ANATOMIE GÉNÉRALE DES OS ET DES LIGAMENTS
Jo. Tissu osseux. Les os, dont la réunion forme le squelette , sont les organes les plus durs et les lus roides du corps ; ces qualités les rendent capales de supporter les autres parties. Leur couleur est d’un blanc rougeâtre à l’état frais ; blanche , quand ils sont préparés.
Relativement à leur forme , les os présentent une foule de variations qui sont l’objet de l’ostéologie spéciale ; ici nous n’allons nous en occuper que sous le point de vue général. On divise les os en longs , courts, larges et en mixtes; dans les premiers on distingue les deux extrémités et la partie moyenne ou corps de l’os, diaphyse; dans les autres on distingue les faces, les bords, les angles et le corps, qui en est la partie la plus épaisse.
Toute éminence notable d’un os, est appelée apophyse; selon leur forme, les apophyses ont reçu différents noms : si elles sont larges, raboteuses, on les nomme ti/âérosîfés; plus petites, elles reçoivent le nom de tubercides; une apophyse pointue est nommée épineuse; encore plus alongée , on l’appelle apophyse styloïde. On appelle crête, le bord renflé et élevé d’un os ; des éminences moins saillantes et
(1) On a publié un grand nombre d^ouvrages sur l’ostéologie ; les principaux sont :
Al. Morho , Anatomy of the kuman bones and nerves , elc , in-8®. Edimb., 1726; traduit en français, par Sus, in-fol. atl. 1759, avec fig.
B. S. Albirüs , De ossibus corporis humani, Lgd, Bat. y 1726, in-8®. — Ej. Z’o&u/ce sceleti et muscuîorwn corp. human, Lgd. Bat. y 1747, fol. atl.— Ej. Tahulœ ossiwn humanoi'um. Lgd, Bat,, 1753, fol. atl. — Ej. Do sceleto humano liber, Lgd, Bat., 1762 , in 4®. — Ej. De constructione ossium , in Annot, acad,, îib. VII , cap. 17. Lgd, Bat., 1766 , in-4®.
W. CnssELUBN. Osleographia , or the anat. of the bones, fol. atl. Lond.y 1754.
Bfrtir , Traité d^ostéologie , în-8®. Paris, 1754.
J. G. Waltsh, Abhandîung t’on troclienen Knochen. Ber^ lin, 1763, av. fig.
J. F. Blumbriiach , Geschiclite und Beschreihung der Knochen, Gœtt., 1786; 2»^ édît., 1812 , în-8o.
M. Ma Lpioni , De ossidm structura , op. posth, Venet., 1743.
A. ScARPA, De penitiori ossium structura, in-4'>. Lips., 17^9, avec (ig.
iiC principal ouvrage sur la syndesmologic , c'est J. 'Wbit- BRECHT, Syndesmologia, r. hist, ligament, coip, hum,, c, fig, Petropoli, 1742, in-4o.
linéaires ont reçu les noms de lignes âpres, d’orcodes , etc.
Les éminences osseuses, recouvertes de cartilages, reçoivent différentes dénominations : les têtes et les petites têtes sont globuleuses ; les condyles ne sont arrondis que dans un sens et aplatis dans d’autres ; les^oM^îcssont deux éminences articulaires séparées par une gouttière , et le tout recouvert de cartilage. Les dentelures, les eugrenures, servent aux articulations immobiles.
Les cavités des os sont de différentes espèces : on appelle fosse, toute cavité profonde et irrégulière : une empreinte est une cavité superficielle; une connelure (sillon ou demi-canal) se distingue d’une rainure ou échancrure , en ce que le profil de la gouttière est arrondi dans les premiers et tranchant dans les autres. Une fente ou fssure est une séparation éti’oite d’un os dans toute son épaisseur; un trou est une ouverture qui passe perpendiculairement par l’épaisseur de l’os; un canal est un trou très-prolongé. On appelle sinus, caverne, sinuosité, cellule, une cavité pratiquée entre les deux lames d’un os, et qui communique ordinairement au dehors par une ouverture étroite.
Une cavité osseuse, recouverte de cartilage et destinée à recevoir l’extrémité articulaire d’un os, est appelée cavité cotyloïde, si elle est profonde, et glénoïde, quand elle est superficielle. Si la surface articulaire est presque plane, on l’appelle facette.
