‹ Nouveau manuel complet du graveur en creux et en reliefChapitre 89 sur 122 · VII. — Gravure photo-galvanoplastique · texte numérisé non relu

VII. — Gravure photo-galvanoplastique

Ce genre de gravure appartient à M. J. -B. Sawier. Nous allons en donner la description d’après une note présentée par M. Sawier à la Société photographique de la Grande-Bretagne, le 8 décembre 1885 (1).

Si nous examinons une épreuve photographique sur gélatine colorée, obtenue par le procédé autotype, nous constatons que l’effet qu’elle produit est dû aux épaisseurs diverses de gélatine et de matière colorante, épaisseurs qui sont en rapport avec les lumières et les ombres du cliché original.

De là il suit qu'une épreuve de ce genre est en relief ; que les ombres profondes sont formées de masses de gélatine restée partiellement ou totalement soluble dans les demi-tons ou les grandes lumières ont été éliminées par le développement.

C’est une épreuve de cette espèce, développée sur la surface rigide d’une plaque métallique, qui est la base du mode de production de planches gravées de M. Sawier. Il est nécessaire de remplir les conditions suivantes :

i° Il faut obtenir une photographie en relief développée sur une surface rigide ;

2° Cette photographie doit avoir un grain, qu’il faut lui donner ;

(1) Bulletin de la Société française de Photographie , 188G.

PHOTOGRAVURE

3° La surface de cette photographie doit être rendue assez conductrice de l’électricité pour qu’on puisse la couvrir d’une couche de cuivre sans altérer en quoi que ce soit l’image.

A l’égard de la première condition, il est aisé d’obtenir une épreuve en relief, en développant une épreuve au charbon sur une surface rigide. Comme, dans l’espèce la couleur ou le ton importe peu, on a le choix entre de nombreuses matières, et l’on doit préparer le tissu qui donne le relief le plus convenable ; ce n’est nullement facile, et il faut essayer, pour atteindre le résultat désiré, divers tissus où les proportions de gélatine et de matière colorante soient variées.

Sur une épreuve donnée, l’importance du tissu dépend de deux causes : l’une est la qualité du cliché, et l’autre le rapport existant dans le tissu entre la gélatine et la matière colorante ou pigment. Un tissu contenant beaucoup de couleur et peu de gélatine donne un relief faible, et si l’on augmente la quantité de gélatine sans augmenter la dose de couleur, on aura un haut relief.

D’autre part, des épreuves produites par un cliché faible et mince n’auront que peu de relief, tandis que celles données par des négatifs vigoureux^ auront, avec le même tissu, un relief bien plus fort. Ce fait explique pourquoi des épreuves faites avec le même tissu, mais avec des négatifs de différentes intensités, ont des tons différents.

Examinons maintenant la question du grain qu’il faut obtenir suffisant pour que la planche obtenue par l’électrotypie ait la propriété de retenir l’encre. On peut développer une gravure en relief sur une

GRAVURE PHOTO-GALVÀNOPLASTIQUE 231

plaque métallique et, après dessiccation, rendre sa surface conductrice avec de la plombagine, puis encore obtenir une contre-épreuve en cuivre qui, reproduisant parfaitement les lignes et les détails de l’original, semble propre à l’impression. Si on le remet à un imprimeur en taille douce, il encre avec son tampon et, ensuite, se met en devoir d’essuyer l’encre qui est en excès. A ce moment commence l’embarras, car non seulement l’imprimeur essuie l’encre en excès, mais il enlève toute l’encre ; la planche ne peut servir, parce qu’elle n’a pas de grain qui retienne l'encre.

Bien des méthodes ont été essayées pour surmonter cette difficulté, mais la seule qui réussisse est celle de M. Waterhouse. Cette méthode consiste à couvrir l’image gélatineuse encore humide avec du verre finement pulvérisé. Ce verre en poudre étant répandu à la surface humide et souple de l’image, y pénètre par ses fines pointes et par ses angles et s’y engage profondément, quand la gélatine sèche se contracte. Quand la poudre de verre a été enlevée de la couche à l’aide d’une brosse, il y reste une quantité de petits trous qui, reproduits par l’électrotypie, donnent le grain reteneur d'encre dont on a besoin.

