VINS MÉDICINAUX
On nomme vin médicinal du vin qui tient en dissolution un ou plusieurs principes médicamenteux.
Il y a plusieurs qualités de vin employées en médecine. On peut distinguer trois sortes principales : les vins rouges , les vins blancs et les vins de liqueurs.
Le vin rouge contient de l'eau , de l'alcool , des acides lartrique et acétique, du tartrate acide de potasse, du tarlrale de chaux, une matière extraclive, du tannin, une matière colo-
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ranlc jaune, une matière coloranle bleue qui prend une couleur rouge par les acides , et qui est tenue en dissolution à la faveur de l'alcool ; une matière végéto-animale , une huile particulière qui lui donne son arôme , enfin du sel marin , et du sulfate de potasse.
Le vin blanc a la même composition ; mais le tannin et la matière colorante y sont en plus faibles proportions.
Enfin , les vins de liqueurs proviennent de raisins très-sucrés ; ils contiennent beaucoup d'alcool , peu de tartre et encore du sucre ; dans leur fabrication , la fermentation s'est arrêtée avant que tout le sucre ait été détruit ; car la liqueur, devenue suffisamment alcoolique , a coagulé et précipité le ferment. Chacun de ces vins a aussi une saveur et une odeur spéciales et caractéristiques.
Le choix des vins est une opération importante dans laquelle un palais exercé l'emporte sur tous les réactifs des chimistes. Les dégustateurs habiles reconnaissent aisément et le terroir qui a fourni les vins , et les mélanges qu'on a pu leur faire supporter. Mais comme ce talent n'appartient qu'à quelques individus très-exercés , nous allons donner d'autres moyens de reconnaître les falsifications dont les vins ont pu être l'objet.
La force alcoométrique du vin est une des questions les plus importantes que nous présente l'examen des vins ; on la détermine au moyen d'un petit appareil distillatoire que nous devons à M. Gay-Lussac. Il consiste en un petit alambic dans lequel on distille la liqueur vineuse de manière à la réduire aux 2/3 de son volume. A cet effet, on en introduit une mesure donnée dans la cucurbite , et l'on arrête l'opération aussitôt que le liquide distillé en représente exactement le tiers ; on prend le degré alcoométrique de cette liqueur, et on rectifie au moyen des tables {voir pi. 10 ). Supposons que le produit distillé marque 30c, ou en d'autres termes , qu'il contienne 30 p. 100 de son volume d'alcool absolu ; comme cette quantité existait primitivement dans 3 fois autant de liqueur, il en résulte que le vin chargé contient Y ou 10 p. 100 à son volume d'alcool absolu. La table suivante indique la quantité d'alcool que Brande a obtenue de diverses liqueurs vineuses.
150 DES MÉDlCAMEIfS PRÉPARÉS PAR SOLUTION.
Alcool pour 100 •n mesure.
Vm d'Oporto 19 à 26
Madère 19 à 24
BonJcaux 13 à 16
Malaga 17,26
Champagne rouge 11,30
— blanc 12,80
Bourgogne 12 à 14
Hermitage blanc 17,43
— rouge 12,32
'Grave 12,80
Frontignan 1 2,7'J
Roussillon 17,26
Constance 19,75
Cidie 9,87
Poiré 9,87
L'eau , lesalcalis , la litharge , les matières coloranles»étrangères, le poiré, les matières sucrées, l'alcool , sont les corps que l'on ajoute le plus ordinairement au vin pour lui donner l'apparence de qualités qu'il ne possède pas , ou pour masquer ses défauts. Le coupage avec de l'eau est la fraude la plus commune et la plus innocente : la dégustation et la distillation le font reconnaître.