On distingue dans les os deux substances , l’une extérieure, dure, qui est la substatice compacte corticale; l’autre, intérieure, a reçu de sa disposition les noms de substance spongieuse , aréolaire ou réticulaire; on l’appelle substance dijyloïque ou diploo dans les os larges. Cependant cette distinction en deux substances n’est fondée que sur l’apparence ; la structure de l’os est partout aréolaire, seulement ces aréoles sont tantôt écartées comme dans la substance spongieuse proprement dite, et tantôt comprimées les unes contre les autres, de manière à former une substance dure et en apparence homogène, comme nous paraît la substance compacte. Pour mieux comprendre cela, qn’on se figure un os long, uniquement composé d’aréoles ; qu’on suppose alors
que dans le corps de l’os ces aréoles soient comprimées du centre vers la périphérie, et de la périphérie vers le centre , on obtiendra la substance compacte et une cavité intérieure, tandis que les extrémités de l’os resteront spongieuses.
Les aréoles des os sont formées par une multitude de lames , dont l’arrangement varie suivant les os ; ces lames elles-mêmes sont composées de fibres, qui, examinées au microscope , sont elles-mêmes formées par des séries de globules. C’est par cette raison que la substance compacte des os elle-même a un aspect fibreux et lamelleux. Les aréoles communiquent les unes avec les autres, en sorte que les sucs qu’elles contiennent peuvent facilement passer d’une extrémité de l’os vers l’autre, et même transsuder à travers la substance compacte, en passant par les pores dont elle est criblée.
La substanee rétieulaire ne se trouve que vers les extrémités des os longs; dans leur diaphyse on rencontre à sa place une cavité C[ui n’est que çà et là rendue inégale par quelques lames osseuses. Cette cavité est appelée cavité viédullaire. Les os courts ne se composent dans leur intérieur que de substance réticulaire. Les os plaLs ont de la substance réticulaire dans les portions les plus épaisses; mais dans d’autres points, où ils sont très-minces, les deux tables de l’os sont immédiatement appliquées l’une sur l’autre, sans substance ni cavité intermédiaires.
D’après Berzelius', les os sont composés de gélatine 32,17; de substance animale insoluble 1,13; de phosphate de chaux 51 ,04; carbonate de chaux 11,30; fhiate de chaux 2,00; phosphate de magnésie 1,10; soude et muriate de soude 1,20. Suivant d’autres chimistes , les os contiennent en outre une très-petite quantité de fer , de manganèse , de silice , d’alumine et de phosphate d’ammoniaque.
Préparation. On s’assure de la structure fibreuse des os, en examinant des os de fœtus , ou bien des os d’adultes dont on a extrait la partie terreuse par un aride affaibli. La disposition lamelleuse devient évidente, en laissant macérer longtemps un os privé de son phosphate calcaire. Si l’on prolonge la macération, on finit par obtenir une masse spongieuse et à la fin une espèce de mucus. On découvre également bien la structure lamelleuse et fibreuse dans les os calcinés.
On étudie le tissu réticulaire des os en y prati- (juant des coupes dans diverses directions. Pour les os longs on fait une coupe longitudinale, et à cet clfet on trace au crayon la ligne que devra parcourir le trait de la scie en avant et en arrière de l’os; on fixe celui-ci dans un étau, en plaçant entre lui et les mors de l’instrumentun carton, un peu de linge, ou tout autre corps analogue qui puisse empêcher l’os (V se briser, puis on le divise en suivant exactement les lignes tracées. On se sert à cet effet d’une scie à main , ou mieux encore d’une scie à arbre, dont la I ime mobile peut à volonté être fixée dans une direction oblique à l’arbre.
Enfin, on divise encore les os longs par des coupes transversales , que l’on multiplie de manière à obtenir une série de rondelles, afin de pouvoir examiner les rapports des deux substances de l’os dans divers points de sa longueur.
On étudie la structure des os larges en les sciant dans diverses directions, ou bien en enlevant une de leurs tables avec une râpe pour examiner leur tissu
diploïque. Des préparations analogues seront exécutées sur les os courts, sur les différentes apophyses, etc.
Les plus belles préparations pour la démonstration des cellules des os , sont celles qui ont été faites sur des os frais , que l’on a divisés avec une scie très-fine et que l’on a ensuite laissé macérer pendant le temps nécessaire pour en extraire tous les sucs médullaires, ou que l’on a soumis à l’ébullition. On favorise la sortie de la moelle en poussant de l’eau dans le tissu réticulaire au moyen d’une seringue ; mais il ne faut pas perdre de vue que ce tissu est très-fragile et qu’il faut par conséquent le manier avec beaucoup de précaution. En se servant d’os secs , on a l’avantage de pouvoir étudier leur structure dans l’instant même, mais leurs cellules sont Souvent remplies d’adipocire qui empêche d’en bien voir la disposition, et en outre, les os secs étant plus fragiles que les os frais, leurs cellules seront toujours plus ou moins rompues d’une manière irrégulière , avec quelque soin que l’on procède à leur division.
