ACAD
Si tant de mères se sont tues,
Que ne vous taisez-vous aussi ! (La Font.)
147. Un verbe ne pouvant avoir deux compléments directs, il suit de là que lorsque les verbes ci-dessus ont sous leur dépendance la proposition qui suit , celte proposition doit nécessairement être le complément indirect de se douter , de s'attendre, etc., au moyen d'une préposition sous-entendue. C'est ce qui a lieu pour se douter, s'apercevoir, s'attendre, se plaindre, se flatter. Ainsi ces phrases :
Ils se sont doutés que je viendrais.
Ils se sont aperçus qu'on les trompait.
Ils s'étaient attendus que vous viendriez.
Ils se soni plaints que vous négligez vos devoirs
Nous nous étions flattés que vous réussiriez.
équivalent à celles-ci :
Ils se sont doutés (de ce) que je viendrais.
lis se sont aperçus de ce; qu'on les trompait.
Ils s'étaient attendus (à ce) que vous viendriez.
Ils se sont^iam/5(dece) que vous négligez vos devoirs.
Nous nous étions flattés (de ce) que vous réussiriez. En effet on dit : se douter de quelque chose, s'apercevoir DE quelque chose, s'attendre a quelque chose , se plaindre de quelque chose, se flatter de quelque chose.
148. Doit on écrire avec accord : ils s'étaient persuadés qu'on n'oserait les contredire, ou sans accord : ils s'étaient persuadé qu'on n'oserait les contredire.
On dit persuader quelqu'un de quelque chose , ei
persuader X quelqu'un quelque chose; ce qui indique que le verbe persuader peut avoir un nom de personne pour complément direct et pour complément indirect ; que conséquemment dans se persuader, le pronom se peut être considéré aussi bien comme complément direct que comme complément indirect, et qu'ainsi il est permis décrire avec accord : Us s'étaient persuadés quon n'oserait les contredire; c'est-à-dire, ils avaient persuadé eux qu'on n'oserait, etc.; et sans accord : ils s'étaient PERSUADÉ qu'on n'oserait les contredire ^ c'est-à-dire ils avaient persuadé à eux qu'on n'oserait, etc.
149. Il n'en est pas de même du participe des verbes s'imaginer, se figurer et du participe de se mettre dans cette locution se mettre dans la tête, lesquels participes ont toujours pour complément indirect le second pronom : vous vous imaginez cela, c'est-à-dire, vous imaginez cela à vous , en vous ; nous nous figurions cela tout autrement, c'est-àdif e , nous figurions cela à nous 5 elle s'est mis cela dans la tête, c'est-à-dire, elle a mis cela dans la tête à elle. C'est pourquoi on dira avec le participe invariable :
Quelques auteurs modernes se sont Jmaginé qu'ils surpassaient les anciens. (D'Olivet.)
Les anciens s' éiaieni figuré que la terre est immobile.
Elle s'était mis dans la télé que nous avions de mauvaises intentions.
(«7) Quelques auteurs modernes ont imaginé en eux quoi? qu'ils surpassaient les anciens. — Les anciens ont figuré à eux quoi? que la terre est immobile. — Elle avait mis à elle quoi dans la tête ? que nous avions de mauvaises intentions ; et comme le complément direct, exprimé par ces propositions çî/'îVs surpassaient les anciens , que la terre est immobile, que nous avions de mauvaises i7itentions,est après le participe, celui-ci doit nécessairement rester invariable. Voici quelques exemples à Tappui de ce qui précède :
Les Eloliens s'étaient imaginé qu'ils domineraient dans la Grèce. (Montesquieu.)
Comme je n'ai point reçu de vos letires, et que c'est toujours un grand chagrin pour moi, je (M"' de Sévigné) me suis imaginé que vous aviez élé occupée à recevoir M"' de Monaco. (M™^ de Sévigxé.)
Il est des hommes qui se sont toujours figuré qu'on voulait les tromper. (La Harpe.)
Bien des écrivains se sont figuré que le protccleur n'était pas étranger h cette révolution. (Volt.)
Pourquoi se serait-elle mis dans la tête que je ne l'aimais plus? (Maruontel.)
ONZIÈME OBSERVATIOX.
Participe accompagné d'un complément indirect dont la préposition est sous-entendue.
150. Les verbes neutres ou employés neutralement, ne peuvent avoir qu'un complément indirect :
si la préposition qui constitue ce complément n'y est pas exprimée, elle est nécessairement sous-entendue, la construction analytique la fait connaître, et indique conséquemnient que le participe doit rester invariable.