On ajoute des alcalis , potasse ou soude, aux vins qui ont commencé à tourner à l'aigre , pour saturer l'acide acétique et masquer sa présence. Le vin acquiert par là une saveur acre et saline. On ajoute en môme temps que l'alcali de l'alcool , qui remplit le double objet de remplacer celui que la fermentation a détruit, et de masquer davantage la saveur des sels qui se sont formés. La saveur désagréable des vins qui ont été ainsi raccommodés met d'abord en défiance ; mais en les évaporant en sirop et en les mêlant avec de l'acide sulfurique , il se dégage une forte proportion d'acide acétique. On peut encore évaporer à sec et reprendre par l'alcool ; l'alcool à 20*^ dissoudrait l'acétate de soude, et l'alcool à 40° dissoudrait l'acétate de potasse; on les reconnaîtrait aisément à leurs caractères; si l'acide acétique avait été saturé par la craie, le vin précipiterait abondamment par l'oxalate d'ammoniaque. Il ne faut pas oublier que les \ins contiennent naturellement de la chaux, et que c'est l'abondance du précipité qui est l'indice de la falsification.
La falsification du vin par la litharge, qui sature l'acide
formé et donne une saveur dou^ûlre au vin, est mainlenanl inusitée, parce qu'il est trop facile de la reconnaître. On évapore le vin à siccité ; on le môle avec du nitrate de potasse , et on projette le mélange dans un creuset de platine chauffé au rouge. Le résidu est chauffé avec de l'acide nitrique étendu , qui dissout l'oxide de plomb ; on évapore à siccité , et l'on redissout da/is l'eau. La présence du plomb dans la liqueur se reconnaît par l'hydrogène sulfuré qui la précipite en noir, par le chroraate de potasse qui la précipite en jaune , par les alcalis qui la précipitent en blanc.
Il est presque impossible de prononcer sur la coloration arti^ ficielle des vins , parce que le vin le plus naturel ne contient pas toujours la même matière colorante. Cette fraude est, du reste, peu usitée : les marchands de vin préfèrent monter la teinte des vins tiop ptlles avec les vins très-colorés d'Orléans ou du midi de la France.
La falsification des vins avec Iç poiré se reconnaît par la méthode suivante, que nous devons à M. Déyeux: On évapore le vin en sirop clair, et on l'abandonne pour faire cristalliser le tartre; on enlève le liquide; on lave les cristaux avec un peu d'eau froide, que l'on réunit à la première liqueur; on fait concentrer pour faire déposer une nouvelle quantité de tartre. Après un troisième traitement pareil , la dégustation de la liqueur fait reconnaître aisément la saveur propre au poiré ; pour plus de sûreté, on peut l'évaporer tout-à-fait et en jeter un peu sur les charbons allumés : l'odeur de poiré devient manifeste.
Les matières sucrées , comme la mélasse , la cassonade, que l'on ajoute au vin, se reconnaissent en évaporant en extrait, reprenant par l'alcool et faisant évaporer de nouveau. La présence de ces matières sucrées dans le vin est un indice presque certain de leur falsification.
On ajoute de l'alcool au vin pour le rendre plus généreux. Quand le mélange est fait nouvellement , on peut le reconnaître à la dégustation; mais s'il a été fait depuisjong-temps , il est à peu près impossible de reconnaître si l'alcool que le vin contient y existait naturellement ou s'il y a été introduit après la fermentation.
Le mélange des vins de qualités différentes les uns avec les
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autres ne peut être reconnu par des essais chimiques ; les dégustateurs exercés sont seuls habiles à reconnaître ces mélanges qui , le plus souvent du reste , sont sans inconvénient.
Les vins livrés par le commerce ont été tirés à clair et débarrassés de la lie. Cependant , pour leur bonne conservation , ils ont besoin d'une clarification qui les dépouille entièrement de toutes les matières qu'ils tiennent en suspension , et qui , plus tard, pourraient déterminer leur altération. A cet effet, on colle les vins quand ils sont en cave. Pour chaque pièce de vin de 300 bouteilles , on prend 5 blancs d'œufs , on les bat d'abord avec un peu d'eau , puis avec 1 à 2 litres de vin pris dans la pièce. On verse les œufs ainsi délayés dans la pièce , et on l'agite bien pour les y répandre uniformément. On laisse déposer pendant 8 à 10 jours, et l'on tire à clair. L'albumine agit en form nt avec le tannin un précipité insoluble , qui entraîne avec lui toutes les matières qui sont tenues en suspension.
