ft'otre-I>niue d'Esquermes
A Esquermes, charmant bourg près de Lille, élait autrefois un pèlerinage renommé, sous le nom de Notre-Dame liéconc Matrice. Cet oratoire, qui n'existe plus, a été remplacé par la jolie église que l'on voit aujourd'hui ; on y honore toujours la sainte Vierge Marie sous cette dénomination louchante. Plusieurs réconciliations ont été obtenues par son invocation, et nous, personnellement, avons éprouvé en ce lieu des consolations toutes particulières et obtenu l'apaisement de bien des ressentiments injustes dont nous avions à souffrir.
0 Notre-Dame d 'Esquermes, que j'oublie ma main droite, que je m'oublie moi-môme, si je perds jamais la mémoire des beaux jours passés à l'ombre de ton sanctuaire! J'y ai puisé des leçons de vertu qui ont encouragé et soutenu toute ma vie, si cruellement traversée !...
Comme le récit de nos impressions personnelles pourrait manquer d'intérêt pour le lecteur, nous aimons mieux transcrire l'histoire suivante :
Pierre Borgne avait coutume de venir quelquefois à Esquermes pour y faire ses dévotions ; mais il avait un ennemi implacable dans Baudouin Langlé, et tout ce qu'il avait fait pour apaiser ce cœur irrité avait été inutile. Il semblait même que toutes ses avances n'avaient servi qu'à augmenter la haine de Baudouin et à l'enflammer davantage du désir de se venger! Ayant appris un jour que Pierre, selon sa coutume, était allé à la chapelle d'Esquermes, Baudouin s'y rend aussi de son côté, et se tient en embuscade sur le chemin, comme un loup qui guette sa proie. Pierre Borgne termine sa prière, et sort bientôt sans défiance : à l'instant, Baudouin se précipite sur lui, l'épée nue à la main. Pierre Borgne, surpris et désarmé, prend la fuite ; son ennemi le presse vivement et le joint à la porte de la chapelle. Pierre Borgne se croit perdu; mais, au moment où Baudouin pouvait si facilement assouvir sa vengeance, l'épco homicide glisse de ses mains; il tombe aux pieds de celui dont il voulait faire sa victime, il embrasse ses genoux et lui demande pardon. Pierre Borgne relève son ennemi pour le presser contre son cœur; tous les deux reconnaissent que Marie seule a pu opérer un changement si subit et si étonnant; ils se jurent une amitié éternelle, et, d'un commun accord, ils
font peindre leur aventure sur le portail de la chapelle, pour apprendre à la postérité le miracle do grâce opéré en leur faveur par Notre-Dame de Réconciliation.
5 8. — Notre-Dame de la XVeille.
La ville de Lille a voué, depuis un temps immémorial, un culte particulier à Marie, sous le nom de nom de Notre-Dame de la Treille, qui lui vient d'un treillage en fer dont l'image miraculeuse est entourée. En l'honneur de celte céleste patronne a eu lieu, l'an 4854, un jubilé séculaire qui a été célébré avec une éclatante magnificence et a attiré un immense concours de pèlerins, entre autres un grand nombre d'illustres prélats accourus de divers points de la France et de la Belgique.
Au moment où sortait la procession solennelle, dont ceux qui l'ont vue conserveront toujours le souvenir, le temps, mauvais depuis plusieurs jours, devint tout à coup superbe. Beaucoup de miracles ont été obtenus par l'invocation de Noire- Dame de la Treille : nous citerons seulement un jeune homme, élève de l'inslitution de Marcq; il avait au pied une plaie qui paraissait incurable et qui ne lui permit de faire le pèlerinage qu'en voiture. Le lendemain il y avait un commencement do guérison, et peu de jours après sa plaie était fermée. Tuisse la 6ainlc Viciée aj^'erà toutes ses faveurs,
soulager encore ceux qui souffrent, consoler ceux qui pleurent et exaucer le. vœux chrétiens de ses fidèles serviteurs! Nous pouvons l'espérer; son pouvoir et sa bonté n'ont point diminué, et même sa gloire semble s'étendre. Plus que jamais, Marie est comprise, vénérée, exaltée; la somme de ses bienfaits vient chaque jour s'accroître de bienfaits nouveaux.
