POURPRE DE CASSIUS
Cette préparation tire son nom de celui de son inventeur. Proust pensait que l’or y existait à l’état métallique ; le plus grand nombre de chimistes n’ont point partagé son opinion, et ils ont persisté à regarder cette composition comme un composé d’oxyde d’or et d’étain.
Pour obtenir le pourpre de Cassius, on prend l’étain le plus pur, tel que celui de Melac ; on le réduit en feuilles minces, en le battant sur une enclume entre deux feuilles de papier. D’autre part, on se procure de l’or à vingt-quatre karats, que l’on réduit également en feuilles très-minces et coupées par morceaux. Cela fait, on prépare l’eau régale de la manière suivante : on verse dans un matras
Acide nitrique pur . -4
Acide hydrochlorique . 1
Dans l’union de ces deux acides, il se produit une réaction partielle; un peu d’acide hydroclilorique est décomposé, il y a du chlore mis à nu, et l’hydrogène s’unissant à l’oxygène d’une petite partie d’acide nitrique, forme de l’eau, tandis que l’acide nitreux qui s’est produit, reste en dissolution dans la liqueur avec presque tout le chlore. C’est ce composé qu’on nommait jadis eau régale , et maintenant acide hydrochloronitrique. On varie parfois les proportions de ces deux acides.
Pour faire dissoudre l’or, on verse l’eau régale dans un grand matras, qu’on a placé sur un bain de sable chaud, et l’on y projette l’or peu à peu jusqu’à ce que l’acide ne puisse plus en dissoudre; pour l’ordinaire huit parties de cet acide en dissolvent une d’or. On laisse la liqueur en repos pen-? dant quelques heures.
D’autre part, on prépare, pour la dissolution de l’étain^ l’eau régale suivante :
Acide nitrique . 6
Acide hydrocblorique. ........ 1
Eau distillée . 4
On met cet acide dans un matras, et l’on n’y introduit que peu à peu des petits morceaux de feuilles d’étain de 18 à 20 millim. (8 à 9 lignes) carrés chaque dix à douze heures. L’Gn continue jusqu’à ce que l’acide en soit saturé. Ce métal devient noir, se réduit en fragments, se dissout au bout des quelque temps, et dépose une poudre noire au fond de la bouteille. Dix à douze heures après, on en met une nouvelle feuille, et l'on continue ainsi pendant dix jours. On s’aperçoit qu’alors la liqueur a acquis une couleur jaunâtre ; on la filtre pour en séparer cette poudre noirâtre de la liqueur, que l’on conserve dans un flacon bouché à l’émeri. (1)
Une fois que l’on a préparé ces deux dissolutions, il semble qu’il n’y a qu’à les mêler pour obtenir le pourpre de Cassius; cependant cette préparation est très-délicate, et exige beaucoup d’adresse. Voici la manière de l’opérer, telle qu’elle est décrite, sauf quelques changements, dans le Manuel du, Porcelainier. On verse CO grain, d’eau distillée dans un verre ; l’on prend ensuite un tube de verre d’un large diamètre, dont une des extrémités a été tirée en pointe, et l’autre arrondie au chalumeau. On trempe le tube, par la pointe, dans la dissolution d’or, à une hauteur que l’on a soin de marquer avec un fil ; on le plonge de suite dans l’eau distillée du verre dans laquelle on l’agite, afin d’y déposer la dissolution d’or qu’il a entraînée. On enfonce ensuite l’extrémité arrondie dans la dissolution d’étain à une profondeur égale à celle à laquelle on a plongé l’extrémité effilée, et ou t la porte dans la même eau, où on l’agite également; on nettoie le tube, et dès qu’on voit que la liqueur devient rouge, on remet encore de la dissolution d’or, et deux fois autant de celle d’étain que les premières fois.
On peut rendre cette opération plus simple en prenant un
(i) Il n’est pas inutile de rappeler que celte dissolution d étain perd, dans trois semaines ou un mois, suivant que le temps est plus ou moins chaud, la propriété de précipiter l’or en touffe, et qu'on parvient à la lui rendre en y ajoutant la meme quantité de feuilles d'élain qu’au commencement pour que, vingt-quatre heures après, elle en jouisse encore. Il paraît que cela tient à ce que la plus grande partie de l’oxyde d'étairç s'est précipitée. Cette note, ainsi que plusieurs articles, ont été donnéa par nouo danî le Mçttucl dit Porcelainier do \! EnC’jChpidU*RortU
POURPRE DÉ CÂSSIUSÜ
grand vase de verre, que l’on remplit, aux trois quarts, d'eau distillée; en supposant qu’il contienne deux litres d’eau, on y verse depuis trente jusqu’à trente-six gouttes de dissolution d’or, et l’on remue la liqueur avec une baguette de verre ; l’on y verse ensuite goutte à goutte, en remuant chaque fois la liqueur, de la dissolution d’étain jusqu’à ce que le liquide prenne une couleur rouge foncé vineux. On n’outre-passe pas ce point, parce qu’on n’obtiendrait qu’un pourpre violet à cause de l’excès d’étain qui s’y trouverait. Il faut ordinairement de vingt à vingt-quatre gouttes de sel d’étain pour bien réussir.
