ANATOMIE GÉNÉRALE DES VAISSEAUX LYMPHATIQUES
Les lymphatiques sont des vaisseaux veineux, organes de l’absorption naissant de toutes les parties du corps et se terminant dans les veines sanguines, dans lesquelles ils versent les substances absorbées. On voit donc que les lymphathiques sont des appendices du système veineux , dont ils diffèrent par leur origine non continuée des artères et par leur contenu , qui est de la lymphe ou du chyle au lieu d’être du sang. 11 en résulte que ce que l’on a appelé radicules absorbantes des veines sanguines, doit être considéré commodes vaisseaux lymphatiques, dont elles ont tous ISs caractères , tandis que le caractère distinctif des veines leur manque. Car ce n’est pas le plus ou le moins de longueur du vaisseau qui peut le faire ranger dans telle classe ou dans telle autre.
Les lymphatiques sont formés de deux tuniques; l’externe fibreuse , ressemble à celle des veines ; mais elle est beaucoup plus mince ; l’interne est de nature séreuse , très-déliée , formant , comme celle des veines, des replis valvulaires paraboliques extrêmement nombreux , et qui donnent aux lymphatiques l’aspect noueux qu’on leur connaît. Ces valvules sont très-rapprochées dans les lymphatiques des tuniques intestinales; elles le sont moins dans ceux du mésentère et dans ceux des membres supérieui’s ; moins encore dans ceux des extrémités inférieures. Les lymphatiques du poumon, du foie, de l’utérus, etc., sont dépourvus de valvules, ou bien celles qu’on y trouve ne sont pas assez complètes pour empêcher le reflux des liquides. On trouve constamment des valvules aux points où des lymphatiques se terminent dans les veines sanguines.
Malgré la ténuité des lymphatiques, leurs parois sont cependant beaucoup plus résistantes que celles des vaisseaux sanguins du même calibre. Ces tuniques sont en outre très-élastiques et très-irritables ; celte dernière propriété subsiste même quelque temps après la mort.
A l’exception des villosités intestinales, où les lymphatiques naissent par des radicules, FoiiMANNa fait voir que partout ailleurs (2) ces vaisseaux forment à
(1) W. CnviKsiiAKR , The anatomy of the absorbent veêsels , Londres » 1786 » in-4® . , avec fig.
P. Mascagiu , Vasorum hjmphaticorHm corp. hum. historia et ichnographia. Sienne » 1787 , in-fol., avec 6g.
V. Fcbmanr t Anaiomische Untersuchungen ûber die T’erbindung der Saugadern mit den Venen. Heidelberg » 1821 , în-12.
• — Ej. Mémoires sur les communications des vaisseaux lymphatiques avec les veines > et sur les vaisseaux absorbants du placenta et du cordon ombilical, Liège • 1832^ in-4''.> avec 6g. — Eg. Mémoires sur les vaisseaux lymphatiques de la peau, des membranes muqueuses , séreuses , du tissu nerveux et musculaire. Liège , 18i3 , in-4o.» avec üg.
Tous les ouvrages cités contiennent aussi des notions sur l’anatomie générale des lymphatiques ; j*ai troité du même objet dans mon Essai sur les vaisseaux lymphatiques. Straebourg> 1824, in-4o.
(2) On n*a pas encore trouvé de lymphatiques dans la substance du cerveau et do la moelle épinière , ni dans le globe
leurs premières origines des plexus très-serrés, dépourvus de valvules, et dont partent les petits troncs valvuleux. C’est surtout à la peau , aux membranes muqueuses et aux membranes séreuses que l’on voit naître une prodigieuse quantité de ces vaisseaux. Longtemps on avait admis, sur la foi de plusieurs autorités d’ailleurs respectables , que les origines des lymphatiques étaient garnies d’orifices organiques; mais des recherches qui ont été faites depuis n’ont pas été favorables à cette opinion, etnous-meme, dans lesnombreuses observationsmicroscopiques que nous avons tentées à ce sujet , nous n’avons jamais réussi à apercevoir ces orifices, qui devaient être si distincts au dire de ceux qui veulent les avoir observés. Le passage des substances absorbées dans les lymphatiques se fait donc à travers leurs parois, par le moyen clés pores inorganiques dont toute matière est criblée.
Les lymphatiques des intestins , que l’on désigne sous le nom de vaisseaux lactés ou chylifères , naissent dans la cavité intestinale sur les villosités que l’on y remarque. Les vaisseaux lactés charientlcc/ii//e, tandis que les lymphatiques du reste du corps contiennent la .• mais Une faut pas considérer les lac-
tés comme un système à part; car ils ont une structure semblable à celle des autres lymphatiques, avec lesquels ils se confondent d’ailleurs par de nombreuses anastomoses.
