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VOYAGE DE LAMIRAL ANSON

ayant été rejoint par un autre vaisseau de guerre et par cette clialoa})e nonnnc V Epreuve, fit en croisant vers cette lie de Fernandez, plusieurs prises assez considérables. Mais bientôt après s'étant avancé jusque» vers la ligne équinoxiale, il osa attaquer la ville de Paita, sur cette même côte de TAmérique. Il ne se servit ni de ses vaisseaux de guerre, ni de tout ce qui lui restait d'hommes pour tenter ce coup hardi. Cinquante soldats dans une chaloupe à rames firent l'expédition ; ils abordent pendant la nuit ; cette surprise subite, la confusion et le désordre, que l'obscurité redouble, multiplient et augmentent le danger. Le Gouverneur, la garnison, les habitans fuient de tous côté&. Le Gcuverneur va dans les terres rassembler trois cens hommes de cavalerie, et la milice des environs. Les cinquante Anglais cependant font transporter paisiblement pendant trois jours, les trésors qu'ils trouvent dans la douane et dans les maisons. Des esclaves nègres qui n'avaient pas fui, espèce d'animaux appartenant au premier qui s'en saisit, aident à enlever les richesses de leurs anciens maîtres. Les vaisseaux de guerre abordent. Le Gouverneur n'eut ni la hardiesse de redescendre dans la ville et d'y combattre, ni la prudence de traiter avec les vainqueurs pour le rachat de la ville et des effets qui restaient encore. Anson fit réduire Paita en cendre, et partit, ayant dépouillé aussi aisément les Espagnols que ceux-ci avaient autrefois dépouillé les Américains. La perte pour TEspagne fut de plus de quinze cent mille piastres ; le gain pour les Anglais d'environ cent quatre-vingt mille ; ce qui, joint aux prises précédentes, enrichissait déjà Tescadre. Le grand nombre enlevé par le scorbut, laissait encore une plus grande part aux survivans. Cette petite escadre remonta ensuite vis-à-vis Panama, sur la côte ou l'on pêche les perles, et s'avança devant Acapulco, au revers du Mexique. Le gouvernement de Madrid ne savait pas alors le danger qu'il courait de perdre cette grande partie du monde.

Si l'Amiral Vernon, qui avait assiégé Carthagène sur la mer opposée, eût réussi, il pouvait donner la main au Commodore Anson. L'isthme de Panama était pris à droite et à gauche par les Anglais, et le centre de la domination Espagnole perdu. Le minis-

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tcre de Madrid, averti longtems auparavant, avait pris des précautions, qu'un malheur presque sans exemple rendait inutiles. Il prévint Tescadre d'Anson par une flotte plus nombreuse, plus forte d'hommes et d'artillerie, sous le commandement de Don Joseph Pizarro. Les mêmes tempêtes qui avaient assailli les Anglais, dispersèrent les Espagnols avant qu'ils pussent atteindre le détroit de le Maire. Non seulement le scofbut, qui fit périr la moitié des Anglais, attaqua les Espagnols avec la môme furie ; mais des provisions qu'on attendait de Buenos-Aires n'étant point venues, la faim se joignit au scorbut. Deux vaisseaux Espagnols qui ne portaient que des mourans, furent fracassés sur les côtes, deux autres échouèrent. Le commandant fut obligé de laisser son vaisseau Amiral à Buenos- Ayres ; il n'y avait plus assez de mains pour le gouverner, et ce vaisseau ne put être réparé qu'au bout de trois années ; de sorte que le commandant de cette flotte retourna en Espagne en 1746, avec moins de cent hommes, qui restaient de deux mille sept cent dont sa flotte était montée ; événement funeste, qui sert à faire voir que la guerre sur mer est plus dangereuse que sur terre, puisque sans combattre on essuie presque toujours les dangers et les extrémités les plus horribles.