On verse alors la liqueur pourpre dans un grand vase de verre ou de porcelaine, et l’on prépare de nouvelle liqueur pourpre. Lorsque toute la dissolution d’or est épuisée, et qu’on a réuni toutes les liqueurs qu’on en a obtenues, on la laisse déposer pendant vingt-quatre heures (1) ; alors on décante la liqueur qui doit être très-claire ; l’on y ajoute successivement jusqu’à six fois de nouvelles eaux que l’on décante • également dès qu’elles sont claires, et l’on fait sécher, à l’ombre, le précipité dans une capsule de porcelaine. En cet l état, cette poudre est d’un pourpre noirâtre ; on la broie i sur une glace en y ajoutant de temps en temps un peu d’eau; lorsqu’elle est bien broyée, et qu’elle a été séchée soigneuse-
Iment à l’ombre, on la conserve dans un flacon bouché à l’émeri, à l’abri du contact de la lumière.
On peut obtenir diverses nuances de pourpre; ainsi,
I comme nous l’avons déjà dit, si l’on ajoute plus de dissolution d’étain qu’il n’en faut, le précipité est d’un violet foncé. Lorsqu’on se propose d’avoir un pourpre tirant sur le noir, on met dans 60 gram. d’eau distillée, la quantité de dissolution d’or suffisante pour lui donner une teinte dorée, et l’on y suspend, pendant douze ou treize jours, au moyen d’un fil, un morceau d’une composition dite antimoine jovial (2), qu’on a soin d’essuyer de temps en temps. Au bout de ce temps on verse la liqueur dans un grand vase d’eau, que l’on , décante dès qu’elle est devenue claire. On lave ensuite le précipité à plusieurs eaux.
Il est aussi bien reconnu que si l’on emploie les dissolutions concentrées d’or et d’étain, le précipité est de l’or à
(») Il y a de» fabricants qui, pour activer la précipitation du pourpre de Gassîns, introduisent dans cette eaa deux ou trois pincées do chlorure de sodium (sel marin]. D'autres y ajoutent de l’urine fraîche; il en est enfin qui recourent à une dissolution li de phosphore. Nous rejetterons tous ces moyens comme inutiles ; il e3t plus convenable | '• attendre que ce précipité se dépose sans aucune addition»
(i) Gntte igtmpcaltioa 30 fait avec troto partie ü’ étala et deu* d’amimoîae jmn
l’état métallique; si, au contraire, elles sont étendues de beaucoup d’eau, quand bien même elles seraient très-acides, le précipité est pourpre ou pourpre rosé, quand l’hydrochlorate d’or est en excès, et pourpre violet, si celui d’étain prédomine. L’intensité de ces couleurs, pourpre rosé et pourpre violet, est relative à la plus ou moins grande quantité de l’un ou de l’autre des hydrochlorates employés.
Nous 11e chercherons point à expliquer ce qui se passe dans la réaction qui a lieu entre les hydrochlorates d’or et d’étain. Elle n’a fait encore l’objet des recherches, à ce que nous croyons, d'aucun chimiste. M. Cassola, professeur de chimie à Naples, a communiqué un procédé pour la préparation du pourpre de Cassius, qui est plus expéditif, et dont les effets sont beaucoup plus constants. Nous allons le faire connaître.
Procédé pour préparer le pourpre de Cassius.
On prépare l’hydrochlorate d’or par le procédé ordinaire; d’autre part, on fait digérer du vinaigre pur sur de la limaille d’étain pendant deux ou trois jours, et l’on filtre la solution d’acétate de protoxyde d’étain obtenue ; on prend alors la solution d’hydrochlorate d’or, qu’on étend dans quatre à cinq fois son poids d’eau, et on y verse peu à peu de la solution d’acétate d’étain jusqu’à ce qu’il se produise un précipité pourpre. On lave ensuite ce précipité comme nous l’avons déjà dit.
M. Cassola a obtenu les mêmes résultats en employant une solution de protonitrate d’étain faite avec une partie d’acide nitrique concentré, étendu de quinze parties d’eau et la limaille d’étain. Il ne faut employer ce protonitrate qu’après que l’acide a été en contact pendant deux jours avec l’étain. L’on doit mêler à froid cette dissolution avec celle d’or, et le précipité pourpre se produit comme le précédent, sans que l’un ni l’autre aient jamais une couleur noirâtre. M. Cassola donne cependant la préférence à l’acétate d’étain. Ce chimiste a employé aussi le protosulfate d’étain très-étendu qui lui a donné les mêmes résultats, mais avec cette différence qu’un excès de protosulfate donne au précipité la même couleur que celle que produit trop d’hydrochlorate d’étain.
MM. Proust et Oberkampf ont analysé plusieurs précipités de pourpre. Le premier chimiste y admet
Oxyde d’étain au maximum . 76
Or à l’état métallique . . 24-