‹ Nouveau traité de versification françaiseChapitre 47 sur 81 · L'e ne se prononce point ici dans ce · texte numérisé non relu

L'e ne se prononce point ici dans ce

or désormais je veulx suivre la trace De ton haiilt sens, duquel la veine passe t?dntre les rocz du profond concevoir.

>- tant me tays, mais si en tel sçavoir -«iîeulx 4! adonner, tu seras Toultrepasse, Veu ton esprit.

(Clément JVlAnoT.) LA BALLADE.

La ballade apparaît vers le xiv^ siècle. Très en faveur au siècle suivant, abandonnée de la Pléiade et des poètes du xvii° et du xviii® siècles, sauf Voiture, Sarrazin, La Fontaine, M'"" Deshoulières et Jean-Baptiste Rousseau, elle a été remise en honneur de nos jours. Les ballades régulières comprennent trois couplets de huit ou dix vers chacun, écrits sur les mêmes rimes, ainsi que l'envoi qui termine la pièce. Si la ballade est en vers de dix syllabes, les couplets sont ordinairement de dix vers et l'envoi de cinq; si la ballade est en vers de huit syllabes, les couplets sont ordinairement de huit vers et l'envoi de quatre. Le dernier vers du premier couplet doit se répéter à la fin des deux autres couplets et de l'envoi. Les règles précédentes ne furent jamais, au reste, bien strictement appliquées. Il serait facile de citer des ballades dont les strophes ont six, sept, neuf, onze, treize et quatorze vers; d'autres où le nombre des strophes dépasse trois; d'autres enfin où la similitude des rimes n'est point observée. Nous citerons, comme un parfait modèle de ballade, dite régulière, la ballade « que Villon feit à la requeste de sa mère pour prier Nostre-Dame ».

Dame du ciel, régente terrienne, Emperière des infernaulx palux, Recevez-moy, vostre humble chrestienne, Que comprinse soye entre vos esleuz, Ce non obslant qu'oncques rien ne valuz. Les biens de vous, ma dame et ma maîtresse, Sont trop plus grans que ne suis pécheresse, Sans lesquelz biens âme ne peult merir* N'avoir les cieulx, je n'en suis jengleresse ^. En ceste foy je vueil vivre et mourir.

A voslre Filz dictes que je suis sienne; Que de luy soient mes péchez aboluz ' : Pardonnez moy comme à l'Égyptienne, Ou comme il feit au clerc Theophilus, Lequel par vous fut quitte et absoluz, Combien qu'il eust au diable faict promesse. Préservez moy, que je ne face cesse; Vierge, pourtant, me vouilliés impartir * Le sacrement qu'on célèbre à la messe.

En ceste foy je vueil vivi^e et mourir.

Femme je suis povrette et ancienne, Ne riens ne sçay ; oncques lettres ne leuz; Au monstier voy dont suis parroissienne Paradis painct, où. sont harpes et luz Et ung enfer où damnez sont boulluz :

L'ung méfait paour, l'aultre joye et liesse. La joye avoir fais moy, haulte Déesse, A qui pécheurs doivent tous recourir, Comblez de foy, sans faincte ne paressa En ceste foy je vueil vivre et mourir.

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