CONGESTIONS PULMONAIRES CHRONIQUES
les affections cardiaques, dans celles qui mènent à l'asystolie chronique surtout, qu'on les observera. La congestion et l'œdème chroniques constituent la lésion fondamentale du poumon cardiaque : on les rencontrera surtout dans les affections du cœur gauche, en première ligne dans le rétrécissement mitral, puis dans le rétrécissement aortique. A côté des affections cardiaques, il faut citer aussi les affections rénales comme cause de la congestion et de l'œdème chroniques. Les phénomènes y sont cependant plus transitoires. Le mécanisme est un peu différent et rappelle celui de l'œdème aigu ; l'influence toxique y est prédominante; cependant, à la dernière période des affections du rein, le cœur fléchit, et les symptômes pulmonaires observés reconnaissent le même mécanisme que dans les affections du cœur gauche.
ANATOMIE PATHOLOGIQUE. — On peut décrire trois périodes dans l'évolution des lésions des congestions et de l'œdème chroniques :
1° Période de congestion prédominante :
2° Période de congestion et d'œdème :
3° Période de sclérose aboutissant à l'induration brune.
Étude macroscopique. — Période de congestion prédominante. — Le poumon hyperémié est tendu, lisse, augmenté de volume : il est plus résistant à la pression, moins crépitant, surnage moins. Sa coloration est bleuâtre, d'un rouge livide plus ou moins violacé. Cet aspect prédomine surtout aux bases des poumons. La congestion est double et, assez souvent, s'accompagne d'un épanchement séreux dans les plèvres. La coupe du poumon est plane etlisse, elle laisse sourdre du sang noir en plus ou moins grande abondance. A une période plus avancée, le poumon devient plus dur, plus compact (induration rouge).
Période de congestion avec oedème. — Les lésions d'œdème dominent, le poumon est moins dur, il garde l'impression du doigt, présente une coloration moins foncée, jaunâtre, fauve, pâle, par places. — Il s'écoule à la coupe une sérosité rosée abondante; sur d'autres points, les lésions congestives dominent; on peut même trouver des foyers hémorragiques. Ces foyers, d'une coloration pourpre noire, se dégradent sur les bords d'une façon diffuse par des nappes d'œdème hématique, donnant à la coupe l'impression d'un parenchyme infiltré de gelée de groseille; sur d'autres points de leur pourtour, ils se terminent par des lobules dessinant des festons, soit remplis de sang noir (apoplexie lobulaire), soit occupés par une masse hématique d'une couleur rouge orangé ou brun.
Troisième période : sclérose. — Elle se dessine d'abord parce que Boy-Tessier désigne sous le nom de délimitation plus nette des lobules pulmonaires. Il est très difficile de reconnaître le cloisonnement interlobulaire sur le poumon sain: chez les cardiaques, au con-
traire, cette délimitation est assez apparente, Burtoul dans Les parties fortement colorées par le pigment sanguin. On voit, à la surface du poumon, des tractus blanc grisâtre dessiner un réseau circonscrivant des espaces polygonaux, qui répondent aux lobules. Ces tractus sont reliés entre eux par des lignes plus fines, irrégulières. Boy- Tessier (1) décrit, à côté de la sclérose systématisée lobulaire, une sclérose disséminée due à l'endartérite pulmonaire.
A cette période, le parenchyme s'indure d'une façon diffuse, donne à la coupe la sensation d'un poumon congelé, et a l'aspect spongioïde [induration brune .
Étude histologique. — Lésions de congestion. — Les capillaires distendus, remplis de sang, forment des anses et des bourrelets saillants dans l'intérieur des alvéoles.
Les cellulesépithéliales sont tuméfiées, vésiçuleuses ou granuleuses, chargées d'hémoglobine.
Quelques-unes d'entre elles, contenant du pigment jaune, rouge ou noir (cellules cardiaques), sont détachées de la paroi, et forment, avec des globules blancs et de rares globules rouges, le contenu de l'alvéole. On peut trouver quelques fibrilles de fibrine.
Lésions d'oedème. — Elles ont été bien étudiées par Honnorat (2). Il distingue trois périodes : œdème transsudatif, diapédélique, hématique.
Œdème transsudatif. — Les capillaires gorgés de sang sont très apparents. La cavité alvéolaire est remplie par du liquide de transsudation.
Il existe sur la paroi des alvéoles une ligne de revêtement presque continue, formée soit par des cellules aplaties un peu granuleuses soit par des cellules cubiques ; quelques cellules revenues à l'état indifférent et de forme globuleuse se retrouvent au milieu de l'exsudat, ainsi que quelques leucocytes. Le liquide transsudé, non fibrineux, mais coagulable, montre sur les points voisins du parenchyme resté sain des moules de bulles d'air à l'aspect chatoyant comme des perles creuses ou des boules de leucine. Dans les autres parties du lobule, l'œdème procède comme dans le tissu conjonctif. La constitution embryonnaire normale du tissu connectif qui entoure les bronchioles terminales s'exagère ; la bande de tissu connectif modelé, satellite de la branche intralobulaire, présente de nombreuses cellules embryonnaires en îlots fusiformes. Auniveau du pied de chaque lobule, le tissu connectif lâche offre des lésions d'œdème vulgaire et prend une apparence gélatineuse. Les lymphatiques sont développés, remplis de leucocytes aussi bien sous la plèvre qu'entre les lobules. Quant aux bronches, la membrane vitrée triple de volume: le derme montre,
(1) Boy-Tessier, Le poumon cardiaque {Revue de méd., 1894, n° 12).
(2) Honorât, Du processus histologique de l'œdème pulmonaire d'origine cardiaque. Lyon, 1887.