SCENE III Les Prêcédens, Delille
Del. En vérité, madame, rien n'est aimable comme votre réunion. Je vous fais compliment, messieurs, sur le bon ton qui règne dans votre société ; ce n'est que dans votre ville qu'on trouve cette aménité, ce bon accord, cette indulgence réciproque, et surtout cette hospitalité tant vantée chez les anciens. ^
Ver. Nous nous faisons un devoir, moasieur, de bien accueillir les étrangers qui le méritent.
RiF. Oui, sans doute ; mais nous savons aussi comment nous devons nous conduire avec ceux qui ne viennent dans notre endroit que pour se moquer de nous.
Del. Et vous faites parfaitement bien. (A paru.) Bon ! il se machine encore quelque chose contre nous.
Ver. Mais il se fait tard ; il est temps, je crois, de se retirer.
RiF. Ah ! voilà le reste de la société qui sort de chez madame..
SCENE IV.— Delille, Desroches, Madame Sen- - neville, Madame Guibert, Flore, Mademoiselle Vernon, Vernon, Riflard, François, une Servante portant imjalot.
Mad. GuiB. {arrivant la première précédée de Françoisy qui porte un falot.) Je vous assure, mademoiselle,
que je vous avais donné deux fiches, je m'en souvîeni? parfaitement.
Mad. Ver. Je puis vous certifier, madame, que c'est vous qui avez oublié de me les donner : le coup était assez important ; il y avait long-temps que je Tattendais, et j'étais si contente quand je l'aperçus ! Je ne craignais pas qu'on me l'enlevât, j'étais tout en cœur;
Ver, Encore quelque extravagance ! De qui parlezvous là, s'il vous plaît?
Mad. Ver. De Quinola, mon frère.
Ver. Ah!
Mad. Senne. Eh ! quoi, mesdames, vous vous retirez sitôt ?
Mad. GuiB. Sitôt ! il est huit heures et demie tout ^ l'heure.
Mad. Senne. Je ne veux pas être importune. Vous me permettrez de retourner auprès de mon oncle.
Ri F. {à Madame Sen^iexùlle.) Adieu, belle dame ; croyez certainement
Mad. Senne, (bas à Ri/lard.) Prenez garde, on nous épie. (Haut.) Votre très-humble servante, mesdames ; à demain à trois heures précises, je vous en prie. [Elle rentre chez elle.)
Desr. [à Madame Guibert,) Voudriez-vcus accepter mon bras jusque chez vous, madame ?
Mad. GuiB. Je vous rends grâce, monsieur ; nous demeurons à deux pas, et je n'ai besoin du bras de personne. Passez devant nous, François ; et vous, mademoiselle, prenez garde à la manière dont vous marchez, je vous en prie.
Flo. Oui, ma mère.
Mad. GuiB. Votre très-humble servante. Mademoiselle Vernon ; soyez certaine que je vous ai donné vos deux fiches.
Ver. Puisque madame vous le dit, il faut bien que cela soit.
Mad. Ver. En vérité, on n'a pas plus de guignon que moi ; encore cinquante fiches que je perds, sans compter les cartes, que l'on paie fort cher, par parenthèse, chez Madame Senneville. ,
Ver. Et pourquoi joues-tu ?
Mad. GuiB. Adieu, messieurs ; je suis enchantée ^ue vous soyez aussi bien dédommagés, et qu'aucun
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obstacle n'empêche M&danie Senneville de vous donner Tasyle et les soins que j*ai été forcée de vous refuser.
Ver. Adieu, messieurs ; vous voilà logés irrévocablement.
RiF. Bon soir, messieurs ; nous nous reverrons.