‹ Nouveau traité de pharmacie théorique et pratiqueChapitre 54 sur 451 · PE · texte numérisé non relu

PE

nefte le degré de ténuité que ‘chaque poudre doit avoir. Les süb- Stances muqueuses doivent être moins divisées que les autres, et. l’on peut faire usage de poudres plus fines quand elles doivent être 34

lessivées avec de PL et surtout avec de l’éther.

:2° La poudre doit être introduite à plusieurs fois dans le réci-

pient, ‘en frappant légèrement sur les parois extérieures pour la tasser légèrement ; on égalise à mesure sa surface. Il est fort difficile Po imer la quantité dont la poudre doit

être tassée dans le cylindre à lixiviation. Il faut à une expé-. rience que donne l'habitude et qu'il est. difficile de transmettre.

autrement que par la pratique; car chaque substance ne doit pas être tassée de la même manière et de la même quantité, et chacune en particulier ne doit pas l'être également suivant la finesse de la poudre et la hauteur de la colonne que le liquide a àtraverser. Il en résulte que ce lessivage, fort simple dans sa théorie, devientune opération difficile, par la grande habitude D ’elle € exige de celu? qui doit l’exécuter.

Le liquide doit être versé sur la poudre de manière à former une couche non interrompue à sa surface ; il pénètre alors d’une manière égale en chassant devant lui l'air atmosphérique ; autrement il peut arriver qu’une portion reste emprisonnée entre différentes couches humectées, et que par son ressort il empèche le liquide de s’y faire jour; on entretient la surface de la poudre entièrement recouverte pendant tout le tempggque dure l'opération. Quand on verse l'eau, si on s aperçoit qu’elle pénè tre très vite, c’estune preuve que la poudre n’a pas été assez tassée ; il faut la comprimer en appuyant sur le diaphragme supérieur. Pour cette raison, un diapragme métallique est préférable à une rondelle de papier ou de toile, qui n'offre pas les mêmes ressources. Si l’on s'aperçoit que l'écoulement est trop prompt, on peut le modérer encore, comme le conseille M. Dausse, en fermant d’une. certaine quantité le robinet inférieur et en ne le laissant couler que par un petit filet ; de là l'utilité du robinet qui termine l'appareil ; ; ais il

faut bien dire qu'un premier tassement fait d’une quantité con- . venable est plus avantageux, parce qu il donne de suite des di- #4 * queurs plus concentrées et qu’il facilite moins le mélange entre les À différentes couches de liquide. C’est là une ‘difficulté d'exécution 2

qui ne peut être vaincue que par la persévérance ; l'habitude de ce |

genre de travail le rendra bientôt familier à chaque pharmacien,

LIXIVIATION. 113

MM. Boullay ont conseillé d'employer les poudres sèches. M. . Dausse donne le même conseil pour les substances compactes qui n'augmentent pas sensiblement de volume par leau; cette légère dilatation est même dans un cas un avantage, comme l'a fait observer M. Dausse, parce qu’elle diminue la porosité de la matière, et par suite la vitesse de l'écoulement. L'augmentation de volume est un désavantage quand elle est trop forte, comme il arrive pour les substances d’un tissu moins ligneux, ou pour celles qui sont chargées d’une plus grande quantité de matière muqueuse. Je préfère en tous cas me servir d’une méthode qui a été indiquée par M. Dausse pour un certain nombre de substances, et qui s'applique avantageusement à toutes. Elle consiste à humecter la poudre avec la moitié de son poids d’eau froide et à la laisser en cet état pendant plusieurs heures avant de l’introduire dans l'appareil à lixiviation. Par là, chaque matière se gonfle d’une quantité en rapport avec sa propre nature; par là encore les matériaux solubles sont ramollis ou dissous , et la poudre est plus vite et plus complétement épuisée; par là encore le liquide trouve sa route frayée; il se fait jour plus assurément à travers tous les points de la colonne qu’il doit traverser, et l’on a peu à craindre la formation de fausses voies, qui est Rent le plus puissant que l’on puisse opposer à la lixiviation des matières organiques.

La quantité d’eau que j'ai indiquée est suffisante pour humecter le plus grand nombre de substances végétales : il faut la diminuer de moitié au moins pour la noix de galles ; il est rarement nécessaire de l'augmenter. Le lessivage se fait à l’eau froide: il faut en excepter certaines matières, comme le coquelicot, le séné, que l’eau bouillante dépouille mieux de leurs parties solubles ; il faut d’ailleurs , ainsi que je l'ai dit, tasser les poudres humec- tées d’une quantité dont je vais tâcher de donner une idée par quelques exemples, quoique nécessairement d’une manière un peu vague.