On met à découvert la partie gélatineuse des os , en les soumettant à l’action d’un acide minéral étendu d’eau ; on obtient leur partie terreuse, soit en les calcinant, soit eu les faisant bouillir dans le digesteur de Papin. Nous reviendrons sur ces procédés en indiquant la manière de faire des préparations de cabinet.
2». PÉRIOSTE. Les os sont tapissés en dehors par une membrane fibreuse, blanche, brillante, nacrée, appelée périoste. Cette membrane ne recouvre pas les surfaces articulaires des os ; mais , arrivée près de l’articulation , elle se jette par-dessus les ligaments, pour passer Sur l’os voisin, qu’elle tapisse de la même manière, en sorte que l’on peut se figurer le périoste comme un étui fibreux qui enveloppe la totalité du squelette articulé. Aux endroits où les muscles et les ligaments s’insèrent aux os, le périoste devient très-adhérent et très-mince , ce qui avait fait admettre qu’il n’existe pas dans ces points. Les fibres du périoste sont ordinairement parallèles à celles de l’os; on en rencontre cependant aussi de transversales et d’obliques. Cette membrane contient un grand nombre de vaisseaux sanguins qui , pour la plupart cependant , ne font que la traverser pour entrer dans l’os lui-même. Le périoste qui recouvre les os du crâne, a reçu le nom Ae péricrûne. L’intérieur de la cavité crânienne est recouvert par la dure-mère, membrane fibreuse très-forte, qui tient lieu de périoste à cette partie.
Préparation. Pour préparer le périoste, on enlève avec soin les muscles qui entourent un os quelconque, en évitant surtout d’intéresser la membrane fibreuse qui le tapisse, mais en divisant toutefois les fibres musculaires le plus près possible de l’os sur lequel elles s’insèrent. Le périoste étant mis à découvert , on place la préparation dans l’eau pendant un jour ou deux, puis on l’éponge fortement et on l’essuie avec un linge propre. En circonscrivant un lambeau de périoste par trois incisions, il sera facile de le détacher de l’os avec le manche d’un scalpel ou bien avec une nigine. On fera attention dans cette préparation aux filaments qui unissent cette membrane à l’os, et qui sont pour la plupart autant de petits vaisseaux qui vont pénétrer dans la substance
osseuse, ce dont il est.facile de s’assurer, si l’on exécute la préparation sur un sujet bien injecté.
En disséquant un lambeau de périoste du corps de l’os vers une de ses extrémités articulaires, enverra, en y procédant avec patience, que le périoste quitte l’os là où la capsule synoviale vient se réfléchir sur le cartilage, et qu’il se jette lui-même sur la capsule pour se continuer sans interruption sur l’os voisin.
L’os long sur lequel le périoste est plus facile à étudier , c’est le tibia , surtout vers sa face interne ; pour les os larges on choisira l’omoplate, l’os des lies ou bien le crâne.
3». Membrane médullaire. La cavité médullaire des os longs est tapissée par une membrane trèsdélicate , lisse, transparente, appelée membrane médullaire ou périoste interne. Cette membrane forme des espèces de vésicules, très-semblables aux vésicules graisseuses et dans lesquelles est renfermée la moelle qu’elle sécrète. La membrane médullaire se prolonge jusque dans le tissu réticulaire des os longs , dont elle tapisse les aréoles ; ces dernières sont par conséquent également abreuvées de suc médullaire ; une disposition analogue existe dans la substance réticulaire des os courts et des os plats. La membrane médullaire est très-vasculeuse; elle reçoit son sang de l’artère nourricière de l’os, qui s’y ramifie en grande partie.
Préparation. L’étude de la membrane médullaire et de la moelle qui y est renfermée, se fera sur des os frais , sur lesquels on pratique diverses coupes longitudinales et transversales. Cette membrane devient plus visible quand on fait séjourner une portion d’os pendant quelques instants dans de l’eau bouillante ou qu’on l’approche du feu , ou bien encore quand on la soumet à l’action d’un acide étendu. C’est surtout dans le corps des os longs que l’on aperçoit les vésicules de la membrane médullaire.
4». Vaisseaux et Nerfs des os. Les os reçoivent un assez grand nombre de vaisseaux sanguins; les artères proviennent de celles qui se ramifient sur le périoste et sur la membrane médullaire; mais surtout des premières. C’est donc à tort qu’on donne exclusivement le nom de nourricière à l’artère qui se ramifie dans l’intérieur de l’os ; celle-ci est surtout destinée à sécréter la moelle, et, comme nous venons de le dire , il n’y a que très-peu de ses rameaux qui entrent dans la substance osseuse. Les artérioles , une fois arrivées dans la substance compacte de l’os, suivent assez exactement la direction des fibres qui le composent.