Le vin blanc peut être clarifié par le même procédé ; mais on préfère employer la colle de poisson , car beaucoup de ces vins ne sont clarifiés qu'imparfaitement par l'albumine , et conservent une apparence nébuleuse. La colle de poisson destinée à la clarification du vin blanc se prépare de la manière suivante ; on la coupe par petits morceaux ; on la fait macérer dans de l'eau tiède pendant 12 heures ; elle forme alors une espèce de gelée, que l'on pétrit et que l'on délaye dans du vin blanc, on l'introduit par la bonde , et l'on agite vivement. La colle de poisson précipite les portions de matière végéto-animales qui troublent la transparence du vin et qui le feraient fermenter plus tard.
On conserve le vin dans des tonneaux en bois que l'on tient remplis , ou bien on le met en bouteilles : celles-ci doivent être couchées , pour que le bouchon reste toujours humide et gonflé, et qu'il s'oppose complètement à l'évaporation.
Quant aux vins de liqueurs , on les clarifie seulement par le repos ; leur conservation se fait sans aucune difficulté.
Tous les vins contiennent , outre l'eau et l'alcool , du tartre, de la matière colorante, du tannin et quelques sels. Tous ces élémens ont, dans la préparation des vins médicinaux, une action spéciale qui est modifiée et par leur proportion relative et par la nature particulière des matières sur lesquelles ils agissent.
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L'eau et l'alcool sont les deux principaux agens de dissolulion du vin. C'est à leur faveur qu'il se charge des matières que l'on met en contact avec lui. L'eau lui donne la propriété de dissoudre les matières salines , gommeuses et extractives ; c'est par l'alcool qu'il dissout les parties huileuses et résineuses. Les autres principes constituans du vin ont souvent aussi une grande influence sur son mode d'action. Ainsi, le vin extrait de la scille des principes dont l'alcool ne se chargerait pas. C'est par son tannin qu'il produit sa propre décoloration lors de son contact avec le quinquina. Enfin , dans la préparation du vin chalybé et du vin émétique , c'est par ses parties acides que le vin dissout le fer et l'antimoine.
On emploie à la préparation des vins médicinaux , des vins blancs ou rouges , secs ou sucrés. Il faut qu'ils soient de bonne qualité ; car, en agissant sur les matières organiques , ils sont disposés à subir une altération dans leurs principes constituans, laquelle est d'autant plus prononcée que le vin est moins généreux.
Il n'est pas indifférent de se servir de tel ou tel vin. On est conduit nécessairement à donner la préférence à l'un sur les autres , suivant la nature des substances sur lesquelles on doit agir. Ainsi , les vins de liqueur seront choisis pour les substances riches en principes éminemment altérables , comme la scille, l'opium ou le safran. On n'emploiera pas le vin rouge à la préparation du vin chalybé; le tannin qu'il contient ayant la propriété de précipiter le fer de sa dissolution. On lui donnera la préférence quand il s'agira de dissoudre des principes toniques ou astringens , parce que les propriétés propres au vin se trouveront en parfait accord avec celle des matériaux médicamenteux. C'est pour le même motif que l'on se servira du vin blanc pour préparer le vin diurétique. Disons toutefois que l'usage ou le caprice des inventeurs a souvent été la véritable cause de la préférence donnée à tel vin. Il est toutefois certaines circonstances tellement im.périeuses qu'elles ne laissent pas à l'opérateur la liberté du choix. Il doit, sous peine d'avoir un médicament de mauvaise qualité , ne se laisser guider que par les observations chimiques. Ainsi, les vins trèschargés du Midi précipiteraient en partie le principe actif du
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quinquina ; les vins généreux à peine chargés de lartre seraient peu propres il servir à la préparation des vins clialybé el émétique , qui ne contiennent le fer el l'antimoine qu'à la faveur des acides.
