‹ Nouveau manuel complet du graveur en creux et en reliefChapitre 8 sur 122 · I. — Historique · texte numérisé non relu

I. — Historique

La gravure au burin, est ainsi nommée, parce que l’instrument qui sert à l’exécuter est le burin. C’est le genre le plus artistique et le plus difficile de la gravure en creux.

La gravure en taille douce date de 1450. Les Allemands l’attribuent à Martin Schœn, de Culmbach, dont on connaît une estampe datée de 1442, représentant, au premier plan, une Sibylle montrant à Auguste l’image de la Vierge dans les airs, et au lointain, la ville de Culmbach. line des plus anciennes taille douce connue est La Vierge et V Enfant, de 1461. Ceci démontrerait que la gravure était connue en Allemagne avant que Finiguerra l’eût inventée en Italie.

Maso Finiguerra, orfèvre de Florence, est généralement regardé comme l’inventeur de la taille douce. Il commença en 1460. Il eut comme contemporains, Baldini et Botticello. Les premières épreuves de ses gravures sont perdues. Cependant il reste un calendrier de 1465 à 1517, dû au burin de Finiguerra;

GRAVURE AU BURIN

nous l’avons reproduit dans les planches précédentes, à cause de l’intérêt historique qu’il présente. Son originalité et sa rareté feront certainement apprécier de nos lecteurs cette reproduction faite par la photogravure.

Les 12 figures représentent les 12 mois de l’année. Janvier : un vieillard assis auprès du feu, à côté d’une table ; il tient un verre à la main. Février : jardinier bêchant laterre. Mars : plantation d’arbrisseau. Avril ; chasse au vol et au lièvre. Mai: course de bague. Juin: fenaison. Juillet: moisson et battage de blé. Août: médecin veillant un malade. Septembre: vendanges. Octobre: pressage de la vendange. Novembre : labourage. Décembre : provisions d’hiver.

En bas, on trouve la légende suivante, dont voici la traduction : « Si vous voulez savoir quel sera le jour de Pâques, cherchez la date de l’année dans l’estampe ; la lettre A indique avril, et la lettre M signifie mars ».

Baldini lit deux vignettes pour l’édition du Dante, imprimée à Florence en 1481, par Nicolas de Lorenzo délia Magna. Dans l’édition du Ptoléméc de Rome, en 1 478, il y a 27 cartes géographiques en taille douce, sur métal, exécutées de 1 472 à 1-473.

11 n’y a pas de livre orné de gravures sur cuivre avant 1481 ; à cette époque parut le Missale Herbipolense. Le premier livre français où l’on trouve des planches gravées sur cuivre a été imprimé à Lyon en 1488; c’est la Pérégrination de Oultremer en Terre Sainte , par Nicolas le Huen.

Le premier Français qui se soit servi du burin est lean Duvet, né à Langres en 1510. Vinrent ensuite le Petit-Bernard, né à Lyon en 1512, dont la première

HISTORIQUE

édition de sa Bible date de 1550; Étienne de Laulne, dit Stephanus, né à Orléans en 1590 ; Noël Garnier, en 1520, qui donna 48 gravures sur les sciences, les arts et les métiers. Le peintre et sculpteur Jean Cousin s’est aussi distingué par ses estampes.

Dans les Pays-Bas, Lucas de Leyde (1494-1533) fit le premier la gravure au burin et à la pointe, sa plus ancienne estampe est le Uijlen-Splegel, gravée en 1520.

Le premier livre anglais orné d’estampes est le Birth of Mankind de Jean Reynolds, paru en 1540 ; mais il est démontré que l’origine de la gravure au burin en Angleterre remonte à 1490.

La plus ancienne gravure sur métal en relief est le Saint-Bernardin de Sienne, gravé au crible, en 1454, et conservé à la Bibliothèque nationale.

La collection chalcographique du Louvre est déjà ancienne ; elle remonte à Louis XIV, qui la créa, et ce fut une des magnificences de son règne.

En commandant à Edelinck, à G. Audran, à Masson, à Lepautre, à Mellan, etc., des estampes dont plusieurs devaient être des chefs-d’œuvre, Louis XIV avait en vue d’encourager l’art de la gravure et de conserver la mémoire des grands événements de son règne. Les compositions de Lebrun et de Vandermeulen, traduites par le burin, popularisèrent sa gloire militaire, en même temps que la représentation du grand carrousel des Tuileries et des fêtes de Versailles, les reproductions des tableaux et des statues de ses palais, les vues des édifices royaux, des châteaux et des pays, répandaient partout le souvenir de son faste et l’éclat de sa cour.

