‹ Nouveau traité de médicine (volume 5)Chapitre 87 sur 224 · I. — VACCINE CLINIQUE ET EXPÉRIMEN TALE · texte numérisé non relu

I. — VACCINE CLINIQUE ET EXPÉRIMEN TALE

La Vaccine (‘) est une maladie infectieuse, contagieuse, inoculable, bénigne, déterminée par l’inoculation du vaccin, c’est-à-dire du virus provenant de la Vaccine spontanée ou naturelle, dénommée Cow-pox. Naturelle, elle est de moins en moins fréquente; inoculée, elle se manifeste aux points d’inoculation, chez l'homme, ou chez les animaux en expérience, par une réaction papulo-pustuleuse qui confère au bout de quelques jours l’immunité contre la Variole. Elle est en effet transmissible à la plupart des animaux domestiques, chez lesquels elle évolue avec les mêmes caractères que chez l’homme.

Elle reste encore jusqu'à présent le seul exemple d’une maladie naturelle,

définie, immunisant contre une autre maladie. Historique. — La Vaccine peut passer spontanément des bovidés à l’homme. C'était là, avant Jenner, une notion déjà populaire. On savait dans certains pays, que les personnes qui avaient contracté la picote, lors de contacts avec les vaches atteintes de cette maladie, pouvaient traverser impunément les épidémies de Variole. Aux Indes notamment, cette notion était aussi ancienne que la pratique de la variolisation.

Le fait capital de l’œuvre de Jenner fut de révéler que la picote pouvait être inoculée à l’homme; que la maladie ainsi Imoculée pouvait se transmettre de l’homme à l’homme et passer ainsi à une série de générations ; que ce virus humanisé conservait les mèmes propriétés virulentes et était capable de remplir le même rôle protecteur à l’égard de la Variole. II rendait ainsi possible, la pratique de la vaccination, que ne pouvaient assurer les cas trop rares de Cow-pox naturel. |

La découverte de Jenner suscita un grand enthousiasme. Elle mérite aujourd’hui comme hier, la reconnaissance des générations qui se succèdent ; le nombre de ses propagateurs convaincus, reste heureusement supérieur à celui de ses détracteurs inconscients, de ceux qui écrivaient récemment encore que la Variole est une chose précieuse pour lhumanité, que des mala-

1. Terme employé par Jenner, pour désigner la maladie chez l’homme, c’est-à-dire le man-pox, et rappeler ses relations avec la maladie de la vache, pays, de langue anglaise : Man-pox: Cow-pox; pays de langue italienne : Vaccina; pays de langue espagnole : Vaccina; pays de langue allemande : Kühpocken.

P.-J. Trissrer et L. TANoN.

dies inconnues autrefois ne sont que des Varioles retournées. L'on peut dire aujourd'hui que le règne de la Vaccine est désormais incontesté.

La France recut la Vaccine en 1800, des mains de Woodville; ce fut avec cette souche vaccinale que deux enfants furent vaccinés à Boulogne. Vers la même époque le duc de La Rochefoucauld-Liancourt qui avait émigré à Londres rentra à Paris et créa une Société pour la propagation de l’inoculation vaccinale, société qui devait donner naissance ultérieurement au Comilé central de Vaccine. Il présida plus tard ce Comité et ce fut sous sa présidence que ce Comité procéda, de 1804 à 1820, avec ses filiales départementales, à des études cliniques et expérimentales dont l’ensemble représente une œuvre admirable. Le caractère scientifique et les enseignements précieux de cette œuvre s'imposent à tous ceux qui lisent les comptes rendus de ces travaux.

De nombreux cliniciens français, parmi lesquels Aubert et Husson, poursuivirent avec un zèle infatigable l’étude de la Vaccine, et c’est par leurs travaux et par les expériences des membres du Comité, que fut établie notamment la notion du délai de 5 jours, nécessaire pour que l'infection vaccinale protège contre l’infection variolique.

