‹ Nouveau traité des devoirs du chrétien envers Dieu [microforme] (volume 2)Chapitre 51 sur 111 · DE LA RÉSURRECTION DES CORPS · texte numérisé non relu

DE LA RÉSURRECTION DES CORPS

Je crois la résurrection de la chair.

C’est un article de notre foi que nos corps ressusciteront un jour. Tous les hommes mourront, et ils ressusciteront avec les mêmes corps qu’ils auront eus pendant qu'ils vivaient. Ces corps, mis en terre, éprouveront la corruption, et seront réduits en cendres; mais quelques changements qu’ils aient éprouvés, leurs ans se réuniront un jour et seront ranimées par le souffle de he La vie n’est qu’un songe, la mort un sommeil ; qi : ‘4 résurrection sera le commencement d’une vie

Il n’y a point de vérité qui soit établie dans les divines Berituroe, ni AE de puyée de la foi constante de tous les siècles que “ R. Cette vérité a été connue dans tous les temps «Je sais, dit le saint homme Job, que mon Rédempteur est vivant, et que je ressusciterai de la terre au dernier jour que je serai encore revêtu de ma peau, que je un mon Dieu dans ma chair, que je le verrai moi-même,

yeux.» Mais c’est principalement d i

que cette vérité brille dus tout A cr viendra, dit Jésus-Christ, que tous ceux qui sont de le tombeau entendront la voix du Fils de Dieu, et Mux qui auront fait de bonnes œuvres ressusciteront pour vivre; mais ceux qui en auront fait de pe re

saint Paul, en un clin d'œil, ax , aù son de la trom Mae ressusciteront pour ne plus mourir. Fe jette résurrection sera générale: tou Jette ; s, grands et petits, justes et pécheurs; ceux qui ont de avant

sont maintenant sur la terre, ceux qui viendront après nous; tous mourront, et ressusciteront au dernier jour avec les mêmes corps qu’ils avaient avant leur mort.

C’est Dieu qui opérera cette merveille par sa toutepuissance, Comme il a tiré toutes choses du néant par sa seule volonté, de même il rassemblera facilement nos membres épars, et les réunira à nos âmes. Il n’est pas plus difficile au Tout-Puissant de faire revivre nos corps qu’il ne l’a été pour lui de les créer.

Nous avons sous les veux, chaque année, une image de cette résurrection. Les arbres ne sont-ils pas comme morts pendant l'hiver, ct ne paraissent-ils pas ressusciter au printemps? Les graines et les autres semences que l’on jette en terre s’y corrompent, et y meurent en quelque manière, pour en sortir ensuite plus belles qu’elles n’y ont été mises; il en est de même de nos corps: c’est une espèce de semence que l’on met en terre, et qui en sortira pleine de vie.

Les corps des justes ne seront plus alors grossiers,

esants et corruptibles, comme ils le sont maintenant;

ils seront brillants comme le soleil, exempts de toutes sortes de douleurs et d’incommodités, pleins de force et d’agilité, tel qu'était le corps de Notre-Seigneur après sa résurrection ; les justes, qui sont ses enfants, sanctifiés par sa grâce, unis et incorporés avec lui par la foi, ressusciteront comme lui; Jésus-Christ transformera leurs corps vils et abjects, et les rendra conformes à son corps glorieux et impassible. Le corps, qui a eu part au bien que l’âme a fait pendant qu’elle lui a été unie, doit participer aussi à son bonheur.

Les méchants ressusciteront à la vérité, mais leurs corps n'auront pas les qualités glorieuses ; ils ressusciteront, mais ce ne sera que pour être livrés à des misères éternelles dans leur durée, inconcevables dans leur grandeur.

« Toute la multitude de ceux qui dorment dans Îa « poussière de la terre, dit un Prophète, se réveillera, «les uns pour la vie éternelle, et les autres pour un « opprobre et une ignomini ie qui ne finiront jamais.»

Quel spectacle s’offrira alors à nos yeux! quels sentiments s’élèveront dans notre cœur, lorsque nous enten-

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drons le son de la trompette, lorsque cette voix terrible

retentira de toutes Parts: « Levez-vous, morts ! venéz comparaître au tribunal du Seigneur !»

nière trompette, et son

avons bien plus sujet de craindre que lui: comment Fouvons-nous être tranquilles? Si la résurrection future de nos corps est un objet d'espérance et de consolation pour les justes, elle est un objet de terreur et d’effroi pour les pécheurs.

