LÉSIONS DES VOIES AÉRIENNES ET DES PLÈVRES
Voies aériennes. — Les lésions tuberculeuses du larynx et de la trachée sont décrites dans d’autres fascicules. Elles sont tantôt purement inflammatoires, catarrhales, dues à des infections surajoutées, tantôt véritablement tuberculeuses, avee toutes les variétés de lésions que peut y produire le bacille.
Les bronches sont enflammées : au niveau des grosses bronches, la muqueuse est rouge, épaissie, couverte de muco-pus, ou simplement hyperémiée. Les lésions spécifiques y sont rares.
Les bronches moyennes pourront présenter des lésions tuberculeuses, assez fréquentes selon Marfan : on y voit de petits nodules blanchâtres qui se caséifient, se ramollissent, s’évacuenten donnant naissance à une ulcération cratériforme. Les petites ulcérations-5euvent devenir confluentes et engendrer une ulcération serpigineuse. La muqueuse est infiltrée plus ou moins profondément ; le cartilage peut être atteint d'inflammation caséifiante; d'autres fois, il peut se nécroser et être rejeté par l’expectoration. Les altérations musculaires, élastiques et cartilagineuses diminuent naturellement la résistance de la paroi et amènent la production de dilatations bronchiques., La tuberculose bronchique peut prendre la forme végétante et amener le rétrécissement ou l'oblitération de la paroi; les territoires répondant aux bronchioles sont en état d’atélectasie, tandis que le territoire des bronches perméables est emphysémateux. Les lésions bronchiques ne nous ont pas paru si fréquentes (Halbron) (1); nous avons pu constater, au contraire, l'intégrité fréquente des bronches dans le poumon tuberculeux; en particulier, l'épithélium bronchique apparaît souvent, sur les coupes, dans un état de conservation qui tranche avec les lésions des parties pulmonaires voisines.
Les parois de la bronche sont souvent atteintes, mais de dehors en dedans, par propagation de l'infiltration du voisinage, qui fait tache d'huile sur les bronches de moyen calibre, en détruisant progressivement leur paroi, comme, dans l’intérieur du lobule, la granulation effondre la bronche aérienne. Les lésions des bronchioles ont une importance très grande dans la tuberculose infiltrée et nous rappelons seulement la description classique du nodule péribronchique, ainsi que la dilatation bronchique vestibulaire, considérée comme la première phase de la formation des cavernes.
La bronchite capillaire (broncho-pneumonie avec splénisation) peut sur-
(1) P. HazBrow, Les lésions bronchiques du POUR tuberculeux. Revue de médecine, 10 août 1909.
M. LETULLE et P. HAIBRON.
venir au cours de la tuberculose. Ménétrier et Duflocq l'ont attribuée à une infection surajoutée par le pneumocoque.
Les pneumonies et broncho-pneumonies se rencontrent aux autopsies de tuberculeux. On trouve soit de la pneumonie catarrhale, étendue à quelques lobules, soit de la pneumonie fibrineuse, soit des broncho-pneumonies typiques. Nous avons déjà signalé l'importance des lésions d’alvéolite, constituant le groupe important des splénisations tuberculeuses. On n'insistait tant autrefois sur ces pneumonies que parce qu’on les considérait comme le début de l’infiltration caséeuse. Le dualisme à la Virchow a vécu, mais on peut constater dans le cours d'une tuberculose des pneumonies à pneumocoques qui viennent évoluer à côté de la tuberculose et, suivant la date de la mort, montrent des lésions d'hépatisation plus ou moins avancées.
Ménétrier a signalé l’évolution simultanée d'une pneumonie aiguë et d'une granulie. Mais, dans la plupart des cas, le bacille te Koch est seul responsable de ces lésions inflammatoires.
Expérimentalement, d’ailleurs, à l’aide du bacille de Kochou de ses poisons, il est possible de provoquer ces différentes réactions d’alvéolite fibrineuse ou fibrino leucocytaire (Bezançon et Braun, Halbron). Comme l'ont montré les recherches de Bezançon et de Brunel de Serbonnes, de Rômer et Joseph, selon l'état d’immunité du sujet, selon la quantité de bacilles employée, il est possible d'observer toutes les réactions, depuis la congestion, l’inflammation alvéolaire (alvéolite fibrineuse et leucocy;taire) jusqu'aux lésions spécifiques nodulaires ou infiltrées.
Congestion pulmonaire. — À l'autopsie des phtisiques, on note souvent la congestion passive des bases due à l’asphyxie terminale. La congestion active, à laquelle on attribue les poussées thermiques et les hémoptysies, ne sé retrouve guère à l’autopsie.
La tuberculine employée à forte dose amène la congestion du poumon et Virchow avait décrit des lésions congestives formidables chez les malades qui avaient succombé après les essais de traitement par la lymphe de Koch.
Grangrène pulmonaire. — On peut trouver de la gangrène circonserile au niveau d’une paroi de caverne, déjà signalée par Laënnec. Elle survient rarement au niveau d’une zone d'infiltration ou d’une pneumonie caséeuse.
L'emphysème pulmonaire accompagne habituellement la phtisie fibreuse. Les placards de sclérose cicatricielle S'accompagnent de foyers d'emphysème pulmonaire atrophique, qui peut être rapproché des autres scléroses atrophiques mutilantes de la tuberculose.
Grancher a décrit sous le nom d’emphysème réticulé des tuberculeux des lésions complexes, caractérisées par l'association des granulations tuberculeuses et d'emphysème pulmonaire avec sclérose des paroïs aériennes, donnant sur les coupes l'aspect d'un réticulum ganglionnaire (V. Emphysème).
Plèvres. — Les lésions des plèvres dans la tuberculose pulmonaire sont particulièrement fréquentes. On a pu‘dire que dans la tuberculose pulmonaire chronique, la participation de la plèvre est la règle, son: intégrité l'exception. Au contraire dans la tuberculose aiguë, la plévre peut être indemne. Les altérations de la plèvre Sont variables : on peut les trouver diffuses, maïs le
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plus souvent, d'après les relevés de M. Letulle, elles siègent au niveau des sommets. Sans entrer dans le détail de ces lésions, qui seront étudiées dans un autre article, on peut rappeler que les lésions pleurales sont de deux types: les exsudats et transsudats inflammatoires d'une part, les adhérences d'autre part. Les adhérences sont particulièrement importantes ; l'étude des lésions montre quelles sont le plus souvent secondaires à une lésion pulmonaire. Les adhérences sont particulièrement marquées dans les tuberculoses cawvitaires et dans la tuberculose fibreuse. Les adhérences inter-lobaires ne manquent presque jamais en cas de lésions caséeuses étendues.
Le pneumothorax résulte de l'ouverture delésions pulmonaires dans la cavité pleurale insuffisamment protégée par des adhérences de ses deux feuillets,