Les dangers que pouvait faire courir la vaccination de bras à bras, quoique exceptionnels; la dégénérescence du pouvoir virulent vaccinal que Chauveau devait démontrer dès 1865 et que Depaul devait confirmer: la nécessité de posséder une grande quantité de vaccin, furent les principales raisons pour lesquelles la Vaccine animale fut substituée à la vaccination jennérienne. |

Cette Vaccine fut introduite en 1840 par Negri, de Naples. En raison des faits de Syphilis vaccinale, Viennois (de Lyon), exposa la méthode de Negri. C’est sous son inspiration que Lanoix partit auprès de Negri et ramena à Lyon (1860), une génisse vaccinée. Dans la suite, Chambon se consacra à la préparation du vaccin animal. Et successivement, se créèrent dans les divers pays et en France, des centres de production intense de vaccin, où la culture de vaccin originel (Cow-pox ou Horse-pox), se fait d’une façon ininterrompue, plus particulièrement sur les animaux d'espèce bovine, et qui permettent d’avoir, au moment nécessaire, des doses importantes de vaccin.

La Vaccine reste l'agent antagoniste le plus puissant contre la Variole. Depuis un siècle la Variole recule devant la vaccination Jennérienne. Elle ne subsiste que là où, par ignorance ou par erreur systématique, il ya inobservation ou négligence des mesures, qui dans la plupart des pays sont devenues légales. Si les populations se soumettaient partout à l’inoculation vaccinale, toutes les autres mesures de prophylaxie de la Variole seraient inutiles. Il n'est donc point nécessaire de reprendre les controverses passées que certaines personnalités persistent à maintenir, sans qu’on puisse trouver d’excuse à leur aveuglement, et l’on doit désormais considérer que la Vaccine est le moyen le plus rationnel et le plus sûr, comme le moins coûteux dont dispose la lutte contre la Variole. La pratique de la vaccination ou dela revaccination règle en quelque mesure l’aptitude à contracter la Variole, le développement ou l’extension des épidémies; elle domine l’étiologie et le pronostic de la Variole. x

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VACCINES ANIMALES

Avant d'entrer dans l'étude proprement dite de la Vaccine, 1l nous paraît utile, dans une revue rapide de pathologie comparée, de donner quelques indications sur les maladies varioliformes que l’on rencontre chez les ani-

maux, maladies que l’on a dénommées Varioles animales, dont le type

serait la Vaccine ou Cow-pox et dont la Variole ferait également partie. Ces maladies sont généralement divisées en deux groupes, selon: qu'elles

sont capables de prendre un essor épidémique ou épizootique : telles la

Variole humaine, la Clavelée, dite encore Variole du mouton ; ou qu’elles se

manifestent seulement.sous la forme sporadique, se propageant d’individu à individu, par un contage fixe, à la facon de la Syphilis, par exemple,

comme le Horse-pox, le Cow-pox (1).

Variole, Clavelée évoluent avec les caractères d’une maladie générale fébrile, plus ou moins grave, et une éruption étendue à la surface du corps ; V. equine, Vaccine ne donnent point lieu d'ordinaire à des symplômes généraux tout au moins marqués; l’éruption qui les caractérise resle presque toujours localisée et se montre au niveau des régions où le contage fixe a pénétré par inoculation ou à la faveur d’une solution de continuité accidentelle.

Le terme de Vaccine ayant été créé par Jenner pour désigner le Man-pox (la maladie de l’homme), et rappeler ses relations avec la maladie de la vache, il semble, que le terme de « Vaccine animale » devrait se substituer à celui de « Variole animale », plus exact au point de vue doctrinal.

Ce terme de « Variole animale » avait élé accepté par quelques auteurs

allemands — en particulier Bohn — convaincus de l'identité de la Variole et de la Vaccine, et en France par Kelsch, qui est pourtant dualiste, Kelsch considérait que ces diverses maladies, naturelles ou expérimentales, comportaient une symptomatologie comparable autorisant le rapprochement, et que, par exemple, l’inoculation du claveau aux animaux restait toujours