Tassez fortement les poudres de :

Arnica, Pareira brava et toutes autres Camomille, substances très volumineuses Houblon, ou très ligneuses.

Quassia amara,

Tassez assez fortement les poudres de :

Bistorte, Patience, 3

Buis, Quinquina, :

Cainça, Ratanhia, 2 Chiendent , Réglisse,

Colchique, Salsepareille,

Columbo, Saule (écorce de), * Douce-amère, Squine,

Grenadier (écorce de), Valériane, et en général les Ipécacuanha, substances à texture ligneuse,

Tassez modérément les poudres de :

Absynthe, Chardon bénit, Aconit, Chicorée, Anémone, Mercuriale, Armoise, Rhus radicans, Aunée, Sabine,

Belladone, Saponaire (feuilles), Centaurée (petite), Stramonium, Ciguë, Tréfle d’eau.

Chamædris,

Tassez peu les poudres de :

Bardane, Pensée sauvage, Bourrache, Polygala,

Gentiane, Racine de persil, Noix de galles, Racine de saponaire.

Ne pas tasser du tout:

Coquelicot, Roses rouges, Rhubarbe, « Safran.

Les capsules de pavot ne se prêtent nullement à la lixiviation «

par l’eau ; l'opération est même difficile pour la gentiane, et surtout pour la rhubarbe. Celle-ci doit être réduite en poudre très grossière; encore l'opération ne réussit-elle que dans des mains très exercées à ce genre de manipulation.

Quand on veut traiter par lixiviation les matières visqueuses

qui se gonflent beaucoup par l’eau, on peut se servir avec succès du mode de manipulation conseillé par M. Mouchon; il consiste à délayer les matières avec une quantité d’eau convenable pour

: LIXIVIATION. . 115

en faire une pâte liquide que l’on verse dans l'appareil; on laisse écouler le liquide surabondant et l’on achève de lessiver à la manière ordinaire ; les matières se tassent alors d’une manière égale et de la quantité précisément nécessaire; il faut se rappeler qu’il n’y aurait pas avantage à recourir à ce procédé pour les substances ordinaires, parce qu'il augmente nécessairement la quanlité du liquide nécessaire à l'épuisement.

Quand on traite une matière par lixiviation, les premières portions de liqueur qui passent sont très chargées, parce que le liquide en contact avec des couches de poudre vierge se sature des matériaux solubles; mais au bout de quelque temps, les liqueurs apparaissent de moins en moins chargées, et il faut une quantité d’eau bien plus grande que ne l'indique la théorie pour épuiser la matière pulvérulente. Deux causes concourent en même temps à ces résultats ; la première, c’est que les matériaux solubles étant renfermés dans le tissu de la plante, l’eau-ne les atteint pas tous immédiatement ; et en outre, c’est que les différentes couches liquides se mêlent avec facilité; MM. Boullay avaient pensé le contraire ; mais c’est un fait d'expérience que l’on peut aisément constater. Il l’a été par M. Baudrimont pour la pulpe de betterave : il a vu que dans l'épuisement de cette pulpe, en la tenant couverte d’une couche d’eau, on introduisait dans le suc environ le tiers de son poids d’eau étrangère. M. Guillermond l’a prouvé également en humectant une poudre inerte par une solution d'extrait et cherchant à déplacer celui-ci par de l’eau froide.

L’écoulement du liquide aqueux se fait toujours avec plus de difficulté que celui des liqueurs éthérées ou alcooliques. Ceci tient à ce que Veau gonfle bien davantage les tissus organiques, en même temps qu'elle développe les parties mucilagineuses. Il en résulte que la poudre se gonfle, se tasse et devient moins perméable à l’eau : celle-ci est en outre détachée plus difficilement des surfaces , de sorte que les couches d’eau superposées poussent facilement la liqueur qui n’est qu’interposée dans les vides que laissent les particules pulvérulentes; mais elle ne détache qu'axéc plus de peine celle qui adhère aux surfaces mêmes et elle ne s’y mélange que lentement; de même que l’eau déplace bien l'huile qui est engagée au railieu d’une poudre et non pas celle qui adhère aux particules pulvérulentes.

La lixiviation des matières végétales est avantageuse quand il 8°

est nécessaire d'obtenir des solutions concentrées, comme pour les liqueurs destinées à la préparation des extraits. Elle évite une concentration toujours nuisible aux liqueurs d’origine organique. Le plus grand reproche que l’on puisse lui faire, c’est qu'elle exige un temps considérable, qui, dans les temps chauds, peut permettre aux matières d'entrer en fermentation avant que leur épuisement par l’eau ne soit complet.