ègne d’Antiochus, les sept jeunes nt généreusement les

plus cruels supplices plutôt que de violer la Loi du Seigneur, purce qu'ils espéraient dans la résurrection, Le Premier eut a langue coupée: on lui arracha la peau de la tête... et z pirait encore, il fut mis dans une chaudière sur u. Le second, étant sur le point de rendre le ir, Git au roi: « Vous nous faites erdre la vie monde nous ressuscitera un jour

TE la vie éternelle» Le troisième dit avec confiance :

ä1 reçu Ces membres du Ciel, mais je les méprise maintenant pour la défense des lois de D

ieu, parce que j’espère qu'il me les rendra un Jour.»

Le quatrième parla en ces "mes: « I] nous est plus avantageux d’être tué

À Dieu que de conserver notre vie en lui déso ‘Sp ons qu’à la résurrection Dieu nous COTPs que nous avons reçus de lui» Les autres ne montrèlt pas moins de courage et d’intrépidité, Ce une restait encore: Antiochus tâcha de l’éb resses et par l’espoir des récompense n qu’elle lui persuadât de sacrifier aux idoles. Cette généuse mère dit à son fils: « Regardez

ers Dieu, qui a créé toutes choses,

mais vous Partagerez la mor atiochus, irrité, ex

périr la mère par les mêmes supplices.

ÉXERCICES, — 1, Leg corps ressusciteront-ils 9 Sur quelles Doles de l’Ecriture 8 appuie le dogme de la résurrection ?— AComment S’opérera la résurrection des COTPS ?—4, Trouvons-

8 duns la nature quelques images de la résurrection ?—5, En

tes et les pécheurs ?—6. Quel effet

pe état ressusciteront les jus

8 la pensée de la résurrection ? ser

oit produire sur nou RATER, Qu CHAPITRE XIV.

DE NOTRE FIN DERNIÈRE. d.

Je crois la vie éternelle. de Notre âme, immortelle de sa nature, sortant de son fe corps, passe de cette vie dans une autre, de ce monde 16 visible dans un monde invisible. Les païens eux-mêmes go croyaient à une vie future, dans laquelle on sera ré- | . compensé ou puni selon ses œuvres. L’attente d’une vie 73 | future est done le dogme du genre humain et la foi de : 8 la nature.

Il y a donc une autre vie après celle-ci, et cette vie ne Le finira jamais. Nous y serons éternellement heureux ou I malheureux, selon que nous 8eTons justes ou injustes aux . yeux de Dieu au moment de notre mort. Mais comme, . au sortir de cette vie, l’âme peut emyorter des souillures ui, sans la rendre digne de l'enfer, l’exeluent cependant es de ciel tant qu’elle n'en sera pas purifiée, il s'ensuit dan qu’outre le paradis préparé aux justes et l'enfer destiné DE L, à punir les méchants, il y a un lieu nommé purgatoire, Son établi temporairement pour purifier les âmes coupables, Sei en mourant, de quelques péchés véniels, ou qui n’ont pas ét + satisfait à la justice divine pour la peine qui reste due DE «un crdinairement après que le péché mortel est remis par le 7. sacrement de Pénitence. a : : | cisio Hisrorre. — Saint Bernard quittant la maison paternelle D Chr pour aller s’ensevelir avec 868 frères dans la solitude, ils ren- : contrèrent le jeune Nivard leur frère, et ils lui dirent: « Dé- qu « sormais l'héritage te regarde; nous allons en religion.— ue « C'est-à-dire, reprit l’enfant avec vivacité, que le ciei sera Q « pour vous, et la terre pour moi : assurément le partage n'6si des « pas égal ;» et bientôt après il les suivit. prop Gopsscarp, Vie de saint Bernard. expi

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Êxenorées. — 1. Y a-t-il une vie qui sucoédera à la vie présente, et ce dogme n’a-t-il été connu que des Chrétiens ?—2, Quel sera le sort des justes et des pécheurs dans la vie future ?

ARTICLE PREMIER

Du Purgatoire.

