MORPHINE
La morphine a été découverte par Sertuerner en 1816. Elle est composée de
Carbone 34 proportions 72,20
Hydrogène 18 6.24
Oxigène G 10,64
Azote 6 4,93
Le nombre proportionnel de la morphine est 3600. .
La morphine cristallise en pyramides à 4 faces. Elle n'a pas d'odeur , sa saveur est amère ; cristallisée, elle contient deux proportions d'eau ( 5,8 p. 0/0 ) qu'elle perd à une température de 120«. En même temps elle deviejat opaque. Une température plus élevée la fond en un liquide jaune.
La morphine est insoluble dans l'eau froide ; l'eau bouillanlnen dissout 1/92 de son poids , qui cristallise par le refroidissement. Elle est soluble daiis 40 parties d'alcool anhydre froid et dans 30 parties d'alcool anhydre bouillant; elle est extrêmement peu soluble dans l'éther; elle se dissout dans les huiles grasses et volatiles. Les dissolutions de morphine rougissent le curcuma et verdissent la violette.
La morphine est soluble dans les alcalis caustiques ; elle est même un peu soluble dans l'ammoniaque ; elle se dissout dans l'acide nitrique qui la colore en rouge de sang.
Quand on la projette en poudre dans une dissolution concentrée et peu acide de sulfate de peroxide de fer, elle se colore en bleu ; M. Pelletier a vu que dans cette réaction il se fait du sulfate de morphine, et que le fer, ramené à l'état de protoxide est combiné avec un acide provenant de la décomposition de la morphine ( morphile de fer ).
L'acide iodique en dissolution est immédiatement décomposé par la morphine. Serullas, quia observé ce caractère, conseille de l'employer podr reconnaître la présence de la morphine. On triture le liquide avec un peu de gelée d'amidon , et
DES PAPAVÉftACÉËS. 385
on ajoute quelques gouttes d'acide iodiqueou d'une dissolution étendue de perchlorure d'iode ; l'amidon prend une couleur bleue.
La morphine est une des bases alcalines les plus puissantes. 100 parties de morphine saturent une quantité d'acide qui serait saturée par une base contenant 2,78 d'oxigène.
Les sels de morphine sont presque tous cristallisables ; ils ont une saveur amère , et ils exercent sur l'économie animale une action sédative et narcotique analogue à celle de la morphine ; ils sont précipités par les carbonates alcalins ; les alcalis caustiques en excès redissolvent le précipité ; il en serait de même de l'ammoniaque en excès; le précipité que fournissent les alcalis est floconneux ; il devient spontanément cristallin.
La noix de galle précipite les sels de morphine ; l'acide iodique en sépare de l'iode, et les sels neutres de peroxide de fer les colorent en bleu.
CODÉINE.
La codéine a été découverte par M. Robiquet en 1833. Elle est composée de
Carbone 32 proportions 72,66
Azote 1 5,26
Hydrogène 18 i/2 7,22
Oxigèiic 5 14,8G
La codéine cristallise en prismes rhomboïdaux droits.
Cristallisée elle contient 2 prop. d'eau qu'elle perd parla chaleur. Vers 150" elle entre en fusion et ne se volatilise pas.
La codéine est soluble dans l'eau; 100 p. d'eau à -f- 15 en dissolvent 1,26 p. ; à + 4337 p. à -{- 100 58,8 p. Quand elle se trouve dans l'eau bouillante eu plus grande quantité que l'eau ne peut en dissoudre , la portion qui ne se dissout passe déshydrate, entre en fusion et forme une sorte de couche huileuse au fond du vase. La codéine est soluble dans l'alcool, plus à chaud qu'à froid ; elle se dissout aussi très-bien dans l'éther , caractère qui la distingue de la morphine ; elle s'en dislingue encore en ce qu'elle est insoluble dans les alcalis 1. 25
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caustiques , en ce qu'elle ne décompose ni l'acide iodique ni les persels de fer.
La codéine salure les acides. Sa capacilé de saturation est presque la môme que celle de la morphine (7,837 au lieu de 7,88). Ses sels se distinguent de ceux de morphine en ce que les alcalis ne redissolvent pas le précipité qu'ils y forment, en ce que la noix de galle les précipite abondamment, et en ce que sont sans action sur eux les sels de peroxide de fer et l'acide iodique.
