LA MARSEILLAISE
Il me parait essentiel de revenir sur la Marseillaise, dont il est déjà question dans le Musiciana de 1877, et sur laquelle, depuis ce temps, mon ami Arthur Pougin a parlé à diverses reprises, dans le Ménestrel, d'une façon des plus éloquentes.
Quand les Allemands sont à bout pour découvrir des compétiteurs à Piouget de Lisle, ce sont des Français qui les remplacent; de cette façon nous avons eu Gastil Blaze et Fétis, attribuant la musique de la Marseillaise à Navoigille et à Alexandre Boucher; même tout dernièrement, M. Arthur Loth ayant acheté de la veuve de Vervoitte un manuscrit intitulé Esther, musique de M. Grisou, chef de
la maîtrise de Saint-Omer, a publié ce pleutre arrangement des stances de la calomnie de Racine sur l'air de la Marseillaise ; c'est aussi amusant à lire que la messe de Holtzmann (1 ) , dont j e vais donner une partie du Credo.
Ce Holtzmann était un organiste de Meersburg (§j sur le lac de Constance, vers la fin du xvme siècle, lia laissé en manuscrit : Sex missas elegantiori stilo compositœ. Il paraît que ce manuscrit porle au commencement une date en effet antérieure à l'apparition de la Marseillaise; mais une telle date prouve, à la rigueur, quand un manuscrit est commencé, et non quand il est terminé. Or, vers 1860, par un caprice quelconque, on a exécuté une de ces messes, et on a découvert dans le Credo une ressemblance fort étonnante avec la Marseillaise. En 1862, un directeur de musique, V. Hamrfïa, a publié dans la Garlenlauhe un article revendiquant la mélodie de la Marseillaise pour le susdit Holzmann. Or, un simple examen de cette messe suffît pour convaincre le musicien le plus médiocre que c'est une plate et maladroite adaptation des paroles de la messe sur la Marseillaise démembrée, déchiquetée. M. Tappert, excellent critique musicien, a été un des premiers à reconnaître cette maladroite supercherie.
Les Allemands, tenant absolument à prouver que la Marseillaise est éclose chez eux, se sont rejetés
(1) Je rectifie ici ce nom, inscrit à tort Holzbaucr dans le premier Musiciana.
(2) Et non Mersehurg en Saxe.
•IAXO