Pour entrer dans le ciel immédiatement après la mort, il faut que l’âme ait conservé son innocence baptismale, ou qu’elle l'ait entièrement réparée par la pénitence, car rien d’impur n’entrera dans le ciel. Cependant, la faiblesse humaine étant si grande, il est bien difficile de se conserver tellement pur de la contagion du siècle, qu'on n’ait pas à se reprocher au moment de la mort au moins quelques fautes légères : de là la nécessité d’un lieu d’expia‘ion pour ces fautes légères, ainsi que pour suppléer la pénitence qu’on aurait dû faire pour certains péchés quoique remis, quant à la peine éternelle, par le sacrement de Péni. tence. +

Dès la Loi ancienne, cette vérité était parfaitement connue; les hommes instruits de la religion savaient que les âmes étaient purifiées de leurs fautes légères par des peines temporaires avant que d’entrer dans les limbes, lieu de repos où l:s justes attendaient la venue de Jésus-Christ, qui devait les introduire dans le ciel. Le courageux Judas Machabée envoya une somme d'argent à Jérusalem afin qu'on offrit au Seigneur des prières et des sacrifices pour ceux qui étaient morts en combattant, « parce que, dit-il, c’est «une chose salutaire de prier pour les morts, afin «qu'ils soient délivrés de leurs péchés.» Mais cette vérité a été mise dans son plus grand jour par les décisions de lEglise, foncées sur les paroles de Jésus- Christ même, qui fait la distinction entre les péchés qui peuvent ou ne peuvent pas être remis en ce monde ou en l’autre.

Quoique l'Eglise n’ait rien décidé sur la grandeur des peines du purgatoire, il est certain qu'elles sont proportionnées à la grièveté des péchés qui restent à expier; il est certain aussi qu'ellis sont très-grandes :

Se

plusieurs Pères de l'Eglise assurent même qu'elles ne different de celles de l’enfer que par le terme de leur durée et par la patience avec laquelle les âmes les soufrent.

Nous pouvons et nous devons soulager les âmes du purgatoire. Ce sont des prédestinés, des amis de Jésus- Christ, destinés à régner un jour avec lui, et qui sauront bien nous dédommager au centuple des sacrifices que nous aurons faits pour les soulager ou pour abréger leurs peines. Ce sont peut-être nos proches, nos parents, nos amis, nos bienfaiteurs, qui du fond de leurs cachots nous disent d’une voix lamentable: «Ayez pitié de «moi, ayez pitié de moi, vous au moins qui êtes mes «amis!» Mon cher enfant, s’écrient ce père, cette mère, du milieu des flammes où ils sont ensevelis, nous souffrons des peines incompréhensibles dans ce lieu de douleurs; ayez pitié de ceux à qui vous avez de si grandes obligations, à qui vous devez la vie et les biens que vous possédez; laissez-vous attendrir par nos gémissements et soulagez-nous dans nos peines; vous le pouvez si facilement ! l'assistance à la sainte Messe, une aumône, une prière, le sacrifice de ee plaisirs que vous offrirez à notre intention, la plus mince privation, ete., peuvent nous délivrer des tourments que nous endurons et nous procuré’ la gloire du ciel! Ab! serez-vous insensible à nos maux, et nous oublierez-vous au jour de notre nécessité? Oserez-vous vous livrer à la joie tandis que nous sommes plongés dans des feux dévorants ?

Eh quoi! dans le purgatoire ce sont toujours nos frères en Jésus-Christ qui souffrent de cruels tourments: comment done pourrions-nous les abandonner ? Ces âmes ne peuvent satisfaire à la justice de Dieu qu’en payant à la dernière rigueur; ce sont des prisonniers retenus pour dettes en ces lieux de supplices; mais nous pouvons les délivrer en satisfaisant pour elles par la prière, le jeûne, l’aumône, les indulgences et les communions, particulièrement par la sainte Messe dite ou entendue en leur intention.

La charité nous fait un devoir de soulager ces saintes âmes, nous ordonnant de faire à autrui ce que nous voudrions qui nous fût fait à nous-mêmes.

souill la na nous moye la dé

qu'elles ne me de leur s fimes les

es âmes du is de Jésusqui sauront crifices que our abréger nos parents, eurs cachots ez pitié de ai êtes mes , cette mère, 3, nous souflieu de doule si grandes ns que vous émissements ouvez si faciaumône, une vous offrirez etc., peuvent arons et nous us insensible de notre néadis que nous

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Notre intérêt propre nous impose la même obligation : les âmes justes que nous aurons soulagées s’intéresseront pour nous dans le ciel avec autant d’ardeur que d'efficacité; elles deviendront des protecteurs puissants

que nous nous serons acquis pour ce monde et pour l’autre.

La justice même nous fait un devoir de soulager les âmes du purgatoire : c'est peut-être À cause de nous que plusieurs y souffrent, soit pour nous avoir trop aimés

en flattant nos passions, soit pour avoir offensé Dieu à notre occasion.

