NOTICE SUR L’ACARUS DE LA GALE CHEZ L'HOMME
Sans la nouvelle découverte de M. Renuci, faite en 1854 au traitement externe de l’hôpital Saint- Louis, l’acarus scabiei serait encore, aux yeux du plus grand nombre, un être purément imaginaire , et pour quelques-uns le sujet d’un doute philosophique.….….…
Les travaux des anciens me paraissent cependant avoir mis dans tout son jour l'existence de ce singulier parasite.
Entrevu. par Avenzoar ou Abinzoar , médecin arabe du XIT° siècle, qui en parle le premier et le désigne sous le nom de Soab, il est décrit en 1557 dans les œuvres de Scaliger, sous ceux de garapate, pedicello , scirro, brigand, etc., que différents peuples lui donnaient de son temps.
Nous voyons Ingrassias , Joubert , Gabucinus soupçonner son existence.
En 1596, Aldrovande nous décrit la manière dont il sillonne l’épiderme.
En 1654, Moufflet constate l’existence de l’acarus dans la gale, le désigne sous son nom allemand Seuren , et fait observer que c’est à côté de la vésicule, et non dans son intérieur , au milieu de la sérosité, que lon doit chercher ones
Plus tard, Hauptmann et Haffeurefler, médecins
allemands, nous en donnent: le premier, une mauvaise figure qui le représente avec six pattes et quatre crocs; le second, une description incomplète : on l’appelait de leur temps, acarus, ciron, pedicello , lebendige, seuren.
En 1682, Muller en donne une figure plus Correcte que ah d’Hauptmann. |
En 1687, le docteur Bonomo, ou Bononio, le décrit plus complétement, et joint.une figure assez correcte à sa description. sà
Morgagni crut aussi l’avoir retiré des vésicules de la gale; mais ce fut Linnée qui, le premier, le classa et en donna les caractères spécifiques ; il le rangea parmi es insectes, aptères, genre, açarus, l’appela d'abord, acarus. ai rie us puis acarus frabielé je ss
Plus Prd, ce ne Te u ionfeilit avec la mite de. la farine,..et refusa constamment de reconnaître son erreur ;.ce fut:Degeer qui la releva en nous donnant de l’acarus scabiei une description trèsexacte, ét en nous laissant de cet animalcule la figure la plus, correcte que nous, 41098 jusqu’à ces derniers temps, où je crée
Degeer regarde cd: comme la cause de la gale et lui assigne .Jes caractères suivants : Mite un peu arrondie, blanche, à pattes roussâtres, courtes, surtout les postérieures : ces quatre pattes postérieures
NOTICE SUR L’ACA RUS. sl
munies d’un long poil; les quatre tarses antérieurs en tuyau et terminés par un petit renflement en forme de vessie : têle en forme de museau court, cylindrique, arrondi au bout et garni de quelques poils; surface du corps comme raboteuse et parsemée de plusieurs poils.
Plus tard, Fabricius le plaça dansla classe des suceurs (antliata), et enfin Latreille créa pour lui un nouveau genre qu’il désigna sous le nom de sarcopte, et auquel il donne les caractères suivants: Corps aptire, sans distinction de tête ni d’anneaux; organes de la manducation formant un avancement antérieur ou un sugoir sans palpes apparents ; huit pattes courtes.
Malgré l'opinion de tant d’hommes célèbres, maloré ces nombreux témoignages appuyés sur des observations faites avec de bons instruments d’optique, sur d’excellentes descriptions et sur des dessins si parfaits (ceux de François Redi et Degeer ), que ,de nosjours, à peine quelques corrections ont dû y être apportées, on trouva cependant beaucoup d’incrédules : c’est avec étonnement que nous voyons figurer parmi eux l’immortel Lorry. D’autres naturalistes voulurent bien croire à l’existence de l’acarus; mais en le regardant comme un simple accident de la gale, et nullement comme sa cause.
Tel se trouvait l’état de la science sur le sujet qui nous occupe, lorsqu’en 1812, M. Galès, pharma-
cien à l'hôpital Saint-Louis, entreprit de nouvelles recherches. Plus de trois cents galeux soumis à ses expériences le mirent à même de prouver jusqu’à l’évidence l'existence de l’acarus chez le plus grand nombre d’entre eux; mais le dessin qu’il en donna dans sa thèse ayant paru ressembler à la mite du fromage, chacun crut à une gasconnade, et de nouveaux observateurs s’engagèrent sur le même terrain (1). Moins heureux que lui, la plupart conclurent de l’inutilité de leurs recherches, que l’insecte n’existait pas. M. Biett cependant, ébranlé par l'autorité des savants qui affirmaient l’avoir vu, conserva un doute philosophique et en appela à de nouvelles expériences ; et M. Raspail, après ayoir démontré.en 1829 que le mémoire de Galès était une pure mystification, ajoute qu’on doit bien se garder, d’en conclure que l’insecte
{ 1) Il est ohcIaEé. pour quiconque jugera sans prévention le travail de M. Galès sur l’acar us, que cet auteur a réellement trouvé et bien vu le sarcopte de la gale ; sa description en est une’ preuve : comment sé fait-il alors que le dessin qu’il y joint ait pu donner lieu, par son incorrection , à une si fâcheuse interprétation ? Peut-on admettre que, pressé par le temps, et moins favorisé au moment où il se décida à le faire peindre, il lui fut impossible de rencontrer l’animalcule, el qu’en désespoir de cause il se décida alors à lui substiluer l’insécte de la farine et du fr omage ? Quoi qu’ilen soit, celte remarque, qui peut être pour nous une explicalion ,,ne sera jamais pour personne un motif d’excuse,
signalé dans la gale par les 6bservatéurs les plus consciencieux, n’existe pas, et qué dans un autre climat, et peut-être dans une autre espèce de’ gale, il serait possible de le retrouver.