Tout ce que je viens de dire s’applique aux lixiviations par l'alcool aussi bien qu'aux lixiviations par l’eau; seulement il faut fermer l'appareil avec un couvercle pour éviter l’évaporation ; ici même, comme les tissus organiques ne se gonflent pas comme au contact de l’eau, l'emploi de la-méthode est encore plus général. Il y a aussi avantage à humecter préalablement la poudre à l'avance ayec la moitié de son poids de liqueur spiritueuse. Chaque substance doit aussi être tassée d’une manière différente; mais on peut toujours pour chacune d’elles tasser plus que dans le traitement par l’eau, parce que le gonflement des matières est toujours moindre , et parce que, malgré la lenteur de lécoulement, on n’a pas à craindre que la fermentation se mette dans la masse. Je n'ai vu non plus, pour aucune des substances que j'ai mises en expérience, que la quantité de matière dissoute ait été diminuée par une macération préalable.

L'alcool ne développe pas le mucilage et ne or pas les tissus organiques autant que l’eau le fait; aussi l'écoulement est-il généralement plus prompt pour les liqueurs alcooliques; aussi des matières mucilagineuses qui se refusent à laisser filtrer Peau, livrent-elles passage à l’alcool. La scille, et sans doute d’autres bulbes se gonflent beaucoup et forment un mucilage épais avec . Palcoo! à 56°.

Quand une poudre a été épuisée au moyen de l'alcool, elle reste imprégnée d'une partie de ce liquide qu’il est intéressant d'en retirer. MM. Boullay, dans l’idée qu'ils s'étaient faite: que les liquides se déplaçaient sans se mélanger, avaient proposé de verser à la surface de la poudre de l’eau qui poussait l'alcool devant elle et permettait de le recueillir tout entier et sans mélange. Je m'é-. tais aperçu qu’il n’en était pas ainsi, et, à mon instigation, M. Guillermond a fait des expériences tout à fait convaincantes, qui ont démontré que, si une partie de l'alcool était séparée sans mélange, bientôt on obtenait des liqueurs alcoolisées de moins en moins

LIXIVIATION. 117

spiritueuses. Cette circonstance diminue singulièrement les avantages que l’on pouvait s'attendre à trouver dans l'emploi de la lixiviation avec l’alcool. Ici, en effet, il importe peu d’avoir des quantités un peu plus grandes de liquide, parce qu’on le retire sans inconvénients par la distillation à une température basse et à l'abri du contact de l'air, et l’on perd par la méthode de déplacement presque autant d'alcool que dans les procédés ordinaires.

‘Il y a environ vingt ans que le comte Réal a fait construire, sous le nom de filtre-presse, un appareil qui ne diffère de notre appareil à déplacement que parce que le liquide qui passe à travers la poudre végétale , est soumis à une pression considérable qui détermine un écoulement plus rapide des liqueurs. L'appareil consiste en une boîte d’étain fort épaisse, qui porte à sa base un diaphragme destiné à supporter la poudre; à la partie supérieure est un tube très élevé que l’on remplit d’eau; si ce tube a trentedeux pieds de haut, le liquide au contact de la poudre supporte une pression double de celle de l'atmosphère, et passe avec facilité. Comme ce tube si élevé n’est pas commode, le comteR éal avait substitué à l’eau , dans quelques-uns de ses appareils, la pression du mercure, que l’on a remplacée depuis par une pompe foulante.

Nous ne nous servons pas en France du filtre de Réal, et ne pouvant porter à son sujet un jugement assuré, je puiserai dans la traduction allemande que M. Schoëdler a faite de mon ouvrage, ce ce que je vais dire, et qui résume en pr sorte les opinions de Geiger à ce sujet.

Le cylindre de la presse de Réal est un tube court, surmonté par un tube long et étroit qui s’y adapte à vis. Une lnétiéur de 9 à 10 pieds pour ce second tube est tout à fait suffisante ; l'avantage que l’on peut avoir à l’allonger ne compense pas les inconvénients qui résultent de l’incommodité de son maniement.

Le cylindre est en étain ou en fer-blanc fort; il se termine en cône à sa partie inférieure ; au point où il commence à devenir conique est un rebord sur lequel on pose un diaphragme percé de trous; on le recouvre d’un morceau d'’étoffe de laine et l’on place la poudre au-dessus; on met sur la poudre une nouvelle étoffe de laine, puisau-dessus un diaphragme percé, si l'appareil n est pas complétement rempli; on assujettit le tout au moyen de cercles d’étain C C que l'on a de différentes hauteurs à cet effet ; on

place alors le couvercle et l'on y visse le tube; après que l’on a placé un vase au-dessous du cylindre, on verse de l’eau dans le tube à pression et on le maintient toujours rempli.

