‹ Nouveau théâtre de salonChapitre 106 sur 132 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

Li:s Mêmes, moins ANTOINETTE.

ROBINEAU

Elle est charmante, n'est-ce pas, Antoine?

ANTOINE

Plus belle et pins jeune que mademoiselle Clairon.

Mais le talent! ah! le talent!

ANTOINE

Mais la beauté! mais la jeunesse! mais la fraîcheur! Mademoiselle Clairon vient d'atteindre son ltuitième lustre.

ROBINEAU

Ce qui fait?

ANTOINE

Quarante ans.

ROBINEAU

Bah ! le talent ne vieillit jamais.

ANTOINE

• •ni, quand on le regarde à dislance. Il ne faut pas l'épouser.

ROBIHEAD.

Antoine, je ne te paye pas pour contrarier mes goùls; lu dois être toujours de mon avis.

ANTOINE

Soit. On est plus jeune à quarante ans qu'à vingt.

RODINEAU.

Et j'épouserai mademoiselle Clairon.

ANTOINE

Si M. de Valbelle vous le permet.

ROBIN-EAU

Antoine, j'ai là sur moi, dans mon portefeuille, une lettre de cachet pour faire enfermer mademoiselle Clairon au Fori'Évêque; et là, dans mon parc, deux limiers du lieutenant de police qui attendent mon ordre. M. de Valbelle, le fier gentilhomme, n'épousera jamais une femme qui a connu le régime du For-1'Évèque.

ANTOINE

Et si mademoiselle Clairon apprend que c'est vous qui...

ROB1NEAU

Elle ne saura rien; j'irai la délivrer, et elle me bénira. Antoine, je compte toujours sur ton dévouement. Tu m'obéiras en toute occasion.

ANTOINE

Et en aveugle.

ROBINEAU

As-tu besoin d'argent aujourd'hui?

ANTOINE

Et demain aussi.

ROBINEAU, donnant une bourse.

En voilà pour six mois.

ANTOINE

L'année en a douze.

ROBINEAU

Non, nous sommes en juillet; compte... As-tu fait mon quatrain pour mademoiselle Clairon?

Il me manque le dernier vers.

ROBINEAU

Je t'en ai payé quatre d'avance.

ANTOINE

Oui, mais il est plus aisé de les payer que de les faire.

ROBINEAU, prêtant l'oreille.

Ali! mon Dieu! j'entends le carrosse de mademoiselle Clairon... Vite, le quatrième vers... Dix pistoles de plus...

ANTOINE

.le le tiens!... Vous présentez votre bouquet, vous vous inclinez avec grâce... en secouant un peu les épaules... bien... vous vous relevez d'un air noble... et vous déclamez ce quatrain :

Oui, ces roses, fleurs de l'amour, C'est votre famille si belle.

Toutes vos sœurs vivent un jour, Et vous êtes seule immortelle !

ROBINEAU

Parfait! Va me chercher le bouquet. Voyons si je me le rappelle...

11 cherche.

Oui, ces roses, {leurs de l'amour...

ANTOINE, qui est sorti un moment, revenant avec des roses.

Voilà le quatrain écrit.

Très-bien ! je vais l'étudier. . .

Il se met à l'écart.

ANTOINE, à part.

Ah ! quand j'aurai fait ma fortune, je vais l'envoyer à tous les diables, ce fermier général.

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