5$>. — Œotre-Dajne de S?oc-Ainadour.
Ce qui donna en septembre 1818, malgré les circonstances politiques, à la retraite prôchée à ce célèbre sanctuaire de Marie, un caractère plus frappant, c'est un prodige admirable de la puissance do Marie, opéré le 16 du mois de cette année, et dont Monseigneur Bardou, évoque de Cahors, fit solennellement la narration h la suite de la communion générale, en présence de la foule attentive et profondément émue, dont les yeux étaient fixés sur la personne qui en avait été l'objet, et qui se tenait humble et recueillie au pied de la chaire. Agée de dix-sept ans seulement, cette pieuse fille se trouvait depuis plusieurs mois réduite à un état désespéré. Une de ses jambes avait, par une contraction violente, tellement perdu sa position naturelle, que le genou, dans les moments de crise, venait battre contre le front ; un de ses bras, également contourné, ne pouvait plus faire aucun office; ses yeux étaient privés de l'usage
de la lumière; sa langue n'articulait plus aucune parole ; elle ne pouvait même plus prendre aucune nourriture, pas même avaler une goutte d'eau. CV ! dans cet affreux martyre qu'elle demande par éer dans une inspiration secrète, à être conduite à Roc- Amadour. On la porte dans la sainte chapelle ; on la dépose au pied de l'autel ; un grand nombre de personnes qui étaient présentes, amenées par la dévotion du mois de Marie, sont invitées à unir leurs prières aux siennes. Quoiqu'elle fût incapable de rien prendre depuis plusieurs jours, on essaye de lui donner la communion, qu'elle reçoit sans peine. Aussitôt ses yeux se fixent sur la sainte image; elle voit, elle contemple avec amour son auguste bienfaitrice. Encouragé par ce premier succès, le prêtre l'engage à prononcer le nom de Marie; et d'une voix distincte elle répète : «0 Marie! ô ma mère ! » A l'instant son bras gauche, qu'elle ne pouvait remuer, s'agite et reprend ses mouvements ordinaires; sa jambe, depuis longiemps pliée, s'allonge. Une exclamation subite échappe de toutes les bouches : Miracle ! miracle ! Les larmes coulent de tous les yeux; on sonne toutes les cloches à grande volée; les témoins du fait, hors d'eux-mêmes, courent çàet là sur les degrés, pleurant, criant, appelant tous les habitants pour contempler le prodige. En ce moment toute la ville est en mouvement ; on accourt, on voit, pn admire; on bénit Dieu; on exalte sa puissance
et la bonté de sa sainte More, Un proces-verbai est dressé, constaté, signé ; la déposition du médecin est jointe au procès-verbal. L'évéque examine les faits, interroge et la jeune fille et les témoins : tous les doutes sont levés, et la voix épiscopale promulgue cette faveur de la très-sainte Vierge. Enfant chérie de Marie, cette heureuse fille de miracle veut consacrer sa vie à Celle qui la lui a conservée. Déjà elle a commencé son postulat à Gahors, chez les filles de Saint-Vincent de Paul, en attendant qu'elle se rende à Paris pour y faire son noviciat et y consommer son sacrifice. On peut se figurer l'effet produit par celte narration sortie d'une bouche si vénérable, et l'accroissement donné par cette nouvelle faveur à la confiance des peuples pour la Vierge de Roc-Amadour. {Ere nouvelle, 25 septembre 1848.)
GO. — Conversion d'un vieillard.