NARCOTINE.
La narcotine a été découverte par M. Desrone. Elle est omposée d'après l'analyse de M. Liebig de
Carbone 40 proportions 65,27
Hydrogène 20 5,32
Oxigène 12 25,63
Azole • 1 3,78
Sou nombre proportionnel est 4C84
La narcotine est blanche et inodore. Elle forme des cristaux prismatiques; elle entre en fusion à 170 et se solidifie ù 130, et elle perd alors 3 à 4 pour 100 de son poids, sans doute parce qu'elle est hydratée. En la refroidissant lentement, il se forme à sa surface plusieurs centres de cristallisation qui peu à peu augmentent de volume.
L'eau froide ne la dissout pas; l'eau bouillante en dissout environ 1/400. Il faut environ 100 parties d'alcool pour dissoudre une partie de narcotine à froid; elle est plus soluble dans l'alcool bouillant; elle se dissout aussi fort bien dans l'éther , caractère qui la distingue de la morphine. Les huiles fixes et les huiles volatiles la dissolvent également.
La narcotine est sans action sur les sels de fer peroxide; ella ne décompose pas l'acide iodique.
La narcotine se combine aux acides minéraux puissans. L'acide hydrochlorique et l'acide sulfurique forment avec elle des combinaisons stables; l'acide acétique à 7° la dissout en très-grande quantité, mais si l'on chauffe on voit aussitôt la narcotine se précipiter. La capacité de saturation de la narcc-<
DES papaviSrac^es. 387
tine n'a pas été déterminée encore avec beaucoup d'exactitude. Ses sels sont plus amers que ceux de morphine. Ils sont précipités par la noix de galle; la potasse et la soude les précipitent également; mais le précipité n'est pas soluble dans un excès d'alcali. Les sels de narcotinc ne sont pas colorés en bleu par les sels de fer peroxidé. Le rauriate de narcotine a seul été étudié. M. Robiquet a vu que le meilleur moyen de l'obtenir cristallisé consistait à évaporer à siccité la dissolution de narcotine dans l'acide hydrochlorique et à reprendre par l'alcool bouillant. Il se dépose une masse cristallisée qui a souvent une teinte verdûtre. Pour se procurer la narcotine , on prend le marc d'opium épuisé par l'eau , provenant de la préparation de la morphine ; on le fait bouillir avec de l'acide acétique à 2 ou 3 degrés ; on passe , on filtre les liqueurs et on les précipite par l'ammoniaque. On purifie la narcotiiiC qui se précipite en la dissolvant à chaud dans de l'alcool fort auquel on ajoute un peu de charbon animal; on filtre bouillant et la narcotine cristallise par le refroidissement.
La narcotine n'est pas employée en médecine. On l'a considérée comme le principe excitant de l'opium; mais les expériences que j'ai faites avec M. Bally sont de nature à la faire considérer comme une matière inerte. M. Magendie dit cependant qu'elle est active quand elle est dissoute dans l'acide acétique ou sulfurique et non dans l'acide hydrochlorique.
NARCÉINE , MÉGONINE ET THÉBAINE.
La narcéine découverte par M. Pelletier , et la méconine découverte par M. Dublanc, mais étudiée surtout par M. Couerbe, sont deux matières qui se distinguent essentiellement deg précédentes en ce qu'elles ne se combinent pas avec les acides. La narcéine contient de l'azote , la méconine n'en contient pas. Ces deux corps, fort remarquables sous le rapport chimique, paraissent peu importans sous le point de vue médical , car l'un et l'autre sont sans action sur l'économie animale.
La thébaïne ou paramorphine étudiée par MM. Couerbe et Pelletier n'est pas non plus susceptible de former des sels ; elle est azotée ; elle a la plus grande analogie de propriétés avec la
narcoliiie ; elle s'en distingue par sa forme cristalline en aiguilles courtes, en ce qu'elle fond à 130°, en ce qu'elle est beaucoup plus soluble dans l'alcool, enfin en ce que sa saveur est acre et non pas araère.
Le tableau suivant donnera une idée des caractères principaux qui distinguent les matières cristallines de l'opium.]