‹ Nouveau manuel complet du relieurChapitre 21 sur 70 · COLLER LES CARDES · texte numérisé non relu

COLLER LES CARDES

Observations de M. Mairet. — Manière de coller les (jardes de tabis et de moire.

Quoique assez peu difficile , ce travail exige beaucoup de précaution , car des gardes bien placées donnent du jeu et de la souplesse aux mors , tandis que dans le cas fréquent et contraire , il est presque impossible d'ouvrir les cartons, et les premiers, ainsi que les derniers cabiers s'arrachent avec les gardes. Les gardes sont-elles bien mises, on en juge facilement : on prend le livre en gouttière par les feuilles , et en laissant tomber les cartons , on les voit se toueber de suite.

Quand les livres sont endossés et les mors nettoyés , on encolle à la colle d'amidon , ( mieux vaudrait la colle de Flandre), de 1 cent, de largeur , le coté de la garde colorée qui doit être contre la garde blanche ; ensuite on la place dans le mors et on l'enfonce avec un plioir jusqu'à ce qu'elle soit de niveau avec le mors , et qu'elle en prenne bien la forme; les deux gardes ainsi placées, on achève de les coller contre la garde blanche : on doit mettre peu de colle, fermer les cartons pour appuyer contre , et donner de suite un bon tour de presse au volume qu'on retire à l'instant , pour détacher soigneusement les cartons qui pourraient se trouver collés au mors; on ouvre aussi la garde colorée afin qu'elle ne se sèche pas dans cet état , car la couleur s'écorcherait. Après cela, on referme les cartons et les gardes pour qu'elles ne se grippent pas en séchant trop vite.

Quand le» gardes sont en moire ou en tabis , les mors doivent être en maroquin paré très mince et de même couleur que celui qui doit couvrir le volume; si c'est du veau on met les mors pareils. Ou place les mors en maroquin ou en veau avant de coller la moire , et avec les mêmes précautions que pour les gardes de couleur et alors on est sûr d'avoir un mors bien simple et bien carré; surtout si on a eu soin , avant de cartonner , de placer au-dedans des cartons du papier très mince que l'on replie en dehors du côté du mors , ce qui le rend bien carré et lait que le carton ne s'emousse pas eu couvrant le volume.

Il faut, pour les gardes de moire, de la colle de poisson, et pour plus d'économie, de la colle d'écaillé appelée grénetine, ou eoiîe de M. Grenet. On la prépare en la faisant

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dissoudre à la dose de trois sous dans le cinquième, d'un litre d'eau , tout en remuant pour empêcher qu'elle s'attache au vase. On l'emploie médiocrement chaude pour coller préalablement les gardes moirées sur un papier très mince. Il est bon de s'en servir aussi pour coller sur du veau de couleur ou du maroquin , réservant pour les papiers seulement la colle de Flandre.

Quant aux gardes moirées ainsi doublées de fin papier, on les laisse sécher, puis on coupe à la règle du coté du mors, puis enfin on colle la moire contre les gardes blanches, de manière à laisser voir dans le mors deux lignes de maroquin; la partie de la garde qui doit être contre le carton ne se colle que quand le volume est prêt à être doré.

§ VIII. È pointer les ficelles.

Dans l'état où les ficelles se trouvent en sortant des mains delà couseuse , il serait très difficile de les employer; on est obligé de les épointer. Cette opération consiste à prendre la ficelle entre l'index et la paume de la main gauche , a la rouler contre les doigts pour la détortiller; à l'aide d'un couteau qu'on passe entre les fils, on les sépare; on épointe chaque fil avec le couteau, on les assemble ensuite et on les coupe carrément.

On prend le volume de la main gauche par la tranche ; avec le pouce et l'index de la main droite , on prend de la colle de farine , et l'on place les ficelles entre les doigts pour les encoller d'un bouta l'autre, ou seulement à un pouce du bout, pourvu toutefois que tous les brins soient parfaitement réunis. Ensuite, sur le genou et sur le tablier, on roule les ficelles du plat de la main , ce qu'on nomme tortiller. Cette manipulation les dispose à passer dans les trous du carton.

§ IX. Du carton, de la manière de le couper et de le fi$cr au volume.

Le carton est fabriqué d'une dimension un peu plus grande que les feuilles de papier, on le coupe de la même manière que nous l'avons indiqué pour le papier de couleur ; mais comme il a plus d'épaisseur que ces dernières, on ne le plie pas pour le couper. On divise sa surface à r ru fur. 6

62 ducartoh.

l'aide d'un compas , et par les points qu'on a marqués , à l'aide d'une règle de fer et d'une espèce de couteau que nous allons décrire, on le coupe net, ce qui est important. Alors le carton se trouve divisé en un nombre de morceaux double de celui des morceaux de papier que nous avons indiqués.

Pour Vin-folio, on le coupe en deux dans le milieu de sa dimension; pour Vin-quarto , on le coupe en quatre, et ainsi de suite : ebaque morceau sert pour un côté de la couverture.

Le couteau ou instrument tranebant dont on se sert, et qu'on nomme pointe àrabaisse", est une lame d'acier dont l'extrémité est aiguisée à quatre faces et en pointe , de la même manière qu'un grattoir de bureau ; il est ordinairement emmanebé entre deux morceaux de bois , le tout lixé par de la ficelle qui l'enveloppe dans toute son étendue , excepté à 5 ou 4 centimètres près du tranebant. Les pointes à rabaisser qui sont aujourd'hui en usage sont très commodes ; le manche est enfermé dans un étui de tôle, comme un sabre dans son fourreau ; une vis de pression est pratiquée sur l'épaisseur, au bas du fourreau. On règle la saillie du couteau, à volonté, par le moyen de cette vis de pression.

Après avoir compassé le carton , on le coupe sur une planche de bois de hêtre bien lisse qu'on nomme ai s à rabaisser. Lorsqu'il est réduit en morceaux de la dimension désirée, si le carton n'a pas été cylindre, et que sa surface soit raboteuse, on le bat sur la pierre avec soin et propreté, de même qu'on a battu le volume. On le rogne légèrement d'un seul côté, qui doit être placé du côté du dos ; on abat la bavure avec le marteau à battre , ou bien avec un rouleau de bois. On raffine le carton , c'est-àdire qu'on colle du côté du mors une bande de papier plus ou moins large, qui enveloppe l'épaisseur du carton de ce côté.

On place chaque morceau de carton sur le volume, en le laissant déborder de 2 millini. ou plus, selon le format, du côté de la tête, et l'on -lait, avec un poinçon , une marque vis-à-vis chaque ficelle; on fait ensuite à 2millim. du bord, et en face de chaque marque , avec un poinçon , un trou incliné du dedans au dehors, à 5 miilim. au-dessus d'un

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autre trou dans le même sens, et Ton retourne le carton pour faire à côté des deux trous, et au milieu de leur distance, un troisième trou , de manière qu'il y a deux trous percés en dehors et le troisième en dedans. On passe les ficelles en dehors dans le premier trou , en dedans dans le troisième, et en dehors dans le second, et le bout de la ficelle est enfin passé sous la ficelle qui traverse d'un trou à l'autre en dedans ; on serre cette couture pour rapprocher le carton du volume.

Lorsque les ficelles sont toutes arrêtées de cette manière, il faut que les cartons se tiennent naturellement perpendiculaires au volume, afin de ne pas gêner le mors.

On coupe le bout excédant des ficelles, de manière à ce qu'elles ne puissent pas sortir des boucles , mais pas assez longues pour qu'elles puissent gêner dans le mors.

Sur la pierre à rabaisser, on frappe avec un marteau sur la ficelle afin de l'incruster dans le carton. On tient, de la main gauche, le volume par la gouttière ou la tranche, on laisse tomber les deux cartons sur la pierre et l'on frappe en dedans de la couverture.

On prend le volume entre les deux mains ouvertes , en laissant tomber librement les cartons sur la pierre, et l'on frappe le dos sur la pierre afin de le bien égaliser. On place ensuite le livre sur le bord de la pierre, en laissant tomber au dehors le carton de dessous : on plie le carton de dessus sur le livre, en ayant soin que la sauve-garde et la garde ne soient ni trop en arrière, ni trop en avant. On jen fait autant pour l'autre carton, et l'on a soin, avant de quitter le volume, de bien redresser la tête, si cela est nécessaire.

§ X. Endossement.

Pour endosser, l'instrument indispensable est une presse. Nous allons faire counaître d'abord celle qui nous paraît préférable.

Nouvelle presse anglaise.

Cette presse que présente la figure 95, pi. 4, est une amélioration de la presse ordinaire, qu'elle surpasse beaucoup en puissance. Par celte raison, nous nous dispensons de décrire les presses habituellement employées dans nos ateliers pour endosser les livres, ÎC3 comprimer , leur donner

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toute la fermeté désirable. La figure lait aisément comprendre le jeu de cette nouvelle presse ; quatre jumelles en fer fondu sont implantées dans un plateau solide et fixe. Elles maintiennent un autre plateau mobile. C'est entre ces deux plateaux que les livres doivent être pressés. La pression est exercée au moyen d'une vis de métal, qui est mise en jeu au moyen d'une roue horizontale, dont les dents sont prises dans le filet d'une vis sans fin que l'on fait tourner. Ce mécanisme simple est si bien indiqué par la figure, qu'il est inutile de le décrire en détail.

Aucune presse ne tient moins de place que celle-ci. La pression est graduée, uniforme, sans secousse , et convient par conséquent aux délicates opérations de la reliure, bien mieux que les presses à levier.

Presse ordinaire.

Néanmoins, pour être complets , nous devons faire connaître la presse ordinaire.