Une famille honorable sous tous les rapports, et fort estimée de toute la ville, était menacée de perdre son chef, vieillard dont la tête avait blanchi dans l'exercice de tous les devoirs d'un homme irréprochable selon le monde, mais auquel il manquait, hélas ! la pratique des devoirs du chrétien. Sa femme, très-pieuse, ses enfants, bons catholiques aussi, se désolaient doublement de la perte cruelle qui paraissait de plus en plus inéyiîable; car cette têjte si obère vefimïl de «e courber soui la main d« représente^
de Jésus-Lrhrist. M. T... ne voulait pas entendre parler de confession, et pourtant il baissait de jour en jour... On craignait même que ses facultés intellectuelles ne vinssent à l'abandonner sans qu'il eût réglé ses affaires spirituelles et temporelles, et nul n'osait aborder cette double question.
Cependant les neuvaines se succédaient; bien des vœux étaient chaque jour déposés par celle famille désolée aux pieds de Celle qu'on n'invoque jamais en vain. L'épouse chrétienne, baignée de larmes, implorait Marie sous toutes les appellations que la piété se plaît depuis longtemps à donner à la Reine du ciel. Madame T.. . faisait offrir la sainte victime du pardon sur tous les autels et dans tous les sanctuaires où l'on avait connaissance que cette bonne mère s'est plu à montrer sa miséricordieuse tendresse: des neuvaines, des voyages avaient élé promis à Notre-Dame de Fourvières, sanctuaire si riche un merveilles de grâces ; à Notre-Dame du Laus, cet autre lieu des prédilections de Marie ; à Noire-Dame du Lauzier, à Notre-Dame de la Garde; et le cœur du moribond demeurait toujours de glace.. . — Hélas ! à qui donc m'adresserai-je désormais, ô Marie ! s'écriait, dans une indicible angoisse, l'épouse découragée? Sous quel titre, sainte mère de Dieu, vous conjurerai-jc encore d'avoir pitié de ma désolation ? — Sous quel litre, lui dit une amie ? Ali! consolezvous ; il en est un nouveau que notre Dieu semble
vouloir spécialement glorifier de nos jours. Croyezmoi, confiez ce cher mari à Notre-Dame Réconciliatrice de la Salette, et j'en ai le doux espoir, elle le conduira au port du salut; oui, faites une neuvaine à Marie descendue en terre pour rappeler son peuple à la pénitence; promettez de visiter la montagne baignée des larmes de cette tendre mère, et, encore une fois, quelque chose me dit que nos vœux seront exaucés. Madame T. .. laissait parler sonamie et gardait un froid silence. — Mais enfin, je ne puis, dit-elle... je ne saurais... franchement, je ne crois pas à cette apparition, et ma famille partage mon extrême répugnance à ce sujet.
Cependant, l'état du malade devenant plus alarmant, quelqu'un qui avait la confiance de cette honorable famille se hasarda, après une bien fervente prière, à faire à M. T... de nouvelles ouvertures. Au premier mot, il est repoussé de manière à lui ôter le courage de récidiver. Alors madame T..., n'osant presque plus rien espérer, se décida à user de la dernière ressource indiquée par son amie. Elle écrit donc pour demander une neuvaine en l'honneur de Notre-Dam" de la Salette, à laquelle elle promet un voyage d'action de grâces, et fait dire dans la ville une messe coïncidant avec celle qui se célèbre sur le lieu du miracle. Au moment où celte messe se terminait, le malade, se réveillant comme d'un sommeil, dit à la personne qui l'avait sollicité dese con-
fesser : — De quelle affaire importante m'avez-vous donc parlé l'autre jour? (On se regarde.) — De votre notaire peut-être? — Non, non : il s'agissait de bien autre chose.,. — Serait-ce d'un entrelien avec quelque pieux ecclésiastique ? — C'est cela, c'est cela même. Allez chercher promptement M. l'abbé N... Je veux me confesser... On y court en toute hâte, comme on peut le croire. Le malade se confesse avec sa pleine connaissance, reçoit les derniers sacrements dans les meilleures dispositions, règle sagement ses affaires temporelles, et meurt en fervent chrétien le surlendemain, etc. Sa famille, le cœur brisé de sa perte, mais l'àme consolée par une mort si précieuse, est venue rendre grâces sur la sain le montagne, en proclamant que c'est à Notre-Dame lléconciliatrice de la Salette qu'est due celte glorieuse victoire.
