‹ Nouveau traité de médicine (volume 4)Chapitre 23 sur 197 · PLANCHE IV · texte numérisé non relu

PLANCHE IV

Demoulin, Sc.

£. Normand, Phot.

Broncho-pneumonie tuberculeuse, (Pneumonie caséeuse)

Masson ET Ci*, ÉDITEURS.

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ANATOMIE PATHOLOGIQUE. Fasc. XII, — 51

Splénisation tuberculeuse .— On groupe sous ce nom les lésions inflammatoirés alvéolaires qui ne ressortissent directement ni à la tuberculose folliculaire, ni à la pneumonie caséeuse. Elles constituent une véritable « zone d'extension » au pourtour des lésions tuberculeuses pneumoniques et bronchopneumoniques. Cette extension se fait par larges placards qui ne semblent respecter aucun des éléments pulmonaires.

La splénisation du poumon se reconnaît souvent à l'œil nu. A l’une des bases, on constate que le lobe est lourd, rouge vif et a perdu sa souplesse normale. Sur les coupes, le parenchyme pulmonaire contient une certaine quantité de liquide rougeâtre et hyperémié. La surface de section est plane et brillante ; elle laisse écouler une sérosité abondante et sanguinolente. De place en place, on peut voir saillir un îlot jaunâtre de broncho-pneumonie, avec centre plus ou moins caséeux.

Au microscope, les lésions sont très variables, surtout-dans les bronchopneumonies ; elles forment, sur les coupes, des placards accolés les uns aux autres, mais de coloration différente, suivant le degré de la caséification.

Le premier stade est caractérisé par une intense congestion œdémateuse des parois alvéolaires. Les capillaires sont distendus ; les épithéliums sont tuméfiés ou proliférés et restent en place au début. La cavité est distendue par de la sérosité à laquelle se mêlent des éléments cellulaires. Ces éléments sont de deux ordres : des cellules de la paroi et des leucocytes ; les épithéliums alvéolaires se sont multipliés, les uns sont fusiformes ou polygonaux, adhèrent encore à la paroi et forment un lambeau partiellement décollé ; les autres sont vésiculeux et flottent dans la sérosité. Les leucocytes sont, ou des cellules à poussières, ou des mononucléaires diapédésés et altérés, dont le protoplasma contient des débris phagocytés et dont le noyau est également altéré et rétracté. On voit aussi quelques lymphocytes et quelques mononucléaires volumineux flottant dans la cavité.

À un stade ultérieur, les lésions deviennent plus marquées et ont atliré depuis longtemps l'attention des anatomo-pathologistes, qui les ont décrites sous Le nom de preumonie calarrhale ; elles correspondent aux signes cliniques de congestion périluberculeuse : les macrophages s'accumulent dans les cavités aériennes ; on y trouve quelques fibrilles de fibrine et des globules rouges. Ceux-ci peuvent être assez abondants pour donner lieu à de véritables apoplexies alvéolaires.

La splénisation tuberculeuse n'est caractéristique que si l’on y constate la nécrose vitrifiante. Cette lésion réponde à l'infiltration gélatiniforme et la preuve de la nature tuberculeuse en est donnée par la constatation de bacilles de Koch.

La nécrose vitrifiante se manifeste à l’intérieur de l’alvéole par des lésions des macrophages. Le noyau se brise en plusieurs fragments irréguliers, de moins en moins colorables. Le protoplasma de la cellule subit, sur place, une métamorphose très apparente : l'élément tuméfié prend un aspect terne, ses vacuoles disparaissent, puis les débris nucléaires se fondent et la masse devient un bloc de substance sèche, de forme plus ou moins anguleuse.

Les macrophages vitrifiés se réunissent en petites masses, qui dessinent, d’abord une sorte de mosaïque dans la cavité de l’alvéole, puis se fondent en

M. LETULLE et P. HALBRON,

un bloc unique; de leur côté, les parois sivéblairée et les cloisons intersti- A ÉRRE tielles sont atteintes elles-mêmes par la vitrification. Por Ce stade de vitrification n’est qu'une préface à la caséification qui siège dans les parties voisines et transforme, de proche en proche, le bloc central et les alvéoles ; les parties vitrifiées deviennent de plus en plus opaques et tassées, granuleuses, sèches et friables, d’un rouge brun sombre. Cette trans-

Fig. 2. — Alvéolile catarrhale bacillaire (Grossissement 600/1). Les gros macrophages vésiculeux, en voie de désintégration, sont souvent gorgés de bacilles de Koch.

formation répond au passage de l'infiltration gélatiniforme à l'infttration | “ jaune cru de Laënnec. 2?