localisée et conférait aux animaux comme à l'homme l’immunité contre la

Variole. La Vaccine était donc également pour lui la Variole de la vache. Cette opinion n'a pas prévalu en France, eu égard aux travaux de l’École française, à ceux de la Commission lyonnaise avec Chauveau (1863-1865), de Juhel-Rénoy, de Layet, d'Hervieux; ceux plus récents de Kelsch, Teissier, Camus, Tanon, Duvoir, montrant que la Variole et la Vaccine ne pouvaient être identifiées en dépit de leurs liens étroits; ceux de Nocard et Leclainche, établissant les différences cliniques qui existent entre la Clavelée et la Variole, et concluant, avec l’École d’Alfort, d’après les résultats des inoculations, que le virus claveleux diffère essentiellement du virus variolique, et que l’inoculation de la Vaccine au mouton, si elle peut donner lieu à une éruption localisée, ne confère pas l’immunité contre la Clavelée (?). * 4. Il existe encore une maladie dite Vuriole aviaire où Épilhélioma contagieux des oiseaux, qui a été étudiée surtout par Burnet. Cet auteur, avec Bollinger, San Felice la considèrent comme distincte de la Variole humaine et des Varioles animales.

9. Récemment encore (1921), des recherches très intéressantes de J. Bridré et

A. Donatien ont abouti aux mêmes conclusions, conclusions qui différent de celles d’Edm. Chaumier. ;

P.-J. Trissier et L. TANON.

Ce n’est donc pas là une simple question de mots, et à se placer seu-. lement au point de vue de la nosologie, cette discussion peut se justifier. Il nous semble en définitive que le mot de Variole animale pourrait être conservé pour le premier groupe, celui de Vaccine animale servant à désigner les maladies du 2° groupe.

De toutes les Varioles animales, la Clavelée, malgré, les distinctions admises depuis les travaux de Nocard et Leclainche, se rapproche le plus de la Variole humaine par son syndrome général et la généralisation de l’éruplion. Aussi l’ovination a-t-elle été proposée comme la variolisation, à titre de traitement prophylactique. Elle s’est montrée insuffisante et dangereuse. Sa non-contagion à l’homme est certainement le fait habituel. On cite toutefois quelques cas (six environ) de transmission accidentelle de la Clavelée à des hommes du marché aux bestiaux de Paris (Villan, 1884) et notamment l'observation de Bosc et Pourquier (de Montpellier) de clavelisation locale aux bras et aux mains d’une femme ayant raclé des pieds de mouton claveleux. On a rapporté également que l’inoculation accidentelle du claveau pouvait donner des pustules localisées qui ne différaient point. des pustules vaccinales, et l’on a conclu à tort que cette « Clavelisation », laissait les porteurs réfractaires à la Vaccine.

Plus intéressants en ce qui nous regarde, sont le Horse-pox et le Cow-pox, qui font partie du 2° groupe. Souches du vaccin, et méritant pour cette raison, le nom de Vaccines naturelles, elles diffèrent par quelques points de la Vaccine humaine. |

Mais il est un autre groupe de Vaecines dont nous aurons également à parler brièvement, qui peuvent présenter quelques différences avec la Vaccine humaine; ce sont les Vaccines expérimentales ou Vaccines provoquées, qui, comme celles de la génisse, de l’âne, du bufflon, du lapin, sont réalisées dans le but d'obtenir une plus grande quantité de pulpe ou des souches plus actives; ou, comme celles de la chèvre, du chien, du singe, du chameau, du porc, du chat, du cochon d'Inde, du lièvre, du mouton ou dés poules, servent surtout à étudier la réceptivité de chaque espèce au virus.

Horse-pox.— Le Horse-pox est la Vaccine spontanée du cheval. Bollinger et Pfeiffer l’ont considérée comme une aberration de la Variole de l’homme sur le cheval. Cette affection fut étudiée et distinguée par Jenner, sous le nom de grease, puis de shore-heels (pustules des talons), et considérée par lui comme source unique de la Vaccine, le Cow-pox étant toujours la, conséquence d’une inoculation accidentelle par les mains des gens chargés

de soigner à la fois les chevaux et les vaches. Son opinion fut contestée et même mise en doute, car on confondit longtemps, malgré un travail de Loy (1802), le grease de Jenner avec deux autres maladies du cheval, le javart, qui est une nécrose suppurée des {issus fibreux et carlilagineux du pied, et les « eaux aux jambes », affection pustuleuse avec infiltration du tissu conjonctif des membres inférieurs, distincte de la Vaccine. En France, c'est Pételard, qui, en 1840, découvrit à nouveau le grease, puis Sarrans et Lafosse en 1860, et enfin Bouley. Cet auteur, en 1865, eut le mérite de bien décrire la maladie à laquelle il attacha le nom de Horse-pox, et de montrer qu'elle se manifestait tantôt par des éruptions généralisées avec prédomi-

