‹ Nouveau recueil de planches coloriées d'oiseaux, pour servir de suite et de complément aux planches enluminées de Buffon, édition in-folio et in-4⁰ de l'Imprimerie Royale, 1770 (volume 3)Chapitre 98 sur 110 · PRION A BANDEAU · texte numérisé non relu

PRION A BANDEAU

enté sur le bec, entre les deux rainures plus ou moins profondes qu aboutissent aux orifices des narines 5 ce bec est couleur de corne bleuâtre, et les lamelles sont blanches. La queue a les pennes à peU près d’égale longueur ; les deux du milieu sont les plus larges , et e

passent toutes les autres.

Une calotte cendrée foncée couvre la tête 5 au-dessus des yeU* s’étend un large sourcil blanc, se prolongeant, dans quelques in vidus, en une très-fine bande frontale ; une large bande cendre passe sur les yeux , tout le reste des côtés du cou , la nuque , le teau , le dos , les trois pennes latérales de la queue et les moyen0® couvertures des ailes sont d un gris-bleu clair ; une large ban noire termine les plumes du milieu de la queue; les petites couv tures des ailes , les barbes antérieures des scapulaires et des sont noires; toutes les parties inférieures du cou et du corps s ^ blanches, mais les côtés de la poitrine, les flancs et l’abdomen 0 une teinte bleuâtre ; la petite poche nue du menton est bleua^ les pieds sont noirs à palmures jaunâtres. Longueur totale, d °u

pouces. n6„

Cet oiseau est assez commun dans les parages du cap de °n Espérance; on dit qu’il se trouve aussi en Amérique et dan

mers de l’Inde.

GENRE PÉLÉGANOÏDE.

GENUS H A LA DRO M A. Illiger.

Æec très-court, droit, comprimé, dur, tranchant , sillonné longitudinalement, à base un peu dilatée, et à pointe comprimée très-courbée.

Narines basales à la surface du bec, dirigées en haut, distinctes, leur base cachée sous un seul tube, divisé par une cloison intérieure.

Pieds courts; seulement trois doigts dirigés en avant, manquant de tout vestige de pouce ou d’onglet.

Ailes courtes; la première rémige la plus longue.

C’est à tort qu’on a ajouté à ces caractères génériques celui de l’existence d’une poche dilatable à la mandibule inférieure du bec ; une très-petite poche, ou plutôt nudité gutturale, existe en effet dans une seule espèce, Procellaria urinât rix , mais elle manque aux deux autres espèces, dépourvues, comme l’Urinatrix, de tout vestige de doigt postérieur; c’est aussi à cause du manque de ce doigt ou de cet ongle, qui tient lieu de pouce chez les autres Pétrels, qu’on a pu distraire les Haladromes ou Pélécanoïdes du genre Procellaria: la légère différence dans la structure du tube nasal et des couvertures des narines, un peu plus élevées que dans les autres Pétrels,

11 auraient pas eu de valeur assez marquée et suffisamment tranchée pour servir de motif à l’établissement d’un nouveau groupe. Nous

Recueil d’Oiseadx,87' livraison.

GENRE PÉLÉCA.NOIDE.

remarquons encore que ce nom de Pèlècandide a été mal choisi , vu qu’il paraît indiquer quelque analogie entre ces oiseaux et ceux du genre Pélican j nous pouvons assurer qu’il n’existe pas la moindre ressemblance entre ces Pèlécanoïdes et les Pélicans: on peut présumer que l’existence d’une petite peau gutturale nue, et plus ou moins dilatable, dont YUrinatrix est pourvue, a pu donner lieu aux méthodistes compilateurs à faire usage de cette allusion impropre.

On dit que ces oiseaux plongent habituellement, et qu’ils ont la faculté de demeurer long-temps entre deux eaux; c’est là tout ce qui nous est parvenu relativement à leur manière de vivre.

Pelé c ai \ o i cl e /) rdard .

ïïüe/

PÉLÉCANOÏDE BÉRARD.

HALADROMA B ER A RDI. Quoy.

Planche 5 17.