La troisième condition que doit remplir l’épreuve en relief est d’avoir une surface qui puisse être rendue assez conductrice de l’électricité pour que le cuivre puisse s’y déposer avant que la solution contenue dans la cuve galvanoplastique ait eu le temps d’agir sur la gélatine. On a cherché à réaliser cette condition en frottant la surface de l’épreuve de gélatine avec de la plombagine en poudre fine, mais il faut prendre soin de ne pas empâter les parties fines

PHOTOGRAVURE

de l’image. Quand l’image est développée sur une plaque de cuivre argenté, qui est un bon conducteur, le dépôt de cuivre se fait quelquefois d’une manière satisfaisante, et l’on peut faire du bon travail, surtout si les sujets à reproduire n’ont pas d’ombres très profondes, car les grosses masses de gélatine sont difficiles à couvrir, et si le liquide les attaque avant que le dépôt de cuivre soit général, elles se brisent et la planche est perdue. Une autre difficulté se présente, quand on n’a pas complètement enlevé toutes les particules de verre pulvérisé dont on s’est servi pour faire le grain, car partout où l’on a laissé une particule de verre sur l’épreuve, il se fait des marques à travers la planche.

Voici maintenant la marche du procédé.

1° On commence à former le tissu de gélatine en préparant la solution suivante :

Eau . 1.000 grain.

Gélatine . 200 —

Glycérine . 50 —

Bichromate de potasse . 25 —

Plombagine . 150 —

On l’étend en mince couche sur une plaque en verre et on laisse sécher à 35 degrés. On détache ensuite la pellicule de gélatine de la plaque, on a ainsi ce qu’on appelle le tissu de gélatine. On en prépare d’avance que l’on conserve dans l’ohscurité. La quantité de plombagine relativement au véhicule est déterminée de façon à donner un relief convenable et rendre la couche conductrice de l’électricité. On l’emploie de trois grosseurs différentes de façon à avoir des grains variés.

GRAVURE PHOTO-GALVANOPLASTIQUE 233

2° On insole le tissu de gélatine pendant un temps convenable sous un négatif.

3° On le plonge dans l’eau froide, contenue dans une cuvette en zinc, pendant trois ou quatre secondes pour l’amollir et le rendre souple.

4° On le place sur une plaque de cuivre argentée en la frottant avec du cyanure d’argent. On assure le contact de la gélatine avec la plaque de cuivre au moyen de la raclette. Le tissu doit être placé la face en bas.

5° On développe en plongeant la plaque, avec le tissu qui y adhère, dans l’eau chaude à environ i45-50 degrés. On lave de façon à éliminer tout ce qui n’a pas été fixe et rendu insoluble par l’action de la lumière.

6° On laisse sécher l’épreuve, on la lave à l’eau froide, puis dans une solution à 5 pour 100 d’alun de chrome. On la rince et on la fait sécher. On brosse sa surface avec une brosse douce passée sur un morceau de plombagine.

7° On place la plaque dans le bain électrotypique, que l’on gouvernera comme nous l’expliquerons ipage 248. On change la plaque de sens tous les quarts d’heure, jusqu’à ce qu’elle soit complètement couverte, ce qui doit arriver au maximum dans une heure, puis on la laisse dans le bain, de façon à obtenir une planche assez épaisse pour qu’elie puisse être soumise à l’impression, c’est-à-dire pendant dix à douze jours. Le dos de la plaque sur laquelle est l’épreuve à reproduire est protégé par un vernis et on favorise le dépôt sur le bord au moyen d’une bande métallique. On apprécie l’épaisseur du dépôt à l’aide de pesées.

PHOTOGRAVURE

8° On détache la planche galvanique de l’épreuve, en introduisant un instrument aigu et mince dans la petite solution de continuité qui apparaît lorsqu’on a limité les bords de la plaque à reproduire et de la planche produite.

9° Le dépôt du cuivre étant d’un métal très doux, cette douceur du métal qui limiterait le nombre de gravures, est corrigée par l’aciérage ou le nickelage de la planche.

Procédé Villon.

.Nous inspirant du procédé de M. Sawier, nous avons combiné le procédé suivant dans le but de le rendre plus facile à exécuter et d’obtenir des épreuves plus fidèles, en respectant absolument l'épreuve développée sur gélatine.

4° On prépare le tissu gélatineux en versant, sur du papier appliqué sur une glace maintenue bien horizontale, la composition suivante :

Eau . 1.000 gram.

Gélatine . 200 —

Glycérine . 40 —

Bichromate d'ammoniaque . 25 —

Plombagine . 100 —

Sulfure de cuivre . 75 —

On fait sécher à l’étuve à 30-35 degrés. On enlève le papier de dessus la glace.

2° On insole derrière le négatif comme à l’ordinaire.

3° On ramollit l’épreuve dans l’eau froide pendant 10 secondes.

Page 1