Les veines des os sont très-nombreuses et trèsvolumineuses; elles rampent dans des canaux particuliers, pratiqués dans l’épaisseur même des os, et elles en sortent ordinairement par cette multitude de petits trous innominés qu’on remarque sur différents points de leur étendue. Dans les os de la tête, les veines ont une forme arborescente; on les voit quelquefois traverser les sutures pour passer d’un os à un autre. Dans les corps des vertèbres elles forment une petite arcade à convexité antérieure, et dont les extrémités correspondent aux petits trous que l’on remarque à la face postérieure du corps de l’os ; de la convexité de cette arcade partent en rayonnant plusieurs branches , qui se portent vers la partie antél'ieure de la vertèbre. D’après les recherches ré-
centes faites à ce sujet , il semblerait qu’un grand nombre de cellules de la substance spongieuse des os serait en communication directe avec ces veines.
C’est en vain que par les moyens qui nous sont connus jusqu’à présent l’on rechercherait des vaisseaux lymphatiques dans les os ; ces vaisseaux y sont apparemment et trop ténus et trop garnis de valvules, pour qu’on puisse les y découvrir. Mais on obtient quelquefois par l’effet du hasard ce que l’on n’a pas pu trouver par les recherches les plus assitlues; car il est arrivé plusieurs fois qu’en injectant des vaisseaux lymphatiques , les valvules de ceux qui sortent des os se sont laissé forcer; c’est ainsi queCRUiit.siiANE.et SœMMERRiNG les ont vus remplis de mercure.
On n’a jamais pu suivre des nerfs dans l’intérieur des os ; aussi , s’ils en possèdent , comme les phénomènes morbides de ces organes ne permettent pas d’en douter, ne sont-ce que des rameaux extrêmement fins , qui y pénètrent en entourant de leurs plexus les vaisseaux nourriciers.
Préparation. On examine les artères des os sur un sujet parfaitement injecté. Si l’on veut faire une injection spéciale des os d’un seul membre , on fait bien d’envelopper celui-ci dans toute sa longueur de tours de bandes assez serrées pour refouler l’injection vers les parties profondes, sans cependant en intercepter le cours; l’injection se fait alors par l’artère principale du membre. Quoi qu’il en soit , on recherche l’artère nourricière de l’os , et pour cela on choisit un de ceux dont l’artère présente un volume considérable, par exemple le tibia , le fémur ou l’os des des. L’artère étant trouvée, on débarrasse l’o s de toutes les parties molles qui l’entourent, à l’exception du périoste , qui doit rester intact. On pratique sur les os longs une section longitudinale , en ayant soin de laisser renfermée l’artère nourricière dans une des moitiés de l’os , puis on lave la préparation et l’on tâche d’enlever peu à peu la moelle au moyen d’une petite brosse servant à peindre à l’huile. Une macération peu prolongée dans une eau légèrement alcaline , permet ordinairement d’enlever le reste de la moelle, surtout si l’on fait dans la substance spongieuse des injections alcalines au moyen d’une petite seringue. Tant que les os sont encore humides et qu’ils conservent par là un peu de transparence , les vaisseaux qui rampent dans leur substance sont assez visibles; mais on ne les distingue plus que difficilement , dès que les os sont secs et qu’ils ont pris de la blancheur. Il faut, pour remédier à cet inconvénient, les plonger dans de l’acide hydrochlorique très-étendu , afin de rendre les os transparents par la dissolution du phosphate calcaire. Nous reviendrons sur cet objet en parlant de la manière de faire des préparations de cabinet. Pour bien connaître le trajet de l’artère nourricière des os, il est utile de pratiquer sur les os longs injectés des coupes transversales; ou bien on ouvre avec le ciseau le canal que parcourt l’artère nourricière, ce qui peut très-bien se faire sur des os secs.
Pour découvrir les artères des os larges et courts, il faut suivre l’artère nourricière dans leur intérieur, en enlevant Tune des tables de l’os avec le ciseau ou bien avec la râpe.
