‹ Nouveau manuel de l'anatomisteChapitre 3 sur 137 · PRÉCEPTES GÉNÉRAUX SUR LA MANIERE DE DISSÉQUER · texte numérisé non relu

PRÉCEPTES GÉNÉRAUX SUR LA MANIERE DE DISSÉQUER

On ne peut disséquer avec fruit, qu’autant qu’on se rend raison d’avance de ce que l’on va faire ; i! est donc essentiel de commencer par lire la description des organes et la manière de les isoler ; ceux qui négligent cette précaution , s’exposent à couper

INTRODUCTION

(les parties que la lecture du Manuel leur aurait enseigné à ménager.

La durée des dissections est nécessairement .subordonnée à une foule de circonstances; mais il est de fait qu’il faut pouvoir y consacrer au moins deux heures consécutives; car si l’on n’a qu’une heure , on en perd la moitié en préparatifs, et certes on ne fera jamais grand’chose dans une demi-heure : aussi ai-je toujours remarqué que ceux qui n’avaient qu’un temps aussi court à consacrer aux dissections, finissaient par s’en dégoûter. D’un autre côté, il me semble que six heures de dissection par jour, partagées en deux séances, sont le maximum du temps que l’on doive y consacrer; car il faut encore avoir le temps de relire chez soi dans un ouvrage plus étendu, les préparations dont on s’est occupé dans la journée. Mais en général , si un élève dissèque deux heures le matin et autant l’après-midi , s’il dissèque avec soin et avec méthode , il retirera de son travail tout le fruit désirable.

C’est encore par des raisons hygiéniques dictées par la prudence qu’on ne doit pas faire un séjour trop prolongé dans les salles de dissection ; car on ne peut pas disconvenir que les travaux anatomiques ne soient préjudiciables à la santé : aussi tous ceux qui passent leur journée dans les amphithéâtres, sans mettre en usage les précautions que nous allons indiquer, finissent-ils par éprouver des symptômes gastriques que l’on est obligé de combattre par les vomitifs ou les laxatifs administrés suivant les indications. Néanmoins on a beaucoup exagéré les mauvais effets de ce séjour , et il est de fait qu’une nourriture de bonne qualité, un exercice modéré en plein air après le travail et les soins de propreté , suffisent ordinairement pour préserver le corps de cette influence nuisible.

On parvient à assainir les salles de dissection en neutralisant les émanations putrides au moyen du chlorure de calcium , que l’on emploie en dissolution ( 1 partie sur luO à 200 parties d’eau ) , pour en laver les préparations ou pour les y plonger; à peine les préparations sont-elles en contact avec cette liqueur , que la mauvaise odeur est immédiatement dissipée. On se sert encore de ce chlorure en poudre, que l’on place dans un vase en verre à large ouverture , et que l’on peut ouvrir ou fermer à volonté pour graduer le dégagement du gaz. C’est au professeur Masuyf.r que l’on doit la première connaissance de ce précieux moyen d’assainissement. Le chlorure de sodium, plus cher, n’a sur celui de calcium aucun avantage comme moyen désinfectant.

Une précaution que l’on ne devrait jamais négliger , ne fût-ce que par égard pour les personnes avec lesquelles on est en contact pendant le reste de la journée, c’est d’avoir un habit spécial de dissection. On fait bien d’en garnir les manches de cuir

mince et souple , letafetas gommé et même la percale cirée que l’on emploie ordinairement pour cet usage, ayant l’inconvénient de se déchirer trop facilement.

On ne touchera les cadavres qu’autant que cela sera absolument nécessaire; toutes les fois qu’on aura été obligé de le faire et que les mains auront été salies, il convient de les laver immédiatement. Pour enlever la mauvaise odeur des mains, on les frotte de vinaigre ou de dissolution de chlorure de chaux, après les avoir lavées.

Les blessures que l’on se fait en disséquant peuvent donner lieu à des accidents plus ou moins graves. Si l’on s’est fait une coupure superficielle, il suffit de faire fortement saigner la plaie, après s’être lavé dans de l’eau savonneuse, et de la recouvrir ensuite pour empêcher qu’elle ne soit souillée. Les piqûres si elles sont négligées , peuvent donner lieu à des gonflements considérables de tout le membre et à des dépôts purulents. Le meilleur moyen de prévenir ces accidents , c’est de sucer la plaie , afin de la faire saigner pendant quelque temps ; d’autres conseillent de la débrider et de la cautériser ensuite avec le nitrate d’argent fondu : le premier procédé suffit dans la majeure partie des cas. Si cependant le gonflement du bras s’était déclaré , il faudrait s’empresser d’y faire des fomentations d’eau de Goulard avec un peu de laudanum ; suivant le besoin on pratiquera des saignées locales, et l’on administrera à l’intérieur du calomel avec de l’opium ; les gonflements peu considérables cèdent ordinairement aux cataplasmes émollients et aux saignées locales. On s’écorche souvent à des pointes osseuses, à celles des côtes , par exemple ; ces sortes de blessures donnent fréquemment lieu à des tubercules d’un rouge violacé et très-sensibles au toucher ; ce qui a surtout lieu en faisant l’autopsie d’un phthisique. En les examinant avec attention , on trouve ces tubercules composés d’une série d’ouvertures fistuleuses à bords calleux, qui donnent le relief à la tumeur et qui sont remplies d’une humeur albumineuse et transparente. Ces tumeurs sont extrêmement rebelles, et l’on ne peut s’en rendre maître que par la cautérisation : j’en ai vu guérir après plusieurs applications de potasse caustique ; d’autres ont cédé à des applications réitérées de sublimé corrosif en poudre ou de nitrate d’argent fondu , suivies de l’usage longtemps continué de cataplasmes émollients. Il importe de ne pas trop hâter la cicatrisation, les tubercules ayant alors une tendance à se reproduire. Depuis que je suis attentif à ces sortes de lésions, j’ai toujours pu les prévenir en lavant la plaie avec une forte dissolution de sublimé, ou en y appliquant ce sel en poudre , selon la profondeur de la blessure.