Pour la bien comprendre et en avoir une idée juste, il suffit de regarder la figure 96.

Dans cette presse, comme dans la précédente, une platine mobile est abaissée par une vis verticale. Mais ici elle est mise enjeu par un simple levier horizontal, et quelquefois pour augmenter la force, on tire le levier au moyen d'une corde enroulée sur un petit cabestan. La ligure représente cette disposition. Il est facile de voir que cette manœuvre est lente, et que cette presse, même sans le cabestan, tient dans râtelier plus de place que la précédente.

presse hydraulique.

Quelques relieurs dont les travaux sont considérables, ne trouvant pas assez de puissance à la presse ordinaire plus ou moins améliorée, ont recours à la presse hydraulique, la plus puissante de toutes celles qui ont été inventées. Nous ne voulons pas la décrire en détail , car un appareil de cette importance ne peut être construit sur les indications sommaires dans lesquelles nous serions forcé de nous renfermer ; mais nous voulons au moins en donner une idée .succincte.

La presse hydraulique est représentée par la figure 97.

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La l'orme peut changer beaucoup ; mais le principe est toujours le même, et quiconque saura faire une presse hydraulique (ce qui exige beaucoup d'habileté) saura aussi l'appliquer à Tart du relieur.

La pression est exercée au moyen d'une platine mobile entre quatre montants en fer. Mais cette platine (à l'inverse de ce qui a lieu dans les presses ordinaires) exerce îa pression de bas en haut et non de haut en bas.

La puissance de compression vient de la pompe qui est placée à la droite de la presse, et qui est alimentée par l'eau contenue dans un réservoir, situé à proximité et ordinaire-' ment sous la pompe. L'eau qu'elle aspire est ensuite envoyée par elle dans la base de la presse où elle est condensée. Ce liquide agissant avec une force proportionnelle à la largeur de cette base, multipliée par îa hauteur du tube très petit par lequel il est introduit, soulève avec une énergie irrésistible le cylindre qui supporte la platine, et par conséquent presse fortement contre la faîtière de la presse les papiers et les livres dont elle est chargée. Quand la pression a été poussée aussi loin que le permet le levier ordinaire de la pompe, on y ajoute , si l'on veut, un levier plus long, qui alors est manœuvré par deux hommes. La puissance de cet appareil est telle que, dans les ouvrages communs, on peut épargner les trois quarts du temps nécessaire avec la presse ordinaire ; quand on veut retirer les livres, on ouvre un robinet placé au bas du tube de compression, l'eau s'écoule dans la citerne, la platine s'abaisse, et les livres descendent à la portée de l'ouvrier.

Ordinairement la même pompe sert à faire agir deux presses placées l'une à droite, l'autre à gauche.

Nous n'avons voulu entrer dans aucun détail sur le principe qui donne une force si prodigieuse à cette presse si utile à l'industrie manufacturière, parce que ce principe repose sur une loi de l'hydraulique peu accessible à l'intelligence des personnes qui n'ont pas étudié spécialement cette partie de la mécanique.

Mais nous devons dire que cet appareil doit être manœuvré avec précaution. Il est assez fort pour faire éclater eu allumettes une bûche de poêle placée à. bois de bout. Si l'on poussait la pression sans ménagement, les feuilles finiraient

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par s'incorporer ensemble de façon à ne pouvoir plus èirt; séparées.

Manière d'endosser.

L'opération d'endosser consiste à former le dos du livre. Le relieur endosse tout à la fois un tas qui est composé de Imita dix volumes, que Ton nomme paquet : il dispose son tas de la manière suivante , les ais à droite et les volumes à gauche ; il pose sous la presse, suffisamment ouverte pour recevoir le tas, une membrure , puis un ais , le volume, un autre ais, un autre volume et ainsi de suite jusqu'à ce qu'il ait placé le dernier volume, qu'il couvre d'un ais et enfin d'une membrure. En formant ce tas, il a soin de l'élever le plus verticalement qu'il lui est possible ; les dos sont tournés vers sa droite *, alors il fait pirouetter le tas de manière que les dos soient tournés vers lui ; il prend Je tas des deux mains, la gauche en dessous, la droite par dessus le paquet, afin de le coucher facilement en l'inclinant vers la presse ; alors il le couche horizontalement et le place dans la presse où il le serre légèrement.

A l'aide d'un ais qu'il tient à la main, il dresse les ais et les volumes dans une même direction ; puis à l'aide des mains qu'il tient ouvertes de chaque côté de son paquet, les doigts en dessous et les pouces en dessus, il élève les volumes ou les abaisse selon le besoin, afin que les dos soient tous à la même hauteur, en les pressant avec la main, d'un côté ou de l'autre. Les ais ne doivent pas déborder les cartons vers le mors.

Avec le poinçon à endosser, qui est un petit outil en fer de la forme d'une langue de carpe *, qu'i' tient par le manche, et qu'il introduit entre les cahiers qui sont trop élevés ou trop abaissés, et en le tournant légèrement dans la main, il les fait abaisser ou élever selon le besoin, et par un mouvement léger à droite ou à gauche , il donne la rondeur qu'il désire; mais il ne doit pas se servir de la pointe de çô poinçon, qui, quoique arrondie, pourrait laisser des marques désagréables dans le volume et en percer môme les

* On endossait autrefois à l'aide d'un poinçon aîonge en forme d'olive, qu'on introduisait entre les calners pour les foirer do levetf ou de baisser à volonté. On arrondissait ainsi Je clos. Cela ne se fait plus qu'eu province et à Taris, parles cameîoliers. (T,etnpt wyj^ja P^tpv.^

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fouilles. Pour cette opération, l'ouvrier est eu fbce de ht

presse; il se sert de la main gauche pour travailler à la queue et de la main droite pour travailler à la tète. Il peut, s'il le préfère, se placer au bout de la presse pour travailler à la queue, et alors tenir son poinçon de la main droite. Dans le cas où les presses ne seraient pas, comme elles le sont ordinairement, appuyées vers l'autre bout, le long d'un appui de boutique ou a une croisée, il pourrait se tourner de ce côté, et alors il lui serait également facile de travailler de la main droite. Tous ces moyens sont bons : il suffit que l'ouvrier soit intelligent et fortement attaché à son état, pour qu'il trouve toujours le moyen de bien faire. Le paquet doit être serré seulement de manière à ce qu'il ne puisse pas tomber ; l'ouvrier le soutient avec la main qui ne tient pas le poinçon , et avec le pouce qu'il appuie sur les feuilles qu'il ne soulève pas , il les empêche de se déranger.

Le même outil lui sert de même à ramener les cartons à la hauteur qu'il croit convenable , selon le mors qu'il veut donner. 11 met les deux cartons à la même hauteur , et les ais à la hauteur des cartons , toujours avec le même outil. C'est ici que l'ouvrier doit bien raisonner son ouvrage : il a du former les dos plus ou moins arrondis , ou les laisser presque plais , selon que les volumes qu'il endosse sont cousus à gros ou à fins cahiers *. 11 doit de même former les mors plus ou moins profonds , selon qu'il présume que ces cahiers formeront plus ou moins de mors , et que l'épaisseur des cartons doit être plus ou moins forte; mais surtout que les cartons et les ais ne soient ni élevés ni abaissés pas plus les uns que les autres , de chaque côté des volumes. Il est même indispensable qu il règne une grande harmonie entre les ais , les carions et les volumes sur toute la longueur du paquet.

L'ouvrier doit avoir soin que la queue du volume soit plus ronde que la tête , parce que la tête est toujours plus ferme que la queue , et les Opérations subséquentes seraient mauvaises , si Ton n'avait cette précaution.

* Le nomLre plus ou moins grand «'es feuilles qui composent chaque cahier leur fait porter des désignations différentes', (eux qui ont Je plus Je feuilles sont dits porta càhienfj ceux qui eu ont le mains sont désignés ïous le nom de fins cahiers.

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Quelques ouvriers se servent d'une éponge humide qu'ils passent légèrement sur le dos , quand il e'st bien serré en presse ; ils peuvent alors serrer moins fort et risquent moins de faire des cassures ou de former des plis en dedans.

Avec une ficelle à endosser de la grosseur de deux lignes, au bout de laquelle le relieur a pratiqué une boucle, il enveloppe le paquet qu'il a fortement serré dans la presse ; il serre autant qu'il le peut, en ayant soin de ne jamais lâcher la ficelle , et la serrant fortement d'une main pendant qu'il l'enveloppe avec l'autre. Il fait quatre tours sans jamais laisser chevaucher les ficelles l'une sur l'autre , mais en les plaçantavec soin l'une au-dessus de l'autre. Les quatre tours faits , on arrête la ficelle en la passant sous les quatre tours, et l'engageant fortement entre les ficelles et le bout de la membrure. Alors il desserre la presse et enlève le paquet , ou bien il le soulève de manière qu'il laisse le bas de la membrure engagé avec la ficelle qui lui reste ; il serre de nouveau par le bas, moins fortement qu'il ne l'a fait par le haut, et il arrête le bout de la ficelle de la même manière.

L'ouvrier trempe d'abord le paquet à la colle de farine , en commençant du côté de la tête , qu'il met en face de lui. A l'aide d'une brosse qu'on nomme pinceau , il commence par le milieu de la hauteur du dos du volume, et il vient vers lui jusqu'au haut de la tête; il retourne le paquet et en fait autant pour la queue. Par ce moyen , la colle ne risque pas d'entrer dans les feuillets ni de glisser sur la tête ou sur la queue. On laisse tremper le paquet ainsi pendant trois ou quatre heures.