Le roi voulut que les épreuves de ses planches fussent livrées au public, et à un prix très modéré.

GRAVURE AU BURIN

Le passage suivant d'une annonce à peu près officielle, faite en 1699, est des plus significatifs.

« On a employé les plus excellents ouvriers pour graver ces planches, et il ne se peut que ce travail n’ait beaucoup cousté. Cependant le prix qu’on y a mis est si médiocre, qu’on voit bien que c’est un effet de la libéralité du roy qui en veut faire présent au public, et qui est bien aise que l’avantage qu’en recevront ses sujets soit communiqué aux étrangers. Comme l’on travaille depuis plusieurs années à ces ouvrages, il est aisé de connoître que la guerre n’a point empêché les arts de fleurir, et qu’au contraire, pendant que le roy faisait des actions surprenantes pour la gloire de ses Etats et qu’il avoit les efforts de l’Europe à soutenir, ces mêmes arts ont fleuri en France avec plus d’éclat. »

Les deux règnes qui suivirent augmentèrent notablement le dépôt laissé par Louis XIV. La République vint encore l’accroître en y joignant les planches provenant de divers établissements publics. L’Empire et la Restauration se signalèrent par plusieurs commandes importantes. C’est ainsi, et grâce à de récentes acquisitions, que la collection des cuivres appartenant à l’Etat a lini par atteindre un chiffre de plus de 4,600 pièces, renfermant une immense quantité de documents précieux pour les peintres, les sculpteurs, les architectes, les ornemanistes, pour l’artisan comme pour l’archéologue, pour l’historien comme pour l’homme du monde.

On peut voir, au Musée du Louvre, une des plus belles collections de gravures anciennes.

Outre les estampes commandées par Louis XIV et dont la réunion, connue sous le nom de Cabinet du

HISTORIQUE

Roi, formait déjà, au commencement du xvne siècle, 23 volumes, on y rencontrera des compositions célèbres de toutes les écoles. Par exemple : soixante-dix pièces, d’après N. Poussin, parmi lesquelles figurent les chefs-d’œuvre du Pesne et d’Audran et les paysages de Baudet ; Le Brun, presque tout entier, ainsi que Yandermeulen ; un grand nombre de fac-similé anciens et modernes, d’après des dessins de maîtres ; des portraits curieux; les chefs-d’œuvre de la sculpture antique et moderne, monuments d’architecture, sièges et batailles ; des plans de villes, des cartes géographiques, des frontispices, des vignettes ; le sacre de Louis XV, ceux de Aapoléon Ier et de Charles X ; des planches de blason et d’histoire naturelle. Parmi les dons et acquisitions modernes, nous citerons seulement ici la statistique monumentale de Paris, par Albert Lenoir ; la monographie des cathédrales de Chartres et de Noyon, par Lassus et Bamée (planches données par le Ministre de l’Instruction publique et des Cultes) ; la galerie du Luxembourg ; les résidences royales de J. -B. Bigault ; l’iconographie complète de Van Dyck comprenant 124 portraits, dont une douzaine de sa main, l’ouvrage bien connu de Baltard ( Monuments de Paris , de Fontainebleau , etc.), et enfin l’œuvre entière du baron Desnoyers.

Ce serait une grave erreur d‘e croire que les planches anciennes ne donnent plus aujourd’hui que des épreuves mauvaises ou médiocres. Sans doute, la chalcographie ne peut livrer aux amateurs de raretés ce qu’ils cherchent, et ceux qui demandent la Sainte- Famille d’Edelinck, ayant les armes de Colbert, feront bien de s’adresserailleurs. Mais cette planche célèbre, conservée avec le plus grand soin, ainsi que toutes

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celles qui se trouvent dans le même cas, au moyen des procédés ingénieux découverts par la science moderne, fournira longtemps encore, et au prix le plus modéré, des épreuves très satisfaisantes aux artistes et aux amateurs, qui ne peuvent consacrer plusieurs centaines de francs à l’acquisition d'une estampe.

Sous le second Empire, en France, la gravure en taille douce a été en grand honneur. On peut citer MM. Henriquel Dupont, A. Lefèvre, Martinet, Dieu, Caron, Jules et Alphonse François, Pollet, Salomon, Calamatta, P. Girardet, et encore d'autres artistes de moindre notoriété. Nous devons aussi mentionner les belles reproductions de Jazet, à la manière noire ou aquatinte, la plupart consacrées à l’œuvre d’Horace Vernet.

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