Les veines des os et les canaux veineux qui les renferment ne peuvent bien être vus que sur des os de vieillards. On se sert à cet effet d’os frais , pris sur
un cadavre dont les veines ont été injectées par les procédés ordinaires, ou même simplement d’os gorgés de sang que l’on a fait coaguler par une immersion dans l’acide hydrochlorique pendant vingtquatre heures ; quelquefois on prend des os secs. Si l’on a un cadavre injecté, on découvre les veines des os du crâne , en disséquant d’abord celles qui rampent dans le péricrâne , et en recherchant spécialement les veines émissaires qui traversent les trous pariétaux, condyloidiens postérieurs et mastoïdiens; on suit ces veines dans l’intérieur des os , en enlevant la table externe avec le ciseau ou la râpe. Sur les os secs on commence de suite à enlever la table externe du crâne avec une râpe, après avoir fixé la tête dans un étau. Dès que l’on est arrivé au diploë, on ne tarde pas à voir cette substance spongieuse parcourue par des canaux larges d’une ligne environ, irréguliers, criblés de trous, se confondant par leurs extrémités avec les cellules de la substance diploïque. Quand on a trouvé un de ces canaux, on en suit la direction , que l’on peut ordinairement connaître d’avance, en y introduisant une soie de porc ; de cette manière on dépouille peu à peu le crâne de la table externe. On peut quelquefois apercevoir des veines dans l’intérieur des os du crâne , en plaçant une calotte fraîche et translucide entre l’œil et le jour, mais il faut que la dure-mère et le péricrâne soient enlevés ; on reconnaît alors facilement les veines à leur volume et à leur disposition arborisée. Comme on reconnaît par là d’avance leur direction, qui n’a d’ailleurs rien de constant, il est facile de les mettre à découvert.
Pour mettre en évidence les veines des vertèbres, quelques anatomistes conseillent de diviser ces os sur la ligne médiane ; mais nous préférons le procédé que suivent d’autres anatomistes , et qui consiste, soit à diviser les vertèbres par une section horizontale au niveau des trous les plus volumineux que l’on remarque à la partie postérieure du corps <le ces os, soit à enlever peu à peu avec la râpe des couches horizontales du corps des vertèbres, jusqu’à ce qu’on soit parvenu à un des canaux qui les parcourent , et à suivre ensuite ce canal, soit avec la râpe, soit avec le ciseau.
Les canaux veineux du sacrum , de l’os des îles , du sternum seront recherchés par des procédés analogues; eeux des os longs seront préparés de la même manière, mais ils sont très -petits, et leur préparation est difficile à cause de la dureté des os.
5°. Cartilagks. Les cartilages sont des organes blancs, nacrés, demi-transparents, très-élastiques; après les os ce sont les parties les plus dures du corps. On en connaît de plusieurs espèces : les uns recouvrent les surfaces articulaires mobiles ; on les appelle cartilages diarthrodiaiix. Ce sont des lames larges et minees, dont la surface libre est extrêmement lisse pour rendre les mouvements plus faciles ; ils se composent de fibres perpendiculaires à la surface de l’os sur lequel ils sont placés ; cette apparence fibreuse s’évanouit toutefois sous le microscope : là le tissu cartilagineux apparaît composé par une foule de globules disposés sans régularité ; l’aspect fibreux , visible à l’œil nu , n’est donc dû qu’à un assemblage en faisceaux de ce tissu globuleux irrégulier. Ces cartilages ne sont recouverts que par la membrane synoviale, le périoste n’arrivant pas jusqu’à l’extrémité articulaire des os.
D’autres cartilages, par exemple ceux des côtes, sont très-allongés, leur structure est plutôt lamelleuse que fibreuse; ces lames sont ovalaires, comme l’est l’aire de la coupe transversale des cartilages ; la longueur de ces derniers résulte de la série de ces plaques empilées les unes sur les autres. Les cartilages costaux sont entourés d’une membrane fibreuse, appelée /térfcAowdre, et qui est immédiatement continuée du périoste. Les cartilages du nez, ceux du larynx , etc. , ont une structure analogue à celle des cartilages costaux; mais nous n’avons pas à nous en occuper iei. Enfin , on remarque des lames cartilagineuses très-minces entre les os qui sont articulés d’une manière immobile , par exemple ceux du crâne ; on les a nommées cartilages synarthrodiaux •• ces cartilages tiennent fortement aux deux os entre lesquels ils sont placés, et ils concourent par conséquent à les fixer d’une manière solide.
Chez les adultes les cartilages ont peu de vaisseaux , au moins les injections s’arrêtent-elles ordinairement à leur surface sans pénétrer dans lenr intérieur ; j’ai toutefois réussi à injecter les cartilages costaux. L’analyse chimique y démontre de l’albumine , de l’eau et un peu de phosphate de chaux.