Après ce temps , l'endosseur met le paquet en presse , et serre légèrement pour l'empêcher de vaciller. Il se place au bout de la presse , le paquet devant lui , du côte de la tête ; et avec le grattoir, qui est un outil de fer plat et dentelé , il gratte fortement d'un bout à l'autre pour faire bien pénétrer la colle ; il trempe de nouveau comme la première fois, il desserre la presse, retourne le paquet, la queue devant lui, serre suffisamment et gratte de nouveau dans ce sens , en commençant toujours d'un mors à l'autre et en arrondissant. Il le trempe de nouveau , le sort de la presse et le laisse ainsi pendant environ quatre heures, après quoi il recommence la même opération , il le retrempe et le laisse de deux à trois heures sans le travailler. Enfin il le re-

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prend pour le frotter. Il est infiniment important de remarquer que les volumes dont les cahiers sont surjetés ne doivent pas être grattés; l'ouvrier les pique avec les dents du grattoir , en évitant de frapper sur les ficelles ; s'il s'écartait de cette observation , il arracherait à coup sûr le fil, et la reliure n'aurait plus aucune solidité. La règle générale consiste en ce que , lorsque dans un volume il se trouve un cahier surjeté , fût-il seul , l'ouvrier ne doit pas gratter , il est obligé de piquer tout le volume.

Après avoir replacé le paquet en presse et l'avoir bien serré , l'endosseur prend un frottoir : c'est un outil de fer plat par le bout et plus ou moins large , selon l'épaisseur du volume; le bout du frottoir a une forme arrondie dans sa largeur à peu près de la forme du dos d'un livre. L'ouvrier prend cet outil par le manche, comme on prend une fourchette, l'index alongé sur la tige ; il renverse la main, le bout des doigts en dessus ; et avec la main gauche il empoigne tout à la fois l'outil et le doigt index de la main droite , aîongé , et il frotte avec toute sa force sur le dos du livre en arrondissant et en tâchant de réparer les omissions qu'il aurait pu faire dans les opérations précédentes avec le poinçon à endosser. Il doit avoir soin de tenir son outil ferme, de ne pas le trop élever ou abaisser , sans cela il risquerait d'écorcher le volume. 11 opère ensuite de la même manière en se servant d'un frottoir de buis.

A l'aide du marteau , il enfonce les ficelles sur le dos du volume*, et en se servant d'un frottoir de fer , il égalise les mors, c'est-à-dire qu'il serre et appuie plus ou moins pour les dresser parfaitement en ligne droite , et à vive arête ; il termine en frottant le dos et le mors avec une poignée de rognures.

Endossure à V anglaise.

Après que le volume est cousu avec soin , à point-devant, à quatre ficelles et à deux cahiers , ou à cahier seul, selon la grosseur ou le nombre des cahiers , on le secoue bien de tète et de dos afin de bien égaliser les cahiers ; on place le volume * entre deux ais , appelés entre-deux à endosser-,

* Dans toutes ers opérations nous no parlons que d'un volume ; mais l'on doit toujours entendre que le relieur ne mèr;e pas un volume seul., et qu'il opère toujours par paquets de huit à dix volumes de même dimension. L'ouyrage va plus vite et se fait mieux.

TO ENDOSSEMENT.

après avoir rabattu les ficelles sur ic vokmie , l'on passe ,sur le dos , de la colle forte de Flandre un peu consistante. On laisse sécher en plaçant les volumes l'un sur l'autre , le dos de l'un à droite , l'autre à gauche , ce qu'on appelle bêche fait , afin que la colle d'un volume ne touche pas lo volume suivant.

L'endossure à l'anglaise a été imaginée pour éviter les inconvénients qui arrivent lorsqu'un ouvrier maladroit se sert du poinçon à endosser sans avoir pris les précautions que nous avons indiquées. On doit employer aussi la môme eodossure pour un volume qui a beaucoup de planches J de cartes ou de tableaux qui se plient , parce que le dos étant moins fourni que la tranche , il est plus lâche , et l'on aurait trop de peine pour faire agir, sans danger , le poinçon à endosser. L'endossure à l'anglaise donne beaucoup do facilité pour faire le mors indispensable pour bien couvrir les cartons épais.

Le volume , au sortir de la couture , présente une surface plus plane du côté du premier cahier que du côté du dernier , parce que le premier cahier étant sans cesse couché sur la table du cousoip , est continuellement comprimé par les ciseaux de la couturière qu'elle appuie à plat sur la couture chaque fois qu'elle a terminé un cahier. Pour commencer à faire le mors, on place le volume sur le plat de la presse , la tranche devant soi , le premier cahier eu dessous. On appuie la main gauche h plat et ouverte sur lo volume , le pouce sur la tranche pour former point d'appui; avec les quatre doigts on tire vers soi les feuillets , pendant que de la main droite on frappe avec un marteau sur l'angle du dos, à petits coups, afin de l'arrondir.

L'ouvrier place ensuite le volume entre deux membrures garnies de bandes de fer sur leur épaisseur ; il fait déborder le volume au-dessus de l'ais , d'une hauteur plus ou moins grande, mais égale de chaque côté, selon qu'il veut former un mors plus ou moins épais , et selon que le carton qu'il se propose d'employer est plus ou moins fort, il descend le volume entre les deux membrures dans la presse, presque au niveau de la partie supérieure des membrures ; il serre fortement. Alors il se place au-devant de la presse, et avec le marteau il frappe à petits coups sur le bord du dos, des deux côtés , pour former le mors.

ENDOSSEMENT. 71

Si par cas il arrivait qu'on eût employé de la colle un peu trop forte , et qu'on craignît qu elle ne s'écaillât en frappant avec le marteau , soit en formant le mors, soit en arrondissant le dos, on donnerait l'élasticité nécessaire à la colle , en l'humectant un peu avec une éponge légèrement mouillée.

Les cartons ayant été préparés comme nous l'avons dit, en parlant de la manière de les fixer au volume pour l'endossure à la française , p. 66, on les présente sur le volume à la place qu'ils doivent occuper devant le mors , les ficelles i relevées : avec un poinçon on marque vis-à-vis de chaque ficelle un trait de cinq à six lignes de long dans une direction perpendiculaire au bord du carton sur lequel est collée une bande de papier, comme nous l'avons dit. On pose le , carton sur une planche , le trait en haut, et l'on perce avec le poinçon et par un coup de marteau , un trou vertical , à une ligne du bord , sur le trait ; on retourne le carton, et dans la même direction du trait , on perce de la même manière, un second trou, à une distance d'une ligne et demie <iu premier , pour un volume in-oclavo. Ces deux trous sont suffisants pour passer chaque ficelle.

Lorsqu'on veut faire un ouvrage très propre , on doit -chercher à cacher le pli de la ficelle dans l'intérieur du carton. Pour cela on incline le poinçon lorsqu'on fait le premier trou , de manière que sur la face supérieure il se trouve à 2 millimètres du bord , et que sur la face inférieure ,il sorte à 4 millimètres du même bord. Après avoir retourné le carton , «n met la pointe du poinçon dans le même trou , et on l'incline de 2 millimètres pour qu'il présente un trou sur l'autre face à 3 millimètres du premier , et dans la même direction que dans le premier cas il est facile de concevoir que la ficelle passant dans ces deux trous qui forment un trou continu , elle ne paraîtra pas par dedans.

Les cartons préparés comme nous venons de le dire , soit d'une manière, soit de l'autre , on effiloche les ficelles , on les encolle , et de suite , après les avoir tortillées sur le genou et sur le tablier , on pique les cartons. Il ne faut pas perdre de vue qu'il n'y a ici que deux trous; on tire bien la ficelle en poussant le carton vers le mors , pour le bien appliquer contre ; on coupe la ficelle à six lignes du dernier

72 ENDOSSEMENT.

trou , et après avoir éparpillé ot aplati ce bout de ficelle , ou le plie du côté do la queue du volume*, ou passe dessous un peu de colle de farine avec la pointe d'un couteau , et on le colle dans cette position, en l'appuyant fortement et en frappant dessus , soit avec le marteau , soit avec la tête d'un poinçon à piquer.

C'est d'un fort mauvais goût d'employer des cartons trop épais. L'ouvrier doit faire tout son possible pour qu'ils soient bien fermes quoique plus minces , ce qu'on obtient très facilement, soit en employant de bon carton bien laminé ou parfaitement battu , soit doublé d'une feuille de papier collée à la colle forte sur chaque surface , et séchée à la presse. Il faut que ce carton ait une épaisseur relative à la nature du format et à. l'épaisseur du volume.

Lorsque , pour la couture , on a substitué à la ficelle un ruban étroit en fil ou, en soie , on ne peut pas percer le carton avec un poinçon rond , comme pour la ficelle. Dans ce cas , on le perce avec un poinçon plat, comme un ciseau de menuisier, de la laigeur du petit ruban. Avec ce poinçon

Fiat , on fait les deux trous que nous venons d'indiquer , et on colle le bout sur le carton. On rabaisse au marteau , et l'on place dans le mors du volume de petites bandes de papier pour former les onglets ou sauve-gardes.

Cela fait , on place ce volume entre deux ais , avec les précautions que nous avons indiquées dans la manière d'endosser à la française, et on le trempe à la colle de farine , comme dans cette dernière endossure , et comme s'il n'avait pas déjà été encollé à la colle forte. On le gratte ou non , selon que les cahiers sont plus ou moins durs. On le frotte comme les autres et avec le môme soin. On ne se sert du poinçon à endosser que pour égaliser les ais avec les cartons , dans le cas où cela est nécessaire. Ici se termine la différence qui existe entre l'endossure à l'anglaise et l'endossure à la française : ce qui suit est commun aux deux manières.

