‹ Nouveau recueil de planches coloriées d'oiseaux (volume 3)Chapitre 28 sur 173 · ZOL · texte numérisé non relu

ZOL

Uuet.

AIGLE IMPERIAL

FALCO IMPERIALIS. Temm,

Le Mdle adulte , probablement très-vieux. — Planche 151. Le Jeune. — Planche 152.

Jar désigné sous ce nom, dans le Mazze! d’Ornithologie, la grande espèce d’Aigle d'Europe que les naturalistes anciens ont probablement connue, mais sur laquelle ils n’ont point eu des renseignemens assez exacts pour la distinguer de la seconde espèce plus répandue dans nos contrées. Celle-ci est figurée dans les planches enluminées de Buffon, sous le nom d’Aigle royal. La pl. 410 représente une femelle adulte, et la pl. 409, sous le nom d’Aigle commun, est une figure exacte du jeune Aigle royal. Les noms de Fa/co fulvùs,— F. chrysaétos, — F. niger —et F. melanaétos, figurent en double emploi dans les différentes méthodes ; et ces indications se rapportent toutes aux états différens du plumage de notre Aigle royal, désigné dans les ouvrages récens sur l'Ornithologie , par le nom de Fa/co fiulvus.

Nous croyons rendre un service aux naturalistes en rappelant ici très-succinctement les principales différences qui caractérisent ces espèces souvent confondues, et qu'il est méme difficile de distinguer au premier coup d’ceil. Nous abrégerons la partie descriptive des couleurs du plumage de l’Aigle qui fait le sujet de cet article ; nos figures pourront suppléer à ces détails que nous sommes à méme de pouvoir remplacer plus utilement par quelques observations sur les moeurs et sur les habitudes de ces oiseaux, partie historique dont nous nous voyons souvent à regret privés dans la description des animaux nouveaux figurés dans ce recueil; l’habileté des artistes remplit alors ce vide d'une description stérile du plumage, à laquelle on se voit trop

souvent borné faute de matériaux plus intéressans pour la science (1).

(1) Je saisis cette occasion pour témoigner à MM. Huet et Prétre mes remercîmens pour

le zèle qu’ils mettent à rendre ce Recueil digne des suffrages dont le public l’honore. Les soins

Recuen D'OrseAUx , 26°. LIVRAISON.

AIGLE IMPERIAL

Doués d’une force musculaire égale , et pourvus d’armes également redoutables, les deux espèces d’Aigles chasseurs qui se partagent le domaine des airs dans nos régions européennes, poursulvent tous les deux les mémes proies, et sont la terreur des mammifères et des gros oiseaux qui ne peuvent se soustraire à leur appétit vorace que par un heureux hasard; leur taille et les armes dont la nature les a pourvus comme moyens de défense , deviennent inutiles ou insuffisantes contre l’attaque brusque et la force musculaire de ces Aigles, qui manquent rarement la proie sur laquelle ils fondent du haut des airs; ils la poursuivent en suivant une ligne horizontale ; étouffer et emporter cette proie dans les lieux où ils ont établi leur repaire est l’affaire d’un moment. En captivité ils se contentent d’étouffer l’animal; se posant alors tout près de la victime terrassée , ils attendent quelque temps avant de la déchirer, apparemment afin que le sang encore fluide ne soit point perdu.

La taille et les formes de ces deux Aigles sont à peu près les mémes; mais leur port, dans l'état de repos et en captivité, diffère dans la pose du corps; l’Aigle impérial, à terre comme lorsqu'il branche, porte le corps horizontalement ; il marche plus ou moins lentement; sa queue est relevée, et il tient le cou tendu. L'Aigle royal, posé sur la branche, a le corps dans une direction perpendiculaire , la téte en arrière et la queue pendante ; à terre il avance le plus souvent par bonds et par sauts, rarement a pas comptés ; le dernier a dans son port plus de ce qui tient de la nature des autres oiseaux de proie. En examinant l’autre de loin, on croit voir un dindon. La trachée-artère de l’Aigle impérial est composée d’anneaux très-solides et rapprochés; il se forme une ossification angulaire au larynx inférieur ; les bronches ont des anneaux larges , qui diminuent sensiblement de diamétre en approchant des poumons. Cette partie chez l’Aigle royal est formée d’anneaux minces, distans et liés par des membranes; il n’existe point d’ossification apparente à l’endroit de la bifurcation, et les bronches sont d'un diamètre égal dans toute leur longueur. Le cri de ces oiseaux est différent; celui de l’Aigle impérial est un son rauque non interrompus de ces artistes distingués, et leurs désirs de coopérer à un ouvrage destiné è marcher graduellement à un fini plus parfait, leur donne des droits bien fondés à notre reconnaissance. Je les prie d’agréer cet hommage public que nous nous empressons de leur rendre, de mèéme qu'à MM. Coutant et Langlois, qui rivalisent de zèle avec MM. les