De la taille de notre Uria aile ou Guillemot nain. Les narines , situées tout près du front, ont leurs ouvertures séparées par une cloison, et sont dirigées en haut; les tarses sont longs, et la queue est à pennes d’égale longueur.

Toutes les parties supérieures sont d’un noir assez pur, et les inférieures blanches ; les joues cendrées et les côtes de la poitrine noirâtres. Les pennes extérieures de la queue sont étroitement bordées de blanc, et des croissans blancs aux plumes scapulaires paraissent servir d’indices que cet individu n’est pas encore revêtu de la livrée parfaite propre à l’état adulte. Le bec est noir et les pieds sont glacés de gris. Il n’y a même pas le plus léger indice d’un rudiment d’ongle au doigt postérieur, et c’est à tort que les auteurs de la zoologie du voyage du capitaine Freycinet présument que ce manque de tout pouce à l’individu qu’ils ont rapporté peut avoir été occasioné par inadvertance , lors de la préparation de la peau pour l’empaillage. La longueur totale de cette espèce est de huit pouces environ ; j’en ai vu un n’ayant en totalité que six pouces neuf lignes.

Recueil d’Oiseaux, 87e livraison.

PÉLÉCANOIDE BÉRARD.

Le sujet décrit et figuré pi. 37, par MM. Quoy et Gaimard, a été pris à bord du navire, dans les parages des îles Malouines; il fait partie du Musée de Paris.

On doit réunir avec cette espèce, non-seulement le Procetlaria urinatrix des auteurs, mais encore un autre figuré très-récemment par M. Lesson, dans l’atlas du voyage du capitaine Duperrey, et publié, pl. 46, sous le nom de Puffin ou Puffinure de Garnot. On trouve cette espèce sur les mers qui baignent les côtes du Chili; le Pélécanoïde plongeur ou Haladroma urinatrix vit à l’extrémité méridionale des terres de la Nouvelle-Hollande et de la Nouvelle-Zélande.

GENRE ALBATROS (0

GENUS DIOMEDEA. Linné.

Bec très-long, très-fort, tranchant, comprimé, droit, subitement courbé; arête arrondie; mandibule supérieure sillonnée sur les côtés, très-crochue à la pointe; l’inférieure lisse, tronquée au bout.

Narines latérales, éloignées de la base, tubulaires, couvertes sur les côtés, ouvertes par devant, placées dans le sillon.

Pieds courts, seulement trois doigts, très-longs, entièrement palmés, les latéraux bordés par un rudiment; ongles obtus, courts.

Ailes très-longues, très-étroites; rémiges courtes, secondaires longues.

La difficulté qu’on éprouve pour obtenir de bonnes observations sur les oiseaux qui ont établi leur demeure habituelle sur l’immense étendue des mers , a été reconnue par Buffon ; ces pélagiens ailés vivent en effet, dans tout autre temps que celui des pontes et de l’incubation, très - éloignés de toute terre. Dans le peu de semaines consacrées à la reproduction de leurs espèces, ils établissent leur demeure temporaire sur les rivages déserts de terres jetées dans les vastes mers antarctiques, ou sur des îlots, des caps, et des ecueils que les marins s’efforcent d’éviter; les attérages les plus fré-

(0 Voyez l’article Albatros dans les OEuvres du Buffon. Recueil d’Oiseaux, y5*. livraison.

GENRE ALBATROS

quentés par ces oiseaux sont très-souvent ceux vers lesquels les navires, qui sillonnent dans toutes les directions l’immense etendue de l’Océan, redoutent de diriger leur course. Les naturalistes embarqués sur des vaisseaux dont la destination n a point de b scientifique trouvent peu de chances pour établir des observations suivies j et de quelque nature que puisse être la mission d’une campagne maritime, il faut le concours favorable des élémens pour étudier ces oiseaux pélagiens, et pour obtenir un nombre d’individus qui puissent servir à la détermination des espèces: dès lors on ne doit pas être surpris du peu d’ordre qui règne dans la détermination de celles-ci, et du petit nombre qui nous sont exactement connues.