Il faut employer sèches les matières destinées à la fabrication des vins médicinaux. Les substances fraîches, en affaiblissant le vin , «ugmeutent les cliances de détérioration. Ce n'est qu'autant que les corps perdraient leurs propriétés par la dessiccation , qu'on devrait les prendre fraîches, par exemple, les végétaux antiscorbutiques; mais l'inconvénient est moins grand avec eux qu'avec tous les autres; on a remarqué que le vin qui est chargé de leurs principes ne s'altère pas beaucoup plus facilement.
On se sert de trois procédés différens pour préparer les vins médicinaux , savoir : la fermentation , la macération et les teintures alcooliques.
La fermcnlation est un procédé entièrement abandonné , et avec juste raison. Nous nous contenterons d'en faire mention: il consistait à mettre des subslajices médicamenteuses avec le moût de raisin , el à faire le vin à la manière ordinaire; mais comme la fermentation détruit une partie des propriélés des corps , et en quantité variable , l'on ne saurait compter sur la nature du produit.
Le second mode de préparation des vins médicinaux est la macération ; c'est le plus employé et i)rcsque toujours le meilleur. Quand le vin est de bonne quahté , il éprouve peu d'altération par son contact à froid avec les corps. Il n'en selait pas de même si on élevait la température. Après avoir prolongé le contact plus ou moins de temps, à raison delà densité des matières, on passe avec légère expression, etl'ouGltre. Est-il nécessaire de rappeler que les matières doivent être convenablement divisées pour aider à la faculté dissolvante du vin ?
MM. Boullay ont proposé de préparer les vins médicinaux par la méthode de déplacement , en chassant par de l'eau les portions de liqueur vineuse qui restent dans le marc ; mais M. Guillermond a démontré, par des expériences positives, que l'eau et le vin superposés dans celte manipulation, se mélangent avec la plus grande facilité; de sorte que les derniers produits
seraient une liqueur aqueuse qui nuirait à la conservation du vin .
On a remarqué que les vins médicinaux s'altèrent souvent peu après leur préparation. Pour y parer, Parmentiera proposé de les faire à mesure du besoin , en mêlant à du vin une teinture akoolique. Ce procédé est fort bon lorsque les principes que l'on veut dissoudre sont également solubles dans l'alcool étendu et dans le vin ; mais il arriverait souvent que la nature du médicament ne serait plus la même. On sait en effet que les acides et les autres principes du vin peuvent modifier singulièrement son mode d'action comme dissolvant. Les vins scillilique et antiscorbutique en particulier, préparés avec des teintures, paraissent différens de ce qu'ils sont quand on a fait agir directement le vin sur la scille ou sur les végétaux antiscorbutiques.
L'on a proposé un mode de manipulation qui a tous les avantages de l'emploi des teintures, sans en avoir les défauts : il consiste h mouiller préalablement les corps pendant quelques jours, dans un peu d'alcool à 22". On ajoute le vin, et l'on continue la macération. Dans ce procédé, l'alcool, qui pénètre la matière végétale, ramollit les principes solubles et les rend plus aptes à la dissolution une fois qu'ils sont en contact avec le vin. D'un autre côlé, cet alcool augmente laspirituosiléde nos vins ordinaires et les rend de meilleure conservation.
Quand un vin médicinal a été filtré, on doit le renfermer dans des bouteilles que l'on bouche bien , et que l'on p'ace dans une cave.
Ce que nous avons dit doit suffire pour la préparation des vins médicinaux simples. Les mêmes règles sont applicables aux vins composés.
VIN MÉDICINAL AVIÎC DES EXTItAITS.
(Elixir viscéral d'Hoffmann.)
Pr : Ecorces d'oranges fraîches 1/2 once.
Extraits de chardon-bénit
— de cascarille /
— de petite centaurée ana 2 gros.
— de gentiane \
— de myrrhe aqueux
Vin d'Espagne 2 livres.
150 DKS .Mlil)lCAMi:>S PKÉPARKS PAU SOLUTION.
La formule de ce vin varie presque dans chaque pharmacopée. C'est un stomachique et un tonique puissant à la dose de 1 à 2 gros.