GENRE DEUXIÈME
FACULTÉS RÉFLECTIVES.
« Si l’homme, dit M. le docteur Scoutetten, n’avait éprouvé que des sensations, il eût été sans cesse le jouet des accidens extérieurs; mais la prévoyance de la nature a voulu qu’il püt réfléchir sur les impressions qu’il ressentait, qu'il en appréciàt l'importance, et que sa volonté se déterminàt d’après les réflexions auxquelles son esprit se serait livré. Pour arriver à ce résultat il fallait nécessairement que l'homme possédàt la faculté de comparer, et celle de décou— vrir les principes qui président à la manifestation des causes et des effets, » Telle est la fonction, l’influence des facultés réflectives dont nous allons parler.
No 39. COMPARAISON.
Sagacité comparative. (Gall.)
Faculté de la comparaison. (Spurzheim.)
Lié avec un savant qui élait doué d’une grande sagacité, Gall s'aperçut que dans leurs entretiens philosophiques il ‘avait recours à une comparaison lorsqu'il était embarrassé de prouver la validité de ses raisonnemens. Dès que Gall se fut assuré que cette disposition élait un trait caractéristique de l'esprit de ce philosophe, il examina soigneusement la conformation de sa tête, et trouva sur la partie supérieure et moyenne du front une éminence ayant la forme d’une pyramide renversée, dont la base borde le sommet du front. Après avoir confirmé cette remarque par de nombreuses recherches, ne doutant plus de l'existence d’un organe particulier, il le nomma perspicacité, sagacité comparative.
Cet organe donne la faculté de percevoir des ressem—
blances, des analogies, des similitudes : mais comme l’a le philosophe Molière,
€ Or, par comparaison, car la comparaison
» Nous fait distinctement comprendre une raison ;
» Et nous aimons bien mieux, nous autres gens d'étude, » Une comparaison qu’une similitude.
» Par comparaison donc...» le phrénologien George » Combe dit : le ton peut comparer différentes notes, | » coloris saisir différentes ombres ; mais la comparaison pet » Comparer une ombre et une note, une forme et une cout » leur, ce que les autres facullés ne pourraient faire pa » elles-mêmes. »
Cet organe, utile aux poètes, aux orateurs, est très-déve loppé chez les toscans de toutes les classes. Un jour, no trouvant à la Spezia, que traversaient douze jeunes gens conscrits de Ja veille, nous eûmes besoin de les interrog sur un fait qui venait d'arriver et auquel ils avaient pri part. Le premier que nous questionnâmes nous étonna pas son langage riche de comparaisons, d'images et de méta: phores. Nous pensâmes que ce jeune homme avait reçu li plus brillante éducation, et doutant de l'exactitude de sor récit, nous nous adressâmes à un autre dontle costume et l’aii simple annonçaient un villageois. Celui-ci nous surprit en core plus que le premier. Alors nous les interrogeàmes touss et tous s’exprimèrent avec uve élégance vraiment poétique » aussi nous les écoutèmes avec un plaisir qui, par la suite: s’est renouvelé toutes les fois que nous avons parcouru 4 Toscane, dont les habitans se distinguent en outre par leun prononciation un peu trop gutlurale. .
Le langage comparatif est plus ordinaire, plus familier qu’on nele pense ; presque tous les proverbes sont des compa raisons. On dit le sang bout, la beauté se fane, le cœur s brise, il est ivre d’amour, etc. Toutes les locutions de ce genre, si fréquemment employées, sont des comparaisons,
RÉFLECTIVES. 403
Molière était trop bon observateur pour ne pas posséder l'organe de la comparaison, sans lequel on ne peut pas bien observer. Le placer ici comme exemple de cet organe, c’est Jui rendre la justice qui lui est due.
La comparaison est très-prononcée sur la tête de Henri IV, Gall, Cuvier, Napoléon, Benjamin-Constant, Manuel, Dupuytren, etc. Cet organe manque totalement chez les bandits, les voleurs, les scélérats, et autres individus de cette espèce.