HisroiRe. — Sainte Perpétue, sainte Félicité et d’autres servantes de Jésus-Christ, ayant été arrêtées pour la foi, furent enfermées dans une étroite prison, où Perpétue eut différentes visions, Dans la première le Seigneur lui fit connaître qu’elles souffriraient toutes le martyre; dans la secende’elle vit un de ses frères, mort depuis quelque temps. Il lui paraissait que cet enfant souffrait d’horribles douleurs ; qu’il était surtout tourmenté d’une soif dévorante, sans qu’il lui fût possible d’approcher sa bouche du bord d’un bassin plein d’eaü, malgré les efforts réitérés qu’il faisait pour se procurer ce soulagement. La sainte, ayant reconnu par cette vision que son frère était dans le purgatoire, se mit en prière ainsi que ses compagnes. Quelques jours après elle revit son frère, le çorps bien net, bien vêtu, et se rafraîchissant au milieu de la plaine était le bassin, C’est ainsi que le Seigneur voulut faire »0 naître l'efficacité des prières que l’on fait pour le soulagement des défunts. Hist. ecclésiastique.

EXERCICES. — 1, Toutes les âmes des justes entrent-elles dans le ciel aussitôt après leur séparation du corps ?—2. Sur quoi es fondée la nécessité du purgatoire ?—3. Sous la loi mosaïque savait-on que les âmes devaient être purifiées de leurs légères souillures par des peines temporelles ?—4. Que savons-nous sur la nature des peines du purgatoire?—5. Quels motifs doivent nous porter à soulager les âmes du purgatoire ?—6. Par quels

moyens peut-on les soulager ?—7. Quels avantages nous procure la dévotion aux âmes du purgatoire ?

ARTICLE Il.

Du Paradis.

Le paradis est le séjour de la magnificence et de la gloire de Dieu, c’est la demeure qu’il a préparée à ses

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Anges et nux hommes qui auront vécu dans sa crainte et seront morts dans son amour, Mais pour nous faire comprendre quels sont les biens immenses, quelles sont les joies ineftables du paradis, il faudrait qu'une de ces âmes bienheureuses descendît du ciel, et nous en racontât les merveilles. «Non, dit saint Paul, l’œil de «l’homme ne saurait voir, l'oreille ne saurait entendre, «le cœur ne goûtera jamais en ce monde 12 bonheur que « Dieu a préparé à ses élus dans sa gloire.» Imaginonsnous, si nous le pouvons, quelle sera la joie d’une âme qui entrera un jour dans le ciel! O le doux moment que celui qui, terminant les misères de cette vie, commencera le bonheur de son éternité! quelles délices, quel contentement, quels transports, quand elle verra enfin son Dieu, quand elle se verra à jamais assurée de son sort !

Quelle joie pour un captif quand il vient à recouvrer sa liberte, et à sortir de son triste esclavage ! Quelle joie pour un prisonnier longtemps enfermé dans les horreurs d'un sombre cachot, quand il revoit enfin la lumière! quelle joie pour un homrre qui a fait un long trajet sur une mer orageuse, à travers les tempêtes et les écueils, où il a été mille fois en danger de périr, quand il arrive enfin heureusement au port ? Faible image, image bien imparfaite de la joie, de la OA du bonheur d'une âme qui, après la captivité, le triste exil, les longues souffrances de cette vallée de larmes, entre enfin dans l’heureux port du salut, dans ia région des vivants, pour vivre à jamais, dans le sein des élus, de la vie de Dieu même, l’auteur de son être, le terme de ses désirs, le centre de son repos, sans craindre de le perdre jamais, assurée de le posséder toujours, heureuse du même bonheur que lui !

Mais ce n'est pas assez de connaître le bonheur du ciel, 11 faut encore s’efforcer de le mériter par la pratique des bonnes œuvres. «La porte en est étroite, dit Jésus-Christ; faisons nos efforts pour y entrer.» Quelque grands que doivent êtres ces efforts, ils sont peu de chose pour un si grand bien.