On voit par tout ce qui précède, que la question
était loin d’être tranchée lorsque M. Renucci se présenta à l’hôpital Saint-Louis.
ñ { Natif de Corse ; et exercé depuis plusieurs années à extraire l’acarus sur les galeux de son pays, ses premières tentatives: faites à la consultation de M. Alibert furent couronnées d’un plein succès. L’animalcule , amené sur la'pointé d’une épingle, ét mis sur l’ongle du pouce, le parcourut dans plusieurs sens ; Chacun put le’ voir à! l'œil nu ; il (paraissait blanc et globuleux. 0 4 10
Cette découverte se répandit rapidement ét piqua vivement la curiosité des naturalistes : chacun voulut s’assurer par lui-même de’cétte éxisténcé si Souvent contestée. On fit de houvélles recherches, et par suite de nouveaux acarus furent trouvés. Les principales expériences se firent dans les salles. de M Émery, dans le service duquel sont'adrhis la presque totalité des galeux de l'hôpital Saint-Louis” Ellés éurént lieu en présence dè M. Raspail, de plusieurs praticiens distingués, des médecins de Vhôpital, de la plupart des élèves internes et externes.
Plusieurs réunions d’observateurs 3e succédè-
rent, et'il fut prouvé que linsecte découvert par M. Renucci était bien le sarcopte de la gale décrit et dessiné par François Redi et Degeer, et que les plus incrédules devaient se rendre à Pévidence.
On ne tarda pas non plus à découvrir la cause des résultats si différents auxquels sont arrivés les natu ralistes qui nous ont précédé dans la recherche de Vacarus. C’est pour avoir oublié le conseil que nous donne Moufflet, de chercher lacarus à côté de la vésicule et non dans son intérieur, que la plupart d’entre eux n’ont obtenu aucun succès, et que d’autres n’ont dû qu’au hasard de lavoir quelquefois rencontré (1).
Les naturalistes modernes ne sont pas encore toutà-fait d’accord'sur la place que l’on doit assigner à Pacarus dans un cadre entomologique. M. Dugèsle place dans l’ordre des acariens (classe des arachnides), qui renferme la-ite du fromage et une foule de petits insectes qui vivent en parasites sur d’autres animaux. Caractères -distinctifs : tête soudée au tronc; huit ambulaloires.
(4) L’acarus se trouve à une distance variable de la vésicule , quelquefois tout près, et une’ petite élevure blanchâtre est alors le seul indice de sa présence, plus souvent dans un point assez éloigné et auquel on arrive par un léger sillon que ; l’insecte laisse après lui : est toujours à l'extrémité libre de ce sillon qu'il existe,
M. Raspail a rétabli le genre sarcopte de Latreille, et lui assigne les caractères suivants : Corps un peu arrondi, comme comprimé. sur ses deux faces, et imitant la tortue ; blanc, strié, hérissé sur le dos de papülles rigides ; huit pattes : Les qualre antérieures placées à côlé de la tête et comme palmées ; les quatre postérieures distantes; les quatre pattes antérieures au moins sont munies d’ambulacrum.
Notre insecte a été placé dans ce genre, sous le nom de sarcopte de l’homme ( sarcoptes hominis } La nature de cette Notice ne nous permet pas de donner tous les détails de son organisation ; du reste, ils varient un peu suivant chaque auteur. Le lecteur peut lire à cet égardles exellents articles de MM. Raspail et Dugès dans le Bulletin de Thérapeutique, tome VIT ; celui de M. Beaude, dans le Journal des Connaissances médicales, 15 septembre 1834, et surtout la brochure de M. Albin-Gras, où ces différents travaux se trouvent analysés.et joints à des considérations d’entomologie comparée et à une foule d’autres détails des plus intéressants.
Il paraît évident que l’acarus n’est Jamais le résultat d’une génération spontanée: il pond de petits œufs oblongs, blancs, transparents, et ayant, selon M. Dugès, le tiers de la longueur de l’animalcule.
Quant au rôle de l’acarus dans la gale, il ne reste plus guère de doute à son égard, après les expériences
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de M. Albin-Gras : cet élève. s’est ds la gale à plusieurs reprises, avec des acarus nn sur la peau des bras. * ds
Déjà le frère de M. Renucci nous avait affirmé avoir guéri un jeune enfant galeux en faisant enlever avéc soin, par une personne fort habile à prendrelacarus, tous ceux qui existaient sur le corps.
On se rappelle que MM. Lugol et Moronval ont vainement essayé d’inoculer la gale avec la sérosité contenue dans les vésicules. Je sais qu’il existe des cas assez nombreux où, malgré une éruption sCabieuse des mieux caractérisées, on n’a pu trouver un seul acarus ; mais si on réfléchit à l’extrême petitesse de l’insecte sur lequel on opère, à la nécessité de notions précises et à la grande habitude d'investigation qu’il faut avoir pour arriver à sà découverte, on sera porté à croire qu’il existait également dans ces cas, en apparence exceptionnels, et qu'il aura échappé aux regards de l'observateur.