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nance aux jambes, tantôt par des éruptions des muqueuses buccales et génitales. Les mêmes erreurs et les mêmes discussions eurent lieu en Angleterre et en Allemagne, qui aboutirent aux mêmes conclusions, et confirmèrent l'exactitude des observations de Jenner. Jenner semble toutefois avoir été trop exclusif, en admettant que le Cow-pox dérivait toujours du

Horse-pox. S'il est certain que souvent le premier procède du second

(Woodwille, Coleman, Viborg, Sacco), il est non moins certain qu'il peut aussi se manifester spontanément, comme l'ont montré Pearson dès 1798, et également Woodville, Coleman, Viborg, Sacco, Layet, etc.

Le Horse-pox peut donner lieu à une éruption localisée ou à une éruption généralisée. Dans le premier cas, la lésion apparaît, après une courte période d’abattement et de fièvre, autour de la muqueuse buccale ou de la muqueuse génitale, sous forme de vésicules opalines, dures, de la grosseur d’un pois, siégeant sous la langue, sur les gencives, la face interne des joues, la pituitaire, ou au niveau du pénis, de la vulve, des parties avoisinantes, et même sur la cbnjonctive. Ces vésicules suppurent et s’ouvrent en laissant de petites ulcérations lenticulaires, comme taillées à l’emportepièce, qui sont douloureuses, mais guérissent spontanément.

Lorsque l’éruption est généralisée, les pustules disséminées à la surface de la peau offrent les mêmes caractères que précédemment, mais elles sombiliquent au bout de deux ou trois jours. Une croûte brunâtre se forme, qui laisse sortir un liquide citrin, devient jaunâtre, agglomère les poils, et tombe au bout de 15 jours environ. Des pustules se développent parfois en même temps sur les muqueuses et les membres inférieurs, et ce sont les ulcérations infectées de cette dernière région, qui, par l’œdème du issu cellulaire qu’elles déterminent, rappellent les « eaux aux jambes ».

L'inoculation du Horse-pox à la vache, donne le Cow-pox, et à l’homme le Man-pox. Elle procure l’immunité complète contre une nouvelle inoculation de ces maladies, et contre la Variole. L'équination n’est pas moins apte à préserver de la Variole que la vaccination, mais elle peut être dangereuse à cause de la Morve. Le vaccin pris sur le cheval est considéré par quelques auteurs comme déterminant une réaction plus forte que celui qui est recueilli sur la génisse; c'était l'opinion de Jenner. Le fait n’a plus qu'un intérêt secondaire, maintenant que l’on n’emploie plus pour vacciner que la pulpe qui a passé sur la génisse.

* Cow-pox. — Comme nous venons de dire, le Cow-pox provient souvent d'une contagion accidentelle et fortuite du Horse-pox; mais il peut apparaître sans contagion équine. Il serait peut-être plus fréquent sous la forme primitive, dans certains pays comme le Danemark, la Hollande, la Prusse.

La Vaccine naturelle est certainement moins fréquente qu’autrefois, elle s’observe ordinairement au printemps et en automne.

