‹ Nouveau traité des devoirs du chrétien envers Dieu [microforme] (volume 2)Chapitre 44 sur 111 · DE LA MORT ET DU JUGEMENT · texte numérisé non relu

DE LA MORT ET DU JUGEMENT

Jésus-Christ viendra juger les vivants et les morts.

ARTICLE PREMIER

De la Mort.

Vous mourrez, telle est la sentence qui fut prononcée contre Adam après son, péché, et que nous voyons se réaliser tous les jours. Ïl n’est rion de plus certain que la mort, et rien de plus incertain que le temps de notre mort. Nous mourrons tous, c’est-à-dire nous quitterons cette terre que nous habitons, et nous entrerons pour toujours dans l'éternité. A la mort nous quitterons tout: parents, amis, richesses, honneurs, emplois, sans exception et sans retour. A la mort tout nous quittera aussi, e: 2pté nos œuvres bonnes ou mauvaises.

Si la seule pensée de la mort est insupportable aux amateurs du monde, aux voluptueux, en un mot aux pécheurs, combien terrible doit en être le coup! 0 moment effroyable, qui leur découvre le vide des choses d’ici-bas qu’ils ont trop aimées, et l'importance de la vertu, qu'ils n’ont peut-être connue que Pour la mépriser |

Rien de plus incertain que le temps et les circonstances de la mort: mourrons-nous d’une maladie lente, ou subitement? Aurons-nous le temps de nous préparer, ou serons-Nous surpris? Mourrons-nous dans

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: peu de jours, dans un moment, ou parviendrons-nous à une grande vieillesse? Mourrons-nous dans la grâce ou dans le péché? Personne ne peut le dire: ce qui est certain, c’est que nous mourrons, et que probablement nous MOurrons COMME nous aurons vécu : C’est que l’on ne -ceueille que ce que l’on a semé ; c’est que " mort est l’echo de la vie. Ce qui est certain encore, c’est que la destinée du mourant est immuable ; que la mort décide de tout; que si l’on meurt en état e grâce, on est heureux éternellement; et que si l’on meurt en péché mortel, on est malheureux pour toujours.

Puisque la mort est inévitable et qu'elle doit décider de notre sort éternel, nous devons nous y préparer et profiter du temps qui nous reste. I] s’agit ici de notre plus grand intérêt, ou plutôt de notre unique intérêt; car, dit Jésus-Christ, que servirait à l’homme de gagner tout le monde s’il perdait son âme ? Et, en effet, serait-on bien consolé dans les brasiers éternels par le souvenir qu’on a été grand, riche, puissant, ou. que l'on a fait fortune en ce monde? Ah! on concevra bien alors que l’on a été dans l'erreur, et qu’il n'y avait pas d'autre fortune que la vertu. « J'ai possédé le plus grand «empire de l'univers, disait Septime-Sévère en mou- «rai; j'ai été tout ce que peut être un mortel, et il «ne m'en reste rien qui puisse me servir dans l’état où «je suis.» Un héraut portant le drap destiné à ensevelir Saladin criait, par ordre de ce prince: Voilà tout ce que le grand Saladin mportera de tous les empires qu'ü a conquis !

Les petites affaires s’expédient sans beaucoup d’application, mais les grandes demandent beaucoup de soin et d'étude. Comme c’est la marque d’un esprit faible de s'occuper beaucoup d’une bagatelle, aussi est-ce le propre d’un esprit bien fait de penser beaucoup à ce qui est important. Il faut proportionner les soins

aux affaires, et quelle plus grande affaire que de bien mourir? Est-ce trop de la vie pour se préparer à la mort? Est-ce trop de quelques années pour se préparer à l'éternité ?

Un homme condamné à mort estime-t-il beaucou les biens et les honneurs de ce monde? Telles doivent &

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être nos dispositions: la mort nous poursuit, et infailliblement elle nous frappera, peut-être au moment où nous y penserons le moins. Préparons-nous donc chaque jour, puisque chaque jour peut être ie terme de notre vie. Ne nous y trompons pas, ne nous faisons pas illusion sur yn point aussi important; n’attcndons pas le dernier moment: peut-être ne serait-il plus temps. Celui, dit saint Augustin, qui a promis le pardon au pécheur qui se convertira, ne lui a pas promis le lendemain pour se convertir. (C’est donc une témérité, c'est même un crime d'attendre à une dernière maladie pre se préparer à la mort. Quoi! dans ce moment où ‘on n’est pas même capable de s'occuper des affaires les plus ordinaires, on penserait pouvoir accomplir l'œuvre la plus difficile, la plus importante, celle qui demande les plus grands soinsf Comment recevoir ju" Sacrements avec fruit lorsqu'on sait à peine ce que l’on fait” Comment débrouiller une conscience pleine d’iniquités lorsque toutes les facultés de l’âme sont absorbées par les douleurs et les horreurs de la mort? Comment prouver à Dieu qu’on déteste le péché, l'ayant aimé, et s’y étant livré aussi longtemps qu’on 2 pu se procurer sa jouissance? Ce n’est plus alors la pécheur qui quitte le péché, c’est le péché au contraire qui quitte la pécheur. Pour l'ordinaire, Dieu laisse mourir en impénitents ceux qui ont vécu dans l’impénitence. Quand il en arrive autrement, c’est un miracle: Dieu peut faire ce miracle, maïs c’est une funeste et damnable présomption que de l’attendre en

vivant mal.