Les malheurs de Pizarro laissèrent Anson en pleine liberté dans la mer du Sud; mais les pertes qu Anson avait faites de son côté, le mettaient hors d'état de faire de grandes entreprises sur les terres, et surtout depuis qu'il eut appris par les prisonniers le mauvais succès du siège de Carthagène, et que le Mexique était rassuré.

Anson réduisit donc ses entreprises et ses grandes espérances à se saisir d'un galion immense, que le Mexique envoyé tous les ans dans les mers de la Chine à l'Ile de Manille, capitale des Philippines, ainsi nommées parce qu'elles furent découvertes sous le règne de Philippe II.

Ce galion chargé d'argent ne serait point parti, si on avait vu les Anglais sur les côtes, et il ne devait mettre à la voile, que longtems après leur départ. Le Commodore va donc traverser l'Océan Pacifique, et tous les climats opposés à l'Afrique, entre notre tropique et l'équateur. L'avarice, devenu honorable par

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la fatigue et le danger, lui fait parcourir le globe avec deux vaisseaux de guerre. Le scorbut poursuit encore l'équipage sur ces mers, et Tun des deux vaisseaux fesant eau de tous côtés, on est obligé de Tabandonner, et de le brûler au milieu de la mer, de peur que ses débris ne soient portés dans quelques îles des Espagnols, et ne leur deviennent utiles. Ce qui restait de matelots et de soldats sur ce vaisseau, passe dans celui d'Anson ; et le Conunodore n'a plus de son escadre que son seul vaisseau, nommé le Centurion, monté de soixante canons, suivi de deux espèces de chaloupes. Le Centurion, échappé seul à tant de dangers mais délabré lui-même, et ne portant que des malades, relâche pour son bonheur dans une des îles Mariannes, qu'on nomme Tinian, alors presque entièrement déserte ; peuplée n'a guères de trente mille âmes, mais dont la plupart des habitans avaient péri par une maladie épidémique, et dont le reste avait été transporté dans une autre île par les Espagnols.

Le séjour de Tinian sauva l'équipage. Cette île, plus fertile que celle de Fernandez, offrit de tous côtés en bois, en eau pure, en animaux domestiques, en fruits, en légumes, tout ce qui peut servir à la nourriture, aux commodités de la vie, et au radoub d'un vaisseau. Ce qu'on trouva de plus singulier, est un arbre dont le fruit ressemble, pour le goût, au meilleur pain ; trésor réel, qui transplanté, s'il se pouvait, dans nos climats, serait bien préférable à ces richesses de convention, qu'on va ravir parmi tant de périls au bout de la terre. De cette île on rangeait celle de Formose : on cingle vers la Chine à Macao, à l'entrée de la rivière de Canton, pour radouber le seul vaisseau qui reste.

Macao appartient depuis cent cinquante ans aux Portugais. L'Empereur de la Chine leur permit de bâtir une ville dans cette petite île, qui n'est qu'un rocher, mais qui leur était nécessaire pour leur commerce. Les Chinois n'ont jamais violé depuis ce tems les privilèges accordés aux Portugais. Cette fidélité devrait, ce me semble, désarmer l'auteur Anglais, qui a donné au public l'histoire de l'expédition de l'Amiral Anson. Cet historien, d'ailleurs judicieux, instructif, et bon citoyen, ne parle des Chinois que comme d'un peuple méprisable, sans foi, et sans industrie. Quant

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à leur industrie, elle n'est en rien de la nature de la nôtre ; quant à leurs mœurs, je crois qu'il faut plutôt juger d'une puissante nation, par ceux qui sont à la tête, que par la populace des extrémités d'une province. Il me paraît que la foi des traités, gardée par le gouvernement pendant un siècle et demi, fait plus d'honneur aux Chinois, qu'ils ne reçoivent de honte de l'avidité et de la fourberie d'un vil peuple d'une côte de ce vaste empire. Faut-il insulter la nation la plus ancienne et la plus policée de la terre, parceque quelques malheureux ont voulu dérober à des Anglais, par des larcins et par des gains illicites, la vingt-millième partie tout au plus de ce que les Anglais allaient voler par force aux Espagnols dans la mer de la Chine? Il n'y a pas long-tems que les voyageurs éprouvaient des vexations beaucoup plus grandes dans plus d'un pays de l'Europe. Qu'aurait dit un Chinois, si ayant fait naufrage sur les côtes de l'Angleterre, il avait vu les habitans courir en foule s'emparer avidement à ses yeux de tous ses effets naufragés ?

