DU SOIN ET DE L'ÉDUCATION DES POULAINS
Les poulains commencent à manger vers l'âge de deux mois, et l'on doit leur fournir, dès cette époque, des aliments appropriés à leur âge ; mais on ne les sévrera que vers l'âge de six à sept mois, plus tôt. ou plus tard, selon les circonstan- ' * % ces; ceux que l'on fait téter trop longtemps, à moins qu'ils ne
SOIN ET ÉDUCATION DES POULAINS. 65 soient faibles et valétudinaires, prennent, il est vrai, plus de corps, mais deviennent souvent mous et paresseux.
Les jeunes poulains paraissent tristes, inquiets, dès qu'on les retire d'auprès de leur mère, et refusent quelquefois de manger; mais ils ne tardent pas à l'oublier et reprennent leur vivacité naturelle. On leur donne pour nourriture de l'orge ou de l'avoine écrasée, on ces deux grains mélangés, du foin bien tendre, de l'eau blanche, et on les conduit au pâturage aussitôt que le temps le permet. Il faut observer que l'herbe trop nouvelle leur lâche le ventre, les empêche de profiter, et leur cause quelquefois des tranchées : le son est une mauvaise nourriture pour eux.
On recommande de leur écraser le grain, parce que si on le , leur donnait entier, ils en perdraient beaucoup, le mâcheraient avec peine, et s'useraient les dents ; beaucoup de personnes sont même dans l'usage de ne donner que du son pendant les premiers mois. Le grain nous parait préférable, surtout pendant l'usage des herbes tendres.
Les poulains en sevrage doivent être enfermés dans une écurie bien saine, très-propre, point trop chaude, afin de ne pas les rendre frileux ; il faut que les mangeoires et râteliers soient assez bas pour qu'ils puissent y manger avec facilité. On renouvelle leur litière soir et matin; et toutes les fois que le temps est beau, on les mène promener, en évitant autant que possible les terrains humides et ceux qui sont entrecoupés de fossés, ravins ou inégalités quelconques.
On leur topd la queue vers l'âge d'un an à dix-huit mots, afin qu'elle devienne plus fournie; opération que l'on peut réitérer une ou deux fois, a cinq ou six mois d'intervalle. A dix-huit mois ou deux ans, on les sépare d'avec les pouliches, parce que, sentant déjà \p premier aiguillon de l'amour, ils pourraient s'énerver sans retour. •
A trente mois on peut commencer à leur donner un licol et a les panser à fond : jusque-là il convient de les laisser libres et de se borner il les brosser tous les jours, ou de deux jours l'un, et à les peigner de temps en temps.
Cet âge est aussi le plus propre à la castration, quoique l'on puisse la pratiquer plus tôt ou plus lard, selon les circonstances; iî est bien de remarquer que les poulains qui ont la croupe fournie et l'encolure effilée, doivent être hongrés plus tard que ceux chez qui ou remarque la disposition contraire, le corps s'épaississant de plus en plus avant l'opération.
Les poulains nourris à l'herbe cessent d'aller au pâturage vers l'âge de trois ou quatre ans, afin de recevoir à l'écurie
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une nourriture plus substantielle et plus propre à fortifier leur constitution. Garsaultet quelques autres conseillent de les tenir à cette occasion pendant une huitaine de jours à la paille., pour les laisser vider leur vert ; 6a leur administrer quelques vermifuges, si ia saison a été froide et humide ;. de les purger, de les saigner, etc.; mais nous pensons qu'il ■vaut beaucoup mieux les faire passer graduellement du vert au sec , et ne les médicamenter qu'en cas de nécessité évidente.
Mais si la gourme se déclare, on emploie l'eau blanche miellée, tiède, les fumigations et injections émollientes ; et, s'il y a heu, les mastigadours ou billots adoucissants. Les poudres de guimauve et de réglisse avec du miel. Eufin, les onctions avec l'onguent de laurier si les glandes de la ganache sont engorgées.