L'éruption survient, chez les vaches qui ont vèlé depuis 4 mois, et occupe la mamelle et là base des trayons. Cette localisation est en rapport avec la contaminalion par les mains, quelquefois également par l'outillage des trayeurs de vache, qui ainsi disséminent le virus. Dans le Cow-pox secondaire, l’éruption reste ordinairement limitée aux trayons et à l'extrémité des pis. Elle se manifeste par des pustules rondes ou allongées, au nombre

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de 10 à 20, qui arrivent à maturité vers le 5° ou le 6° jour; elles sont alors entourées d’une large zone maculeuse, et laissent, en s’ouvrant, couler un liquide citrin. La dessiccation commence vers le 11° jour. Il est fréquent devoir ces pustules se rompre et faire place à des ulcérations qui se des sèchent peu à peu. L’éruption peut aussi se faire en plusieurs poussées ; rarement elle est généralisée. | | | Cow-pox inoculé. — C'est la Vaccine proprement dite; les pustules sont ombiliquées, à l'encontre de ce que l’on observe dans le Cow-pox naturel. « L'ombilication, dit Layet, est le propre de tout vaccin transmis ». Lorsque le virus inoculé expérimentalement provient du cheval, l'évolution

totale de la lésion est la même que celle de l’homme, ‘c'est-à-dire que

l'éruption arrive à maturité à la fin du, 7% jour; s’il provient d'une autre

souche de Cow-pox, l’évolution est un peu plus rapide, et la pustulation

commence au 6° jour. Les croûtes tombent vers le 1%, La chaleur, les passages successifs sur des animaux très réceptifs,’hâtent de même la maturation des lésions. Le mouton peut répondre à l’inoculation vaccinale par une éruption générale (Wolff, Koch, Furstenberger); cette éruption, selon eux, présente les caractères de la Clavelée sans en avoir la gravité. C'est en partant du Cow-pox, que l’on prépare actuellement les pulpes glycérinées qui servent à vacciner l’homme. On emploie pour cela des génisses de 4 à 6 mois, qui sont faciles à Inmoculer, et fournissent une quan- Lité appréciable de pulpe. La vaccination d'homme à homme n’est, en effet, plus guère utilisée, en raison des dangers de contamination auxquels elle

expose, et dont nous parlerons plus loin. La vaccination de pis à bras, prés!

conisée en Italie, en 1840, par Negri, et introduite en France en 1860, a cédé la place à la vaccination par pulpe glycérinée, que les procédés actuels de conservation permettent de maintenir active pendant un temps bien déterminé. ; | Vaccine de l’âne. — L'’âne est aussi réceptif à la Vaccine que le cheval, et cette réceptivité est un caractère commun aux équidés et aux bovidés. Mais la Vaccine spontanée: est rare chez lui, et a été peu étudiée; nousne parlerons que de la Vaccine provoquée: | L’éruption ne diffère pas de celle du cheval; les vésicules sont arrondies, dures au début, puis opalines, et s'ombiliquent à la fin du 9 Jour; elles deviennent pustuleuses au 5°. La réaction est très marquée. Le vaccin recueil semble plus actif que celui de la génisse. Cet asino-vaccin a été employé

par Chaumier avec succès, soit pour vaccinér l'homme, soit pour régénérer.

une souche de Cow-pox affaiblie. Mais il semble que comme le Horse-pox,

l’asino-vaccin détermine des réactions inflammatoires plus violentes : la

période d’incubation est écourtée, l’aréole rouge apparaît dès le second

jour, s'étend plus, est de teinte plus sombre; les phénomènes réactionnels

locaux et généraux sont plus intenses. De tout cela, les microbes adventices, plus nombreux dans la pulpe sont en quelque mesure la cause; la peau de l’âne est plus souillée et sujette à plus d'affections que la peau de la génisse, et cette considération, jointe à celle, que l’âne vacciné perd de sa valeur marchande, ‘suffit pour en faire rejeter l'emploi par un certain

nombre d’Instituts vaccinogènes. Toutefois quelques-uns de ces Instituts, :

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sans distribuer l'asino-vaccin au public, s'en servent pour entretenir leurs semences vaccinales. |

Vaccine du bufflon. — Le bufflon a été utilisé pour la première fois en Indo-Chine par Calmette, en vue de remédier à la difficulté de se procurer .des génisses: il a donné tout de suite, entre les mains de cet expérimentateur, d'excellents résultats, et son emploi s’est maintenant généralisé en Indo-Chine et. en Afrique. On choisit de jeunes animaux de 3 à 6 mois, qu'on inocule sur la peau du flanc, el qui fournissent une récolte aussi abondante et aussi active que celle de la génisse. La réceptivité est la même que chez cette dernière el la maladie évolue de façon similaire.

