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COMPLICATIONS DIGESTIVES

De même que dans la Scarlatine dont les localisations muqueuses sont surtout pharyngées, les muqueuses respiratoires peuvent se prendre, de même dans la Rougeole où la localisation lésionnelle muqueuse prédomine au niveau de l'appareil respiratoire, la muqueuse buccale est souvent intéressée, C'est ainsi que la stomatile, même dans ses formes graves, pour être moins fréquente aujourd'hui qu'autrefois, s observe encore.

Il est, en dehors de la sfomatite simple exsudative d'Henoch, que j'ai

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déjà mentionnée, deux formes principales : une forme ulcéreuse ou ulcéromembraneuse (c'est la variété diphtéroïde impétigineuse de Sevestre); une forme gangreneuse (noma) qui, il y a 40 ans, à l’hôpital des Enfants-Assistés, était constatée par Brouardel dans 43 0/0 des cas. Aujourd'hui elle est exceptionnelle; en dix ans, aux Enfants Malades, Grancher men a observé qu’un seul cas ; de même, en 15 ans, à l'hôpital Claude-Bernard je n'en ai rencontré qu'un fait, qui fut suivi d’ailleurs de guérison.

La forme ulcéreuse, que j'estime plus exactement dénommée forme ulcéromembraneuse, s'affirme par des ulcérations arrondies ou ovalaires sur la face interne ou les bords des lèvres, fissuraires aux commissures. Ce sont des ulcérations saignantes et croûtelleuses plutôt que lisses ou opalines ; elles sont douloureuses et gênent sérieusement la mastication. Le streptocoque, notamment quand les ulcérations se recouvrent d’exsudat diphtéroïde, semble être surtout à l’origine de ces ulcérations. Sevestre et Gastou ont également incriminé le staphylocoque.

La forme gangreneuse, dont la guérison est exceptionnelle, peut apparaître aux premiers jours de la Rougeole ; èlle se développe le plus souvent de façon tardive (vers le 30° jour par exemple). C’est à la face interne d’une joue qu’elle débute habituellement, sous la forme d’une tache violacée que recouvre bientôt une phlyctène; cette phlyctène ne tarde pas à se rompre, et au-dessous, reposant sur une base indurée, paraît l’ulcération, à marche rapidement envahissante, qui gagne en profondeur et bientôt se propage vers la peau de la joue, où peut apparaître ‘une plaque noirâtre, une escarre, avec vive réaction inflammatoire.

La gangrène peut se produire en d’autres points; témoin l'observation d’un enfant, recueillie à l'hôpital Claude-Bernard, par mon interne P.Marie, et qui, en dehors d’un foyer de gangrène à la face antérieure du thorax, présenta de la gangrène des lèvres.

Les deux formes de stomatite, la dernière surtout, se rencontrent de préférence chez les enfants débilités, en état de déchéance profonde. La Rougeole prédispose d’ailleurs de façon particulière à la détermination de manifestations gangreneuses multiples qui se localiseront dans les points que nous avons déjà signalés, mais aussi au niveau de la gorge, du pavillon de l'oreille, de la vulve, et aussi du revêtement cutané.

Ces manifestations procèdent sans doute d’une action des germes anaérobies ; il est possible que les associations spirillaires y jouent un rôle, à rapprocher ces faits de ce que l’on peut voir au niveau de l'intestin, J'ai déjà fait allusion à la gravité que la diarrhée, témoignage de l’énanthème intestinal, peut revêtir dans certaines conditions, surtout dans la période d'été où il m'a paru qu’elle pouvait aggraver le pronostic de la Rougeole, de la même façon que les complications respiratoires durant l'hiver.

On a décrit deux types principaux de complications intestinales : l'entérite dysentériforme et l’entérite cholériforme, l’une ou l’autre de ces formes pouvant apparaître au moment de la poussée thermique ascensionnelle qui marque le début de l’exanthème (Trousseau). Lorsque cette poussée d’entérite dure peu, il n’y a rien à craindre. Mais il est des cas où la persistance

P-.J. Tersster.

est telle et l'intensité si grande, que la guérison devient impossible ; la mort peut en pareil cas survenir au milieu du syndrome général le plus marqué, ou, une entérite chronique Ss’ensuit, qui pourra ultérieurement prédisposer à la tuberculose secondaire des ganglions mésentériques.

J'ai, avec mon interne Ch. Richet fils, durant les années 1909-10-11, poursuivi à l'hôpital Claude-Bernard l'étude clinique de ces entérites et plus particulièrement examiné la flore intestinale que l’on peut rencontrer en pareil cas. J’ai décrit avec lui les associations spirillaires et les variétés de spirilles que l’on y retrouve en abondance, spirilles d’ailleurs non spécifiques ‘et qui ont été décelés en dehors de la Rougeole dans certains syn-

Fig. 4. — Selles d’entérite au cours de la Rougeole; Spirochète A: Gross. : 1750 fois.

dromes dysentériformes. Dans la Rougeole, comme dans les autres maladies, ces spirilles peuvent provenir de la cavité buccale, par voie de pénétration descendante, ou de l’ampoule rectale par voie de pénétration ascendante. Quel est le rôle de ces spirilles? il reste encore imprécis. Tout ce que l’on peut dire, à mon avis, c’est que leur constatation dans les parties muqueuses filantes et glaireuses (indice de leur tendance à proliférer dans la muqueuse intestinale) est le témoignage d’une lésion massive et grave de l'intestin. | |

Il semblerait surprenant qu'on n’eût pas signalé l’appendicite. M. Le Lyonnais en a rapporté dans sa thèse 5 cas. Coïncidence ou non, l’appendicite est possible dans la Rougeole comme dans la Scarlatine; elle y est cependant rare et peu grave, semble-t-il, à en juger d’après les faits qui ont été rapportés. Hutinel a remarqué que les phénomènes appendiculaires disparaissent avec l’ exanthème.

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