‹ Nouveau traité de pharmacie théorique et pratique (volume 2)Chapitre 301 sur 355 · CIGUË · texte numérisé non relu

CIGUË

Les chimistes n'ont pas encore éclairé suffisamment l'histoire chimique de la ciguë. Brandes a cru trouver la matière active de cette plante dans un produit qu'il a appelé conin, et qui est évidemment un corps complexe. Cette matière se rapproche des résines par ses caractères les plus saillans. Le docteur Paris , en traitant par l'éther la ciguë vireuse , en a retiré une sorte d'extrait qu'il a considérée comme le principe actif, et qui nécessairement a des rapports de propriétés avec les résines. Ajoutons qu'en 1830 MM. Cormerais et Pihan Dufeuillay de Nantes , étudiant la composition de l'OEnanthe safranée { OEnanthe crocata ) , attribuèrent l'âcreté et les effets toxiques de cette plante à une résine, en même tem])S qu'ils s'assurèrent que la partie volatile était une huile essentielle lout-a-fait inerte. Cependant Giesecke, et plus lard

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Geiger, sont arrivés à des résultais plus précis ; ils ont reconnu que les propriétés toxiques de la cigud sont causées par la présence d'une base alcaline organique, qu'ils ont nommée ckutine : cette substance est extrêmement remarquable; elle se présente sous la forme d'une huile jaunâtre, d'une odeur forte de ciguC et de tabac , et d'une saveur excessivement ûcre. Elle est soluble dans l'eau et dans l'alcool. Elle se combine bien avec les acides qu'elle neutralise en assez forte proportion. Elle a un caractère saillant : c'est d'être volatile; elle est d'ailleurs très-vénéneuse. Ses sels possèdent la même propriété , mais à un moindre degré. Soit seule , soit à l'état de sel , elle paraît susceptible de s'altérer au contact prolongé de l'air. Pour obtenir la cicutine, on distille de la ciguë fraîche avec de la potasse caustique en dissolution étendue aussi long-temps que le produit de la distillation conserve de l'odeur. On sature la liqueur distillée avec de l'acide sulfurique, et on évapore en consistance de sirop. On ajoute de l'alcool anhydre à celui-ci tant qu'il se précipite du sulfate d'ammoniaque , et l'on retire l'alcool par la distillation. On met le résidu dans une cornue avec une dissolution de potasse caustique très-concentrée , et l'on distille de nouveau. J'ai répété cette expérience avec succès, et j'ai constaté les propriétés toxiques de la cicutine. L'étude chimique de la ciguë appelle cependant de nouvelles recherches pour apprendre s'il n'existe pas dans la ciguë d'autre principe actif que le sel de cicutine. Je ferai remarquer toutefois, pour l'application pharmaceutique, qu'il ne faudrait pas conclure de la volatilité de la cicutine que la ciguë perde par la chaleur toutes ses propriétés , car cette matière existe naturellement dans la plante en un état de combinaison saline , sous lequel elle n'a pas de volatilité.

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