Vaccine du lapin. — La Vaccine du lapin (qu’on appelle quelquefois improprement « lapine », comme on a dit, ovine el porcine) ne présentait, jusqu'à il y a vingt ans, qu'un intérêt expérimental. Bard et Leclerc avaient montré en 1891, que cet animal réagissait bien à la Vaccine; mais les auteurs qui avaient reproduit leurs expériences, avaient obtenu des résultats inconstants, si bien qu'on considérait Jusqu'en ces dernières années, que sa réceplivilé élait variable. En 1901, Calmette el Guérin, montrèrent que tout dépendait de la manière dont l’inoculation était faite, el que l'éruplion était beaucoup plus belle si l’on étalait la pulpe sur le dos fraîchement rasé. On pouvait avoir ainsi une récolte de 2 à 3 gr. 1/9, qui permettait au besoin de suppléer à un manque de Cow-pox, et on oblenait d'autre part, par l'emploi de cet animal, un procédé commode de contrôle, en vue de la détermination de la virulence d’un vaccin donné.

Ces travaux furent repris à l’Institut Supérieur de Vaccine de l'Académie de médecine par Kelsch et Camus, qui montrèrent le parti qu'on pouvait lirer de cet animal, non seulement pour contrôler les vaccins, mais encore pour régénérer une souche de Vaccine affaiblie. Celle-ci peut reprendre son activité première par un seul passage sur le lapin, à condition qu'on choisisse des animaux vigoureux, maintenus à une température constante comme celle d’une écurie bien tenue. On peut donc ainsi renouveler des souches vaccinales, sans avoir besoin de recourir comme on le faisait autrefois, au Cow-pox ou au Horse-pox. Pour parer à toutes chances d’insuccès, L. Camus a montré, qu'il était préférable, après le rasage, de scarifier finement la peau du dos en tous sens, avec l'extrémité d’une pipette en verre pour assurer la pénétration de la pulpe. à

Vaccine de la chèvre. — Cet animal est très réceptif à la Vaccine. Le fait avait été remarqué par Jenner, qui avait tenté de régénérer sur lui le vaccin humain; il a été contrôlé depuis par Hervieux, puis par Kelsch, Camus et Tanon, dans leurs différentes recherches expérimentales effecluées à l’Institut Supérieur de Vaccine. L’éruplion évolue comme celle de la génisse, sur la mamelle ou sur la peau du flanc rasé. Mais la difficulté que l’on a, dans les villes, à se procurer des chèvres, l’étroitesse de la surface d’inoculation, fait qu’on ne les utilise guère,

Vaccine du chien. — Le chien a servi dans le même but (Jenner, Sacco, Valentin). Le vaccin, qu'il fournit, aurait les mêmes qualités que le Horsepox, c'est-à-dire qu'il serait plus actif et plus virulent que le Cow-pox inoculé. Cela n’est pas absolument démontré, d’ailleurs il n’est guère

P.-J. Frrssier et L. TANON.

employé. L'inoculation est pratiquée sur une région relativement protégée, c'est-à-dire sur le dos, à la base du cou. La surface d’inoculation est forcément très limitée; la quantité de pulpe, qu’on peut recueillir, est très faible.

La vaccination du chien a surtout été Lentée dans le but de préserver l'animal contre la maladie du premier âge que quelques auteurs (Barrier, Fournier, Trasbot), ont rapprochée de la Fièvre typhoïde ou de la Variole. Or, vis-à-vis de la maladie des jeunes chiens, la Vaccine n’a aucun effet immunisant, comme Jenner lui-même, puis Sacco, Hervieux, et d’autres expérimentateurs l'avaient noté. |

Vaccine du singe. —- Elle a été réalisée par Zuelzer, Eilerts, de Haas, Beclère, Teissier et Duvoir. Elle évolue comme la Vaccine de l’homme. Elle est susceptible de donner lieu à une éruption généralisée, lorsqu'on pratique à dose suffisante, comme l’a montré L. Camus, l’inoculation intraveineuse du vaccin. |

Comme le singe est également réceptif à la Variole, cette imoculation a principalement été faite dans le but de vérifier l’immunité conférée par le Vaccin contre la Variole. Peiper a admis en 1906 que le passage réitéré du virus variolique au singe, pouvait le transformer en virus vaccinal. Ultérieurement, Gauducheau aurait opéré celte même transformation en faisant des passages sur le singe avant d’inoculer le bufflon (!).