Préparation. On étudie la forme et les différents degrés d’épaisseur des cartilages diarthrodiaux, en pratiquant diverses coupes sur les extrémités osseuses qu’ils recouvrent. On s’assure de leur structure fibreuse en sciant longitudinalement un bout d’os , recouvert de son cartilage, jusqu’à près de son extrémité , et en achevant ensuite la division de l’os en faisant sur les deux fragments des tractions en sens opposé , de manière à ce que le cartilage soit déchiré, les fibres sont très-apparentes à l’endroit de la division. La section de l’os lui-même ne pourra être facilement achevée dans un étau ; on y parvient plus aisément en fixant une scie à arbre entre le mur et la poitrine, les dents de la scie étant dirigées en haut , et en faisant ensuite agir l’os sur la scie ; mais il n’est pas inutile peut-être d’ajouter qu’il faut user de précaution pour ne pas se blesser les mains.
La structure fibreuse des cartilages peut encore être démontrée en les traitant par un acide affaibli ou en les soumettant pendant six mois à la macération. Il y a des cartilages qui prennent par ces procédés un aspect plutôt lamelleux que fibreux , par exemple ceux des côtes , qui se divisent en plaques ovales , séparées par des lignes circulaires ou spirales. On hâte et on rend plus apparente cette séparation en fibres ou en lames , si l’on fait dessécher un cartilage qui a été longtemps soumis à la macération.
La disposition des cartilages synarthrodiaux sera étudiée sur les os du crâne , par exemple dans la suture écailleuse du temporal , sur laquelle on fait une coupe en profil, ou que l’on tâche de disjoindre de vive force après l’avoir soumise pendant quelque temps à la macération.
6". Fibro-cartilagf.s. Les fibro-cartilages, ont, comme leur nom l’indique , une structure fibreuse ; les fibres qui les composent, examinées au microscope , sont les unes parallèles entre elles , lisses , semblables à celles des ligaments , les autres entortillées, rugueuses à l’e.xtérieur, peut-être composées de globules. Les fibro-cartilages sont blancs , trèsdenses , très-tenaces , très-élastiques. Il y en a qui
sont libres par leurs deux faees , tels que ceux que l’on trouve dans plusieurs articulations; les plus forts sont les cartilages semi-lunaires , placés dans l’articulation féinorotibiale , dont ils servent à faciliter et h assurer les mouvements. D’autres fibrocartilages sont adhérents par leurs deux faces , par exemple entre les corps des vertèbres ( les cartilages intervertébraux ) , où ils font l’office de ligaments. Ces derniers .sont remarquables en ce qu’ils sont beauoup plus denses vers leur circonférence que vers leur centre. Les fibro-cartilages reçoivent peu de vaisseaux.
Préparation. La structure de ces corps peut être étudiée par différentes coupes que l’on y pratique ; on parvient à séparer leurs fibres en les soumettant très- longtemps à la macération. Pour étudier les fibro-cartilages interarticulaires , on choisira ceux qui se trouvent entre le fémur et le tibia. Les fibrocartilages intervertébraux seront de préférence étudiés dans la région dorsale ou lombaire; à cet effet on sépare deux vertèbres en coupant dans la substance fibreuse qui les unit ; en examinant la surface des seetions , on observera la disposition circulaire des fibres, ainsi que le peu de consistance de cette substance vers le centre.
7«. Articulations. On appelle ainsi la jonction de deux ou de plusieurs os qui se touchent dans une portion de leur étendue. Eu égard à la mobilité ou à l’immobilité des os , on divise les articulations de la manière suivante ;
A. Diarthrose ; l’articulation est mobile ; les extrémités osseuses sont recouvertes de cartilages lisses. 1“ Diarthrose orhiculaire ou vague : les mouvements s’exécutent dans tous les sens; 1) (énarthrose : une éminence arrondie est reçue dans une cavité; 2) arlhrodie on diarthrose planiforme : les surfaces de contact sont beaucoup plus planes. 2® Diarthrose alternative ou ginglyme : les mouvements n’ont plus lieu qu’en deux sens ; 1 ) ginglyme angulaire : les os forment un angle entre eux en se mouvant; 2) ginglyme latéral : les os placés l’un à côté de l’autre, exécutent l’un sur l'autre des mouvements de rotation suivant leur axe.
B. Amphiartltrose , diarthrose de continuité , ou articulation mixte ; les os sont réunis par une substance fibro-eartilagineuse interposée , dont la souplesse et l’élasticité leur permettent d’exécuter quelques mouvements, peu étendus, il est vrai.
C. Synarthrose : les os sont unis de manière à ne pouvoir exécuter aucun mouvement. 1° Harmonie : les os se touchent par des bords droits et lisses. 2« Suture ; les os s’engrènent réciproquement par des dentelures que présentent leurs bords correspondants ; 1 ) suture profonde : les dentelures sont trèsallongées; 2) suture écailleuse : les dentelures sont plus petites , et les os, coupés en biseau aux dépens de leurs faces opposées, se touchent par ces biseaux. 3» Gomphose .• un os est reçu dans un trou , comme le serait une cheville.