Buffon , guidé par les recherches du plus grand marin de son temps, de ce hardi navigateur anglais, sous la direction duquel le pavillon britannique visita toutes les mers, reconnut cette immense quantité de côtes, et préluda à l’empire de l’Océan ; Buffon dis-je laissa beaucoup à désirer pour le complément de l’histoire de. ces oiseaux. Mais depuis qu’un élan nouveau donné aux recherches scientifiques a porté la marine anglaise et française dans toutes les directions du globe, que des naturalistes choisis dans les cadres de cette marine ont reçu la mission d’étudier les productions des trois règnes, que les vastes colonies des possessions anglaises et neilan daises dans l’Inde ont été explorées d’une manière plus scientifique, et que des Musées, destinés au dépôt des collections rassemblées par les savans, ont été élevés en Europe et en Amérique 5 depuis cette époque, très-rapprochée , l’histoire naturelle vient de faire plus de progrès et a acquis plus de richesses que pendant le temps qul s’est écoulé depuis la découverte des Amériques jusqu’à 1 époque ou les écrits de Buffon ont fait naître ce goût des recherches. La con naissance plus exacte des oiseaux pélagiens a dû nécessairement y

GENRE ALBATROS

trouver sa part; et nous présumons qu’une notice supplémentaire à

cette partie des Œuvres de Buffon ne sera pas dépourvue d’intérêt pour la science.

Les matériaux où nous comptons puiser ont été fournis par les relations et les manuscrits des naturalistes qui ont fait partie des expéditions anglaises, françaises et nerlandaises, par MM. Quoy et Gaifliard, Lesson et Garnot, officiers de santé français 5 Dougald Carmichael , capitaine anglais 5 Boié et Macklot, naturalistes nerlandais. A ces relations peuvent être ajoutées les remarques récentes de Al. Marion de Procé , et les nombreuses observations de cabinets,

dUe *a vue d’un très -grand nombre d’individus recueillis sur les difïerens points du globe nous a mis à même de faire.

Les limites que nous avons dû nous imposer dans le texte de cet

°Uvrage de luxe ne permettent pas d’entrer dans tous les détails fournis par les naturalistes mentionnés; nous donnerons d’une mamère succincte le résultat scientifique le plus propre à faire connoître histoire de ces oiseaux , et à fixer, plus ou moins, les rayons géographiques dans lesquels vivent les différentes espèces. Cette partie, fui traite des oiseaux pélagiens proprement dits, sera divisée en deux

articles : il sera fait mention ici de tout ce qui a rapport au genre Albatros (Diomedea); nous renvoyons au genre Petrel (Procellaria) 1 aux sections, ou petites familles, si l’on veut sous-genres, et même x genres qui en font partie, tout ce qui ne sera pas applicable oiseaux pélagiens en général, car les espèces de Paille-en-queue ^ aëton), forment le dernier groupe des Pélagiens proprement dits.

ÜS n°0S ran8eons de 1 opinion de M. Lesson , en nous écartant sur ^f°int des vues de MM. Gaimard et Marion de Procé, qui ne les P°int sous cette dénomination, dans le fait plus ou moins Uraire et assez insignifiante; car, ainsi que M. Lesson en fait la

GENRE ALBATROS

remarque, il n’y a point d’oiseaux de mer qui soient une année entière sans fréquenter la terre.

La critique faite par M. Marion sur la classification des espèces? et sur la confusion qui règne sous ces rapports dans la notice de M. Lesson, paraît être juste 5 elle est du moins exacte selon nos observations, faites depuis plusieurs années sur un très-grand nombi’e

d’individus, et s’accorde en tout point avec les notes manuscrite8

adressées récemment de Java par M. Boié. Il faut encore convenu avec M. Marion , qu’un observateur aussi judicieux que M. Lesson? qui donne l’exemple d’une réserve bien louable , aurait mieux fait de ne pas publier comme espèce nouvelle son Diomedea empomohoi'a’ établi au vol, lorsque ces oiseaux, que M. Marion associe à l’espèce Exulans, , passaient vers les flancs du vaisseau (1).