Vaccine du chameau. — D’après Agnelli, cel animal est aussi réceptif que les bovidés, et pourrait être ulilisé pour la production du vaccin. Mais son maniement n’est pas facile, et le prix de revient d’un vaccin ainsi préparé serait très élevé. Il est à remarquer d’ailleurs que Masson (cité par Nocard et Leclainche), en 184, avait signalé en Asie, que le chameau présentait spontanément une affection localisée au pis, entièrement comparable au Cow-pox, et inoculable aux mains des gens qui faisaient la traite des chamelles. L'éruption ainsi contractée, mamifestée par une éruption pustuleuse des mäins et des avant-bras, conférait au dire des gens du pays, l'immunité contrée la Variole. Cette maladie appelée en Asie, Variole du chameau, ne serait donc que le Camel-pox.

Vaccine du porc. — Le porc est un bon réactif de la Vaccine. Son inoculation faite par Viborg, Chauveau, Hervieux, Kelsch, Teissier, Camus, Tanon et Duvoir, réussit mieux, selon ce qui se passe pour la plupart des animaux, quand le porc est jeune; elle donne des pustules larges, épaisses, infiltrées, suivies de croûtes abondantes. Mais la pulpe présente toujours un nombre considérable de microbes adventices : staphylocoques, streptocoques, bacillus mesentericus, bacillus subtilis, et des moisissures provenant de la paille, qui souillent le vaccin et paraissent étouffer en partie la réaction spécifique. La pulpe est inoculable aux autres animaux, mais elle est peu virulente, fait qui avait été signalé par Chauveau, pour lequel la transmission n'était pas certaine (?).

Vaccine du chat, du cochon d’Inde, du lièvre, du mouton. — La Vac-

1. Pour tout ce qui a trait à cette discussion, se reporter à la Variolo-vaccine et à la note de la page 289.

2. Bollinger admettait que le porc peut présenter une maladie générale ne de la Clavelée, et une maladie locale originaire de la Vaccine.

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cine est d’une façon générale inoculable à tous les animaux domestiques: mais cette transmission donne toutefois des succès très variables. Chez le cochon d'Inde par exemple les pustules sont très petites et avortent souvent. Celles du mouton semblent retardées, elles n'arrivent quelquefois pas à la pustulation (Chauveau). Les pustules du lièvre dont Bollinger met en doute l'existence, seraient pour d’autres analogues à celles du lapin. Toutes ces Vaccines n'’offrent du reste qu'un intérêt secondaire.

Vaccine des poules. — Chez la poule, l’éruption serait hâtive. L'inoculation se ferait à la base du cou, en un point où les poules ne peuvent se gralter facilement. La vaccination de la poule n’a été réalisée que pour vérifier si le vaccin procurait l’immunité contre ce qu'on a appelé la Variole des poules (!), maladie voisine de celle des pigeons.

En dépit de tous les travaux qui se sont poursuivis à l'égard du groupe de ces Varioles animales et de l'intérêt de cette étude, bien des points ne sont pas solutionnés. La série des conclusions que Bohn avait posées pour l’ensemble de ces maladies, n’est pas près d’être confirmée. Si l’on peut admettre que la Variole de l’homme et les Varioles d’un certain nombre d'animaux domestiques, se transmettent réciproquement d'une espèce à l’autre, on ne saurait accepter encore aujourd'hui qu'il en soit ainsi pour toutes'les Varioles animales. Si les formes générales et graves de la Variole (Variole humaine, Clavelée) sont susceptibles au cours de ces transmissions de s’atténuer, et de se localiser sur d’autres animaux, on ne saurait actuellement prétendre que les Varioles de l’homme et des animaux domestiques soient toutes capables de se suppléer mutuellement. L’affinité, qui réunit cet ensemble de maladies varioliformes, n’est pas synonyme d'identité.

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