On met les paquets de volumes les dos tournés devant le feu , ou exposés à un soleil ardent, pour les faire promptement sécher. Quand ils sont presque secs , on en revisite les mors avec le frottoir en fer, afin de les bien égaliser; on refrappe les ficelles : ensuite, avec un frottoir en buis, on

unit le dos , afin de le rendre parfaitement lisse ; puis on y passe de la colle forte légère , et on la fait bien sécher devant le feu.

Il ne faut jamais se servir d'une étuve pour faire sécher les dos, quand bien même on en aurait une à sa disposition, parce qu'en séchant le dos, on sécherait en même temps le volume ; les feuilles alors se goderaient et présenteraient des noix , toujours fort désagréables à la vue en ouvrant un livre.

§ XL Préparation pour la rognure.

On défait le paquet, c'est-à-dire qu'on le délie et qu'on sépare les volumes. On colle à chacun la garde blanche ; on laisse tomber librement dessus le papier de couleur qui avait déjà été collé à l'endossure ; on appuie légèrement dessus les deux feuillets de papier de couleur, et on laisse tomber dessus le carton sans le forcer. Nous devons faire cette observation, sans le forcer^ parce que, si l'on conduisait ce carton avec la main, et pour peu qu'on le forçât, il ferait reculer les sauve-gardes et les gardes ; on ferait un paquet dans le mors, ce qui gâterait ensuite la reliure; on ne pourrait plus le réparer à moins d'en mettre de nouvelles. Il faut que les sauve-gardes et les gardes restent toujours bien étendues. On les met à la presse, entre des ais.

Pour peu que l'ouvrier apporte de soin à son ouvrage , il réussira parfaitement, de même qu'aux manipulations qui vont suivre : on n'a pas encore placé la garde de papier de couleur ; c'est ici le moment de la coller. Lorsqu'on veut faire un ouvrage très propre, on a dû avoir soin de faire coudre des sauve-gardes de la même grandeur que les gardes, ou d'en poser seulement sans les coudre, comme nous l'avons dit plus haut, en rabaissant avant l'endossure, ou au moins que la moitié de la sauve-garde qui touchera le carton, soit une simple bande, tandis que l'autre moitié, qui touche le volume, soit un feuillet entier. Cela évite ces demilargeurs de papier qui, appliquées l'une sur l'autre, forment des épaisseurs qui font des marques désagréables dans le volume.

Si Ton veut placer une charnière , en veau ou en maroquin, il faut toujours qu'elle soit conforme à la couverture; relieur. 7

74 bogKcre.

et si c'est en veau ou en maroquin,- il faut toujours qu*il soit paré, pour réduire l'épaisseur à rien sur les bords , et coller cette charnière avant de coller la garde. Cette charnière est une bande de quatre à cinq centimètres de large , que Ton plie par le milieu de sa longueur, après l'avoir parée. On n'en colle qu'une moitié sur la garde blanche et vers le mors; l'autre moitié se collera plus tard, lorsque le livre sera couvert ; mais il faut faire attention qu'avant àe coller cette moitié sur la garde blanche, on doit la doubler d'un morceau de papier blanc, et la laisser sécher parfaitement avant de la coller sur la garde. Sans cette précaution, cette bande de la charnière déposerait une partie de sa couleur sur la garde blanche, et formerait une tache dans toute sa longueur, tache qui serait très désagréable à l'ouverture du volume.

On met le volume en presse entre des ais à mettre en presse, c'est-à-dire des ais de la grandeur du volume et à surfaces parallèles. On l'y laisse le plus longtemps qu'il est possible.

En ôtant les volumes delà presse, et après les avoir sortis de dessous les ais, on dégage les cartons des sauvegardes que la pression y a fait adhérer et qui y tiennent un peu ; on fait vaciller les cartons pour les faire monter et descendre.

§ XII. Rognure.

Avant d'indiquer la manière de rogner le volume, il esl important de décrire la presse à cet effet*

Description de la presse à rogner, de son fût et de son

couteau.

Elle est semblable à la presse à endosser. Elle est composée de six pièces : 1° deux jumelles A B (fig. 5), de 1 mètre 17 centimètres de long, 18 centimètres de large et 14 cent, d'épaisseur ; 2° deux clés de 65 centim. de long et £> cent, et demi en carré ; 5° deux vis E F, dont la longueur totale est de 76 centimètres. Pour avoir une force suffisante, les vis doivent avoir 7 centimètres de diamètre, et les pas être serrés autant que peut le permettre la résistance du bois.

La tète de ces vis est plus grosse que leur corps, afin de

tfoicn appuyer contre la jumelle et exercer la pression désirable. Cette tête est percée de deux trous diamétralement opposés; c'est dans ces trous qiTon passe la barre C pour faire mouvoir la vis. La tête de ces vis a environ 17 cent, de long. Les filets de la vis ne descendent qu'à 14 cent, de la tête : c'est dans cet espace, qu'on appelle le blanc de la vis, qu'on a creusé autour une rainure de 2 cent, de diamètre, 10 millimètres de profondeur, qui reçoit une chevilla de ce diamètre, sur laquelle la vis tourne sans que la tête sorte, et elle pousse ou attire l'autre jumelle. Cette cheville traverse la jumelle de devant.

La jumelle de devant est renforcée intérieurement par une tringle de bois dur , de 7 millimètres d'épaisseur, dressée en chanfrein, c'est-à-dire plus épaisse vers le bord supérieur de la jumelle avec le fuel elle affleure, que par le bas. Cette disposition est nécessaire pour que le livre soit bien serré par le haut où s'opère la rognure.

Le même pas de vis est pratiqué dans les trous de h jumelle de derrière, qui sert d'écrou à chaque vis. Au-dessus de cette jumelle est fixé un liteau de bois dur qui sert à diriger le fût du couteau. Ce liteau* âa 18à20mill. de large et 13 milL d'épaisseur, est fixé parallèlement à la ligne qui joint les deux jumelles. Il est reçu dans une rainure pratiquée au-dessous du fût, dans laquelle la vis est taraudée.

D.u fui;. Le fût à rogner est une petite presse destinée à glisser sur la grande que nous venons de décrire. Elle est formée de deux jumelles, de deux clés et d'une seule vis. Ces pièces sont assemblées comme celles de la presse à rogner. La jumelle de devant, contre laquelle appuie la tête de la vis, porte par-dessous, le couteau. Ce couteau qui est en acier, et dont le tranchant aiguisé, par-dessus, enfer de lance, et plat en dessous, est reçu, en queue d'aronde> dans une pièce de fer portée par la jumelle du devant. On sort plus ou moins ce couteau à volonté, et on le fixe à l'endroit convenable, par une visa oreilles, taraudée dans la partie supérieure de la pièce de fer qui le supporte.

La pièce de fer qui supporte le couteau est placée sous la

Jumelle de devant; elle est fixée à cette jumelle par un boupn à vis à tête carrée, dont la tige traverse la jumelle à côté du blanc de la vis, et remplace la cheville de boÎ3 qui empê-

76 BOGNUÎIE.

chevla vis de sortir dans la presse à rogner : elle se loge, comme cette dernière, dans une entaille circulaire creusée au tour. Ce boulon se termine, en dessus du lût, par une vis serrée par un écrou à oreilles.

Le dessous de la plaque dont nous venons de parler est en queue d'aronde \ il reçoit le manche du couteau, qui, ayant une même forme, y glisse librement et sans jeu. L'extrémité du couteau est comprimée, vers son tranchant, par une vis à oreilles, comme nous l'avons dit, pour le fixer au point convenable. C'est un relieur de Lyon qui a imaginé ce perfectionnement, et de là est venu le nom de fût à la lyonnaise, qui est le meilleur de tous.

On peut rendre la presse à rogner plus juste (elles ne le sont jamais trop), en fixant une plaque de laiton écroui sur la surface entière de chacune des deux jumelles, ce qui empêche que ces jumelles ne se creusent autant qu'elles le font, à l'endroit où frotte le fût en rognant.

Presse anglaise q, rogner, différente de la fig. 5.

Cette presse , représentée ftg, 98, a été inventée par M. James Hardie, relieur à Gîascow. A Edimbourg elle a excité de l'intérêt ; la Société des Arts de Londres lui a décerné une récompense. Une seule vis en fer remplace les deux vis en bois de la presse ordinaire. L'appareil consiste en un châssis carré. Deux des jumelles ont une rainure ou coulisse intérieure dans laquelle avance et recule une traverse mobile suivant l'impulsion que lui donne une vis dont l'écrou est noyé dans la traverse qui ferme le châssis à droite de l'ouvrier. Cette vis est liée par l'autre bout à la traverse mobile , par un collier qui lui permet d'ailleurs de tourner librement. Cette presse est plus simple que la presse ordinaire , moins coûteuse , plus commode , mieux appropriée à un travail économique; néanmoins elle n'est pas adoptée généralement en Angleterre , et elle n'est pas connue en France.

Manière de rogner.

La manière de préparer les volumes pour les soumettre à la rognure est très importante*, le dos doit faire, avec le haut et le bas des cartons, deux angles droits, et la tranche doit être parallèle au dos, de sorte que tous les angles doivent être droits sur les deux faces du volume : on ne peut

HOGNUBE. 77

pas s'écarter de cette règle sans présenter une forme désagréable à l'œil. Pour opérer avec exactitude et sans tâtonnement, on a imaginé une forme d'équerre qu'il est bon de décrire.