L'évolution habituelle des foyers d'infiltration, si la survie est ed. est là fonte puriforme et la formation de cavernes. Il peut se développer un processus de sclérose. La sclérose autour des foyers peut avoir son siège dans les cloisons inter-lobulaires. Dans quelques cas, le contenu alvéolaire s'orga nise et devient le point de départ du tissu fibreux d’enkystement. Les foyers d'infiltration avec réaction fibreuse constituent une des formes des tuber-. cules crus de Laënnec. L'existence d’une coque fibreuse est loin d’être une preuve de guérison ; le tubercule fibreux peut se ramiollir en son centre et.

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s’évacuer dans une bronche ; dans d'autres cas, la capsule fibreuse est envahie elle-même par la caséification centrifuge.

Les lésions qu’on observe aux autopsies sont généralement multiples et complexes. On trouve dans le poumon des lésions d’âge différent, les unes en évolution lente, les autres résultant de poussées aiguës. À côté de lésions destructives, on rencontre des foyers en voie de régression. Il existe, en outre, des altérations surajoutées des bronches, de la plèvre, des ganglions bronchiques. La description est rendue plus malaisée par les discussions pathoséniques qui sont intervenues et ont prétendu classer les lésions, d’après des vues théoriques, en lésions d'origine aérienne, d'origine sanguine ou d'origine lymphatique. Il est difficile même de chercher à suivre l'ordre d'extension des lésions, car il ne faut pas assimiler, comme on l’a fait trop souvent, tubercules peu volumineux et tubercules récents. De petits tubercules, loin d'être des lésions au début, sont souvent, au contraire, des foyers anciens, voire cicatriciels.

A l’autopsie d’un cas de phtisie, il est habituellement difficile d'extraire les poumons de la cage thoracique. Les adhérences pleurales les fixent à la paroi, Surtout au niveau du sommet; il est souvent nécessaire de détacher la plèvre pariétale de la paroi et la symphyse pleurale peut être si serrée au niveau d’une caverne pulmonaire, que dans les tractions, le poumon se déchire en laissant une partie de la paroi de la caverne adhérente au sommet de la cage thoracique. La symphyse pleurale est particulièrement fréquente au niveau du diaphragme ; elle peut être totale.

Les poumons, une fois extraits, se rétractent peu : ils sont déformés, distendus et leur consistance est augmentée ainsi que leur poids. La surface de l'organe est souvent parsemée de petites mouchetures noirâtres qui correspondent à des nodules tuberculeux sous-pleuraux ou même pleuraux, guéris et infiltrés de charbon (1). Les scissures inter-lobulaires sont symphysées.

Les sommets des poumons apparaissent particulièrement altérés. Ils sont gonflés et tendus ; parfois ils s’affaissent en certains points, formant cupules au niveau des cavernes superficielles. À la palpation, on sent dans le parenchyme des nodules durs, irréguliers, de volume variable, mais se réunissant, vers les sommets, en des masses compactes.

Sur la coupé verticale du poumon, on vérifie que les lésions se localisent surtout vers les sommets. Ceux-ci sont indurés, ils contiennent des masses blanchâtres, d'aspect caséeux, sillonnées de tranches fibroïdes, grisâtres. On y trouve incluses des cavités de volume variable, renfermant ou non du pus. Autour de ces cavernes, le tissu pulmonaire est dur, fibreux et en même

(1) Nombre de ces nodules anthracosiques sous-pleuraux sont formés par des petits ganglions lymphatiques logés, normalement, dans les cloisons inter-lobulaires.

M. LETULLE et P. HALBRON.

EXPLICATION DE LA PLANCHE ve

collection TUBERCULOSE du professeur MAURICE LerusLr.

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