Préparation. Il suffit pour l’étude des surfaces articulaires d’inciser les parties molles qui les retiennent; cette étude peut d’ailleurs se faire sans préparation préalable, sur des os secs. L’articulation du fémur avec la cavité cotyloïde donnera un exemple d’une énarthrose; celle des os du tarse entre eux se
fait par arthrodie; l’humérus s’articule par ginglyme angulaire avec le cubitus ; ce dernier os s’articule par ginglyme latéral avec le radius. Les corps des vertèbres sont articulés par amphiarthrose . On trouve une synarthrose par harmonie entre les deux os propres du nez; les os pariétaux s’unissent entre eux par suture profonde, et avec la portion écailleuse des temporaux , par suture écailleuse; enfin, l’implantation des dents dans leurs alvéoles nous donne un exemple à' articulation par gom]}hoso.
8». Appareils synoviaux. Les capsules synoviales articulaires sont des poches membraneuses , minces, molles, demi-transparentes , semblables aux membranes séreuses et placées entre les surfaces articulaires des os , auxquelles elles adhèrent d’une manière extrêmement intime. Les cartilages ne sont donc pas à nu dans l’intérieur des articulations , comme on pourrait le croire ; mais ils sont recouverts par la synoviale, poche sans ouverture, qui, après avoir tapissé le cartilage supérieur , se replie en bas , pour tapisser de même le cartilage inférieur.
Vers leur intérieur les capsules synoviales forment des prolongements rougeâtres, frangés, graisseux, connus sous le nom de glandes ou de franges synoviales, ou d'appareils synoviaux, auxquels ou avait à tort attribué une structure glanduleuse.
Les capsules synoviales, et surtout les franges, reçoivent des vaisseaux sanguins qui y sécrètent la synovie, humeur glaireuse qui sert à lubrifier les surfaces articulaires età en faciliter les mouvements.
Préparation. On choisira pour cet objet une grande articulation , par exemple la fémoro-tibiale. Si l’on veut entièrement isoler la capsule, on enlève tous les ligaments qui entourent l’artieulation, ayant soin de ne pas blesser la synoviale extrêmement mince qu’ils recouvrent. Comme cependant cette préparation est difficile , on préfère ordinairement n’étudier cette capsule que sur un seul point; pour cela on dissèque de haut en bas le triceps crural, et on ne tarde pas à rencontrer entre lui et l’os une grande poche membraneuse , qui est la capsule que l’on cherche.
Pour s’assurer que les membranes synoviales tapissent les cartilages , on enlève obliquement une couche d’un de ces derniers , et on la renverse ensuite de manière à la rompre à sa base; on verra alors que les deux fragments tiennent encore par la synoviale, qui, étant plus souple , reste intacte. Les injections prouvent encore cette proposition ; car la •synoviale devient parfaitement rouge à l’endroit où elle se jette sur le cartilage, tandis que le cartilage sous-jacent reste blanc.
9». Ligaments. Les ligaments sont des organes blancs, nacrés, flexibles, très-tenaces; ils forment des cordons plus ou moins aplatis, ou des bandes, qui s’étendent d’un os à l’autre , en passant par-dessus la capsule synoviale , et servant ainsi à lier solidement les diverses parties du squelette, à permettre certains mouvements et à en empêeher d’autres. Les ligaments ont une texture essentiellement fibreuse; leurs fibres sont très-déliées, parallèles ou entrecroisées. Des vaisseaux sanguins en petit nombre viennent s’y ramifier. Leurs principales parties constituantes sont l’albumine et la gélatine.
lü NOUVEAU MANUEL DE L’ANATOMISTE.