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peu de violence, de nous priver de quelques satisfactions, de vaincre le respect humain pour mériter un si grand bonheur! Où est donc notre foi? où est notre raison ? On fait tous les jours le sacrifice de son repos, de sa santé pour une fumée d'honneur; on travaille toute sa vie pour un peu d'argent que l’on sait être obligé de laisser en mourant; et pour le ciel, qu’on doit toujours posséder, on ne ferait rien! «Ce ne serait pas trop, dit saint Augustin, d'une éternité de travaux pour s'assurer une éternité de bonheur, et nous ne pouvons lui accorder un moment!» Un peu de prière, matin et soir, nous cffraie; la confession nous épouvante; la sanctifisation du dimanche est sacrifiée au respect humain ; l’abstinence du vendredi et du samedi, à la sensualité; nos devoirs, à l’amour du plaisir : et nous prétendrions être associés aux Martyrs, à ces hommes de vertu, ù ces héros de la Religion! Le ciel est une récompense, il faut donc travailler pour la gagner; c’est une couronne, il faut combattre pour l'obtenir; c’est une conquête, il faut se faire violence pour la mériter: ceux qui savent se vaincre sont les héros qui l’emportent. Le ciel est le séjour de la sainteté: les portes n’en sont ouvertes qu’à l'innocence ou à la pénitence. Si nous ne nous occupons que des vanités, des biens et des plaisirs de cette vie, nous ne sommes ni innocents, ni pénitents, nous sommes par conséquent indignes d’entrer dans le ciel. Ah? combien il est consolant pour un chrétien vertueux de savoir que tout ce qu’il fait pour Dieu sera abondamment récompensé, qu'un verre d’eau froide donné en son nom, qu'un soupir de son cœur ne sera pas perdu devant ce bon Maître! Avec quelle constance ne supporte-t-1l pas les épreuves de cette vie! Les pertes, les disgrâces, qui souvent font le désespoir de l’impie, deviennent pour le juste un sujet de mérite, par la résignation avec laquelle il les recoit, et l'espoir d’en être dédommagé dans le ciel, qu’il regarde comme sa vraie demeure. C’est là que chaque jour il envoie le trésor de ses bonnes œuvres ; c’est pour le ciel qu’il travaille, c’est pour le ciel qu’il embellit son âme.

Si nous connaissions les grands biens que l’on possède dans le ciel, et combien une âme peut y glorifier le Sei-

gneur, non-seulement nous travaillerions avec ardeur à notre salut, mais nous nous efforcerions encore de procurer aux autres le même avantage, et spécialement à nos parents, à nos amis; ce serait là le vrai moyen de leur témoigner notre amour. On ne peut rien faire de plus avantageux au prochain et de plus glorieux à Dieu. «Celui, dit saint Chrysostome, qui macère son corps par les austérités a moins de mérite que celui qui gagne une âme à Dieu; c'est quelque chose de plus grand de sauver ses frères que de faire des miracles.» Vest ce zèle du salut des âmes qui a porté tant d'hommes apostoliques à quitter leur pays, leurs parents, leurs amis, pour courir, aux dépens de leur vie, au delà des mers, afin d'y convertir quelques paiens, y baptiser quelques enfants en danger de mort. « Celui, dit saint « Jacques, qui gagnera son frère à Dieu, sauvera son âme «et couvrira la multitude de ses fautes.»

Iisrorre. — M. Boursoul exerça à Rennes pendant plus de quarante ans les fonctions du saint ministère ; il soutint sans interruption, sans relâche, jusqu’à la fin de sa carrière, les fatigues de la chaire et les fonctions pénibles du tribunal de la Pénitence. Il voulait, disait-il, mourir les armes à la main. «Ah ! si j'étais digne d’obtenir cette faveur de mon Dieu! Je lui demande chaque jour de terminer ma vie, soit en annongant son Evangile dans la chaire de vérité, soit en exerçant dans le tribunal sacré les droits de sa justice et ñ* sa miséricorde.»

Une prière dictée par les motifs héroïques d’une ardente charité méritait d'être exaucée. Le lundi de Pâques, 4 avril 1774, M. Boursoul dit la messe à cinq heures, et se rendit ensuite au tribunal de la Pénitence. Vers les deux heures de l'après-midi, il se fit porter à Toussaint, paroisse de Rennes, où, malgré son grand âge et ses infirmités, 1l prêchait le carême cette année-là ; et à trois heures il monta en chaire pour prêcher son sermon sur la gloire et le bonheur des saints. ïl eut dans son débit la vigueur et l’impétuosité de la jeunesse ; sa voix avait un éclat extraordinaire ; ses mouvements étaient si rapides, son geste si véhément, qu’il désignait ce qu’il allait dire avant de l'avoir prononcé. Vers la fin du premier point, après la description la plus vive et la plus touchante des beautés du paradis et de la joie des bienheureux dans le ciel, il ft un nouvel effort, et s’écria: « Non, mes frères, jamais il ne sera donné aux faibles yeux de l’homme de soutenir ici-bas l’éclat