Sur une plaque de fer de 14 à 17 cent, de long, 4 cent, de large, et 5 à 7 mill. d'épaisseur , on pratique dans sa partie Supérieure, et dans le milieu de sa largeur, une entaille de 7 mill. de large et de 5 c. et demi de long. On ajuste dans cette entaille une plaque de tôle de 7 mill. d'épaisseur, de 17 cent, de long , âe $ c. et demi de large dans la partie qui doit se trouver dans l'entaille, et qui se termine à 10 mill. de large par son autre extrémité. On soude, à la soudure forte, ces deux pièces l'une sur l'autre, et l'on a formé, de cette manière, à peu près une équerre qu'il ne s'agit plus que de rectifier à la lime. On a construit ainsi une équerre à rebords. ( Voyez l'explication des figures) .

A l'aide de cette équerre, il est facile de marquer la rognure à angles droits. Voici comment on s'y prend- On descend les deux cartons au niveau des feuilles de la tète , on appuie le rebord de l'équcrre centre le dos du livre, tandis qu'on dirige l'autre brandie vers le haut du carton, et l'on marque un trait le long de cette brandie , qui indique tout le papier qu'on veut enlever, en atteignant tous les feuillets et en laissant leplus de marge possible. Si, pour unin-folio? ou tout autre format, l'ouvrier n'avait pas d'équerre à rebord assez grande, ou qu'il n'en eut pas du tout, il y suppléerait de la manière suivante : il placerait entre les deux jumelles, un ais à mettre en presse, de Ja longueur du volume, qui excéderait de 17 cent, environ la surface de la presse, et après avoir serré les vis, il poserait à plat le volume sur la première jumelle, en appuyant son dos contre Fais; puis posant son équerre ordinaire sur le volume, de manière qu'une des branches de l'équerre touche l'ais dans toute son étendue, tandjs que l'autre sert à marquer la ligne perpendiculaire sur laquelle doit passer le tranchant du couteau. On prend un morceau de carton également épais partout, que l'on place derrière le volume, le dos tourné vers soi. On emploie ce carton, également épais partout, lorsqu'on est certain que le couteau marche bien, c'est-à-dire qu'en le faisant mouvoir avec son fût il marche parallèlement à la

/& ROGKURE.

sut-face (le la presse à rogner, L'ouvrier est au bout de la presse, la jambe droite en avant : alors il a tous ses mouvements libres, il n'est point gêné.

Mais si, au contraire, malgré qu'on ait mis do petites cales entre Je talon du couteau et le fût, pour relever ou pour abaisser la pointe du couteau selon le besoin, l'on n'a pas pu parvenir à le faire marcher parallèlement à la surface de la presse à rogner, alors on tâche de gagner ce qui peut manquer, par le carton qu'on place derrière le volume. Si le couteau a le défaut de baisser ou de plonger, on met un carton plus mince par le haut que par le bas, et l'on fait le contraire si le couteau a le défaut de monter.

Tout étant ainsi bien disposé, l'ouvrier prend la bande de carton convenable de la main gauche; il la place sous le volume qu'il tient de la main droite, le dos tourné vers lui. Alors, de la main gauche qui tient la bande, il saisit légèrement le volume par la tête ; il a soin de ne forcer ni de la main gauche ni de la main droite en le mettant en presse, pour ne pas faire monter ou descendre les feuilles. 11 le met en presse sans le contraindre, et après l'avoir descendu au niveau du trait, il serre la presse.

L'ouvrier prend le fût, de la main droite, parla tête delà vis; il le place sur la coulisse, et, avec le pouce et les trois derniers doigts de la main gauche dont la paume appuie sur la première clé, il empoigne la vis, tandis qu'il appuie l'index sur l'autre clé. Par ce moyen, il empêche le fût de vaciller. 11 ne doit faire avancer le couteau que peu à la fois, en tournant faiblement la vis de la main droite. Il doit rogner tout un côté sans discontinuer; car autrement il s'exposerait à faire des sauts, et la rognure ne serait pas unie. Il ne faut pas que l'ouvrier fasse de grands mouvements, Tavant-bras doit seul travailler; le couteau ne doit, dans sa marche, couper qu'en s'éloignant du corps. Plus on tourne doucement'la vis du fût, plus la rognure est unie. M. Lesné

firétend qu'il y a douze défauts à éviter dans la rognure d'un ivre.

Après avoir rogné la tête, on s'occupe de la rognure de la queue, et il s'agit de marquer le trait qui doit guider la marche du couteau. Pour cela, on ouvre le volume, on cherche la feuille la plus courte, et appuyant le pouce de la nmn gauche contre la tranche de la tête, on appuie contre

ce pouce une pointe île compas, et on ouvre l'autre jusqu'au bout de cette feuille, en y comprenant en plus les châsses que Ton se propose de faire; encore est-il bon, dans la vue de laisser une plus grande marge à la queue, de ne pas atteindre, à la rognure > toutes les feuilles de la queue, ce qu'en langage d'atelier, on appelle laisser des témoins. Mais il faut bien observer que ces deux points soient exactement dans la direction d'une ligne parallèle au dos du volume ; car si on les prenait dans une ligne qui ne lui fût pas parallèle , on aurait une distance d'autant plus grande qu'elle s'en éloignerait davantage. On ferme le volume, on appuie le même pouce contre le bord du carton près du dos, et avec l'autre pointe, dont on a soin de ne pas déranger la dislance, on marque un point sur le carton. On porte ensuite le pouce vers la gouttière, et l'on marque un second point de ce côté, en ayant soin que dans ces deux opérations ies deux pointes de compas se trouvent dans une ligne parallèle à celle du dos. On marque un trait sur le carton, qui passe par ces deux points. On peut se servir pour cela de Yéquerre à rebords qui peut même servir à faire apercevoir si l'on avait fait quelque erreur; Alors on descend également les deux cartons du côté de la tête,, d'une quantité égale à deux fois la distance dont on veut que la couverture dépasse la tranche d'un seul côté. Après. cela on rogne la queue de la même manière que l'on. a rogné la tête.

Avant d'enlever le volume de la presse,* et après avoir rogné la tête et la queue, on trace, sur le bord de la gouttière, un arc de cercle dont le centre est sur le bord du dos, au milieu de l'épaisseur du volume, et la circonférence à l'endroit où l'on veut rogner la gouttière. Avant de mettre le volume en presse, pour rogner en tète, on a eu soin de prendre, avec le compas, la distance nécessaire pour marquer l'endroit où l'on veut tracer cette gouttière. Voici comment on opère. Pour cela on appuie le pouce de la main gauche sur le bord du milieu du dos, et contre ce pouce on appuie une des pointes du compas. On porte l'autre pointe qui doit être armée d'un crayon , sur le bord de la tranche, à l'endroit où l'on veut rogner la gouttière. Par ce moyen on évite de faire un trait ineffaçable que la pointe du compas imprimerait, ce que le crayon ne fait pas. On décrit »m

arc de cercle d'un carton à l'autre ; on retourne le volume vers la queue, et après l'avoir rogné, avec la même ouverture de compas on décrit avec les mêmes précautions un arc de cercle semblable.

Pour rogner la tranche, il y a plusieurs précautions à prendre : 4° L'ouvrier saisit de la main gauche un ais en bois de hêtre, d'une épaisseur égale, de 5 c. et demi de large et un peu plus long que le volume -, cet ais se nomme ais de derrière. De la main droite il pose, sur cet ais, le volume par la tranche, en laissant pendre les cartons; pardessus le volume il met un ais étroit en bois dur ; cet ais est non-seulement plus épais du côté de la tranche que de l'autre côté, mais son épaisseur est en talus du côté de la tranche, afin que la tringle qui est fixée au-dcdans de la presse ne gêne pas le volume en sens contraire. 2° Il saisit ces deux ais et le volume avec la main gauche, en les serrant assez pour que le volume ne se dérange pas, mais pas assez pour qu'il ne puisse pas céder un peu pour former la gouttière. 3° Il place l'ais de devant au niveau du trait u'il a marqué avec le compas sur les deux bouts du volume. 1° Il fait balancer le volume de droite à gauche et de gauche à droite , pour faire prendre au trait une forme concave , régulière et égale des deux côtés , tête et queue. S° Alors l'ouvrier fait monter tant soit peu, du côté de la queue, Fais de devant, afin de remédier, par la rognure, à une faute qu'on fait indispensahlement à la pliure ¥. Nous devcns ajouter à ce que nous venons de dire , que ce mouvement d'ascension doit être plus ou moins grand selon la grandeur du volume, cardans l'in-52, par exemple, l'épaisseur de la trace suffit, tandis que dans Vin-folio, il faut de trois à cinq millimètres, et quelquefois plus. Cependant lorsqu'un volume est composé de feuilles simples, le même inconvénient n'ayant pas lieu , on est dispensé d'en tenir compte. 6° Il place le volume, ainsi préparé, dans la presse; il serre fortement et rogne la gouttière de la même ma-

* La plieuse, lorsqu'elle plie une feuille, supposons un in-quarto, met son couteau de bois ou phoir dan* le milieu de la feuille ; elle en renverse île la main gauche la moitié sur l'autre, et marque le pli, qu'elle achevé lorsqu'elle a mis les chiffres l'un sur l'autre en passant son plioir dessus. Elle plie une seconde fois de la même manière, les feuilles adhèrent bien par la tête , mais n'adhèrent pas. de môme par la queue, et c'est à ce défaut qu'on remédie en remontant lai» de devant.

nièic qu'il a rogné les deux côtés, tète et queue. 7° Dans les volumes qui contiennent beaucoup de planches, cartes géographiques, ou tableaux qui se plient, et même dans ceux qu'on nomme atlas, qui ne contiennent que des planches, il y a des précautions à prendre pour les rogner en tête et en queue, et pour donner à la tranche la forme de gouttière.