Les lymphatiques forment deux plans, comme les veines sanguines ; le plan profond accompagne les artères , le plan superficiel est sous-cutané dans les membres, et dans les viscères il est immédiatement placé sous l’enveloppe séreuse. Les lymphatiques ne se réunissent pas en troncs aussi volumineux que les vaisseaux sanguins , mais ils sont beaucoup plus nombreux qu’eux. C’est ainsi qu’on en trouve une trentaine dans le seul plan superficiel de la partie supérieure de la cuisse , et quinze à seize à la partie supérieure du bras. Dans le tissu meme des organes ils forment un réseau anastomotique extrêmement riche, au point que quelques anatomistes ont été portés à penser que tout le corps n’était composé que de ces vaisseaux. A mesure que les lymphatiques avancent dans leur trajet, ils continuent à former des réseaux à mailles de plus en plus lâches , et ils prennent alors une direction plus ou moins rectiligne.
Lorsque les vaisseaux lymphatiques des membres sont arrivés dans le pli des grandes articulations, et que ceux des cavités splanchniques ont quitté les viscères dont ils naissent , ils se divisent subitement,
deHœil; cependant Mascacri et Foiiwawr en ont trouvé sur les enveloppes cérébrales. On pense assez généralement quMl n*y a pas de lymphatiques dans le placenta et le cordon ombilical; maïs Fohmahk a découvert une disposition particulière qui lui fait admettre dans ces parties une grande quontité de lymphatiques.
à la manière des artères , en rameaux d’une ténuité extrême, eommuniquant les uns avec les autres, et qui se réunissent ensuite de nouveau , à la manière des veines , en un ou plusieurs troncs. Tous ces vaisseaux sont unis entre eux par du tissu cellulaire fin et serré , dans les aréoles duquel s’est déposée une humeur albumineuse, de manière à former un peloton représentant un corps assez résistant pour avoir reçu le nom de glande ou de ganglion lymphatique ou glande conglohée. On voit que cette distribution des lymphatiques , pour former les glandes , est en petit ce qu’est celle de la veine porte en grand , pour la formation du foie. On remarque dans l’intérieur de ces glandes des cellules qui ne sont autre chose que des dilatations partielles des lymphatiques qui s’y distribuent. Les glandes lymphatiques sont ordinairement oblongées et un peu aplaties ; leur grandeur varie depuis celle d’une lentille jusqu’à celle d’une grosse fève ou d’une noisette. La couleur des glandes lymphatiques est en général rosée, celles de la rate sont brunes, celles des poumons, noirâtres. Elles sont entourées d’une membrane d’apparence fibreuse , mais qui n’est qu’un lacis de vaisseaux sanguins , uni par du tissu cellulaire.
On trouve dans l’excavation pelvienne et dans l’écartement postérieur du médiastin des glandes lymphatiques particulières , où les vaisseaux sont unis par un tissu cellulaire très-lâche , au lieu d’être serrés les uns contre les autres par du tissu cellulaire dense; en sorte que ces glandes ne sont qu’un véritable plexus, mais dans lequel les vaisseaux affectent la même disposition que dans les autres glandes.
Les vaisseaux lymphatiques qui entrent dans les glandes sont appelés vaisseaux inférents ; ceux qui en sortent sont appelés vaisseaux efférents. En général, les derniers sont plus gros et moins nombreux que les vaisseaux entrants.
Les vaisseaux lymphatiques se terminent dans les veines sanguines. Cette terminaison a lieu dans différents points : 1® dans l’intérieur des glandes lymphatiques , en sorte que les vaisseaux efférents des glandes sont les uns lymphatiques et les autres veineux (1) ; 2® dans l’angle d’union de la veine jugulaire interne avec la veine sous-clavière. C’est dans ce point que finissent les principaux troncs du système lymphatique , les autres terminaisons que nous venons de signaler ne se faisant que par des vaisseaux capillaires (2).
(1) Si l'on injecte du mercure dans un vaisseau infe'rent , ce métal sort de la glande , soit par des lymphatiques efférents , soit par des veines. Ce passage du mercure dans les veines n’a certainement pas lieu à la suite de la déchirure d'un lymphatique; ear le métal tiendrait plutôt à s'infiltrer dans le tissu cellulaire, qu'à déchirer une veine et à s'y insinuer ; d'ailleurs on voit à l'œil nu , les communications se faire dans les glandes peu serrées , et surtout dans les phexus lympathiques des oiseaux. Enfin, l’on trouve quelquefois dans les chiens des glandes qui n'ont pas de vaisseaux lymphatiques efférents et dont il ne sort que des veines ; ce n'est donc que par elles seules que la lymphe peut être emportée.