Les huit jours que i'ai resté à la campagne, c'est-à-dire pendant lesquels j'ai resté à la campagne.
Ces huit jours je les ai resté à la campagne , c'est-àdire j'ai resté à la campagne pendant eux.
Les cinq heures que j'ai dormi, c'esl-a-d'ire pendant lesquelles j'ai dormi.
Ces cinq heures je les ai dormi profondément, c'està-dire j'ai dormi profondément pendant elles.
Les vingt ans qu'il a régné, c'esl-h-àire pendant lesquels il a régné.
Ces vingt ans il les a régné glorieusement, c'est-à-dire il a régné glorieusement pendant eux.
Le temps qu'il àvécu heureux, c'est-à-dire pendant lequel il a vécu heureux.
Ce temps il l'a vécu heureux, c'est-à-dire il a vécu heureux pendant lui.
Delà manière que i'ni parlé, c'est-à-dire de laquelle j'ai parlé.
Dans quelques circonstances gH'elle ait jî^m, c'est-àdire dans lesquelles elle ait plu.
Les mille francs que ce champ a coûté, c'est-à dire pour lesquels ou moyennant lesquels il a coûté (*).
(*) Voyez pour les verbes coûter, valoir, peser, la note qui est au bas de la page 10.
Mille francs, il les a coû/é5, c'est-à-dire il a cot[é pour eux, moyennant eux.
Les six francs que ce livre a valu, c'est-à-dire |70ur lesquels ou moyennant lesquels il a valu.
Six francs, ce livre les a valu , c'est-à-dire il a valu pour eux ou moyennant eux.
Les cent livres que ce ballot a pesé, c'est-à-dire avec lesquelles il a pesé.
Cent livres, ce ballot les a pesé, c'est-à-dire il a pesé avec elles.
Dans toutes ces'phases, au moyen des prépositions pendant, de, dans, pour, moyennant, avec, les pronoms que, le, la, les, sont compléments indirects, et conséquemment ne peuvent exercer aucune influence sur le participe. Il en est de même pour les exemples suivants :
Tous les jours que celte cheminée a fumé onl été pluvieux, c'et-à-dire pendant lesquels cette cheminée a fumé.
Toutes les années, toutes les heure? qu'elle a langui, gémi, pleuré, soupiré, lui ont paru des siècles, c'est-àdire />enda»< lesquelles GWedi gémi, etc.
De quoi vous êles-vous occupé durant les dix-huit mois que ces négociations ont traîné en longueur ? c'est à-dire pendant lesquels ces négociations, etc.
Toutes les années que vous avez croupi dans une honteuse insouciance ont été perdues pour vous, c'est-à-dire pendant lesquelles vous avez croupi , de.
Que de bien n'a-t-elle pas fait pendant le peu de jours qu'elle a régné , c'est-à-dire pendant lesquels elle a régné.
On croira que ces jours me durèrent huit siècles ; tout au contraire, j'aurais voulu qu'ils les eussent duré, c'està-dire j'aurais voulu qu'ils eussent duré pendant eux, pendant huit siècles. (J.-J. Rouss.)
Qui pourrait dire combien de siècles a vécu celui qui a beaucoup senti et médité, c'est-à-dire pendant combien de siècles a vécu celui, etc. (De ■Mkiliian.)
C'est à la même époque que la Clairon a débuté, c'està dire à laquelle la Clairon a débuté. (Volt.)
Oui, c'est moi qui voudrais effacer de ma vie Les jours que j'«i vécu sans vous avoir servie, c'est-à-dire pendant lesquels, etc. (Couneillr.)
Je regrette les nombreuses années que j'ai vécu sans pouvoir m'inslruire, c'est à dire pendant lesquelles j'ai vécu. (J.-J. Rouss.)
Qu'ils m'ont paru longs tous les moments que j'ai souffert, c'esl-à-dire pendant lesquels j'ai souffert.
(Marmontel.)
Les trois ans qu'il a demeuré dans ce pays lui onl suffi pour en étudier les lois, c'est-à-dire pendant lesquels il a demeuré. (Condii.lac.)
151. Ce qui prouve que les verbes ci dessus ne sont pas, comme le pensent certaines personnes, des verbes neutres pris activement, c'est qu'on ne peut pas les transformer en verbes passifs, en leur donnant pour sujet le substantif représenté par le prétendu complément direct que, le, la, les. En effet on ne peut pas dire ; Ces huit jours ont été restés par moi; ces cinq heures ont été dormies par moi; ce temps a été vécu par hti, etc.