Toutes les espèces comprises dans les genres Diomedea etbeS' tris (2) varient singulièrement aux différentes époques de l’âge? et dans les différens états de mue, Y Exulans peut-être plus que se congénères; car il est rare de trouver dans les cabinets trois suje couverts absolument de la même livrée, et qui se ressemblent c0lïl plétement sur toutes les parties du corps. Mes observations sont cou firmées par les relations de MM. Marion et Boié (3). Cette partlCL

v ,v s dont

(1) Nous possédons, en ornithologie, une série encore très-grande d’espèces inédit >

les nombreux échantillons sont offerts à notre investigation; pourquoi donc faire ^

celles qui n’ont point été vues en nature et examinées avec soin? Les espèces nominales eta ^ sur des animaux bien connus, dont les dépouilles existent dans les cabinets, sont»

semble, en nombre plus que suffisant, pour qu’on puisse se dispenser d’augmenter ce vrai tourment du naturaliste, par des espèces qu’on a vu voler dans les airs. ^

(2) Nous connaissons aujourd’hui quatre espèces de Stercoraires (Lestris); savoir? racles , — Pomarina, — Buffonii et Parasitica. M. Vieillot a figuré, Galerie des

pl. 288, sous le nom de Pomarina, un Lestris cataractes.

(5) M. Marion dit, en parlant de huit individus de Y Exulans tués par lui : «

« batros, et tous ceux qui arrêtèrent notre attention parmi les deux ou trois cents 11

GENRE ALBATROS

îarité bien constatée ne laisse plus aucun doute sur l’identité de D. exulans et spadicea : pour ce qui concerne les quatre autres espèces distinctes, nous présumons que les trois figures données dans ce recueil, et la description des espèces sous Brachyura , — Melanopliris ,

■ — Chlororhynchos et Fuliginosa, ne laisseront plus aucun doute sur l’existence bien constatée de cinq espèces d’Albatros, dont Exulans, que nous proposons de désigner sous le nom d’ Albatros mouton, forme l’espèce la plus grande et la plus remarquable.

Ces oiseaux jouissent en général d’un système d’organisation robuste, et approprié au vol de longue haleine. Les Pétrels et les Albatros ont des ailes aiguës, effilées ; leurs muscles sont terminés par d épais tendons qui leur permettent d’exécuter des trajets immenses sur la pleine mer; leurs pieds, largement palmés, leur facilitent les moyens de se reposer sur les vagues ; leur vue perçante rend inévitable la perte du poisson, dont ils sont avides, et qu’ils saisissent, non en plongeant, mais en rasant la surface des flots. Les navigateurs rencontrent fréquemment ces oiseaux à des distances inouïes de toute terre, et ce n’est que rarement quon les voit dépasser les limites ou les zones qu’ils habitent de préférence. Ces oiseaux fréquentent toutes les mers, et pour ainsi dire dans toutes les saisons; les observations du capitaine Carmichael à l’île de Tristan da Cunha

'< dont se composait leur troupe, me parurent de la même taille, et j’oserais dire de la même (< espèce, quoiqu’il n’y en eût pas deux qui présentassent exactement les mêmes couleurs. Il (< y en avait d’entièrement roux; d’autres roux sur le dos, avec la tête et le ventre blancs; (( plusieurs étaient bruns , avec la partie antérieure de la tête et le dessous des ailes du plus (< beau blanc; d’autres avaient seulement le dos gris; quelques uns enfin étaient tout blancs. (( Que l’on ne croie pas, au surplus, que ces différences provinssent de celles de l’âge ou du c< sexe; tous, je le répète, étaient de la plus grande taille, de dix à onze pieds d’envergure, (( et deux individus mâles que je disséquai me présentèrent des plumages très-différens l’un 1 autre. » — Tous ces détails ne diffèrent pas de ceux fournis par JkfJkl . Boié et Macklot .

