SCENE I. — Madame Senneville, Riflard
RiF. Comment, madame ; il y a une heure que je vous fais des signes, et vous avez Taîr de ne pas m'entendre.
Mad. Senne. Mais vous êtes d'une tyrannie; pou- Taîs-je quitter Mademoiselle Remival, qui me racontait la maladie du petit carlin que je lui ai donné ? Que me voulez -vous, monsieur ? Pourquoi me faire quitter la société, Je jeu? Madame Guibert, Mademoiselle ¥ernon vont s'égayer sur notre absence.
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RiF. Savez-vous que je suis très-mécontent. Pourquoi loger chez vous ces deux Parisiens ?
Mad. Senne. C'est pour ainsi dire à vous que je dois leur connaissance.
liiF. Je ne m'attendais pas que ce petit Desroches se permettrait d'aller sur les brisées d'un homme comme moi. Je m'attendais encore moins que Madame Senneville, une femme que j'estime, que j'aime, que j'ai su distinguer, se permettrait d'écouter les propos et les fadeurs d'un étranger.
Mad. Senne. Moi ! où prenez-vous s*il vous plaît,. • ? De quel droit me parlez-vous ainsi ?
lliF. Au point où nous en sommes, quand je n'attends que la fin des vendanges, quand j'ai l'aveu de votre oncle et le vôtre, il m'est bien permis, madame, de parler en mari. C'est en ami d'ailleurs que je parle. Vous vous perdez. Avez-vous remarqué les chuchoteries, les ricanemens, les mots à double entente, les regards malins de toute la société ? Quant à moi, j'ai le malheur d'être très-violent ; je n'ai pas voulu causer de scandale, mais j'ai su ce que j'avais à faire, et M. Desroches aura de mes nouvelles dès ce soir.
Mad. Senne. Ah, mon Dieu ! vous me faites trembler.
RiF. Ce n'est rien, madame, rien du tout; une petite précaution que j'ai prise. Revenons à vous. Si vous avez le moindre soin de votre gloire, si vous tenez à un établissement qui nous convient à tous deux, il faut absolument que ces jeunes gens ne logent pas chez vous ce soir.
Mad. Senne. Qu'exigez-vous? mais mon oncle...
RiF. Votre oncle a eu beaucoup d'humeur en les voyant arriver. M. Vernon, qui fait de lui ce qu'il veut, en se laissant gagner au piquet, lui a déjà parlé. Madame Guibert, que votre oncle a intérêt de ménager, puisqu'elle est sa cousine au sixième degré, lui a fait sentir toute l'horreur de la conduite de ce petit écervelé. Son ami ne vaut pas mieux ; c'est un sournois qui fait l'homme d'esprit, et je n'aime pas qu'an prenne ces airs-là avec moi.
Mad. Senne. Allons, vous êtes tous ligués contre lui. Ce pauvre jeune homme ! mais vous voulez que je sois incivile, à la bonne heure. En vérité, cela ne me donne pas une bonne idée de votre caractère.
ItiF. Ail! croyez, belle dame, que c'est Tintérêt
que je vous porte, la raison Vous ne me refuserez
pas un sacrifice vraiment nécessaire, et sur tous les autres points, vous le savez, je me laisse mener comme un enfant, mais j'exige, au nom du plus tendre amour ( // hii baise la main. )
Mad, Senne. Prenez tlonc garde, voici M. Vernon.