La meilleure manière d'y parvenir est de placer à côté de lui un vase avec de l’eau dont un siphon puise le liquide pour le verser dans le tube : le liquide pénètre avec force dans la masse et sort chargé des parties extractives. Quand il sort peu coloré et qu’il n’a presque plus de saveur, on considère l'opération comme terminée et on vide le tube par le robinet R.

Les substances, avant d’être mises dans le cylindre, doivent être réduites er poudre grossière; la poudre est humectée convenablement et laissée pendant quelque temps dans un autre vase, de manière à ce qu’elle soit toute gonflée quand on la met dans le cylindre.

Ce qui vient d’être dit s'applique également au traitement par l'alcool; l’humectation préalable de la poudre est alors inutile.”

On peut très bien extraire les parties solubles par un liquide chaud; il est bon alors d’entourer le tube et le cylindre d’une enveloppe en bois, comme mauvais conducteur du calorique:

Geiger a donné en outre une indication de la M quantité dont doit être tassée chaque poudre'en M piticiilier : je ne la rapporte pas, parce qu’elle s ’accorde Fa les indications que j'ai données moi-même pour la EN ASS Sans pression.

Depuis, des appareils du même genre ont été pra de ar Romershausen, Payen, par .ie profeéseut Zenneek et a h M. Béral. L'écoulement y est rendu plus facile, soit par la pression qu'exerce une pompe foulante à la surface du liquide, soit par le vide imparfait que fait une pompe aspirante dans un récipient \ fermé, qui porte le cylindre à lixiviation. L'avantage que procürent ces instruments consiste dans l'écoulement plus facile du liquide. M. Baudrimont s’est assuré que les diverses couches dé” liquides s’y mêlent moins, et que leur mélange se fait en des pro=

LIXIVIATION. L 119

portions d'autant plus faibles que la pression est plus élevée. On ne peut cependant dépasser certaines limites, car la partie inférieure de la pulpe se comprime et forme un arrêt imperméable que le liquide ne peut pas franchir.

Il ne faut pas croire, toutefois, que l'emploi de la pression détruise tous les défauts reprochés à la lixiviation. Elle en fait naître un nouveau, car l'écoulement lent du liquide est une condition nécessaire à l'épuisement par une petite quantité de liqueur; il faut que celle-ci ait le temps de pénétrer les cellules fermées de la plante, et d’en extraire les parties qui y sont contèlues. J'ai reconnu, à plusieurs reprises, en me servant du petit appareil de M. Béral, que lorsque les liqueurs passaient peu colorées, et que la matière paraissait épuisée, si on arrêtait l’opération pour la recommencer quelque temps après, il s’écoulait alors de l'appareil des liqueurs fortement chargées. On peut y remédier sans doute en tassant un peu plus les matières , et l'éloge que fait du filtrepresse un praticien aussi distingué que Geiger, ne peut laisser aucun doute sur les bons résultats que l'on peut obtenir avec cet instrument.

Quoi qu il en soit, je pense que la simplicité des appareils à lixiviation sans pression, la commodité de leur emploi, et les bons résultats que l’on en obtient leur feront donner la préférence dans les laboratoires des pharmaciens.

Je. dois, en terminant, dire quelques mots d’une méthode de dissolution qu’il est important de ne pas perdre de vue, à eause des services importants qu’elle a rendus et qu’elle est appelée à rendre encore; c’est celle qui a été proposée par Cadet, et qui est suivie.encore par quelques pharmaciens, pour la préparation . des liqueurs concentrées destinées à fournir des extraits. Elle consiste à réduire les substances en poudre demi-fine, à les humecter avec le double de leur poids d’eau froide ou d’eau tiède, et. à les soumettre à lapresse après quelques heures de contact ; on peut, si l’on veut, humecter de nouveau la poudre et en retirer une: nouvelle quantité de principes solubles. En. général, une poudre traitée de cette manière retient sous la presse le tiers de son poids d’eau, et par conséquent un sixième des principes solubles-après-la première opération, et un trente-sixième seulement après la seconde. Les défauts de cette méthode, c’est qu'il faut une bonne presse pour la mettre à exécution, c’est. que les linges

retiennent une partie du produit, c’est que les liqueurs que l’on obtient sont moins claires, c’est enfin qu’il faut plus d’eau pour obtenir une même quantité d'extrait; mais il est des circonstances où elle sera préférée. Comme l'application de la lixiviation à la préparation des solutions concentrées demande beaucoup d’habitudes les pharmaciens qui se verront trompés dans leur attente, parce qu’une matière trop tassée ou trop muqueuse se refusera à livrer passage à l’eau ou à l'alcool, seront fort aises de recourir au procédé de Cadet, qui leur permettra de tirer bon parti encotun résultat aventuré.

Page 1