GENRE ALBATROS

tendent à confirmer que dans le temps des amours et de la reproduction ils s’éloignent moins des terres où sont leurs petits : dans tout autre temps de l’année l’immense étendue de l’Océan semble être leur séjour habituel. Ce n’est pas seulement dans les tourmentes,

les coups de vent et lorsque les vagues sont très-élevées qu’on

aperçoit les Albatros , leur puissant moyen de vol se joue il est vrai des plus fortes tempêtes, mais ils se balancent aussi avec grâce et semblent voguer dans le fluide de l’air pendant les calmes et la sérénité de l’atmosphère. M. Boié confirme ce fait, contraire à l’opinion de M. Gaimard, qui croit que, lorsque le calme aplanit la surface de l’océan, ils fuient vers d’autres régions, pour reparaître avec les vents. Leur vol s’effectue toujours en planant 5 s’ils battent quelquefois des ailes, c’est pour s’élever avec plus de rapidité: le plus habituellement leurs ailes étendues forment en dessous une concavité; elles n’offrent point de vibrations apparentes, quelles que soient les positions que ces oiseaux puissent prendre, soit qu’effleurant la surface de fonde ils soumettent leur vol à ses ondulations, soit que s’élevait ils décrivent de grandes courbes autour des vaisseaux ou des cétacés flottans qui leur servent de pâture. Ils ont beaucoup de peine à prendre leur vol quand ils sont une fois reposés sur l’eau; pour le faire il ^aUt qu’ils y soient contraints par un motif puissant : on les voit alors cou rir sur beau l’espace de plus de quarante à soixante toises avant de réussir à s’élever; en nageant, ils fuient avec une grande vitesse. V^s le vol ils s’élèvent avec facilité, tournent brusquement sur eux*mêmeS à Laide de leur queue, et vont contre le vent le plus fort, sans que leur marche en paroisse ralentie, et sans imprimer à leurs ailes un bat tement qui soit sensible à l’observateur: aussi toutes les relations s ac cordent sur la force prodigieuse de leurs moyens de vol; on a v des Pétrels voler pendant plusieurs jours de suite. Après s’être abatte

GENRE ALBATROS

sur les eaux ils tiennent les ailes étendues un instant; couchées contre le corps, elles nuisent à 1 élégance des formes par le renflement qu’elles produisent vers la partie postérieure du corps.

C’est vraiment, dit M. Gaimard, de ces oiseaux qu’on pourrait dire avec justesse qu’au lieu de manger pour vivre, ils semblent ne vivre que pour manger . La plus grande partie de leur vie est employée à parcourir l’Océan, et à rechercher péniblement une nourriture presque aussitôt digérée que prise (1).

Les relations des voyageurs nous apprennent encore qu’on n’a point trouvé dans l’estomac des Albatros des débris de poissons ou de mollusques. Nous avions beau, dit M. Gaimard, être entourés de poissons volans, de méduses, de biphores, de physales, de vélelles, ils ne s’en nourrissaient point, et recherchaient avec avidité d’autres alimens. On trouvait toujours dans leur ventricule des débris de sèches et de calmars. Mais M. Marion a rencontré des troupes de ces oiseaux sur le corps d’un énorme cétacé flottant sur les ondes; et M. Carmichael assure que leur principale nourriture consiste en charogne et en débris de ces géans des mers ; ce qui porte à croire qu’ils fie sont nullement piscivores.

Jusqu’ici nous avons offert le résumé des observations faites en pleine mer sur ce genre d’oiseaux; la relation très -intéressante de Carmichael nous fournit les moyens de compléter leur histoire

(r) On peut en dire autant de tous les oiseaux des hautes mers; les espèces des genres Lesr'Ls 3 Parus , Sula , etc., ont la même voracité' lorsqu’elles vivent dans l’abondance; mais en emPs de disette et dans les grandes tourmentes des e'iëmens , tous ces oiseaux, les Albatros * ^es Pétrels, selon M. Boié, pas même exceptés, supportent très-long-temps la faim et la Ovation complète, pendant plusieurs jours, de toute nourriture; car il est prouvé que les ^ atros et les Pétrels, à la suite de fortes tempêtes de très-longue durée , sont aussi maigres les Stercoraires , les Mouettes , les Pingouins et les Macareux qu’on trouve souvent ex- ^lr6s de faim le Ions; des côtes maritimes.