Dans le premier cas, on doit remplir les cavités qui existent, avec des rabaissures.de carton, et mieux avec des morceaux de papier, afin que l'épaisseur du volume soit uniforme partout lorsqu'il est serré dans la presse. Par ce moyen, le couteau à rogner éprouve partout la même résistance, et il coupe uniformément sans faire aucune déchirure, aucune écorchure, aucune bavure.

Dans le second cas, c'est-à-dire pour rogner la gouttière, après avoir laissé tomber les cartons, on place deux ais de derrière, un dans chaque mors, qui dépassent le volume par chaque bout, et posant le dos sur la presse, on appuie fortement avec les ais sur les mors, en frappant le dos sur la presse, ce qui aplatit ce dos. Alors, tandis que l'ouvrier les maintient dans cette position, un autre ouvrier lie fortement les deux bouts des ais avec des ficelles, ce qui rend le volume solide.

Mais, pour empêcher les feuillets de s'ouvrir, on lie le volume avec un ruban de fil grossier , mais bien étendu , afin de ne pas faire au volume, sur les angles de la rognure, les marques que ferait une corde , marques qu'on ne pourrait pas effacer. Cette ligature se place un peu au-dessus des plis des planches , afin de laisser au-dessus toute la partie qui n'est pas soutenue. Alors on remplit les vides, que les plis des planches occasionent, avec des bandes de papier, ou des bandes de carton plus ou moins épais, selon que les vides sont plus ou moins considérables.

Tout étant ainsi disposé, on place, à l'ordinaire, les ais de derrière et de devant, on met le volume en presse, et l'on rogne. Lorsque la rognure est terminée , on dépresse le volume, on le dégage de toutes ses ligatures et des ais, le dos revient à sa place, et la gouttière se trouve formée.

Description cCun rognoir mécanique.

« Le fabricant de papier, le fabricant de papiers peints, etc., n'employaient pas d'autre rognoir que celui du relieur.

82 ROGIUJRE.

que nous venons de décrire; mais depuis une vingtaine (Tannées on en a imaginé de plus commodes , plus expéditifs el plus sûrs. On a remarqué que, dans le rognoir du relieury Je papier est placé dans la presse verticalement, et que 1< couteau, porté par le fût, agit horizontalement; on a remarqué, de plus, que l'ouvrier est obligé de tourner à la main le manche de la vis, afin de faire avancer le couteai progressivement, de sorte qu'il peut, faute d'habitude on par distraction, avancer le couteau plus qu'il ne devrait, el qu'alors la résistance que présente le papier est trop grande, ce qui produit des déchirures ou d'autres graves inconvé nients. Dans les nouvelles machines , tous ces défauts onl disparu, et le travail se fait avec la plus grande régularité.

» Les ftg. 115, 114, 115, 116 et 117, pi. 4, montrent l'instrument avec tous ses détails. Les mêmes lettres indiquent les mômes objets dans toutes les ligures. Sur un< table très épaisse A A, montée sur quatre forts pieds B B,. assemblés à tenons et mortaises , sont fixés à pattes , par derrière, deux montants G 1, D D, en fer forgé, épais de la moitié de leur largeur. Ces deux montants servent de support à la machine. Sur le devant de ces deux montants est solidement fixée une plaque de fonte E E, ouverte de deux grands trous FF, dans la vue de la rendre plus légère. En G G, et en H H, sont rivées deux bandes de fer lorgé parallèlement entr'elles, présentant sur la plaque E E, une coulisse pour y recevoir le fût (/?</■. 114), dont nous allons parler dans un instant.

» Au-dessus de cet appareil est une forte pièce de bois* J J, dont on voit l'épaisseur (fîg. 117), mêmes lettres J J. Cette pièce de bois est traversée, à droite, par le montant D D, boulonné de ce côté ; elle est traversée sur la gauche par un autre montant en fer K L, avec lequel elle est boulonnée.

» Il faut faire attention à la description des pièces qui vont suivre, et qui servent à fixer le papier ou les volumes à rogner. On voit que le montant K L est boulonné d'abord avec la pièce de bois J J, ensuite avec la pièce de fer forgée MN, et enfin avec le levier en fer R, S, I. Ces trois boulons permettent aux trois pièces un petit mouvement de rotation, comme une charnière.

* Le levier R, S, ï a son point d'appui sur le boulon h

ROGNURE, Sù

II est formé en Fourche au point I, et dans l'intérieur de cette fourche, et sur le même boulon, se meut la pièce T, qui n'est autre chose qu'un cliquet, comme on va le voir. Avant de passer à la description d'autres pièces, voici comment on parvient à fixer le papier ou les livres.

» La barre de fer M N, que la figure 115 représente à part, est formée en fourche au point M, et embrasse la pièce K L, de même que la pièce K L embrasse en L le levier R, S, ï. On aperçoit que cette barre de fer M N a en 0 (fig. îlS et Ho), une saillie intérieurement : cette saillie est destinée à appuyer fortement, par le milieu de l'appareil, sur une plaque de bois dur P P, fig. 116, précisément au point Q, qui est plus épais, et dont les extrémités Q P, sont en plan incliné, afin que l'effort se distribue sur toute l'étendue de l'objet pressé.

» Lorsqu'on a placé le papier ou les livres sur la table A A, au-dessous du point 0, et sur une feuille de carton épais, on met dessus la pièce de bois P, Q, P ; on appuie fortement sur l'extrémité R du levier RS; il fait descend are tout à la fois la barre J J et la barre de fer M, dont l'autre extrémité N appuie contre le dessous du boulon V. On fait descendre le point M jusqu'à ce que la barre M N soit parfaitement horizontale, et que, par le point 0, elle appuie fortement sur le point Q de la pièce de bois P {) P* (fig. 146). Alors, en appuyant toujours sur le bras du levier R, sans lui permettre un retour en arrière, on pousse, avec l'autre main, le cliquet T I, et on l'engage dans une des dents de la crémaillère S I, qui le retient parfaitement, de manière que rien ne peut bouger.

» Dans le cas où l'on n'aurait pas assez de papier pour remplir l'intervalle entre le point 0 et la table A A, on y suppléerait par des plateaux de bois plus ou moins épais, de la largeur et de la longueur de la planche P Q P, afin d'obtenir une pression suffisante, comme nous l'avons expliqué. Voyons actuellement l'action du rognoir.

)) Au-devant de la plaque E E est placé le rognoir (fig. 114), dans les coulisses G G, H H. Il est dessiné à part, fig. 114, afin de rendre la fig. 115 moins confuse. Les let^ très aa> indiquant deux anses cylindriques en bois, portées par des armatures en fer m m, dont un seul ouvrier se sert pour faire marcher la machine, en prenant d'une main celle

84 FAIfcE LA TRANCHE.

qui lui est !a plus commode. L'effort à faire est si faible, qu'il ne faut jamais qu'un ouvrier. Au milieu do cette pièce est fixée une boîte 6, qui contient le couteau /*, semblable à celui du relieur, et qui reçoit un mouvement vertical par la vis d, qui est à sa partie supérieure. Le rognoir est retenu dans les coulisses G G, H H, fig. 113, par les parties g g, h h, fig. 114.

La vis d du rognoir est surmontée d'un chapeau c triangulaire, tel qu'on le voit en c, fig. 117. Au-dessous de la pièce J J, fig. 115, sont fixés deux petits liteaux de bois r s, plus longs l'un que l'autre, portant chacun une cheville en fer t, u, qui engrènent avec les trois dents du chapeau alternativement aux deux extrémités opposées du même diamètre, de sorte qu'elles font tourner ce triangle dans le môme sens, afin de faire avancer le couteau d'un tiers de pas de la vis, à chaque mouvement de va-et-vient.

» On conçoit actuellement avec quelle régularité s'opère cet enfoncement progressif, et combien de précision et de célérité doit présenter cet instrument, dont le relieur intelligent peut tirer un grand avantage.

» M. Cotte, rogneur de papiers à Paris, rue Honoré-Chevalier, n° 8, qui nous a permis de dessiner cet instrument ingénieux, auquel nous avons fait une petite addition, a perfectionné cette machine qui travaille actuellement avec une célérité étonnante : il fait marcher le couteau à l'aide d'un engrenage. Une roue placée verticalement à côté de la machine, engrène dans un pignon qui porte un excentrique et imprime au rognoir un mouvement de va-et-vient. La première roue porte un volant, et est mue par une manivelle; le pignon porte aussi un volant. Cette machine n'exige qu'une très faible force. M. Cotte a pris un brevet pour cette invention, ce qui nous empêche de nous étendre plus longuement. »

§ XIII. Faire la tranche.

On appelle faire la tranche, couvrir cette tranche d'une couleur, unie ou jaspée, ou marbrée , ou même la couvrir de feuilles d'or. Le relieur de province doit savoir faire toutes les parties de son art ; mais dans les villes importantes telles que Paris, Lyon, et où la librairie est un objet de.com-

mcrce considérable, il y a des marbreura et des doreurs sur tranche qui ne s'occupant exclusivement que de ces deux branches de l'art du relieur, s'en acquittent beaucoup mieux et à bien meilleur compte que ne pourrait le faire le relieur lorsqu'il s'occupe de toutes les parties.

Le relieur de Paris , de Lyon, etc., ne s'occupe que de colorer en jaune , en rouge ou en jaspe les tranches des livres; il envoie chez le marbreur les volumes qui doivent être marbrés , et chez le doreur sur tranche ceux dont cette partie doit être dorée. Nous considérerons donc ces deux derniers travaux particulièrement : l'un formera la section 8e, et l'autre la section 9e. Nous nous bornerons ici à décrire la manière dont le relieur jaunit , rougit ou jaspe la tranche des livres.

