TISSUS DE VERRE
fabricant au faubourg Saint-Antoine, à Paris, est parvenu à produire des fils de verre assez flexibles pour les employer comme fils de trame, et à s'en servir en les combinant avec des fils de soie ordinaire, pour faire, au métier à la Jacquart, des tissus brochés qui imitent les plus riches brocarts. Ces tissus ont paru, pour la première fois, à l'Exposition de 1839. Ils ont été jusqu'à présent plus spécialement destinés à confectionner des ornements d'église.
A une époque plus récente, un émailleur de Saumur s'est servi de ces fils pour imiter le poil de la plupart des animaux, et a obtenu de si remarquables résultats que les sujets préparés par son procédé pourraient, grâce à leur inaltérabilité, remplacer les peaux empaillées qui peuplent les cabinets d'histoire naturelle.
Pour obtenir le verre dans un état de finesse suffisant, on l'étiré à la lampe d'émailleur en l'enroulant avec une vitesse plus ou moins grande sur des tambours en bois ou en carton. Le verre est préalablement mis sous forme de fils ou baguettes de gros diamètre qu'on réchauffe sur une certaine longueur, à l'une de leurs extrémités.
Pour être approprié au tissage, le verre est étiré si fin qu'on ne peut l'employer que comme trame, la soie formant chaîne ; à raison de sa finesse, on est obligé d'en réunir à la fois de trente à cinquante brins que l'on passe dans la chaîne sans retour, ce qui se fait au moyen du crochet comme pour les tissus en crin. Il est essentiel d'apporter à ce genre de tissage les soins les plus minutieux. L'une des plus grandes difficultés consiste à prendre toujours, sinon absolument, du moins très approximativement,
360 LAI5E DB TERRB — VERRE IXAMÂKTÈ
le même nombre de fils pour chaque passée : nous disons très approximativement, car il est impossible d'en saisir chaque fois un nombre parfaitement égal, puisque, un seul brin étant presque imperceptible à rœil nu, on serait obligé de perdre un temps infini à les compter exactement ; c'est de là que proviennent les inégalités et les ondulations que Ton remarque dans ces tissus.
Le tissu de verre a longtemps été et est encore quelquefois employé pour des objets qui sont à Tabri d'un froissement trop souvent renouvelé, comme les ornements d'église, chapes, chasubles, etc., pour lesquels les bordures et encadrements qu'on y ajoute produisent d'assez beaux effets. Mais il est d*un usage restreint parce qu'on a reconnu, par l'expérience, les inconvénients de son emploi ; il se déténore, en effet, très vite et se réduit en une poussière volatile qui, tombant dans les yeux, est susceptible d'être préjudiciable à la vue ; en outre, cette poussière ternit les appartements.
Il résulte de là que le lissage du verre est une petite industrie, remarquable et intéressante si l'on veut, mais qui n'a pas encore pris réellement place parmi les découvertes utiles. {A, Henouard.)