans la manière dont est terminée la pièce de bois verticale. Ici, ce n’est pas un cylindre métallique, c’est une brossa rude, à poils courts, montée sur un genou qui lui permet d'être toujours à plat sur la table, dans quelque position qu’elle se trouve.
L'ouvrier étend la pièce sur la table, à l’endroit, c’est-àdire la couleur en dessus ; il saupoudre avec de la craie d« Briançon très-fine, que l'on nomme talc , dans le langage des ouvriers, et frotte fortement avec la brosse. Par cetta manipulation la couleur se polit, et l’on dit que le papier est satiné. •
Dans les ateliers du lissage et du satinage on ne construit pas d’étendoir, puisque dans ces deux opérations il n’y a aucune pièce à faire sécher.
§ 8. de l'impression des pièces.
L’on se sert, pour imprimer leS pàpiefs peints, de planches en bois semblables à celles qu’on emploie pour l’impression des toiles peintès. Nous ne décrirons pas ici l’art da fabriquer et de graver ces planches, qui demande une main exercée, et sur lequel nous nous sommes assez étendu dans le chap. II de la première partie du Manuel du fabricant d'étoffes imprimées. Nous supposerons que l'ouvrier chargé d’imprimer le papier est pourvu de toutes les planches qui lui sont nécessaires pour exécuter les dessins qu’on lui commande. Nous ferons observer seulement qu’il faut autant de planches différentes que l’on a de couleurs ou de nuances différentes à placer pour faire ressortir- le dessin proposé :
Étoffes imprimées x 16 ,
pour foire une rose, par exemple, on pose trois rouges plus foncés 1'un que l’autre, et un blanc pour lés clairs ; il faut donc quatre planches différentes pour une seule rose. Il en faut encore autant pour les feuilles, autant pour le bois, et s’il y a des fleurs en jaune et, en violet, en supposant que chacufife de ces couleurs présente quatre nuances différentes, voilà $léjà que , ce seul bouquet, composé seulement de trois coupleurs, exigera vingt planches distinctes et séparées. Que l’ott juge par là de combien de planches différentes se compose un dessin un peu compliqué. • .
L’on sent bien que si l’ouvrier n’avait pas des moyens de reconnaître les places, sur lesquelles il doit porter ces planches pour que le dessin concorde dans -toutes ses parties, il lui serait impossible de placer les couleurs à l’endroit convenable, et loin de faire quelque chose d'agréable, il ne ferait que du gâchis. Pour éviter cet inconvénient, les planches portent de^ repères, comme nous l'avons expliqué dans le § 1 er du chap. II de la première partie du Manuel d’étoffes imprimées. Par ce moyeu, on peut répéter le dessin d’un bout à l'autre de la pièce, sans qu’il y ait confusion. Lorsque le graveur, qu’on nomme metteur sur bois , est un peu adroit, il place les repères de manière qu’en posant une seconde fois la planche, la trace des premiers repères se trouve cachée par la couleur que la planche dépose, et lorsque là pièce est finie, on ne voit tout au plus que la trace des repères qui commencent, et ceux qui terminent la pièce.