Des couleurs et de leur emploi.

Les couleurs les plus usitées sont le rouge, le jaune et le bleu. Pour le rouge on emploie le vermillon. Pour le jaune on pourrait employer ou Yorpin jaune seul, ou le stil- de- grain seul ; mais l'orpin donnerait un jaune trop orangé , et le stil-de-grain un jaune trop pâle. On mêle donc le stil-de-gram avec l'orpin dans une proportion telle qu'on obtienne la nuance de jaune qu'on désire. Le jaune de chrome seul est très beau. Pour le bleu on prend du bleu de Prusse.

On broie parfaitement ces couleurs à l'eau , sur un porphyre , avec la molette. On les délaie ensuite avec fie la colle de farine suffisamment liquide ; on les met chacune dans des vases particuliers. Rarement on fait les tranches en bleu ; cette couleur ne sert ordinairement que pour les jaspures!, donf nous parlerons dans un instant.

Couleurs anglaises.

Les Anglais emploient pour cet usage des couleurs liquides qu'ils conservent toutes prêtes à servir. Voici, suivant Andrew Arnett , la manière de les préparer.

Bleu. Mêlez dans une bouteille 64 grammes du meilleur indigo réduit en poudre très fine; une cuillerée à café d'acide muriatique, et 64 grammes d'acide sulfurique. Tenez le tout dans l'eau bouillante (au bain-Marie), pendant 6

£6 FAïaE LA TRANCHE.

ou 8 heures , ensuite ajoutez à froid la quantité d'eau nécessaire pour avoir la nuance de bleu que Ton désire. Il faut que ce bleu soit maintenu très foncé, parce qu'on sera toujours maître de le rendre clair en ajoutant de l'eau.

Jaune. Faites bouillir dans de l'eau du safran ou de la graine d'Avignon avec égale quantité d'alun ; filtrez et conservez pour l'usage.

Vert. Le bleu et le jaune ci-dessus , combinés en diverses proportions, donnent des verts plus ou moins foncés d'un bon usage. On obtient aussi un très bon vert en faisant bouillir dans un peu d'eau, 428 grammes de vert-de-gris et 64 grammes de crème de tartre.

Orange. Faire une décoction dans de l'eau , de 64 grammes de bois de Brésil râpé, et de 32 grammes de graine d'Avignon écrasée avec un peu d'alun.

Bouge. Faire bouillir jusqu'à réduction de moitié , 250 grammes de bois de Brésil râpé, 64 grammes d'alun en poudre fine, un litre d'eau , un litre de vinaigre. Quand l'évaporation a réduit le liquide à un litre , filtrer et mettre en bouteille.

Pourpre. On obtient une bonne couleur pourpre en faisant bouillir dans trois litres d'eau , jusqu'à réduction à moitié , 225 grammes de bois de Campêche , 64 grammes d'alun et 64 grammes de couperose.

Le bois de Brésil soumis à l'action d'une forte dissolution de potasse donne aussi une couleur pourpre.

Brun. Faites bouillir ensemble dans de l'eau , 125 grammes de bois Campêche avec autant de graine d'Avignon. L'addition d'un peu de couperose le rendra plus foncé.

Voici maintenant la manière d'opérer.

On prend trois à quatre volumes entre les deux mains , on les bat ensemble par la tète sur la table , afin de faire rentrer les cartons au niveau du volume; on les empile au nombre de huit à dix , couchés sur le bord de la table et prêts à être peints.

Pour le jaune.

On appuie la main gauche sur le bas du livre , et avec un

pinceau que l'on a trempé dans la couleur jaune préparée , et qu'on a essuyé sur le bord du vase r on passe la couleur «ur la tranche , en commençant par le milieu de la tranche et allant vers la gouttière d'un côté et vers le dos de l'autre; on prend cette précaution afin de ne pas laisser amasser de la couleur sur l'angle de la gouttière; celte couleur, en se séchant , formerait une élévation désagréable à la vue. On donne deux et trois couches.

On fait la même opération sur la queue , et l'on laisse Lien sécher.

On reprend les volumes, on fait tomber les cartons et l'on pose le volume débarrassé de ses cartons sur un ais, on met un autre ais sur le volume , et ainsi de suite jusqu'à la fin du tas , qui se compose toujours pour la gouttière , de trois à quatre volumes qu'on termine par un ais. On appuie la main gauche à plat sur ce dernier ais , et l'on peint la gouttière comme on a peint les deux bouts en commençant par le milieu de sa longueur et pour les mômes raisons; on laisse bien sécher.

Pour le rouge.

On opère de la même manière, en employant la couku^ rouge au lieu de la couleur jaune.

Si l'on craignait que la couleur pénétrât dans le volume, on mettrait le las en presse, on serrerait fortement , et l'on, passerait la couleur dans cette position. Cette observation est générale pour toutes les couleurs ; elle est indispensable surtout, pour les volumes qui renferment beaucoup de planches. Alors, pour ne pas perdre de temps, et afin que l'ouvrage soit plus régulier, on passe la couleur aussitôt que le côté sur lequel on travaille vient d'être rogné , et avant de le retirer de la presse.

Pour le bleu à la réserve.

Après avoir mis le tas en presse, on jette dessus , avecquelques brins de balai réunis en pinceau, de la cire fondue, chaude et liquide, de manière à faire des petites gouttes qui se congèlent à l'instant. Alors on passe sur le tout une teinte bleue, plus ou moins foncée, obtenue parle Ifleu chimique , dont nous donnerons la recette plus bas au,

88 FAIRE LA TBAKCnE.

§ XVIII , n° 5, et aussitôt que la peinture est sèche , on retire les volumes de la presse , et les prenant Fun après l'autre des deux mains , on les frappe sur les bords de la jumelle , les gouttes de cire se détachent, tombent et laissent voir du blanc pur.

Cette manipulation peut avoir lieu pour toutes les couleurs.

Pour les jaspés.

On ne jaspe guère que sur le jaune ou sur le blanc; on pourrait jasper sur le rouge, mais cette sorte de jaspe ne produit un efïet agréable que lorsque le rouge est très pâle. On le met à la nuance convenable en y mêlant du blanc de plomb , et broyant.

On place les volumes debout sur une table entre deux forts billots de bois , ou dans une vieille presse , afin de les bien serrer ; ensuite avec un gros pinceau à long manche , en forme de petit balai , fait avec des racines de chiendent ou de riz, on prend de la main droite de la couleur bleue très pâle , et qu'on a bien essuyée sur le bord du pot qui la contient ; on saisit de la main gauche une barre de fer de la presse , on élève les bras ce s'éloignant suffisamment des volumes, et Ton frappe du manche du pinceau sur la barre de fer pour faire tomber de haut , sur les volumes , de petites gouttes de couleur comme une légère pluie fine. On frappe légèrement en commençant, et de plus fort en plus fort à mesure que le pinceau devient de moins en moins chargé de couleur. Plus les gouttes sont fines et plus le jaspé est beau.

On peut jasper en deux couleurs , sur le jaune et sur le rouge pâle. Sur le jaune, d'abord avec le bleu clair, et ensuite avec le rouge , sur le rouge avec le bleu un peu plus foncé que sur le blanc , ensuite avec le jaune foncé.

Le vert mêlé dans les jaspures fait aussi un assez joli effet , lorsqu'il est combiné avec goût. On se sert pour cela du vert de vessie , qui n'a pas besoin d'être broyé : il se délaie dans l'eau facilement , et il porte sa gomme ou sa colle. On le mêle avec de la gomme-gutte , qui se délaie de même dans l'eau , et l'on produit ainsi des nuances de vert extrêmement agréables. Il se combine très bien avec le jaune , le bleu et le rouge dans les jaspés.

FAIRE LA TRÀKCHE. 89

On connaît une autre manière de jasper , et que nos relieurs ont perfectionnée. Voici d'abord comment on opérait : l'ouvrier se sert d'une brosse en soie de sanglier , dont les soies ont de six à huit centimètres de long. Après avoir placé solidement les volumes entre deux billots sur une table , il prend , avec la brosse , un peu de couleur , et, tournant les soies en dessus, il les frotte avec une règle de fer, pour enlever le plus gros; et ensuite , en se plaçant au-dessus des livres , il passe la même règle sur les soies en les agitant. Cette agitation fait vibrer les poils , qui jettent de très petites gouttes de couleur , et il jaspe aussi fin qu'il le désire.

Voici en quoi consiste le perfectionnement annoncé.

Il se sert d'un cadre en bois de chêne , de 11 centimètres de large, 8 centimètres d'épaisseur, un mètre de long et 53 cent, de large intérieurement. Sur les deux longs côtés il a fixé des petits clous à tête ronde, aussi près les uns des autres que la grosseur de leur tête le permet, sans se toucher. Il a tendu fortement, à l'aide de cartons, des fils de laiton d'un millimètre et demi de diamètre, et après avoir placé ses volumes solidement comme ci-dessus, sur une table entre deux billots , il place le cadre au-dessus à une certaine élévation. Alors il promène légèrement , sur toute la longueur du cadre , la brosse dont nous avons parlé plus haut , mais les soies de la brosse tournées vers les livres , et par conséquent au-dessus du treillage en fil de laiton, qui agite plus ou moins les soies, selon que l'on frotte plus ou moins légèrement.

