SCÈNE M
Les Mêmes, LE BARON, LA CAUCHOISE.
LÉONARD, à part.
Ah! le voilà découvert, ce secret horrible! comme dit M. Ihicis... il y a un enfant sous cloche !
UNE EDUCATION. bi
LE BARON , à Marguerite.
Mademoiselle, prenez dans vos bras la haute et puissante demoiselle Yolande de Frontezac... Prenez donc, vous dis-je! et ne la laissez pas tomber. A cet âge, on se casse comme du verre.
CHARLES
Que diable signifie tout ceci?
LÉONARD, à part.
Je continue à tomber de la lune.
LE BARON, d'un ton solennel.
Chevalier Charles Desgraffm.s, je vous fiance à mademoiselle Yolande de Frontezac, âgée de neuf mois six jours (tirant sa montre) et vingt-cinq minutes. Vous l'épouserez, en légitimes noces, le 8 juillet 1786, lorsqu'elle aura atteint quatorze ans révolus... Vous allez lui jurer serment de fidélité...
CHARLES
A cette mioche?
LE BARON
C'est votre femme ; habituez-vous à parler d'elle avec respect... Levez la main et jurez.
CHARLES, levant la main; haut.
Je jure.. . (bas) que je ne comprends rien à tout cela.
LE BARON, à .Marguerite.
Vous, mademoiselle Marguerite, comme marraine babillarde... je me sers du mot consacré; vous jurez serment de fidélité au chevalier Charles Desgraffins.
MARGUERITE, à part.
Volontiers... (Haut.) Je jure d'être fidèle au chevalier Charles.
LE BARON
Parfait!... Maintenant, mon neveu, donnez à mademoiselle Yolande le baiser des fiançailles. .. (Se retournant vers Léonard.) Que. pensez-vous de cette cérémonie?
Elle est magnifique!
Pendant ces derniers mots, Charles embrasse trois fois Marguerite. LE BARON.
Ce mariage assure dans ma noble maison l'héritage des Frontezac, et met en mes mains l'usufruit des biens patrimoniaux pendant quatorze ans. Est-ce adroit, cela?
LÉONARD
Monseigneur, permetlez-moi de vous admirer.
LE BARON, se posant.
Dépêchez-vous; il faut que je rentre.
LÉONAItD.
C'est fait.
LE BARON
Charles, avez-vous donné le baiser des fiançailles?... La marraine babillarde est tenue de rendre le baiser au fiancé... (a part.) Allons, Cbarles, lais un effort ; résigne-toi à te laisser embrasser par une villageoise stupide. La cérémonie l'exige.
CHARLES
Je me résigne.
Marguerite embrasse Charles.
LE RAIION.
Charles, employez ces quatorze ans à apprendre vos dci voirs de mari et de père.
UISE ÉDUCATION.
CHARLES
Je vais commencer ce soir.
Le baron fait Un signe à la Cauchoise, qui reprend l'enfant. LE BARON, 11 sort d'un pas solennel, en chantant.
Air dit Menuet d'Exaudet.
Fiançons
Les garçons
Et les filles ; Au berceau, marions-les, Qu'ils soient beaux ou qu'ils soient laids, Dans les nobles familles.
Chantez avec moi cet antique refrain des fiançailles.
On chante en chœur, en accompagnant le baron. LÉONARD, prenant Marguerite par le bras et l'entraînant.
Petite sotte, rentrez maintenant.