GENRE ALBATROS

par des observations faites dans file Tristan da Cunha, située au 37 e* degré latitude sud. Ces notices servent à remplir les lacunes de la connaissance plus générale des mœurs et des habitudes de ces oiseaux. L’auteur compte quatre espèces; mais il sépare nominalement YExulans du Spadicea, quoique leur attribuant les mêmes mœurs : ce qui confirme, selon mon opinion , de la manière la plus authentique, l’identité que nous venons de signaler plus haut; identité constatée par les voyageurs et par toutes les observations que nous avons été à même de faire sur une multitude d’individus.

A notre retour, en nous promenant dans les montagnes, dit M. Dougal-Carmichael, nous passâmes parmi des troupes d’Albatros? occupés de l’incubation ou donnant leurs soins à leurs petits. Il y en a de quatre espèces qui couvent dansl’ile : aucune d’elles pond plus d’nn œuf, Diomedea Exulans , Spadicea, Chlororhyncos et Fuliginosa j bs deux premiers ne se donnent aucune peine dans la construction & leur nid: le plus souvent c’est un endroit sec, un peu concave p°Lir éviter la chute de l’œuf; cet œuf est blanc, très-gros, sing ulièrexnen1 oblong, et d’égale grosseur aux deux bouts.

Diomedea fuliginosa est très-abondant dans cette saison; le°rS nids sont très-rapprochés les uns des autres : dans un espace envir011 d’un acre, j’en vis plus de cent. Ces nids sont construits de bonc^ élevés de cinq ou six pouces, et légèrement déprimés au faîte. A *G‘ poque de notre passage, les jeunes avaient atteint plus de la moitie de leur accroissement, et étaient couverts d’un duvet blanc. Il y avalt quelque chose de grotesque dans l’attitude de ces oiseaux posés com^e autant de statues sur ces petits monticules, et ne se dérangeant o11 lement à notre approche. Parvenus tout près d’eux, ils formèi’e^ un cliquetis singulier avec leurs becs, et si nous les touchions? 1

tY\2iC*

lançaient sur nous un déluge d’huile fétide sortant de leur eston

GENRE ALBATROS

Diomedea chlororhynchos, construit son nid isolé et à l’écart dans quelque angle, choisissant particulièrement les rigoles étroites qui portent l’eau des terres dans les ravins; c’est là qu’il élève le nid, dans une forme pyramidale, à la hauteur de dix ou douze pouces, avec une digue autour de la base. Il est remarquable qu’étant irrité, les plumes des joues se séparent, comme pour laisser apercevoir une bande de peau nue de couleur orange, allant de la commissure du bec jusque vers l’occiput.

Tous ces oiseaux nourrissent leurs petits en dégorgeant les alimens ; on ne les voit jamais porter aucune proie dans le bec, car la chair putiide et visqueuse des cétacés et des phoques qui leur sert de nourtituic piincipale, nest pas une substance transportable à quelque distance que ce soit. Ils ne montrent aucune défiance, et pas la moindre disposition de se déranger de la route qui nous conduisait vers eux, pas même étant frappés ou enlevés de leur nid vers lequel ds se dirigeaient incontinent. Ils ont de la peine à se servir de leurs mies pour prendre l’essor, et sont obligés de courir l’espace de vingt ou trente toises avant de quitter la terre 5 aussi ont-ils l’habitude de se rendre sur les bords des précipices, où du haut des rochers ils s élancent dans les airs.

Nous terminons cet article par un aperçu sur la répartition géographique des Albatros, et par l’index de ces espèces, dont la connaissance est basée sur des observations souvent renouvelées, et qui °nt été constatées par l’examen des dépouilles.

Les voyageurs à bord de la Coquille virent des Albatros dès le

• degré de latitude sud; mais les parallèles qu’ils aiment de présence sont dans l’intervalle de 55 à 4o°.

diomedea exulans est de toutes les espèces celle qui s’éloigne e plus de toute terre; il n habite, dit M. Lesson, que les latitudes

Recueil d’Oiseaux, 75°. livraison.