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de la majesté divine ;» ensuite baissant la voix : « Ce sera dans le ciel que nous le verrons face à face et sans voile,» Ces mots furent prononcés d’une voix sonore et d’un ton énétrant ; il les répêta en latin: Videbimus eum sicuti est. Et en finissant ces dernières paroles, courbé sur le bord de la chaire, il expira. Ses feux étaient fixés vers le ciel, et demeurèrent constamment dans cette position. L'église était remplie d’une aîluence de peuple extraordinaire, et la consternation fut prompte et générale: les uns poussaient des cris, les autres répandaient des larmes; ceux-ci tombaient en défaillance, ceux-là disaient tout haut: «C’est un saint; il est mort en parlant du bonheur du ciel» On entendit la voix d’un enfant qui proféra ces paroles: «Il parlait du paradis, et il y va.»

CARRON, Vie de Boursoul.

EXERCICES. — 1. Qu'est-ce que le paradis ?—2, Pouvons-nous comprendre le bonheur qui nous y est réservé ?—3. Que faut-il faire pour le mériter ?—4. Quels sentiments doit nous inspirer la pensée du ciel?—5. Devons-nous ne travailler qu’à nous sauver seuls ?

ARTICLE III

De V Enfer.

Il y à un enfer, c’est-à-dire un lieu de tourments où les méchants seront éternellement punis avec les démons. Cette vérité, comme toutes les autres de notre croyance, a été révélée de Dieu; Jésus-Christ parle, dans l'Evangile, d’une fournaise de feu, d’un lieu de supplices où il n’y aura que pleurs et que grincements de dents. Veux qui doutent s’il y a un enfer, et qui, sous ce prétexte, suivent leurs penchants déréglés, sont aveuglés OU corrompus; ils risyrent une éternité de supplices pour un plaisir d’un moment.

On souffre deux peines dans l'enfer, la peine du dam et celle du sens. La peine du dam consiste dans la privation de la vue et de la présence de Dien. La peine du sens consiste à souffrir les tourments les plus violents sans le moindre adoucissement, L’Ecriture sainte nous représente ces tourments dans les termes les plus énergiques. «Le feu dévorera les réprouvés, dit l'Esprit “saint; le ver qui les rongera ne mourra pas, et le

Ro

pe er ur

«feu qui les dévorera ne s’éteindra pas» Ce feu, devenu comme raisonnable, selon l'expression de saint Augustin, s’attachera aux sens corporels ie auront servi d'instrument au péché, ainsi qu'aux acultés intellectuelles, pour les dévorer sans cependant les détruire.

Tous les damnés sont privés de la présence de Dieu, et ils souffrent des tourments épouvantables, et toujours proportionnés au nombre et à la grièveté de leurs crimes.

Il est done de foi que les réprouvés souffriront à jamais, en corps et en âme, les supplices les plus cruels, dans un entier désespoir et sans aucune consolation.

Les peines de l'enfer seront éternelles; c’est un article de foi fondé sur l’Ecriture même. Isaïe nous dit que le ver rongeur des damnés ne mourra point, et que le feu qui les brûle ne s’éteindra jamais. «Les ré- « prouvés, est-il dit dans saint Matthieu, iront à un sup- « plice qui ne finira point.»

Mais, dira-t-on, Dieu est trop miséricordieux pour punir éternellement un seul péché mortel qui ne dure quelquefois qu’un instant. On répond que la miséricorde de Dieu n’est pas contraire à sa justice, et que sa justice exige qu'il punisse éternellement le péché d’un homme qui meurt impénitent; car, 1° le péché de cet homme est en quelque sorte éternel selon sa disposition présente, puisqu'il veut mourir dans le péché, ce qui mérite par conséquent une peine éternelle; 2° le péché mortel combat et détruit, autant qu’il en est capable, un bien éternel et infini; il doit donc être puni d’un sup-

plice éternel et infini, au moins dans sa durée, puisque

l’homme étant fini n’est pas capable d'un supplice infini dans sa nature; la justice humaine punit queljuefois un seul péché passager d’une peine éternelle de sa façon, telle que l'exil perpétuel, de sorte que si l’exilé vivait toujours, il serait toujours banni de sa patrie.

Eh! pourquoi la justice divine ne pourrait-elle pas ban-

nir éternellement de la patrie céleste un pécheur impé-

nitent aui s’en exclut lui-même en.mourant volontairement dans l’impénitence finale ?

Jeunes gens, ne vous abusez done pas, mais prenez dès er ment la forme résolution d’eviter le péché qui

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