(2) Lippi , qui vient de recevoir le prix de physiologie décerné par l’Académie des sciences, pour avoir écrit un ouvrage qui n'est que la répétition d’une partie de ce qui a été publié sur les communications des lymphatiques avec les veines , par FoiniiBJ , en 1821 , et par mol . en 1824 , a pris pour des t7-oncs lymphatiques les veines remplies de mercure qui sortent des glandes; il a en conséquence admis que le svstèmc veineux reçoit des vaisseaux lymphatiques considérables ailleurs qu'aux points d’insertion du canal thoracique et de la grande veine lymphatique droite; mais l'assertion de Lippi re-
Préparation. On étudie la structure des vaisseaux lymphatiques sur un canal thoracique , que l’on recherche entre l’aorte et la veine azygos ; on emporte ce conduit avec un bout de la veine sous-clavière dans laquelle il s’ouvre ; et, après avoir fendu cette veine en long, on examine le point d’insertion du canal et les valvules qui en ferment l’entrée. La séparation des tuniques du canal thoracique se fait soit par une dissection délicate, soit en retournant une portion de ce canal de manière à ce que la tunique interne devienne extérieure, et en forçant ensuite dans le vaisseau un cylindre dont le diamètre surpasse celui du canal : la tunique interne, moins extensible que l’externe, se rompt alors et laisse celle-ci à découvert.
Les valvules des lymphatiques se distinguent déjà à l’extérieur dans les vaisseaux injectés. Pour bien en voir la disposition, il faut choisir quelques gros vaisseaux lymphatiques, par exemple ceux qui rampent sur les vaisseaux iliaques , et les faire flotter dans l’eau après les avoir fendus en long. Le canal thoracique est moins propre à ce genre de recherches , parce qu’il ne renferme que très-peu de valvules.
Les glandes lymphatiques seront successivement étudiées , en y poursuivant les vaisseaux lymphatiques , ou en les coupant en travers. On examine ensuite des glandes injectées de mercure par leurs vaisseaux entrants, soit à l’état frais, soit après les avoir desséchées et divisées avec un instrument trèstranchant. D’autres glandes , enfin , seront injectées avec de la colle de poisson colorée, ou avec du lait que l’on fait coaguler par un acide ou par l’alcool concentré. On tâche ensuite d’analy.ser la glande, en écartant peu à peu les vaisseaux entortillés , au moyen d’une aiguille ou d’un scalpel très-fin. Cette analyse, extrêmement pénible, se trouve déjà faite si l’on examine les glandes particulières qui se trouvent dans l’écartement postérieur du médiastin et dans l’excavation pelvienne , près des vaisseaux iliaques, et que l’on ne peut ordinairement trouver qu’âprès les avoir injectées : là , les divisions des lymphatiques ne sont pas unies d’une manière assez serrée pour former un corps dur; le tissu cellulaire interposé est lâche et soyeux, en sorte que, si ce plexus est bien injecté de mercure , il est facile de le débrouiller en entier. C’est dans ces mêmes plexus que l’on peut suivre à l’oeil le passage du mercure des rameaux lymphatiques dans les rameaux veineux, ce qui ne peut naturellement pas se faire si la communication a lieu dans l’intérieur d’une véritable glande.
L’origine des vaisseaux lymphatiques constitue une des recherches les plus délicates de l’anatomie. Leurs plexus d’origine ne peuvent être aperçus que par l’injection , comme nous l’indiquons dans la huitième section. Dans les villosités intestinales remplies de chyle, ce dernier, par son opacité, tient lieu d’injection , en sorte qu’on peut assez souvent examiner la manière dont les lactés naissent de ces villosités. C’est aussi sur ces dernières que l’on veut avoir aperçu des orifices que nous n’avons jamais pu distinguer. Haase ayant pu faire sortir des globules de mercure à travers la surface externe du derme ,
pose sur une erreur: car, à rcxception de ces deux pointe, les communications ne se font qu’entre des veines et des lymphatiques capillaires .
dont les lymphatiques avaient été injectés par voie rétrograde, croyait avoir démontré par là les orifices des lymphatiques à la peau; mais il paraît que cet anatomiste s’en est laissé imposer par des ruptures. Enfin , on parvient quelquefois à remplir les premières origines des lymphatiques d’air, de mercure ou d’ichthyocolle dissoute , que l’on pousse dans le tissu cellulaire. Quelques auteurs mal instruits prétendent que les lymphatiques se conti-
nuent des artères comme les veines; mais Je défie qui que ce soit de remplir un lymphatique par une injection poussée dans une artère, à moins qu’il ne se soit fait un épanchement dans le tissu cellulaire | et alors il n’y a pas d’anatomiste un peu exercé qui n’en ail observé la réplétion. Ces cas ne sont d’ailleurs qu’exceptionnels , tandis qu’on devrait les observer fréquemment, s’il y avait communication directe entre les lymphatiques et les artères.