peintres , pour que le fini du burin et la belle exécution des planches ne laissent plus rien

à désirer comme portraits fidèles de la nature.

AIGLE IMPERIAL

et fort, qu'il fait entendre fréquemment ; celui de l’Aigle royal est plus sourd et sa voix est faible. Les ailes du premier sont de la longueur ou plus longues que la queue, qui est à peu près carrée; chez le second la queue est plus longue que les ailes, et elle est arrondie. L’Aigle impérial a les narines obliques, è bord supérieur échaneré; l’ouverture du bec fendue jusqu’au dessous du bord postérieur de l’eeil; on compte cinq écailles sur la dernière phalange du doigt du milieu, et sur les autres doigts seulement trois ou quatre écailles, suivant les différences d’iges des individus. Chez l’Aigle royal, les narines sont elliptiques , hautes de quatre lignes, et larges de deux et demi, à bord antérieur émoussé; l’ouverture du bec ne s'étend point au-delà du bord antérieur de l'oeil; on compte seulement trois écailles sur la dernière phalange de tous les doigts.

Telles sont les principales différences qui servent de moyen pour distinguer ces Aigles; les couleurs du plumage en fournissent aussi dans les différens périodes de la mue. L’adulte de l'Aigle impérial est toujours reconnaissable aux plumes blanches en plus ou moins grand nombre qui ornent les scapulaires; le jeune l'est par son plumage rayé longitudinalement de roux et de jaune-roussàtre et par sa queue unicolore. L’adalte de l’Aigle royal est d'un brun presque noir sur tout le corps et sur les ailes ; sa queue à base blanche est rayée de bandes noires, plus ou moins distinctes, dessinées sur un fond cendré foncé; le jeune a toujours plus des trois quarts de la queue blanche, terminée par une large bande brune, unique.

La planche 151 qui accompagne cet article a été faite a dessein sur un individu màle de petite taille, mais dont le plumage m'a paru porter les indices d'un dge très-avancé; les scapulaires sont toutes d’un blanc parfait, et la téte, qui est dorée chez les adultes, porte également des nuances blanchatres qui ne se trouvent point habituellement sur tous les individus; quelques plumes blanches aux cuisses et les raies bien distinctes à la queue prouvent que le sujet que jai choisi pour modele est un vieux individu; on le voit à Paris dans les galeries du Jardin du foi.

Le jeune, probablement àgé d’un an, figuré pl. 152, fait partie du Musée des Pays-Bas, où se trouve aussi un individu adulte. Les vieux et les jeunes du Musée de Vienne mont servi pour composer l’article publié dans le Manuel d'Ornithologie. De tous ceux que jai

vus, celui de Paris est le moins grand; la longueur ordinaire de cet

AIGLE IMPÉRIAL

Aigle est de deux pieds et demi dans les mdles et de trois pieds chez les femelles.

Les auteurs qui ont décrit ou figuré l’Aigle impérial se trouvent cités dans le Manzel d’Ornithologie; celui qui a le premier distingué cet oiseau de l’Aigle royal est feu M. Leisler. Les détails les plus intéressans de l’histoire de cet Aigle font partie du mémoire publié par ce naturaliste dans les Annales de la société de Vétéravie. Savigny en fait mention sous le nom de Fa/co heliaca. On trouve encore plusieurs détails historiques dans l’ouvrage publié par Naumann, et surtout dans celui de Brehm Beitrage zur vogelkunde, v. 2, p.-476. Une figure lithographiée a aussi été publiée par M. Oudart, dans la Galerie des Oiseaux du cabinet du Roi; notre espèce y est nommée Aigle de Thébes (1).

