‹ Nouveau théâtre de salonChapitre 66 sur 132 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

LE COMTE

Oh! quelle admirable représentation! Elle a rempli mes rêves de toute la nuit! Corinne a été superbe! Et moi j'ai laissé au théâtre le peu de raison qui me restait; j'en suis sorti comme on sort d'un incendie, la flamme au front, le délire au cerveau, l'épouvante au cœur! foudroyé par la grâce de cette femme et ne sachant où me réfugier pour trouver ce calme et ce sang-froid si nécessaire à l'homme qui tient dans sa main la destinée d'un peuple! Oui! je suis dans un de ces moments de crise où la pensée n'a pas de repos! Je ne sais à quel souci donner audience... Politique et amour, deux mots qui se heurtent et ne s'accordent ni dans la tète, ni dans le cœur!... Hier, au théâtre, la duchesse n'a pas un instant perdu de vue mon jeune prince : j'avais adroitement désigné à l'attention de la duchesse le jeune aspirant, qui, je l'imagine peut-être, me semblait beaucoup plus préoccupé de Corinne que de la duchesse. Ah ! c'est un mirage de ma jalousie, la duchesse l'emportera sur l'artiste. Tout nous serait rendu, la Finlande, les douze millions de la France et les diamants de la reine Ulrique! Trois conquêtes sans livrer une bataille! Ah ! ce serait le pacifique triomphe de la diplomatie et la gloire de mon nom!... Corinne!... Malgré moi je

relorabe toujours dans cetle pensée. Oh ! faiblesse des forls! On est au-dessus de tous, on commande aux plus grands, on est assis à côté du trône, et cette domination s'écroule devant une femme ! le courage tremble devant un geste, le pouvoir se fait esclave aux pieds d'une enfant! Et maintenant... faut-il maudire celle femme? faut-il la chasser de mon souvenir?... Non... il faut l'aimer!...

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