Nous avqns décrit, dans le § 2 du chap. II de la .première partie du Manuel d’étoffes imprimées, le baquet. daps lequel on étend la couleur, et qui est placé à la droite de l’ouvrier; mais Corning il, présente, pour l’impression des papiers peinte quelque différence avec celui de l’imprimeur d’étoflès, nous devons en donner ici la description de nouveau. Chacune des faces de cp baquet a une longueur de 81 miliim. (3 pouces - plus grande que la plus grande planche dont il puisse se
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servir. C’est une caisse de 24 à 27 centimètres (9 à 10 pouces) de profondeur, solidement assemblée, pour contenir de l’eau. On y met de l’eau à 162 millim. (6 pouces) de hauteur, avec des rognures dç papier qu’on laisse bien délayer. Sur cette eau on place un cadre de bois sur lequel est solidement fixé un morceau de peau de veau qui repose sur l'eau. Les bords de ce cadre sont de niveau avec les bords de la caisse, et les intervalles de 27 millim. (1 pouce), entre les bords de la caisse et ceux du cadre, sont garnis de liteaux et bien calfeutrés ou lûtes, afin que l’eau ne rejaillisse pas. Sur cette peau on couche des pièces de drap sur lesquelles on étend la couleur ; mais il est préférable d’employer, comme l'imprimeur d’indiennes, un châssis sur les bords duquel est cloué un morceau de drap fin : alors on a un châssis pour chaque couleur, et l'ouvrier n’est pas obligé de laver le drap chaque fois qu’il change de couleur ; on se contente de le râcler lorsqu’on cesse de s’en servir. C’est sur ce drap que l’aide étend la couleur qui doit servir à l’impression, et quq l’ouvrier prend avec la planche. L'eau remplace ici la fauç$e couleur dont les fabricants d’indiennes remplissent leqrs baquets.
On sent l’utilité de la fausse couleur; elle sert là conom® de matelas, afin que la planche touche, par tous ses points le drap sur lequel la couleur est uniformément répandue, de manière à ce qu’elle en enlève partout une égale quantité.
L’établi sur lequel l'ouvrier travaille est une forte plancliç 4e 108 millim. (4 pouces) d’épaisseur, de 2 mètres (6 pieds) environ de longueur, de 650 millim. (24 pouces) de largeur, portée par de forts pieds carrés bien assemblés dans des traverses. Sur le derrière de l’établi est fixée à demeure, par des montures solides, une très-forte traverse en bois qui sert d’appui au levier dont nous allons parler, et dont fourrier fait continuellement usage pour imprimer. *
Ce levier, qui a ordinairement 2 mètres 1/2 (7 pied? îl%\
de long, Sert Ht comprimer plus ou moins fortement la planche, ce qui est préférable au maillet qu’on employait autrefois, qui avait de grands inconvénients : 1° selon que l'ouvrier était plus ou moins adroit, la planche restait fixe ou glissait, et dans ce cas formait des irrégularités ; 2° les coups réitérés du maillet gâtaient la planche ; 3° le bruit que faisaient tous ces maillets était désagréable et fatigant.
La table est recouverte de plusieurs doubles de drap pour former une espèce de matelas, afin que l’impression se fasse mieux et que la planche se gâte moins; ce drap est cloué sur le bord de la table ou établi.
Tout étant ainsi disposé, l’ouvrier, placé devant son établi, ayant à sa droite le baquet à couleur, étend sur l'établi le bout de la pièce sur laquelle le fond est déjà placé. Le rouleau sur lequel il travaille est porté horizontalement au bout et à côté de l’établi sur sa droite; il est traversé, dans toute sa longueur, par une petite baguette en fer, plus longue d'un décimètre (4 pouces) ou environ que le rouleau : l'excédant de cette baguette, qu’on fait ressortir également par ses deux bouts, repose sur deux tasseaux en bois, solidement fixés sous l’établi ; par ce moyen, le rouleau est suspendu librement sur cette tringle de fer qui sert d’axe à cette sorte de cylindre, qui se déroule avec facilité au fur et à mesure qu’on travaille.
Le bout du rouleau étant étendu sur l'établi, l’enfant qui sert d'aide à l'ouvrier met un peu de couleur sur le drap du baquet et l’étend, avec une brosse, aussi également qu’il le peut. Alors l'ouvrier, saisissant de la main droite la planche, la porte sur la couleur en appuyant légèrement, et place adroitement la planche sur le papier, à l’endroit convenable et que les repères lui indiquent. De suite il pose sur la planche un morceau de bois qui a la forme d’un petit chevalet, qu’on nomme tasseau, fig. 14, pl. 1, il le recouvre du levier qu'il a soin d'engager au-dessous de la traverse.
