I. — FORMES ATTÉNUÉES
Dans un premier groupe de faits se placent les fièvres typhoïdes à symptomatologie fruste, dans lesquelles le syndrome typhoïde est atténué (fébricule typhoïde, synoque, embarras gastrique fébrile), à peine ébauché (f. typhoïde ambulatoire) ou même complètement absent (f. typhoïde latente).
1° Fébricule typhoïde, synoque, embarras gastrique fébrile typhique. — Toutes les épidémies de fièvre typhoïde légitime permettent d'observer un certain nombre de cas d' « embarras gastrique fébrile » qui, comme l’admettaient déjà Hérard, Villemin, Guéneau de Mussy, ne sont que des typhoïdes très légères, des « typhoïdettes ». L’hémoculture et le séro-diagnostic, prâtiqués en pareils cas, ne permettent aucun doute, et, pendant la guerre actuelle, ces formes légères se sont montrées particulièrement fréquentes (Étienne) (!). M. Léon Bernard(?) a pu en authentifier 33 cas, par l'hémoculture, dont onze cas chez des sujets non vaccinés. Cela ne signifie pas que l'embarras gastrique fébrile soit toujours de nature typhoïde, tant s’en faut; mais il l’est fréquemment, surtout en période épidémique.
Son début est parfois brusque, caractérisé par un frisson, de la céphalalgie, des vomissements. Plus souvent il est lent, insidieux, marqué par de la lassitude, de la courbature, un peu de céphalée, des frissonnements. Au bout de quelques jours, les malades présentent tous les signes de lembarras gastrique : une anorexie absolue, la bouche empâtée, la langue chargée, saburrale en son milieu, pa AG des vomissements. La conslipalion est de règle. La température atteint 39°,5 40°,
Malgré celte RO Rae le tuphos, la prostration sont complètement Das le malade répond parfaitement aux questions posées. Le plus souvent, en examinant ces sujets, on trouve, bien que très atténués, les autres éléments du syndrome typhique : la splénomégalie et les taches
1. Érienne. Les embarras gastriques fébriles sDéraIens ou à bacilles paratyphiques. Annales de Médecine, 1919, n° 6.
2. LÉON BERNARD. Les formes légères de la doihfcniene et l'embarras gastrique
fébrile. Les limites de la fièvre typhoide. Annales de Médecine. Janvier-Février 196. ÆTIL:PE37,
SYMPTOMATOLOGIE. Fasc. III. — 0!
rosées. Mais leur durée est éphémère. Les taches rosées, qui peuvent d’ailleurs être très abondantes et volumineuses, apparaissent généralement le cinquième, le sixième jour, parfois plus tôt. Quand elles surviennent plus tard, vers le 8, le 10: jour, leur éclosion coïncide avec la terminaison de la maladie.
Celle-ci, en effet, n'excède presque jamais en durée huit à dix jours; assez fréquemment mème, elle guérit plus tôt. La température, après avoir pendant deux à trois jours stationné autour de son maximum, s’abaisse, soit brusquement, soit d’une façon irrégulière. La guérison est la règle absolue. Les complications sont absolument exceptionnelles. Bien que L. Bernard - ait observé parfois des bronchites, des congestions pulmonaires, des otites, des réactions méningées, de la cholécystite, une néphrite héma-
: : 2 æ EHESS ARrES |] turique, ces complications ont Eu ne SoRrr été remarquables par leur sim- CEE
plicité et leur bénignité.
2 Fièvre typhoide ambulatoire. — Cette forme, plus insidieuse encore que la précédente, est, son nom l'indique, caractérisée par le fait que le typhique peut rester.levé et continue souvent à vaquer à ses occupations. Elle a été décrite, il y a longtemps, en Angleterre par Hewetlt, en France par Louis, Vallin, Chomel, sous le nom de « forme latente » :
l'expression « ambulatoire », Fig. 4. — Fièvre typhoïde à forme d’embarras employée par Liebermeister, est gastrique fébrile. préférable, en ce qu’elle traduit le caractère clinique essentiel de la maladie, dont la latence n’est souvent que de faible durée.
Les sujets traînent pendant plusieurs jours, avec un malaise général, une sensation de fatigue, un peu de céphalée, de l’anorexie, souvent une diarrhée légère. Ils se croient atteints d'embarras gastrique léger. La fièvre peut être complètement absente (Liebermeister, Vallin, Jaccoud); le plus souvent, cependant, elle existe, mais modérée, ne dépassant guère 382,5 à 39°.
On est parfois surpris, en examinant de tels sujets, de constater la! pré sence de splénomégalie et même de taches rosées lenticulaires.
Le principal intérêt de cette forme ambulatoire est son pronoshe. Il est loin de répondre à l'allure insidieuse de la maladie. Sans doute, celle-ci guérit assez souvent, en conservant jusqu'au bout son caractère ambulatoire. Mais fréquemment, après douze à quinze jours, l’état général s'aggrave et la scène change brusquement : on voit s'installer le tableau classique de la fièvre typhoïde. Plus souvent encore, en pleine période: ambulatoire, un accident soudain éclate, qui « fixe à la fois le diagnostic et le pronostic » (Jaccoud). C’est une pneumonie, une hémorragie cérébrale,