Hisrorres. — Un jeune officier français forcé de quitter sa patrie se retira en É agne, et, touché de la grâce, 1l résolut de consacrer le reste de sa vie à se préparer à la mort. Plein de cette pensée, il se présenta à une maison religieuse qui faisait profession de mener une vie très-austère, et obtint, à force d’instances, d’y être admis. Pendant son noviciat il écrivit à sa sœur ex ces termes: « Il n’y a pas de mendiant

- en Espagne qui soit plus mal nourri que nous, et qui ne soit mieux en tout ce qui regarde les besoins du corps. Cependant aucun d’entre nous ne voudrait changer son sort contre un

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les empereurs avee le dernier de leurs suiets ! j va n’emportant que ses œuvres : alors on est apr semé au milieu des larmes : le mal est passé, et la joie succède ur l'éternité.» Cinq mois après sa rofession, ce religieux ut attaqué d’une hydropisie qui am bout de quatre mois de souffrances le conduisit au tombeau. Couché sur la cendre et la paille, il prenait la main du père abbé avec une expression de reconnaissance qui attendriseait toute la communauté « Que mon bonheur est grand! disait-il: vous m'avez ouvert les portes du ciel en m’ouvrant celles de cette maison! Oh! qe Je suis heureux de m’être préparé à la mort! qu’il est oux de mourir quand on espère pa passer de la terre ee : Fe en sont ceux qui comprennent

arolss: Que sert à l s'il My x perdre son âme !» de ta à — Que pourrait regretter le juste à la mor Î la terre? son Cœur en a tique été détaché, Es ue ses amis? mais il sait qu’il ne les quitte point pour toujours. Nous nous reverrons, disait À ses parents désolés une jeune demoiselle de Lyon depuis longtemps en proie aux plus cruelles douleurs, nous nous reverrons. Elle mourut en proee ” ns On lui a élevé un superbe mausolée où résentée assis i not Ne ps Rated et écrivant sur une colonne ces — Un enfant n’ayant que peu d’inst i

couler les larmes du sa mère, lui dit: ‘ Aa

appris que pour voir Dieu il fallait mourir?» et il avait à ,

peine sept ans !...

Pi CELL — 1. Par quoi se termine l'existence de tous les à qe ici-bas ?—2. Quelles conséquences pratiques faut-il tirer € la certitude de la mort, de l'incertitude dun moment et de 1 manière ?—8, Montrez combien on est téméraire de diffé : se préparer à la mort. ni

ARTICLE II

Du Jugement.

«Il est arrêté, dit saint Paul, qu mourra, et qu'après sa mort il sera rare an.

L'immortalité de l’âme suppose nécessairement un Jugement qui décide de son éternité, car le juste et l’impie ne peuvent obtenir le même sort. La foi nous an.

prend même qu’il y aura deux sortes de jugements, le

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particulier et le général. Le jugement particulier est celui que chaque homme subit immédiatement après sa mort, sur le mal qu’il a fait et le bien qu’il a omis de faire. Par ce jugement son sort scra fixé pour l'éternité. Aussitôt après ce jugement particulier, les âmes qui, quoiqu’en la grâce de Dieu, ont encore à satisfaire à sa justice pour des fautes légères, ou à raison des péchés graves pardonnés dork elles n’ont pas fait une pénitence suffisante, vont en purgatoire pour achever de sc purifier avant d'entrer en paradis; celles qui sont exemptes de toute souillure sont immédiatement introduites dans la gloire; mais celles qui sont coupables de quelque péché mortel sont précipitées en enfer, en attendant la résurrection générale qui aura lieu à la fin

. du monde.

C’est alors que se fera le jugement général, où sera confirmée et manifestée la sentence déjà prononcée dans le jugement particulier. Le jugement général sera précédé de signes effrayants. Notre-Seigneur lui-même nous eu a tracé la peinture dans l'Evangile. Il y aura des guerres, des famines, des pestes et des tremblements de terre ; le soleil et la lune seront obscurcis ; les étoiles sembleront tomber du ciel ; la mer fera un bruit épouvantable par l'agitation de ses flots, et les hommes sécheront de frayeur dans l'attente de ce qui doit arriver à l’univers. Alors, en un moment, en un clin d'œil, au son de Ja dernière trompette, tous les morts ressusciteront. Le signe du Fils de l’homme, c'est-à-dire une croix lumineuse, brillera dans les airs, et Jésus-Christ descendra visiblement du ciel, avec une grande puissance et une grande majesté, pour rendre à chacun selon ses œuvres. 11 sera accompagné de ses Anges, qui sépareront les bons d’avec les méchants. Que cette séparation sera terrible, et que le sort des uns et des autres sera différent! Les justes seront placés à la droite du souverain Juge, les méchants à sa gauche. Alors toutes les consciences seront manifestées aux yeux de l’univers, ce qu’il y a maintenant de plus caché et de plus secret sera connu et exposé à la lumière.