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U appuie fortement, avec son petit aide, sur le levier, et la couleur se dépose sur le papier. L'ouvrier retire le levier, enlève le tasseau, et soulève adroitement la planche sans la laisser glisser. Pendant ce temps, l’enfant remet de la couleur sur le drap, s'il s’aperçoit qu'il n’y en a pas assez, ou bien il étend uniformément celle qui reste, et l’ouvrier recommence la même manipulation que nous venons de décrire : il continue de même jusqu'à ce qu’il ait fini la pièçç.
Il ne faut pas oublier qu’au bout de l'établi, sqp la gauche de l'ouvrier, est placé un chevalet mobile sur lequel lç petit aide jette la pièce au fur et à mesure qu’on l'imprime j il éloigne successivement ce chevalet, afin que la pièce soit toujours soutenue et qu’elle ne tombe pas par terre.
Lorsque la pièce est terminée, l’ouvrier, secopdé par lç petit aide, qu'on nomme le tireur, l 'accroche (c’est le moj technique) sur l’étendoir; car on ne doit pas perdre de vue qu'il ne doit appliquer la couleur qui doit suivre, qu 'autant que la précédente est parfaitement sèche.
On donne ordinairement à l'imprimeur assez de pièces du même dessin à faire, pour que la journée puisse être remplie saps dérangement, afin qu’elles aient le temps de bien sécher pendant la nuit, et qu’il puisse, le lendemain, faire sans danger une seconde opération sur les mêmes pièces.
Toutes les couleurs se placent de la même manière; les planches forment toutes les nuances : ce sont elles qui décident de la beauté et de la régularité du travail. Un cfpssinateur qui a du goût tire le plus grand parti de cet art. JL Dufour est le premier qui soit parvenu à faire des tableaux qui sont de la plus grande beauté. Son histoire de Psyché et l’Amour est un chef-d’œuvre. Le peintre, à l’aide pinceau, ne fondrait pas mieuj les codeurs j et lor^’on regarde avec atteritiou ces; tableaux, op pç peut coiic^.yeh comment il a été possible d’atteindre un aussi grapjl deeré On ne
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elles sont le résultat du goût et d'une longue expérience ; nous en avons assez dit pour que des artistes éclairés puissent se mettre sur la voie qui conduit à une perfection aussi étonnante.
Les bordures ne présentent rien de particulier; elles s’exécutent de la même manière et avec le môme soin. Selon leur plus ou moins grande largeur, on en place une, deux, trois, quatre, etc., sur la largeur du rouleau.
Lorsque la pièce est imprimée, l’ouvrier examine si le dessin est bien correct, s’il*n’y a pas de manque dans la pose des couleurs, et quand il aperçoit quelque défaut, il le corrige par le pinceautage. L’action de pinceauter consiste à placer avec un pinceau la couleur qui manque. L’ouvrier a soin de pinceauter à chaque couleur qu’il imprime, avant de passer d’une opération à. l’autre.
Aussitôt que toutes ces opérations sont terminées, le papier peint peut être livré au consommateur; il ne reste, pour le placer en magasin, qu'à, le mettre en rouleaux. Nous avons dit qu’après chaque opération qui oblige à changer ' d’atelier, on roule les pièces de papier, soit pour la facilité du transport, soit afin qu’elles occupent moins de place : il est cependant vrai qu’on ne les roule pas avec une attention aussi scrupuleuse que lorsque l’ouvrage est entièrement terminé. Ici, on serre autant qu’il est possible le rouleau, parce qu'il ne doit plus être ouvert en entier que lorsqu’il s’agit de le coller sur place, et qu’il importe qu'il occupe dans le magasin le plus petit espace possible. Il résulte encore de cette manière de les rouler serré, que l’air fatigue moins les couleurs, qui conservent leur éclat pendant plus longtemps. Cette dernière opération s’appelle rouler en fin.
Dans ces derniers temps, on avait imaginé une mécanique pour rouler en fin les pièces de papier peint; le mécanicien qui l’avait conçue avait eu l’idée de rouler plusieurs pièces à la fois. Nous avons vu cette machine, qui a été essayée plu-