GENRE ALBATROS

extra-tropicales, et c’est principalement dans les mers qui baignent les trois grands caps avancés dans le sud qu’on l’observe le plus communément. M. RoquefeuiU dans son voyage de circumnavigation, dit en avoir tué dans les mers des côtes nord-ouest de l’Amérique. M. Gaimard vit Y Exulans près de la terre de feu , par le 55° de latitude, dans la baie française aux îles Malouines, et enfin longeant la côte orientale d’Amérique, s’avancer jusque sous le tropique.

Le tableau suivant nous a été adressé de Java par M. Boié; Ü repose sur des observations chronologiques faites dans la traversée du cap de Bonne-Espérance à l’île de Java.

Le 22 avril, par latitude orientale 37° 5 1', et longitude orientale 24° 5o', nous vîmes Diomedea fuliginosa. — Exulans. Procellaria fregatta , cœrulea , et deux espèces indéterminées.

Par latitude 38° 26', et longitude 26° 55', Diomedea fuliginosa et Procellaria fregatta.

Par latitude 3g° 14' , et longitude 28° 4o', Diomedea fuliginosa , et Procellaria fregatta .

Le 2 mai, par latitude australe 87°, et longitude orientale 4o ? Diomedea fuliginosa . — Exulans et toutes les procellaires vues aU cap de Bonne-Espérance.

Le 4 mai, par latitude australe 4o° 26', et longitude orient9 6i° ii', Diomedea fuliginosa. Procellaria capensis et urinatrix •

Le g mai, latitude australe 4i°, et longitude orientale 78, ^l0

medea fuliginosa. — Exulans. Procellaria gigantea. — Pujfrius-

Desolata. — Fittata. — Urinatrix. -r— Cœrulea. — Fregatta ; y deux autres indéterminées, et Lestris cataractes.

Le 12 mai, latitude australe Sg0, et longitude orientale 87°* ^ ^ medea fuliginosa , chlororhynchos et exulans. — Procellaria caV sis, et Lestris cataractes.

GENRE ALBATROS

Le 17 mai, latitude australe 34°, et longitude orientale 970. Procellaria capensis, et Lestris cataractes .

Le 19 mai, latitude australe 3i°, et longitude ioo°. Diomedea melanophris et chlororhynchus . Procellaria fregatta et Capensis .

Les espèces qui nous sont bien connues sous toutes les livrées , sont :

Esp. 1. Albatros mouton. Des pi. enl. 23 7 de Buffon, sur un sujet en livrée d adulte, auquel on doit ajouter toutes les variétés indiquées par les auteurs, et l’espèce nominale du Chocolat albatros des navigateurs anglais, que les méthodes désignent sous D. spadicea. Notre espèce porte le nom de Diomedea exulans. Patrie , les mers

antarctiques dés deux mondes , le plus souvent à de grandes distances de toute terre.

Esp. 2. Albatros a courte queue ou trapu, e propose de désigner ainsi Y Albatros de la Chine , des pl. enl. 963 de Buffon, et en latin par le nom de Diomedea brachiura. Nous publierons la description de cette espèce donnée erroneusement comme variété. Patrie, les mers antarctiques de l’australe- Asie, entre le Japon et l’Océanie.

Esp. 3. Albatros sourcils noirs, de nos pl. col. 456. Espèce souvent confondue avec le Chlororhynchos , et quelquefois avec YExulansj c est Diomedea melanophris. Patrie, les mers qui baignent les tiois grands caps des régions australes ; commun au cap de Bonne- Espérance.

Esp. 4. Albatros ruban jaune. L’adulte figure d’une manière reconnaissable dans le Synopsis de Lath. , vol. 5, tab. 94. Voyez aussi 1 adulte de nos pl. col. 468. G est le véritable Diomedea clororhynchos des catalogues méthodiques. Patrie , les régions antarctiques très-éloignées de toute terre.

GENRE ALBATROS

Esp. 5. Albatros fuligineux. L’adulte pl. col. 46g, toujours facile à distinguer à son bec noir et par sa queue conique. C’est DiomedeA fuliginosa. Patrie, commun dans toutes les mers australes et dans les régions des trois grands caps.

Albatros

soi/rei/jŸ m>iïs, adufa.

Prêtre^

ALBATROS SOURCILS-NOIRS

DI O ME DE A ME LA N OPHIIIS. Boié

U Adulte. — Planche 456.