Chaque élève doit avoir une boite à dissection , renfermant, 1» six scalpels, dont deux droits pour

INTRODUCTION

les dissections fines, et quatre convexes : ces derniers seront faits sur le modèle anglais, le scalpel convexe français à forme de bistouri étant d’un usage trop incommode; 2» un couteau à cartilage de forme anglaise ; 3° des ciseaux ; une des lames terminée en poinle, l’autre mousse; 4» deux paires de pinces : pour réunir dans ces instruments la légèreté à la solidité, j’en fais faire le talon large de six lignes; depuis ce point l’instrument diminue sensiblement en largeur , pour augmenter de nouveau vers l’endroit où les doigts le saisissent ; la pointe a un tiers de ligne de largeur. Une de ces pinces pourrait être un peu plus forte , pour saisir la peau , pour extraire des esquilles osseuses , etc. ; S» une sonde cannelée en acier ; C<> un petit stylet en baleine; 7° un syphon garni d’un robinet; 8» deux érignes doubles; O” deuxérignes à anneau ; 10" des aiguilles droites et courbes.

Outre ces instruments , que je regarde comme indispensables, les élèves feront bien de Se procurer les instruments suivants , qui , quoique d’un usage moins général , leur seront toujours utiles dans la suite: 1» une petite scie avec quelques lames de rechange de diverses grandeurs ; 2» une paire de ciseaux fins, dont les lames pointues n’ont qu’un pouce de longueur , celle des branches étant de trois pouces et demi ; 3« des pinces dont les mors peuvent être maintenus rapprochés au moyen d’un coulant ; 4“ un compas et un pied de roi; 5° un petit marteau et plusieurs petits ciseaux en acier ; on en fait de très-bons avec de vieilles limes ou bien avec des bouts de fleurets ; mais il faut que l’acier ne soit pas trop fortement trempé , sans quoi les ciseaux se casseraient au premier coup de marteau ; 6° des couteaux-rugines montés sur manche comme de gros scalpels ; la lame doit être creusée en gouttière assez profonde d’un côté , tandis qu’elle est convexe de l’autre; le bout de la lame sera arrondi; il eonviendrait d’en avoir de différentes grandeurs : ces instruments peuvent servir, non-seulement à ruginer des os, mais même à en couper des portions, comme on est par exemple dans le cas de le faire , si l’on étudie l’oreille interne; 7<> une loupe. Enfin , il serait à désirer que chaque élève eût une pierre et un cuir à repasser , une éponge et une serviette dont il recouvrira sa préparation.

Il est difficile de donner des préeeptes sur la manière de se servir des instruments que nous venons d’énumérer ; nous nous bornerons done à dire , au sujet des scalpels et des pinces , qu’on les tient à peu près comme une plume à écrire, le scalpel à

droite et les pinces à gauche; qu’il faut se garder de couper par .saccades, mais que chaque coup de scalpel doit être lent et précis. En général, on sai.sit avec les pinces les parties à enlever ; les muscles et les petits rameaux nerveux et vasculaires que l’on prépare, ne devront pas être saisis avec cet instrument, qui les déchirerait. Le couteau à cartilage sert à couper la peau, les cartilages, et en général à faire les grandes incisions. Les ciseaux sont surtout utiles pour travailler dans la profondeur ; on s’en sert souvent pour achever promptement une préparation , mais il faut beaucoup d’habitude pour bien manier cet instrument. Le syphon sert à insuffler des cavités , des canaux , etc. Au moyen des érignes doubles, on fixe les parties dans certaines positions. Les érignes à anneau sont indispensables pour faire les préparations fines d’angiologie et surtout de névrologie ; elles servent <à accrocher les filets nerveux; on les retient au moyen d’un des doigts de la main gauche que l’on passe par l’anneau : on emploie les pinces en même temps qtie les érignes. Je pense qu’il est inutile d’expliquer l’usage des autres instruments.

Le qu’il faut recommander surtout aux commençants, c’est de préparer proprement; il ne s’agit pas de travailler vite, la promptitude dans les dissections ne s’acquiert que par l’exercice. Outre qu’une préparation sale et hachée n’est pas faite pour inspirer le goût de l’anatomie , il est souvent bien difficile de se faire une idée exacte de la disposition des parties ainsi préparées. Enfin, ceux qui s’habituent à mettre de la précision dans leurs préparations anatomiques, acquièrent par ce moyen la dextérité nécessaire pour pratiquer facilement les opérations chirurgicales les plus délicates. On recommande quelquefois dans ce dernier but, de se servir de bistouris en guise de scalpels, et d’employer les doigts au lieu de pinces. Mais il suffit d’examiner la construction des bistouris ordinaires , pour rester convaincu que cet instrument est fait pour pratiquer de grandes incisions, et non pas pour disséquer ; car il est impossible d’exécuter une préparation délicate, si l’on tient cet instrument comme on recommande de le faire pour les opérations, et si on le tient comme une plume à écrire , il est ditficile de ne pas se couper dans les doigts. Aussi voyons-nous les chirurgiens quitter le bistouri ordinaire et employer de véritables .scalpels, toutes les fois qu’il s’agit de faire des opérations minutieuses.

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