OU SYSTÈME DE GALL
Gall borne ses observations à la diversité des formes du crâne, au développement des protubérances.
Lorsqu’il a découvert une protubérance, il examine la circonvolution du cerveau, placée intérieurement derrière cetle protubérance, et il la déclare le siége d’un organe doué de la faculié qu’il a reconnue habituelle aux personnes sur la tête desquelles il a vu ceite protubérance. Mais cette circonvolution dont il a fait un organe spécial, n'offre * aucune forme, aucune organisation, aucun caractère particulier, qui la fasse distinguer dans la masse de l'encé= phale.
Lavater n’a besoin que de voir pour juger, la vue lui suffit pour interroger la physionomie, seruler l'extérieur et découvrir ce qui est caché dans l’intérieur.
Gall a recours au toucher, il palpe Ia tête, et semblable à l’aveugle qui tient un livre dont les lettres sont imprimées en relief, c'est en promenant ses doigts sut les aspérités du crène, qu’il parvient à lire dans la pensée.
Lavater rapporte tout à La physionomie, sans mêler à ses recherches aucunes considérations anatomiques ou physiologiques, Il n’eseaie pas de trouver Îa cause matérielle et organique de telle forme de la tête, il dit seulement qu’elle annonce telle disposition morale; il se borne à découvrir les secrets du cœur humain, et ne prétend point pénétrer ceux de la nature.
Gall, au contraire, veut connaître des causes, et sophiste trèsingénieux, il les explique en général d’une manière sédui-, saute. Ayant employé une partie de sa vie à dissèquer des cerveaux, il s'efforce d’étayer son système sur ses recherches anatomiques; mais sa nouvelle théorie de l’encéphale n’est pas établie sur des fondemens assez solides; ainsi que l’a dit le professeur Chaussier, « ses bases sont moins que certaines » el moins que fondées sur l’anatomie. »
Eufin Lavater, en exposant son système, rapporte tout au créateur de l'univers.
Gall, aa contraire, prétend trouver, dans l’organisation du cerveau, les secrets de l’ème humaine, secrets renfermés , selon lui, dans des portioncules du cerveau qui forment des organes parliculiers.
D'après ce système, chacun de ces petits organes est un agent proyocateur d’une vertu ou d’un vice, d’un penchant,
d’un sentiment, d’une faculté, d’un instinct (quod intus stat)...
« Si j’ai bien compris le système de Gall, dit M. le doc. » teur Moreau de la Sarthe, on pourrait, d’après l'hypothèse» » qui en fait la base, comparer l’âme à un habile organiste, , » et les petits organes, dont la réunion forme le cerveau, à4 » Un assemblage d’instrumens à touche plus ou moins par—- » faits, dont Je musicien spirituel joue séparément, ou à la! » fois, selon son désir et sa volonté, » … |
« Ainsi, selon cette supposition qui peut paraître pi: » quante et ingénieuse, on admettra que l'âme jouera tantôt | » de l’ambilion, de la vanité ou de la ruse, et tantôt de l’es- » prit de comparaison, de différentes perceptions, de la pé-: » nétration métaphysique, et avec plus ou moins d'effet, sui- » vant que les instrumens sont meilleurs et plus souvent em- » ployés, »
Il est malheureux que le musicien spirituel s’amuse à jouer un peu trop souvent du vol, de l'assassinat, ainsi que de l’adulière et du viol, ete.
En supposant même qu’on soit doué d’une forte dose de philo$ophie, on peut entrevoir quelque danger dans les conséquences d’un semblable système, on ne peut se dissimuler qu'il tend à détruire toute moralité dans les actions hu— maines. En l’adoptant, il faut Supprimer les prix fondés par Montyon pour récompenser la vertu; elle ne dépend plus de la volonté de l’homme, mais du caprice d'un petit organe qui le fait agir sans qu’il y pense. Il faut aussi déchirer les codes criminels et correctionnels, il n'y à plus ni délits ni crimes. Désormais la femme adulière, le voleur, le faussaire, l’as— sassin, diront à leurs juges : Voyez cette bosse, examinez celte protubérance, et cessez de m'accuser; celte maudite bosse à tout fait, elle seule est coupable, Mais les magistrats français sont trop éclairés Pour ne pas repousser les dangereuses maximes de ce système, ils l’ont déjà fait voir dans plusieurs occasions et dernièrement encore à l’audience de la cour d'assises du 17 septembre 1836. M. le docteur Beneck, phrénologien, volé par son domestique Flamancourt, pour le justifier, prétendait qu’il avait cédé à une prédisposition malheureuse. M. l'avocat général a prouvé la sagesse de la cour en lui répondant : « la justice ne peut admettre comme » excuse des doctrines Phrénologiques, en présence desquelles » il n’y aurait jamais de coupables, »