Les jeunes poulains sont sujets à avoir les jambes engorgées, particulièrement quand ils fréquentent des pâturages gras ou humides. Si le go aile ment ne se dissipe pas de luimême an bout de quelques jours, il faut frotter les parties avec de i'oau-de-vie camphrée ou avec du gros vin dans lequel on aura fait bouillir des herbes aromatiques. Ce remède est aussi très-bon pour fortifier les jambes faibles et grêles.
Les poulains peuvent être montés à l'Age de quatre ans; mais il vaut mieux attendre jusqu'à cinq, et môme jusqu'à six, quand on veut avoir de bons chevaux de manège. En général, les chevaux qui ont été ménagés pondant leur jeunesse, se conseivent bien plus longtemps fins et vigoureux que ceux que l'on a mis au travail trop tôt. Ou les ferre quelques mois seulement avant de s'en servir.
Cependant il est sssentiel de les dresser de très-bonne heure, alin d'en vcnir^ilus facilement à bout. À cet effet, dès le milieu de la troisième année on commence à les faire trotter tous les jours à la longe autour du pilier, jusqu'à ce qu'ils soient accoutumés à cette première leçon.
On les habituera petit à petit à supporter, tous les jours pendant quelques heures , une selle dont la sangle ne fera d'abord que leur effleurer le ventre sans le serrer, ou lia harnais . léger avec une croupière un peu longue; on" leur mettra le bridon un peu plus tard. On les accoutumera en môme temps à se laisser approcher sans difficulté, a donner le pied à volonté, etc.
Cela fait, et lorsque le cheval tournera facilement aux deux mains, qu'il ne s'effarouchera plus lorsque l'on voudra lé toucher, on commencera à lui monter sur le dos, d'abord sans le faire marcher, puis pour lui faire faire quelques pas. Si on
le destine au trait, on l'attellera avec un cheval fait, et ou le conduira par la bride jusqu'à ce qu'il puisse s'en passer; on l'habitue ainsi à avancer, à reculer, tourner, etc., eu lui donnant au besoin de petits coups de gaule, mais avec beaucoup de douceur et sans le brusquer.
Ces diverses leçons doivent être données petit à petit, lentement, de maniéré à ne pas fatiguer ou impatienter le cheval; et il ne faut le faire passer de l'une à l'autre que lorsqu'il est bien confirmé dans les précédentes. 11 faut en même temps lui parler, le flatter, ne le châtier que le moins possible-, corriger cependant les mauvaises habitudes qu'il peut contracter , et n'exiger rien qui soit encore au-dessus de ses forces ou de son intelligence. Les chevaux qui sont rudoyés dès leur tendre jeunesse deviennent presque toujours rétifs, rami ligues et difficiles à gouverner; tandis que ceux, qui ont été traités avec les ménagements nécessaires, ne donnent aucune peine à dresser.
L'âge auquel il convient de faire travailler les chevaux dépend des races, des climats, de la manière dont ils ont élô nourris depuis leur enfance, et du genre de service auquel ils sont destinés. L'époque de la cessation de la croissance est en général celle qui doit servir de base. Mais on gagne toujours plus à attendre qu'à se hâter; les chevaux en sont plus forts, d'un meilleur service , et dureront plus longtemps. Les chevaux communs peuvent être mis au travail dès l'âge de trois ou quatre ans; mais les chevaux fins doivent être attendus cinq à. six ans.
Les chevaux qui n'ont point été apprivoisés dés leur tendre jeunesse, restent assez souvent farouches au point de ne se laisser approcher que três-diulcilement. On parvient quelquefois à les adoucir à force de patience et de ménagements ; mais lorsque ces moyens sont insuffisants, il n'y en a pas déplus sur que de leur laisser endurer la soif et la faim.
DE LA DENTITION BT DES MOVENS DE RECONNAITRE L'aGS DANS LE CHEVAL A TOUTES LES EPOftUES DE LA VIS;
On ne possédait encore de notions à peu près exactes sur l'âge du die val, que jusqu'à huit ans, lorsque M. Girard, dont le nom se rattache à tant de travaux importants, publia, il y a quelques Années, sous le titre d'Hippékiolugie ^ un traité de l'âge du cheval, depuis le moment de sa naissante jusau'â la vieillesse la plus avancée.
