SCENE XIL — Les Précêdens, Madame Belmont
Mad. Bel. Ne croyez pas, Delille, que j'aie eu la faiblesse de suivre votre indigne ami. Je cours Tou-
224 h A PETITE VILLE,
blier à cent lîcucs de Paris, chez notre respectable tante. Sur la route, reconnaissant votre valet, je n'ai pu résister au désir de m'infbrmer
Del. Pourquoi me cacher le véritable but de votre voyage, ma chère cousine ? vous avez suivi les traces de Desroches. Est-ce un si grand mal ? Vous Taimez donc encore ?
Mad. Bel. Dieu sait ce que le monde va penser de ma démarche.
Del. Eh ! qu'importe ce que le monde en pense ? je vous approuve, moi. Je le vois, vous connaissez Desroches comme moi : c'est la plus mauvaise tête, et le meilleur cœur
Mad. Bel. Et d'ailleurs, ce mariage rompu, cette fuite de votre ami, ne m'exposent-ils pas assez aux propos des méchans ? Mais quel a pu être son motif?
Del. La vivacité de son caractère, l'expérience qu'il a déjà faite de l'infidélité, de l'inconstance.
Mad. Bel. Mais encore
Del. Cet inconnu, ce jeune officier, avec lequel il vous a surprise au bal.
Mad. Bel. Quoi, n'e^t-ce que cela ? Ah ! je vais vous expliquer
Cham. ("accourant J Voilà M. Desroches qui quitte sa compagnie.
Del. Voulez-vous vous en rapporter à moi ? Logez-vous dans une auberge voisine de la nôtre. J'irai vous avertir de tout ce que se passera.
Mad. Bel. Je ne veux pas le voir ; je m'éloigne. Allons, je suivrai vos conseils. fE/le sort,)
Del. C'est ce que vous avez de mieux à faire. Cette femme-là lui convient ; mais compter sur quelque chose de raisonnable avec un homme qui semble brouillé avec la raison ! N'importe, l'arrivée de Madame Belmont m'encourage, et j'espère