{Écho de la sainte Munlagne).
61 . — Pèlerinage du B». de Géramb à IVotre Sîaïuc de la Garde.
Dom Géramb, abbé de la Trappe, à son retour de la Terre Sainte, et près de toucher au port, fut assailli d'une rude tempête. Voici comment la sainte Vierge vint au secours de l'équipage :
a J'avais, dit-il, compté pouvoir me rendre de Malte à Gènes. Après avoir attendu beaucoup plus que je ne l'aurais voulu, et toujours vainement qu'il
se présentât un navire, je changeai de résolution, et je pris le parti de me confiera VAigle, brick anglais qui partait pourMarseille. Le temps fut affreux ; nous tûmes obligés de naviguer au milieu de continuelles tempêtes. De ma vie, sur mer, je n'eus tant à souffrir. Pendant vingt-quatre heures au moins, tout parut désespéré. Matelots et passagers, nous nous crûmes perdus ; je lisais sur tous les visages l'appréhension d'une catastrophe imminente, inévitable, et je partageais l'anxiété commune. Dans cette douloureuse situation, l'équipage, qui était maltraité, présentait le spectacle religieux le plus touchant. Malgré le sifflement continuel des vents, malgré la rapide succession des éclairs, malgré les éclats répétés de la foudre, qui, grondant sans cesse sur nos têtes, menaçait de tomber sur nous, la prière du soir ne fut pas une seule fois interrompue. Jamais, dans le silence et la retraite du cloître, je n'entendis chanter les antiennes et les litanies de la sainte Vierge avec plus de dévotion et de ferveur. Le capitaine était le premier à donner l'exemple. Sa voix forte et sonore, à laquelle répondaient unanimement celles de tous les matelots, retentissait au loin, et ces chants, animés' par la vivacité de la foi et de la confiance, dominaient par intervalle le bruit du ciel et des vagues en courroux. Nos prières furent exaucées : le bâtiment échappa à tous les périls et parvint heureusement au port. Un bienfait si inespéré ne fut pa-, comme il n'arrive que
trop souvent, oublié et méconnu. Le lendemain du débarquement, l'équipage et la plupart des passagers s'empressèrent démonter à la chapelle deNolre-Dame de la Garde pour remercier leur divine protectrice et lui témoigner leur sincère reconnaissance pour le secours qu'elle leur avait obtenu en intercédant auprès de son divin Fils. »
On lit dans un bulletin de la société de Saint-Vincent de Paul le récit suivant : Pendant le mois de Marie, dans une maison de patronage appelée maison de Nazareth, deux troncs lurent déposés près de l'autel de la sainte Vierge, l'un pour recevoir les offrandes, l'autre les résolutions, double homn Marie. Parmi les resolutions prises, on lut les suivantes : J'ai réprimé trois fois mes mouvements de colère. — J'ai remporté plusieurs victoires sur mon défaut dominant. — J'ai prié pour la conversion de mes parents et de mon patron, — J'ai gardé le silence quand on m'a grondé injustement. Dans le tronc des offrandes, on trouva un papier contenant ces lignes bien touchantes: « 0 divine Marie! très-humble sainte
Vierge, je vous supplie humblement d'accepter mon cœur. Je vous le donne tout entier. Vous savez, ô divine Marie, qu'au patronage on va vous offrir dimanche, jour de la Pentecôte, un cœur d'argent donné par mes camarades; comme je n'ai pu rien vous offrir pour en acheter un, je vous prie de prendre le mien; cela fait qu'au lieu d'un vous en aurez deux. J'espère qu'il vous sera toujours fidèle et ne s'écartera jamais de ses devoirs. »