Cette espèce, toujours confondue avec Diomedea chlororhyn ch os, notre Albatros ruban jaune, pl. col. 468, n’est pas nouvelle; elle est même bien plus commune que cette dernière dans les collections d’histoire naturelle : c’est à elle qu’on croyait devoir appliquer le nom systématique de chlororhynchos , qui, dans le fait, lui conviendrait mieux qu’à F Albatros ruban jaune ; mais ce dernier ayant été désigné sous ce nom dans les catalogues systématiques, nous le lui conserverons, quoiqu’il soit peu analogue, vu la couleur du bec, constamment, et dans tous les âges, d’un noir profond; ce bec est surmonté, tout le long de l’arète, par un ruban jaune, caractère dont on peut, à la rigueur, faire dériver la dénomination de chlo- J'orhynchos.

Sans s’arrêter plus long-temps à la revue de cette distinction nominale, nous ferons valoir les différences qui servent à reconnaître deux espèces toujours confondues, que M. le docteur Boié a été à même d’observer soigneusement pendant sa traversée d’Europe au

Recueil d’Oiseaux, 77e. livraison.

ALBATROS SOURCILS-NOIRS

cap de Bonne-Espérance, et de cette pointe méridionale de l’Afrique à l’île de Java.

L’espèce figurée pl. 456 , ou Y Albatros sourcils-noirs diffère de celui pl. 468, ou Y Albatros ruban jaune , par les caractères marquans que nous signalons ici :

i° Par la taille toujours d’un tiers plus forte; 2° par la grandeur, la force et la couleur du bec; 5° par la forme que présente la base nue du bec vers la partie frontale où les plumes commencent: dans le melanophris la partie nue se dessine en demi*cercle et en plaque relevée qui s’avance entre les plumes : chez le chlororhynchos la base frontale est coupée transversalement en ligne droite; 4° par la couleur de l’iris des yeux, jaune dans la première espèce, et brune, dans tous les âges, chez la seconde; 5° la première, à toutes les époques de la mue, porte une bande sourcillière ou un trait noir ou noirâtre au-dessus et vers les bords de l’orbite des yeux; cette bande manque à l’autre espèce, dont le bec, dans l’adulte comme che2 le jeune, est en grande partie noir.

Le plumage de l’état adulte chez l’espèce melanophris est d’un blanc éclatant, il faut en excepter les parties orbitaires toujours noires ou noirâtres ; la partie supérieure du dos , le manteau et les ailes, qui sont d’un beau noir bleuâtre; les rémiges d’un gris ardoise à pointe noire; la queue plus ou moins noirâtre à baguettes des pennes blanches. Le puissant bec de cet oiseau est un peu dilate sur les côtés et fortement crochu; sa couleur est d’un jaune orange plus ou moins vif à pointe plus ou moins rougeâtre; les pieds sont d un jaune safran. Les dimensions varient bien peu selon les sexesla femelle, toujours un peu plus grande que le mâle, porte en Ion' gueur totale, deux pieds six pouces.

Les jeunes sont faciles à reconnaître de ceux du chlororhynchos >

ALBATROS SOURCILS-NOIRS

même lorsqu’ils ont encore le bec noir ou noirâtre et la pupille brune: i° à la forme et à la force du bec 5 20 à la coupe de la plaque frontale; et, 3° aux sourcils d’un cendré beaucoup plus foncé que le reste du plumage.

Ces jeunes ont le plumage totalement gris brun, ou d’un gris plus ou moins nuancé de blanchâtre, souvent d’un blanc sale ou varié de blanchâtre et de cendré $ les ailes et le manteau d’un brun-noirâtre 5 le bec d’un noirâtre terne, plus ou moins marbré de jaunâtre selon l’âge des individus, et les pieds livides.

Voyez, pour la répartition géographique de cette espèce, tout ce qui a été dit à l’article des généralités sur le genre Albatros.

On le trouve assez communément dans la baie du cap de Bonne- Espérance.

Les individus du Musée des Pays-Bas sont du Gap, de la Nouvelle-Hollande et des mers antarctiques.

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