Cet oiseau habite les grandes foréts en montagnes; il est très-rare dans celles en plaines. Les contrées méridionales et les pays tempérés de l’orient de l'Europe sont les lieux de sa demeure; il n'est point répandu au nord, ni vers l’occident, cù son apparition est rare; on le trouve sur toute la còte septentrionale d’Afrique, et M. Savigny a rapporté un individu d’Egypte. L’Aigle royal visite rarement les parties chaudes de l'Europe , il vit dans les foréts en plaines, et habite jusque fort avant dans le nord. L’un et l’autre font leur nourriture de mammifères de moyenne grandeur, tels que lièvres, lapins, biches, jeunes sangliers , renards et chats; ils enlèvent aussi les agneaux, et ne craignent souvent pas d’attaquer les veaux, les

‘brebis et les chevreuils, quiils tuent, et dont ils emportent les chairs et les membres. Ce n'est que dans l’extréme disette qu'ils se repais-

sent de charogne. Ils boivent rarement.

(1) Cette planche a été faite sur le méme individu, que nous avons aussi choisi pour modèle de la figure, qui accompagne le présent article. Les gravures en petit, publiées par

M. Naumann, sont d’une exactitude rare.

ZO

od 1 SECC

Di

MP era

Aigle < 7,

Huet

fx

AYCCI.

\ quee el

vle @

Ai

VLZZA

AIGLE A QUEUE ETAGEE.

FALCO FUCOSUS. Cuw. (1).

Planche 32.

Une queue assez longue , très-étagée , en forme de cone, distingue cette espèce; les ailes couvrent deux tiers de cette queue ; la forme du bec ne diffère point de nos grands Aigles d'Europe, et les tarses sont à peu près /ofalement vétus. Tout son plumage est d’un brunnoiràtre , varié de roux-doré assez clair et jaunàtre dans quelques individus, plus foncé ou mordoré chez d’autres; la gorge et le devant du cou sont d’un brun-noiràtre; la téte et la nuque d’un beau roux-doré, et les ailes plus ou moins variées de roux-doré sur un fond brun: toutes les autres parties du corps, les pennes secondaires des ailes et la queue en dessus sont d’un brun-noiràtre ; la queue est fauve , marquée de bandes peu distinctes en dessous, et toutes les pennes sont terminées par un bord roussàtre très-étroit ; les tarses sont couverts de plumes jusques aux doigts; ceux-ci sont jaunes de méme que la cire et le bec. Longueur totale , deux pieds six pouces.

Nous ne connaissons point le jeune de cet Aigle, ni les différences occasionées par les mues; les màles et les femelles paraissent différer très-peu par les couleurs du plumage; à juger par la taille, j'ai lieu de croire que l’individu représenté dans la figure qui accompagne cet article est une femelle; les màles sont un peu plus petits.

Le Musée des Pays-Bas possède un individu qui porte tous les caractéres d’un oiseau adulte. Tout le plumage est d’une seule teinte couleur de suie-noiràtre ; mais l’occiput et la plus grande partie de la nuque sont revétus de plumes longues, acuminées, et d’un jaunàtre

couleur isabelle marqué de taches brunes; des bordures brunes-

(1) Régne animal, pag. 315, pl. II, fig. 1.

Recurm D'Orsesvx, 6°. LIVRAISON.

AIGLE A QUEUE ÈTAGEE.

foncées entourent les couvertures des ailes; le bec est d’un blancjaunàtre, mais la pointe est noiratre.

L’Aigle à queue étagée habite l’Océanie, on le trouve à la Nouvelle- Hollande. Les deux individus du Musée de Paris ont été rapportés par l’expédition du capitaine Baudin ; celui du Musée des Pays-Bas

provient d'une collection d’oiseaux envoyés du Port-Jackson.

adulte

Page 1