C'est dans cet ouvrage où se trouvent énoncés avec la plus grande précision des principes dont l'observation a constaté
et constate encore tous les jours l'exactitude, que nous avons puisé les matériaux de cet article sur la connaissance de l'âge, à l'étude duquel nous allons préluder par quelques considérations auatomiques relatives aux dents.
Les dents sont des parties très-dures , enchâssées dans les os maxillaires, formant à chaque mâchoire une ligne courbe, interrompue vers le quart inférieur, nommée arcade dentaire.
Leur nombre est de quarante à quarante-quatre" dans lo cheval, et de trente-six à quarante dans la jument; on les distingue en incisives, crochets et molaires.
Les unes, faisant leur éruption peu de temps après la naissance, sont nommées dents de lait , ou dents caduques; ce sont les incisives et les trois premières ou avant-molaires, tant supérieures qu'intérieures. D'autres, plus tardives dans leur développement et leur sortie, sont appelées persistantes, parce qu'une fois qu'elles ont paru, leur chute ne doit plus être considérée que comme le résultat d'un accident. Enfin, l'on désigne sous le nom de dents de remplacement, celles qui prennent la place des dents de lait, lorsque celles-ci sont tombées.
Les dents incisives , au nombre de six à chaque mâchoire, et ainsi nommées parce qu'elles servent à couper les aliments dont l'animal se nourrit, sont distinguées ainsi qu'il suit : les deux du milieu sont appelées pinces ; celles qui les touchent de chaque côté ont reçu le nom de mitoyennes; enfin, les deux dernières, qui terminent le cercle décrit par les incisives, sont nommées coins. Toute dent incisive otfre deux parties, une libre et l'autre enchâssée. A l'extrémité de la partie libre d'une dent incisive vierge (c'est-à-dire, qui n'a point encore éprouvé d'usure), on remarque une cavité conoïde (Pl. V, fig. l rc A), qui se' remplit bientôt d'une matière cimenteuse, noirâtre, vulgairement connue sons le nom de germe de fève. Celte cavité, qui marche dans l'épaisseur de la dent, en se rapprochant graduellement de sa face postérieure, est circonscrite à son entrée par deux bords d'inégale hauteur, dont l'usure, parvenue à un certain degré, donne à cette extrémité de la dent la forme d'une surface assez irrégulièrement plane, appelée table.
La partie enchâssée, que l'on nomme encore la racine de la dent, est courbée en arc. Dans les dents incisives vierges, cette partie est courte, arrondie et creusée d'une large cavité qui se prolonge jusque dans l'intérieur de la partie libre; elle renferme la pulpe d'où émanent les sucs nourriciers de la dent. A mesure que le sujet avance en âge, la racine des
dents s'allonge, devient anguleuse; la cavité pulpeuse diminue à mesure que les changements s'opèrent, et finit même par s'oblitérer complètement.
Quelque temps après leur éruption, les. incisives n'affectent donc plus la même forme dans toute leur étendue ; ainsi, à l'époque où elles commencent à user, leur surface de frottement est aplatie d'avant en arrière; plus tard, cette surface devient successivement ovale, arrondie « ronde, triangulaire., et enfin aplatie d'un coté à l'autre. On peut rendre les différentes formes évidentes en coupant une incisive de remplacement de 7 millimètres en 7 millimètres, . à peu près comme cela, est représenté fig. 5.
La disposition des deux cavités dentaires précédemment indiquées, est telle dans l'épaisseur de la dent qu'elles se : croisent, et qu'à un certain âge elles apparaissent simultanément sur la table de la dent, l'externe sous la forme -d'un peUt cul-de-sac noirâtre., et l'interne sous l'aspect d'une tache jaunâtre, allongée ou arrondie (fig. 4). Les incisives caduques, encore nommées dents de poulain, diffèrent un,, peu des dents de remplacement dont nous venons d'indiquer les caractères; ainsi, leur partie libre généralement plus large, plus blanche et striée, est séparée de la partie enchâssée par un étranglement qu'on no remarque jamais dans les dents de. remplacement (iig. 2).