Pour garnir la brosse de couleur, il se sert du baquet du fabricant de papiers peints, décrit dans le Manuel du fabricant d'étoffes imprimées , faisant partie de Y Encyclopédie Roret. Par ce moyen on peut prendre , avec la brosse, autant et aussi peu de couleur qu'on le désire , et former ainsi des jaspés aussi gros ou aussi fins qu'on le veut. L'instrument est très commode et opère bien.

Les anglais font usage pour arriver au même but , de quelques tours de main peu ou point connus en France/ et sur lesquels nous croyons utile de donner quelques détails , en désignant ces procédés par leur nom anglais, qui n'a pas toujours un équivalent français.

Mcamarblc (marbrure au riz ).

On donne ce nom à ce procédé parce qu'on y fait usage. de grains de riz que Ton peut remplacer par la graine de lin ou de la mie de pain réduite en poudre. Pour opérer on distribue à sa fantaisie les grains de riz ou la mie de pain sur la tranche, que Ton asperge ensuite avec une couleur quelconque comme si Ton voulait jasper. Les petits grains semés sur la tranche forment des réserves blanches, à moins qu'on n'ait préféré donner d'abord une couche de couleur claire.

Fancy marbJe (marbrure de fantaisie) .

Réduisez en poudre fine dans un mortier , du carmin , du vert de vessie ou toute autre couleur végétale. Mélangez un peu de cette couleur avec de l'alcool, au moyen d'un couteau à palette. Puis au moyen de ce même couteau , faites tomber la couleur petit à petit au milieu d'un plat , pour que l'on puisse y plonger la tranche du livre , et que d'abord on aura rempli d'eau bien claire. En distribuant la couleur avec précaution , sur les différents points du vase, elle flottera à la surface de l'eau ; l'esprit de vin ou alcool lui fera prendre une multitude de formes agréables, et si l'on y plonge la tranche du livre, comme on le fait pour marbrer à la manière ordinaire ( manière qui est indiquée plus loin), on obtient à fort peu de frais les plus jolis résultats.

Gold-spriiikle (Jaspé, d'or ).

Après que la tranche a été colorée , jaspée ou marbrée, on peut obtenir un effet très boau et très riche en la jaspantavec de l'or liquide préparé comme nous allons le due. Prenez un livret d'or , mettez les feuilles qu'il contient avec 16 grammes de miel et broyez le tout dans un mortier jusqu'à ce que l'or soit réduit à la plus grande ténuité. Alors ajoutez-y une pinte d'eau , mélangez bien le tout et versez-le dans un vase en forme d'entonnoir ou de verre à vi/i de Champagne. L'or se précipite au fond , le miel mélangé avec l'eau surnage. Alors on verse doucement le liquide. En répétant plusieurs fois ce lavage , on finit par avoir l'or-

DE LA TRANC1ÎLTILE 91

pur et bien dégagé tîu miel qui if avait été ajouté que pour rendre la trituration possible. Faites ensuite dissoudre dans une petite cuillerée d'alcool , un grain de sublimé corrosif; quand la dissolution est faite, joignez-y un peu d'eau fortement gommée , et enfin l'or broyé. La bouteille dans laquelle est conservée ce mélange doit être agitée lorsqu'on veut s'en servir. Quand la jaspure faite avec cet or liquide est sècbe , on brunit; puis on couvre la tranche avec un papier fin jusqu'à ce que le travail soit achevé.

Quant aux tranches marbrées ( voyez Marbreur), et pour les tranches dorées ou peintes et dorées ensuite (voyez Doreur) : lorsque la tranche est faite et bien sèche , on place le signet ; c'est un petit ruban étroit, d'une couleur quelconque, que l'on coupe d'une longueur d'environ 5 centimètres plus grand que le volume ; on en colle 2 centimètres environ sur le dos, au milieu de l'épaisseur du volume, du côté de la tête; on plie le reste dans l'intérieur du volume , afin que le bout ne sorte pas, de peur de le tacher ou de le décimer.

§ XI Y. De la Tranche fêle.

On appelle tranche file une sorte d'ornement en fil ou en soie de diverses couleurs, quelquefois même en fil d'or et d'argent, qu'on place en tête et en queue d'un livre, du côté du dos. ïl sert à assujétir les cahiers et à consolider la partie de la couverture qui les déborde , et principalement à mettre le dos du livre à la hauteur des cartons.

La tranchefde se fait ordinairement sur des noyaux de papier roulé, et dont l'extrémité est collée pour que le noyau ne se déroule pas. Lorsqu'on les fait sur des noyaux plats, la tranchefile produit un bien meilleur effet. Pourcela, ou prend une feuille decarton plus ou moins épaisse, selon la grandeur des livres qu'on veut trancheiiler; on colle sur les doux faces de ce carton , avec de la colle de farine, du parchemin mince; et après l'avoir laissé bien sécher, on coupe , à la presse à rogner, des bandes assez étroites pour faire la hauteur de la chasse des cartons.

Ou tranchefile de deux manières : on fait la tranchefile simple , ou bien la tranchefile, à chapiteau. Pour les ouvra-

92 DP LA TRANCnEFILE.

ges ordinaires on emploie le fil , pour les ouvrages recherchés on se sert de la soie , et quelquefois des fils d'or et des fds d'argent. Quelle que soit la sorte de tranchefile qu'on veut former, on prend deux aiguillées de fil ou de soie de deux couleurs tranchantes , on les noue Tune à l'autre par un de leurs bouts avec un nœud de tisserand*, on enfile un des bouts dans une longue aiguille, et afin qu'elle ne se désenfile pas , on fait près de la tête un petit nœud à boucle. On place le volume entre les genoux et on le serre , ou bien on le place dans une petite presse , mais dans les deux cas la gouttière devant soi , après avoir baissé les cartons ou châsses.

Tranchefile simple. Tout étant ainsi disposé , supposons qu'on ait pris une aiguillée de fil blanc et une de fil rouge , et que celle de fil blanc soit enfilée dans l'aiguille. On pique l'aiguille dans le volume à cinq à six feuillets du commencement, de manière qu'elle sorte sur le dos, de 20 à 22 millimètres de la tête , et l'on tire le fil jusqu'à ce qu'on soit arrêté parle nœud, qui se cache dans le cahier; on pique une seconde fois à peu près au même endroit , et Ton ne serre le point qu'après avoir passé le rouleau de papier ou la petite bande de carton sous l'espèce de boucle que forme le fil blanc qui n'est pas tendu; on serre alors ce point , et la tranchefile est assujétie. Avant de la mettre en place , on la courbe entre les doigts pour lui faire prendre la rondeur du dos du livre. On prend de la main droite le fil rouge qui pend à la gauche du livre sur le carton; on le fait passer de la gauche vers la droite , en croisant pardessus le fil blanc ; on le passe sous la tranchefile , on en entoure cette dernière , on l'amène vers le côté droit du carton , et l'on serre de manière que le croisement des deux fils touche la tranche du volume. La même opération que nous venons de décrire se répète avec le fil blanc ; ainsi , de la main droite on prend le fil blanc qui pend: alors sur le carton à gauche, on le fait passer en croisant dessus le fil rouge, on en enveloppe la tranchefile en le passant dessous de dedans en dehors , et on l'amène vers le côté droit du carton. En répétant ainsi alternativement cette opération , en croisant les deux fils , et passant chaque fois par-dessous la tranchefile qu'on enveloppe , on arrive au côté droit du livre ; mais avant d'y arriver , on a.

VE LA TRÀKCHEFILE. 93

soin, quand on a fait un certain nombre de points croisés r qui forment ce qu'on nomme chaînette , qui touche la tranche , de faire une passe , c'est-à-dire qu'on pique l'aiguille entre les feuilles, comme on l'a fait la première fois, mais ! on ne forme qu'un seul point : cette passe donne du soutien à la tranchefile , et lui fait prendre plus exactement la courbure du dos du livre. On fait plus ou moins de ces passes, selon la grosseur du livre; mais ordinairement, pour un in-12 ou un in-8°, on n'en fait pas moins de trois ni plus de quatre. Quand on est arrivé au côté droit du livre , on fait une dernière passe en piquant deux fois l'aiguille comme l'on a fait en commençant. On arrête le fil par un nœud, et la tranchefile est terminée.

On coupe des deux côtés , avec un couteau bien tranchant, les deux bouts de la tranchefile, au niveau de l'épaisseur du volume , afin que ces bouts ne gênent pas les cartons lorsqu'on veut les fermer.

Tranchefile à chapiteau. Cette tranchefile se fait avec de la soie de deux couleurs bien tranchantes. Elle diffère delà tranchefile simple , 1° en ce qu'elle est composée de deux noyaux, un gros a a, et un petit b &, qu'on place l'un audessus de l'autre , comme on les voit flg. 7 ; 2° en ce que la manière de faire la passe est tout-à-fait différente. La fig. 7 représente ce nœud en grand , et en donnera une idée. On n'a point serré les nœuds dans ce dessin , alin de laisser apercevoir les différents tours que doit faire le fil ou la soie. On commence comme pour la tranchefile simple.

Quand on a assujéti la tranchefile , on prend de la main droite la soie rouge e, qui pend vers le côté gauche du livre ; on la croise par-dessus la soie blanche d ; on la fait passer vers la droite par-dessus la tranchefile a a, entre les feuillets du livre en r; on la rejette par-dessus le chapiteau bb, en s; puis on la ramène par-derrière le chapiteau en t, et on la fait passer par-dessus la tranchefile a a. En serrant ce nœud , on fait une petite chaînette entre la tranchefile et les feuilles du livre , telle qu'on le voit au point q; on répète la même chose avec la soie blanche. Le reste se pratique comme à la tranchefile simple.

Tranchefile or et argent. Cette sorte de tranchefile se

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