Il y a des ligaments qui ont des caractères tout s’ouvre à l’extrémité des racines, et par où entrent opposés à ceux des ligaments ordinaires, ce sont les les vaisseaux et les nerfs. La substance de la dent est Ugamentu élastiques ou ligaments jaunes. Comme jaunâtre, très-dureetd’unaspectcorné'sastrucleur nom l’indique, ils sont jaunes; examinés à l’œil ture paraît être lamelleu.se ou celluleuse. La connu, ils sont composés de faisceaux de fibres en ronne est recouverte par l’etwatï, qui est d’un blanc apparence parallèles , mais en réalité entrecroisées laiteux , translucide et extrêmement dur. Selon comme le serait une natte. Cette disposition entre- quelques anatomistes, cet émail se compose de fibres croisée devient encore beaucoup plus évidente par perpendiculaires à la surface de l’os- suivant d’aul’examen microscopique qui fait reconnaître que les très, il est celluleux comme la substance même de fibres élémentaires qui composent le tissu jaune, sont la dent. Ces organes ne sont pas recouverts de pécontournées de mille et mille manières, enchevêtrées rioste. ^
les unes dans les autres, comme l’est le crin dans La substance osseuse de la dent se compose, d’après nos matelas. Ce n’est peut-être qu’à raison de cette Berzf.lius, de gélatine et de substance animale indisposition toute physique que ces ligaments sont si soluble 28,00 ; phosphate de chaux 62 00- fluate de éminemment élastiques. Leur usage est de soutenir chaux 2,25 ; carbonate de chaux 5,30 ; phosphate de sans effort certaines parties mobiles , que leur élas- magnésie 1,05; soude et muriate de soude 1 40. ticité ramène constamment dans la situation natu- L’émail, d’après le même chimiste, ne contient pas relie, dont elles ont été distraites par les puissances de gélatine; il y a trouvé : phosphatede chaux 85 2musculaires. En employant le langage figuré, on fluate de chaux, 3,3; carbonate de chaux , 8,0;’ phospourrait appeler ces ligaments des muscles passifs, phate de magnésie, 1,5; soude, eau et matière animale insoluble , 2,0.
Préparation. On isole les ligaments en enlevant
tous les muscles et tendons qui recouvrent les articu- Préparation. Pour bien voir le canal dans l’intélations : on distingue les tendons des ligaments , en rieur des dents , on pratique sur les différentes espèce que les premiers sont la continuation d’un mus- ces une coupe longitudinale et des coupes transvercle , tandis que les ligaments tiennent à des os par sales à diverses hauteurs. Ces préparations exigent leurs deux extrémités. Ces organes n’ont pas besoin des précautions particulières, à cause de la petitesse, d’être soumis à une préparation spéciale pour que de la dureté et de la fragilité de ces parties. Ainsi leur structure fibreuse devienne évidente; nous nous on les enveloppe d’une lame de plomb ou d’une bornerons donc à dire que par la macération leurs feuille de carton avant de les serrer dans un étau, et fibres se séparent les unes des autres. En compa- leur section se fait avec une petite scie dont la lame rant, .sur un sujet parfaitement injecté, les liga- est construite avec un ressort de montre. Comme la ments aux autres parties du corps, on s’assure du coupe longitudinale des dents n’en ouvre pas toupeu de vaisseaux qui s’y rendent. Desséchés , les jours la cavité dans toute sa longeur, on est souvent ligaments deviennent durs , jaunâtres et transluci- obligé de la découvrir au moyen d’une lime avec des ; leur aspect fibreux se perd , mais ils acquièrent laquelle on pourra encore exécuter sur les dents de nouveau leurs propriétés si on les met tremper d’autres préparations qu’il est superflu d’indiquer dans l’eau. ici. En soumettant une dent à l’action de l’acide sul-
Les ligaments élastiques se voient entre autres furique affaibli , elle éclate ordinairement dans son dans le canal rachidien , entre les branches des apo- milieu , en sorte que la cavité de la dent devient bien physes épineuses, qu’il faut par conséquent séparer visible, et il n’est pas difficile alors d’isoler les filets du corps des vertèbres. nerveux et vasculaires qui y pénètrent, surtout si
la dent a été prise sur un sujet bien injecté. On con-
1 0°. Dents. Les dents sont des organes que l’on çoit que celte dissection fine doit se faire avec un inavait toujours rangés parmi les os, mais que les ana- struinent très-acéré, une aiguille, par exemple, tomistes modernes préfèrent de rapprocher des Pour démontrer les fibres de l’émail des dents, ongles et des poils. Nous suivrons l’ordre ancien- on en expose la couronne à la flamme d’une bougie ; iiement adopté, parce que l’étude des dents déjà par là l’émail se fendille, devient comme soyeux, et formées , se fait ordinairement avec celle des os. se sépare en partie de la substance osseuse , tout en Nous parlons de leur développement dans l’Embryo- conservant sa blancheur , tandis que la substance tomie. On distingue aux dents trois parties : la m- osseu.se noircit et se charbonne. cine , \e collet et \a couroti7ie. C’est par leur racine Les anatomistes qui admettent dans les dents une qu’elles sont implantées dans les os maxillaires su- texture celluleuse, les soumettent à l’action del’apérieurs et inférieurs; le collet est la partie entou- eide nitrique ou hydrochlorique affaibli , et examirée par la gencive; la couronne proémine dans la nent ensuite la pièce sous le microscope, bouche. Toute la dent est parcourue par un canal qui