Les dents molaires ou mâchelières, au nombre de douze à chaque mâchoire, le plus ordinairement, forment le côté des arcades dentaires, et sont séparées des incisiveS'OU des crochets, lorsque ces dernières dents existent, par un inteivvallo nommé espace interdentaire.
Ce3,sOTtes de dents ne pouvant donner aucun indice certain sur l'âge dii cheval, tant à- cause de leur situation profonde que de l'irrégularité de leur surface de frottement, nous croyons inutile d'entrer dans de plus longs détails â. leur égard : nous dirons seulement en terminant, qu'il existe quelquefois, en avant de la première molaire de chaque arcade, une petite dent que l'on désigne ordinairement sous le nom de molaire supplémentaire, ou dent de loup.
Les crochets ou dents angulairesj au nombre de deux à chaque mâchoire, sont situés dans l'intervalle qui sépare lés. incisives des molaires. Leur partie libre, conoïde et striée, présente sur le milieu de son pian interne une éminence allongée que circonscrivent deux sillons profonds. Les juments sont ordinairement privées de ces sortes de dents; . quelquefois, néanmoins, elles portent des crochets rudimen-
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taires qui sont toujours dépourvus de l'éminenee et des cannelures que présentent ces dents considérées daas le mâle.
Les anciens hippiatres supposaient stériles les juments qui portent des crochets, de la le nom de bréhaignes qu'ils donnaient 1 ces femelles.
Les différentes espèces de dents sont formées de deux substances, l'une qui est appelée l'émail, l'autre l'ivoire. Celte dernière substance, très-consistante et de couleur jaunâtre, existe dans toute l'étendue de la dent, et forme à elle seule sa racine. L'émail, qui n'existe que dans la partie libre des dents, où il forme une espèce de croûte appliquée sur l'ivoire, est blanc, luisant et beaucoup plus dur encore que la substance ôburnée. Après avoir recouvert les deux faces de la partie libre des incisives, l'émail se replie pour former les bords et les parois de la cavité dentaire extérieure que l'on désigne encore sons le nom de cornet dentaire extérieur (fig. 3, B), par opposition à la dénomination de cornet dentaire intérieur, par laquelle on désigne la cavité pulpeuse ou radicale de la dent. Dès l'instant où les dents incisives frottent les unC3 contre les autres, les deux bords qui circonscrivent le cornet dentaire extérieur s'usent et se mettent de niveau. La table de la dent présente alors deux rubana d'émail, un extérieur nommé émail d'encadrement, l'autre intérieur, qui entoure le cornet dentaire extérieur : c'eBt l'émail central. {Voyez fig. 4; sections 0 et 0).
Toutes les dents se forment et se développent dans l'intérieur des os maxillaires. Elles ne constituent, dans le principe de leur formation, que de petites vésicules remplies d'une matière gélatini forme, au sommet desquelles apparaissent ensuite plusieurs plaques de substance éburnée, qui augmentent d'épaisseur par l'addition de nouvelles couches. La dent prenant bientôt de la densité dans tous les sens, fait effort sur les parois de la cavité qui la renferme; elle ne tarde pas à percer la gencive et à se montrer dans l'intérieur de la bouche. Une fois que leur éruption est faite, les dents continuent à croître en longueur du côté de la racine, et cet accroissement est tel, que les portions usées par le frottement des tables les unes sur les autres, sont constamment remplacées par d'autres portions qui s'ajoutent à l'extrémité de la racine. L'usure de chaque dent incisive est évaluée à 2 millimètres par an dans les chevaux de race distinguée, et à 3 millimètres dans les chevaux communs.
L'étude de l'âge du cheval, par l'inspection des dents incisives, offre trois périodes distinctes.
La première est marquée par l'éruption et le rasement des dents caduques.
La seconde, par l'éruption et le rasemeat des deuts de remplacement.
La troisième, enfin, par les formes successives que prennent les dents, par l'apparition du cornet dentaire intérieur, et la disparition du cornet dentaire extérieur.