Le Commodore ayant mis son vaisseau en très-bon état à Macao, par le secours des Chinois, et ayant reçu sur son bord quelques matelots Indiens, et quelques Hollandais qui lui parurent des hommes de service ; il remet à la voile, feignant d'aller à Batavia, le disant même à son équipage, mais n'ayant en effet d'autre objet que de retourner vers les Philippines, à la poursuite de ce galion, qu'il présumait être alors dans ces parages. Dès qu'il est en pleine mer, il fait part de son projet à tout son monde. L'idée d'une si riche prise les remplit de joie et d'espérance, et redoubla leur courage.

Enfin, le 9 Juin 1743, on découvre ce vaisseau tant désiré ; il avançait vers Manille, monté de soixante quatre canons, dont vingt-huit n'étaient que de quatre livres de balle à cartouche. Cinq cent cinquante hommes de combat composaient l'équipage. Le trésor qu'il portait n'était que d'environ quinze cent mille piastres en argent, avec de la cochenille, parceque tout le trésor, qui est d'ordinaire le double, ayant été partagé, la moitié avait été portée sur un autre galion.

Le Commodore n'avait sur son vaisseau le Centurion que deux cent quarante hommes. Le Capitaine du galion ayant apperçu l'ennemi, aima mieux bazarder le

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trésor, que perdre sa gloire en fuyant devant un Anglais, et fit force de voiles hardiment pour le venir combattre.

La fureur de ravir des richesses, plus forte que le devoir de les conserver pour son roi, Texperience des Anglais, et les manœuvres savantes du Commodore, lui donnèrent la victoire. Il n'eut que deux hommes de tués dans le combat ; le galion perdit soixante-sept hommes tués sur les ponts, et il en eut quatre-vingtquatre de blessés. Il lui restait encore plus de monde qu'au Commodore. Cependant il se rendit. Le vainqueur retourna à Canton avec cette riche prise. Il y 5>outint l'honneur de sa nation en refusant de payer à l'Empereur de la Chine les impôts que doivent tous les étrangers. Il prétendait qu'un vaisseau de guerre n'en devait pas ; sa conduite en imposa. Le Gouverneur de Canton lui donna une audience, à laquelle il fut conduit à travers deux haies de soldats, au nombre de dix mille ; après quoi il retourna dans sa patrie par les îles de la Sonde, et par le Cap de Bonne-Espérance. Ayant ainsi fait le tour du monde en victorieux, il aborda en Angleterre le 4 Juin 1744, après un voyage de trois ans et demi.

Il fit porter à Londres en triomphe sur trente-deux cliarîots, au son des tambours et des trompettes, et des acclamations de la multitude, les richesses qu'il avait conquises. Ses prises se montaient, en or et en argent, à dix millions monnaie de France, qui furent le prix du Commodore, de ses officiers, des matelots et des soldats, sans que le roi entrât en partage du fruit de leurs fatigues et de leur valeur. Ces richesses circulant bientôt dans la nation contribuèrent à lui faire supporter les frais immenses de la guerre.

LA PETITE ville;

Personnages.

I^EsnocHES, jeune Parisien.

Delille, son ami.

Dubois, leur valet.

François Riflard,

Paul Vernon,

Madame Senneville,

Madame Guibert,

Nina Vernon, sœur de Vernon,

Flore, fille de Madame Guibert,

Madame Bblmont, jeune veuve, cousine de Delille,

Champagne, valet de Madame Belmont.

François, valet de Madame Guibert.

La Scène est aux portes et dans Vintérieur d\me

petite Ville.

Habitans de la petite Ville.

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