e juste, qu'on avait méprisé sur la terre, paraîtra orné des bonnes œuvres qu’il avait cachées avec soin ;

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et le pécheur sera couvert de honte à la vue qu'il avait dérobés à la connaissance des hom le vice paraîtra tel qu'il est, avec la diffor famie qui lui appartiennent. Quelle alors un jeune à discours des méchante et résisté à la contagion de leurs mauvais exemples ! Qu’il sera bien dédommagé des combats qu'il aura eus à soutenir, des railleries ont i] aura été l'objet! Mais quel désespoir dans le cœur d’un jeune libertin en voyant exposés au grand jour, à la face du ciel et de la terre, les crimes qu'il avait commis dans les ténèbres, en voyant celui qu’il avait tourné en ridicule placé au nombre des Saints et parmi les enfants de Dieu ! Quelle horreur n’aura-t.il pas pour le vice, qui lui paraît maintenant si doux et si séduisant !

Ce n’est encore là que l’appareil et le prélude du jugement: quelle impression fera donc sur nos esprits la sentence même du souverain J uge! Tous les hommes étant dans un profond silence, le Fils de Dieu dira à ceux qui seront à sa droite ces consolantes paroles : « Venez, vous qui êtes les bénis de mon Père, possédez le royaume qui vous à été préparé dès le commencement du monde.» il adressera ensuite aux réprouvés cette sentence foudroyante: « Retirez-vous de moi, maudits ! allez au feu éternel.» Aussitôt que l'arrêt aura ‘été prononcé, les justes iront régner avec Dieu peudant toute l'éternité ; et les méchants seront précipités dans l'enfer pour y brûler éternellement, sans pouvoir jamais réparer une gi grande perte, qu’ils auront faite par leur faute.

Prévenons ce Jugement terrible ; profitons de l'avis que Notre-Seigneur nous donne dans l’Evangile : « 2re- (nez garde à vous, dit-il, de peur que vos cœurs ne « s'appesantissent, et que ce jour ne vienne tout d’un “COUP ous surprendre; car il enveloppera comme un «filet tous ceux qui habitent sur la surface de la terre.

« Veillez donc, et priez en tout. temps, afin que vous “soyez trouvés dignes d'éviter tous ces MaAUX qui arri-

“veront, et de paraître avec confiance devant le Fils de « l’homme.»

des orimses mes. Alors wité et l’injoie ne sentira pas omre vertueux qe aura méprisé les

Hisroire, — Un libertin adonné à tous les vices avait eu,

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dbs sa tendre jeunesse, des principes religieux, Une mère vertueuse ‘n’avait rien négligé pour les enraciner dans son cœur. Grâce à l’éducation très-chrétienne qu'il avait reçue,

uoiqu’il eût perdu les mœurs, il n'avait pas encore perdu la oi. Une nuit qui suivait un jour où il avait donné dans de grands excès, il eut un songe: pendant son sommeil il se vit transporté au tribunal de Dieu, On ue peut concevoir quels furent sa confusion, sa crainte et son effroi. A soa réveil il avait une fièvre ardente ; il était tout en sueur et hors de luimême. « Laissez-moi seul, disait-il, fondant en larmes, à ceux qui eurent les premiers occasion de le voir en cet état ; laissez-moi seul. J’ai vu mon Juge! pardon, Ô mon Dieu!» Ses compagnons de débauche apprirent que leur ami était malude, qu’il se désolait; ils vinrent le voir pour le consoler. « Retirez-vous, leur dit-il, vous n'êtes plus mes amis! je ne

. vous verrai plus; j'ai vu mon Juge. Quelle majesté et quelle

sévérité éclataient sur son visage! Oh! que d'accusations, que d’interrogations auxquelles je n’ai pu répondre! Tous mes péchés sont écrits, je les ai lus. Ah! quel nombre! j’en connais l’énorniité. Que de démons n’attendaient que le sigpal pour m’enlever! Je frémis, et je frémirai longtemps. Faux amis, retirez-vous pour toujcurs. Que je m’estimerai heursux si je puis apaiser par la plus rigoureuse pénitence mon terrible Juge! Je m'y dévoue. Hélas! je paraîtrai bientôt réellement à son redoutable tribunal; ce sera peut-être aujourd’hui. Pardon, d mon Dieu! je ne cesserai point de vous dire: Pardonnez-moi, faites-moi miséricorde: ne me perdez pas, ayez pitié de moi.»

Exercices. — :. Que nous apprend la foi à l'égard du jugement?—2. Qu'est-ce que le jugement particulier ?—8. Quels seront les signes précurseurs du jugement général ?—4, Comment se fera le jugement général ?—5, Quelle différence remarquera-t-on entre les hommes au moment de subir le jugement général?—6. Par quelles paroles Jésus-Christ nous presse-t-il de nous préparer au jugement général ?

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